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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Le terrible châtiment d'Ananie et Saphire (Ac 5,1-11)...

Publié par Biblissimo sur 13 Octobre 2014, 15:13pm

Catégories : #Nouveau Testament; Actes des Apôtres; Apôtres

Le châtiment d’Ananie et de Saphire (Ac 5, 1-11), un récit qui nous choque. Analyse exégétique et orientations théologiques.

 

Au chapitre cinq des Actes des Apôtres, peu après que Luc[1] ait décrit la première communauté comme une communauté idéale, il nous rapporte un épisode pour le moins étonnant.

Un couple, Ananie et Saphire, Juifs de Jérusalem, à la suite de leurs compagnons, consacre une part de la vente d’un champ aux pauvres de la communauté et la déposent aux pieds des apôtres, sans leur avouer qu’ils ont gardé l’autre part pour eux : est-ce si grave qu’ils doivent en être châtiés sur le champ, et par la mort, sans même que leur soit offerte une chance de conversion ?

Ce passage choque, scandalise. En lisant les commentaires, on pourrait recueillir une liste éloquente d’expressions disant combien le croyant se trouve désemparé face à une « thérapie de choc » que l’on reçoit comme une bombe dans une célébration de mariage. Le caractère isolé de l’épisode, l’absence d’impact dans la suite de l’histoire et la relative importance de ce qui en fut l’occasion (un détournement d’argent) font, fort heureusement, que le fidèle ne perd pas grand-chose à laisser ce récit de côté. Il n’entamera pas son admiration pour le Dieu de miséricorde qui transparaît à chaque page de l’un et l’autre tomes de l’Évangile lucanien[2].

Si Luc nous rapporte un fait à la manière d’une chronique, chaque détail devant être considéré pour ayant eu réellement lieu, alors, il y a de quoi se révolter ! Le Dieu sévère et violent dont nous parlent tant de pages de l’Ancien Testament serait-il brusquement réapparu au moment même où son Esprit a consacré l’Église comme peuple nouveau ? La chose apparaît dans toute son horreur si on reconnaît l’énorme disproportion entre la faute et le châtiment ! Si un péché comme celui du couple Ananie-Saphire, très certainement moins grave que la spoliation du pauvre, l’adultère ou même la fornication, est puni de cette manière, alors la moitié de la communauté devrait disparaître ! Et, à supposer que la faute était si grave, on aurait tout de même pu leur laisser une chance, leur donner la possibilité de se rétracter et de faire un pas supplémentaire sur la route de la conversion aux valeurs chrétiennes !

À la suite de beaucoup, j’ai voulu vérifier mes impressions. Je me suis donc mis à la recherche de ce que l’auteur des Actes a voulu léguer à la postérité en rapportant et en développant un souvenir qui lui a été transmis alors que ce souvenir est apparemment en contradiction avec sa propre pensée.

J’ai pris comme base le commentaire approfondi que Daniel Marguerat a fait de l’épisode dans son introduction aux Actes des Apôtres[3], reprenant des études antérieures et abrégé dans une récente publication. Contredire sur certains points ce géant de l’exégèse du Nouveau Testament peut paraître prétentieux, mais il me semble que l’interprétation qu’il offre de ce passage, très documentée, est par trop dépendante d’une double volonté : celle de dégager une théologie lucanienne susceptible d’impressionner le théologien moderne et celle d’éviter toute lecture moralisante ou ecclésiastique du passage. Ainsi, tout en étant convaincu de la finesse et de l’audace de Luc le théologien, j’ai personnellement du mal à penser qu’il avait en vue une notion « ontologique » de l’Église et à reconnaître dans la faute d’Ananie et de sa femme le constat d’un « péché originel » de celle-ci.

1. Texte (traduction littérale)

En bonne méthode, il nous faut nous mettre d’accord sur une traduction convenable, certainement pas conforme à la bonne littérature française, mais suffisamment proche du texte original pour que le commentaire soit appuyé sur une base ferme.

1 Un certain homme (anèr) du nom d’Ananie, avec Saphire sa femme (gynè), vendit une propriété ; 2 il détourna une partie du prix, sa femme étant consentante, et, apportant le reste, il le déposa aux pieds des apôtres. Alors Pierre lui dit : 3 « Ananie, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ ? 4 Quand tu avais [ton bien], n’était-il pas à toi, et [quand tu l’as] vendu, n’était-il pas à ta disposition ? Comment donc as-tu placé dans ton cœur cette affaire ? Tu n’as pas menti à des hommes, mais à Dieu. » 5 Entendant ces paroles, Ananie tomba et expira. Et il y eut une grande crainte sur tous ceux qui l’entendirent. 6 Les jeunes gens vinrent envelopper le corps et l’emportèrent pour l’enterrer. 7 Au bout d’un intervalle d’environ trois heures, sa femme, qui ne savait pas ce qui était arrivé, entra. 8 Pierre l’interpella : « Dis-moi, le champ que vous avez vendu, c’était tant ? » Elle dit : « Oui, tant. » 9 Alors Pierre vers elle : « Comment donc vous êtes-vous concertés pour éprouver l’Esprit du Seigneur ? Eh bien ! voici à la porte les pas de ceux qui ont enterré ton mari et ils t’emporteront. » 10 À l’instant même elle tomba à ses pieds et expira. Les jeunes gens qui entraient la trouvèrent morte ; ils l’emportèrent et l’enterrèrent auprès de son mari. 11 Il y eut une grande crainte sur toute l’Église et tous ceux qui entendaient ces choses (Ac 5, 1-11).

Seule difficulté majeure du texte : la traduction du verset 4a. La phrase en grec est de construction étrange, et pour cette raison beaucoup la considèrent comme une insertion maladroite, mais intentionnelle, visant à compléter, voire corriger ce que le verset précédent affirmait. Nous y reviendrons. La traduction littérale de ce verset proposée par D. Marguerat donne ceci : « [Ton bien] restant ne restait-il pas à toi et ce qui a été vendu n’était-il pas en ta possession ? »[4]

La BJ3 traduit : « Quand tu avais ton bien, n’étais-tu pas libre de le garder, et quand tu l’as vendu, ne pouvais-tu disposer du prix à ton gré ? »

La TOB traduit : « Ne pouvais-tu pas le garder sans le vendre, ou, si tu le vendais, disposer du prix à ton gré ? »

2. Cinq formes d’explication

Il est assez facile de comprendre que ce passage a pour but principal d’affirmer clairement que le chrétien doit agir en toute liberté et honnêteté devant l’Église et devant Dieu. S’il veut faire un don à la communauté au nom de son appartenance au Christ, qu’il le fasse librement ! Pierre insiste sur l’importance de décider avec le cœur[5].

Au-delà de l’interprétation morale, visant à démasquer le péché de mensonge, de dissimulation, et à en montrer la gravité, on peut rassembler les différentes interprétations de cet épisode en cinq. [6]

1/ Le récit reprend une tradition relative à la mort de deux conjoints et cherche à en faire un récit étiologique, c’est-à-dire à en faire un exemple paradigmatique à partir duquel on pourra expliquer valablement comment de « bons chrétiens » sont morts avant l’avènement du Christ.

2/ L’épisode veut caractériser la communauté primitive sous la forme rencontrée à Qumrân ou dans la tradition pythagoricienne, à savoir un groupe dans lequel les membres qui choisissent d’entrer doivent mettre leurs biens en commun, dans la totalité.

3/ La tradition parvenue à Luc a interprété la faute d’un ou deux membres et leur châtiment par la mort sur le modèle de ceux d’Akan, rapportée au chapitre 7 de Josué (lecture typologique).

4/ On a souvent privilégié une interprétation ecclésiale, au sens institutionnel : le récit veut montrer comment les apôtres, et Pierre en particulier, ont reçu une telle autorité par rapport aux membres de la communauté qu’ils ont pouvoir d’excommunication.

5/ Une ligne de commentaire met en valeur une interprétation ecclésiale, au sens théologique : le délit d’Ananie et de Saphire n’est pas seulement moral mais « économique » au sens où ils ont fait obstacle au processus du salut, à l’action de l’Esprit Saint, dans l’Église.

3. Préalables

Aucune des explications mentionnées n’est fausse. Mais comment sélectionner celle qui est susceptible d’être au centre ? Pour cela, nous allons dégager les points saillants du récit, comme préalable à toute interprétation objective.

3.1 Du grand art pour un récit laconique[7]

L’œil du critique littéraire ne peut qu’admirer l’habileté de l’auteur de ce récit. Il a magistralement repris, développé et rédigé la tradition qui lui est parvenue concernant un couple puni pour avoir trompé leurs compagnons. On admire la maîtrise dans la variation et la gradation de la dramatisation effectuée au cours de cette rédaction.

Il y a bien deux volets décrivant successivement mais selon une structure parallèle ce qui est advenu aux conjoints. Ceux-ci sont face à Pierre, dénoncés coupables et punis jusqu’à être exclus de la maison. Mais les mêmes faits sont décrits avec des mots qui varient de l’un à l’autre volet : possession (1b) et champ (3b, 8b) ; vendre est rendu par trois verbes différents : pôléô (1b), pipraskô (4a) et apodidômi (8b) ; les époux sont « consentant » au v. 1 et en « synphônia » au v. 8 ; l’Esprit Saint du v. 3b devient l’Esprit du Seigneur au v. 9b ; le verbe mentir est construit avec l’accusatif (3b) puis avec le datif (4c) ; les jeunes sont des neôteroi au v. 6a et des neaniskoi à la fin de l’histoire (v. 10b).

La dramatisation se fait sentir selon une gradation qui culmine dans la « grande crainte » que le récit de ce double châtiment à fait naître dans « toute l’Église » et chez « tous ceux qui entendaient ces choses ». Alors qu’Ananie est passif, silencieux, Saphire répond à la question de Pierre, et c’est un mensonge. Pierre accuse Ananie d’avoir menti à l’Esprit Saint et il reproche à Saphire de l’avoir mis à l’épreuve. Ananie s’écroule subitement tandis que Pierre annonce à Saphire qu’elle va mourir. La crainte naît d’abord chez les quelques personnes qui entendirent parler de la mort d’Ananie puis s’étend à l’ensemble de l’Église et enfin à tous ceux qui, au-delà des limites de l’Église, sont informés de l’affaire.

3.2 La dissimulation et sa punition

Ananie et Saphire gardent une part du produit de la vente et dissimulent cette décision à leur entourage, en particulier aux apôtres. On se demandera plus loin pourquoi ce détournement et cette dissimulation.

Pierre, subitement, est poussé à dévoiler le lien de la contrainte et du mensonge et à le dénoncer, sous l’autorité de l’Esprit Saint lui-même. Dans sa réponse, apparaît clairement que ce n’est que dans la liberté que l’on « obéit » authentiquement à l’Esprit : « Ne pouvais-tu garder le terrain sans le vendre ou, si tu le vendais, disposer du prix à ton gré ? – Tu as menti à l’Esprit Saint. »

Au témoignage de Paul, le croyant n’est pas obligé, légalement, de mettre ses biens la disposition des nécessiteux : « Ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins », à la condition : « Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 8,14 ; 9,7).

La sanction relève de la conception que l’Ancien Testament se fait de ce Dieu « jaloux » de la sainteté de son peuple. Dans le Nouveau Testament, il faut le reconnaître, d’autres passages s’approchent de l’épisode d’Ananie et Saphire : un passage semblable (faute et châtiment) se lit dans le face à face entre Paul et le mage Elymas (« fils du diable ») : pour Paul, Elymas a empêché la prédication de l’Évangile auprès du proconsul Sergius Paulus et un tel obstacle est d’une telle gravité que le coupable mérite d’être rendu aveugle (13, 4-12).

À l’opposé, on peut être surpris de l’attitude de miséricorde et de patience que manifeste Pierre à l’égard de Simon le magicien réclamant le droit d’exercer les charismes et d’en percevoir de l’argent : « Repens-toi donc de ton mauvais dessein et prie le Seigneur : peut-être cette pensée de ton cœur te sera-t-elle pardonnée » (8, 22).

3.3 Éléments d’interprétation

Attention : il n’est pas dit que Dieu a tué les deux personnages. Il n’est pas dit que ce fut Pierre, qui n’adresse aucune parole de malédiction mais constate seulement.

On note que le couple a agi poussé par Satan de sorte qu’ils ont mis l’Esprit Saint à l’épreuve.

On insiste par deux fois sur la crainte que les croyants ont ressentie à la suite du châtiment infligé successivement à l’homme et à son épouse.

Plus exactement, la mort comme la crainte sont produites au moyen de l’écoute de la parole de Pierre ou de la transmission de l’événement dans l’entourage.

On apprend quelque chose de nouveau sur Pierre : il est capable de découvrir une supercherie, charisme de science. Le rite de déposer à ses pieds les offrandes concrétise et même augmente l’importance du personnage dans l’Église de Jérusalem.

De même on apprend que tromper l’Église, c’est tromper l’Esprit Saint qui occupe ici la place de Dieu. D’ailleurs, c’est la première occurrence du terme ekklèsia dans les Actes.

Bizarrerie narrative : il est tout de même bizarre que Saphire n’ait rien su de la mort de son mari entre la maison et l’entrevue avec Pierre… Personne ne l’aurait prévenue ? On ne comprend pas ce qu’elle vient faire auprès de Pierre (serait-ce l’heure de la prière ?). Une construction narrative intentionnelle apparaît clairement.

4. Vocabulaire significatif

Un certain nombre de mots et d’expressions doivent retenir notre attention ; les identifier nous aidera à situer l’épisode dans le plan de Luc au début de son deuxième tome d’Évangile.

Pierre, acteur humain principal au niveau de la narration, est nommé 3 fois. Il agit à la fois avec autorité ecclésiale, qui reçoit les offrandes, et en prophète charismatique.

L’Esprit Saint, acteur divin principal au niveau de la résolution du problème, est nommé deux fois. Derrière lui, il y a Dieu, nommé une fois. Il a été « mis à l’épreuve. »

Satan est l’acteur principal de l’acte répréhensif. Il a « rempli » le cœur des époux, qui se sont concertés pour mettre Dieu à l’épreuve, méritant ainsi la mort immédiate.

Le terme Ekklèsia apparaît pour la première fois dans tout le récit des Actes des Apôtres ; elle est le cadre social identitaire et destinataire de l’enseignement contenu dans cet épisode.

La scène est toute focalisée sur l’intérieur d’une maison ; et on en sort soit comme cadavre (!) soit dans la crainte, celle qui provient de la conviction que Dieu peut intervenir à tout moment pour châtier.

Un verbe rare, mentionné deux fois : nosphizesthai, traduit souvent par dissimuler quelque chose, voire détourner intentionnellement quelque chose de sa destination légale. À cet acte est liée la qualification de « mensonge », tromperie. La gravité de l’acte est telle que les cadavres sont enterrés sur le champ, non par les membres de leur famille (leurs enfants ?) et par des jeunes, c’est-à-dire sans personnel dédié aux rites funéraires ; Ananie et Saphire sont exclus de la communauté à la manière des suicidés ou des condamnés à mort : ils sont « retranchés du peuple » comme des apostats (cf. Dt 17, 2-13 ; 19, 19 ; 21, 21 ; 22, 21.24 ; 24, 7).

On peut ajouter le rôle déterminant de l’écoute, mentionnée trois fois, puisqu’il suffit à Pierre de dire des « paroles » (c’est le discours central, celui qui décidera du reste de l’épisode), pour que deux personnes qui les « entendent » trouvent la mort et que d’autres qui « entendent » parler de l’affaire soient remplis de crainte (la crainte est mentionnée deux fois, en position emphatique, à la fin de chaque étape).

Un terme risque de passer inaperçu : le cœur, kardia, siège de la réflexion et de la décision, mentionné deux fois.

On se demande si le verbe « remplir » pour qualifier l’action de Satan dans le cœur d’Ananie n’est pas intentionnel, car l’expression est bizarre dans le langage habituel.

La réduplication du châtiment du mari sur son épouse ne contient aucun vocabulaire nouveau qui soit notable ; aucun personnage nouveau n’entre en scène ; aucune notion nouvelle n’est ajoutée au dossier gnoséologique. On note cependant que l’épouse se présente à Pierre trois heures après le départ de son mari (plutôt de son cadavre). Le chiffre trois aurait-il un sens symbolique ou ce laps de temps était-il requis pour que le reste du récit apparaisse vraisemblable (ni trop long pour qu’il y ait du suspens, ni trop court pour que l’épouse ne vienne à savoir le fait de la mort de son mari par les « bruits de couloir ») ? Les avis sont partagés. Quoi qu’il en soit, il ne semble pas que ce chiffre soit déterminant pour la solution globale du passage.

5. Forme littéraire : un conte ?

S’il faut chercher un genre littéraire pour ce récit, on le rattachera à celui du jugement de Dieu ; ce qui le caractérise est d’énoncer la faute d’un personnage coupable et d’attribuer sa punition à une sentence divine.[8]

Quels sont les traits narratifs particuliers de notre épisode ? Dans quelle mesure peut-on dégager ce qui relève d’une source et ce qui relève de la rédaction par Luc ?

Le caractère succinct, le petit nombre de personnages, la dramatisation produite par le redoublement (théologiquement inutile) du châtiment et de forme parfaitement parallèle (Saphire à la suite de son mari), l’absence de détails individualisant l’événement dans un lieu ou un temps donné, non répétitif, tout cela conduit un certain nombre de commentateurs à voir dans l’épisode un conte.

Le fait que le cadavre d’Ananie soit enterré sur le champ, à la sauvette, donc sans rites funéraires, explique que sa femme n’ait pas eu l’occasion d’apprendre la mort de son mari. Stratégie très lucanienne au service d’un procédé de révélation, à la manière dont Zacharie doit (stratégiquement) devenir muet (châtiment…) de sorte que Marie ne puisse être informée de la conception du futur Jean que par voie céleste. Élisabeth le comprendra et devinera que Marie a été elle-même visitée pour être la mère de son Seigneur.

Certains attendraient des conclusions de l’exégète qu’elles relèguent définitivement ce récit au tiroir des contes. On ne le retiendrait plus pour le souvenir d’un fait réel, Dieu mettant à mort sans appel deux de ses fidèles pour une faute somme toute assez relative ! Nous n’aurions là qu’un récit symbolique et on n’en retiendrait que la leçon, le message. Hélas pour eux : l’analyse historico-critique conclut qu’il y avait bel et bien une tradition de châtiment, et que Luc l’a reprise, et qu’il l’a fait volontairement ! Plus encore : il en a accentué la sévérité par le moyen de la dramatisation progressive d’une scène à l’autre ! Effacer l’historicité de l’événement de base, à la source du récit lucanien, est hors de notre portée… Il faudra bien, dans nos commentaires pastoraux ou notre méditation « faire avec » une tradition difficile à digérer…

Une remarque cependant : l’analyse historico-critique fait ressortir le caractère secondaire du verset 4, et le qualifie de glose interprétative mise sous l’autorité de Pierre et dévoilant l’origine de l’acte frauduleux.

6. Contexte littéraire proche

Quelque lumière nous viendrait-il de la relation de cet épisode avec ce qui le précède et le suit immédiatement ?

Le récit débute sans formule le reliant logiquement ou narrativement à ce qui précède, à savoir le récit élogieux de l’harmonie qui règne dans la toute première communauté chrétienne, en particulier grâce à la coutume de vendre les biens et de les mettre à la disposition de ceux qui seraient dans le besoin (4, 32-35, forme littéraire du « sommaire », le deuxième depuis la fête de la Pentecôte) ; ce récit est prolongé par l’exemple d’un lévite, Barnabé (4, 36-37). Le récit précise que les apôtres ont un rôle fortement marqué, puisqu’on dépose les offrandes à leurs pieds.

L’épisode de la fraude d’Ananie supposait que le lecteur ait appris l’existence de cette pratique, mais il n’en est pas la suite logique, il n’en est pas une conséquence, ni même un effet attendu par la pratique elle-même. Il en est plutôt une « anecdote » – mais quelle anecdote !

Une fois achevé le récit du châtiment infligé au couple, le reste des Actes n’en parlera plus, n’y fera aucune allusion, comme si l’affaire n’avait jamais existé. Quant à la suite immédiate, on trouve un nouveau sommaire, le troisième, centré sur les charismes et le rayonnement des apôtres auprès des non-croyants (5, 12-16). Ce passage pourrait fort bien être la suite du récit du geste de Barnabé, celui qui, nous l’avons dit, précède immédiatement celui du châtiment d’Ananie.

Conclusion : notre ce récit peut être isolé de son contexte. En l’omettant, on passe sans problème de 4, 37 à 5, 12.

Pour que notre analyse soit complète, il faut ajouter que l’épisode de la fraude et du châtiment d’Ananie et de son épouse est compréhensible en lui-même, indépendamment de son contexte immédiat. Il suffit que le lecteur ait été averti de la pratique de la mise en commun des biens et du rôle des apôtres.

Interrogeons maintenant le contexte plus large, celui de la narration des différents faits et gestes des premiers chrétiens et de leur entourage tels que Luc les a rapportés. Autrement dit, quelle place pouvons-nous reconnaître à l’épisode du châtiment d’Ananie et de Saphire dans les premiers chapitres des Actes ? Y a-t-il une « stratégie narrative » dans la manière dont Luc a placé ici cet épisode ?

7. Contexte narratif dans le cadre du plan de Luc

7.1 Contre-exemple lamentable au geste du grand Barnabé

L’épisode du châtiment d’Ananie se présente de manière assez cohérente comme un contre-exemple d’une tradition plus fortement attestée dans ses sources, le geste de Barnabé, lui-même étant la suite logique de ce que Luc résumait dans son deuxième sommaire : l’harmonie des disciples n’est pas seulement dans l’ordre de la piété, de l’enseignement et du témoignage ; elle se traduit aussi par le partage des ressources matérielles. Barnabé, lévite, est un personnage de premier plan dans la communauté et les Actes non seulement le nommeront mais rapporteront plusieurs de ses initiatives ; il aura rapidement reçu la place d’ancien, d’homme sage, respecté, ayant une nette aptitude à exercer le presbytérat, avec la totale confiance des apôtres. Qu’il soit présenté au lecteur au moment où il apporte le produit de sa vente, comme application de ce que Luc vient de rapporter ne nous étonne donc pas.

La logique qui relie les trois sections au niveau de l’histoire est confirmée par la présence (le sommaire, les épisodes de Barnabé et d’Ananie) d’un même vocabulaire, celui qui met en rapport la vente de biens avec l’autorité des apôtres (vendre, biens, valeur, champ, apporter aux pieds des apôtres).

Voilà pour la section 4, 32 – 5, 11. Pouvons-nous situer l’épisode dans un cadre plus large, et surtout plus fondamental dans la vision ecclésiologique et théologique de Luc ?

7.2 Une étape dans l’intrigue générale ?

Plus important encore que l’absence de lien littéraire avec son contexte proche, le récit ne joue aucun rôle dans le cadre de l’intrigue, c’est-à-dire de l’enchaînement des événements et l’établissement de relations nouvelles entre les chrétiens et les notables de Jérusalem. Il n’est pas facteur de tension entre eux, drame de l’opposition frontale entre les apôtres et le Sanhédrin qui culminera dans l’intention, chez certains chefs du peuple, de les mettre à mort. Autrement dit, l’épisode est trop circonscrit à la maison pour influer sur les événements extérieurs.

Si l’épisode n’est pas par lui-même facteur de développement, s’il ne modifie pas l’allure des événements à portée publique, il n’en est pas pour autant dépourvu d’effet, mais un effet interne à la communauté et à double composante. Tout d’abord la mort des conjoints a pour effet d’augmenter la crainte à l’intérieur de la communauté. Deuxièmement, la médiation de Pierre dans l’affaire peut être mise au compte de ces miracles que le sommaire (le troisième) va mentionner sitôt après.

7.3 Une communauté unie dans l’Esprit du Christ ? Pas tout à fait…

Le verset 42 du chapitre 5 est unanimement reconnu comme une première conclusion de la section inaugurée par l’effusion de l’Esprit sur les apôtres le jour de la fête juive de la Pentecôte :

Et chaque jour, au Temple et dans les maisons, ils ne cessaient d’enseigner et d’évangéliser le Christ Jésus (traduction littérale).

La comparaison du vocabulaire présent dans cette phrase permet d’être plus précis : il s’agit bien d’une conclusion, pleine d’enthousiasme et de joie, malgré les persécutions et les différents obstacles dressés sur la route de l’Évangile, mais elle est aussi en quelque sorte le « sommaire » du premier sommaire, celui de 2, 42-47, dont il reprend les expressions, quitte à les rendre par des verbes approchés : tout le jour, au temple et à la maison, ne cessaient pas, d’enseigner et d’évangéliser le Christ Jésus.

Le passage qui suit ce verset fait entrer le lecteur dans une étape toute différente de la vie de l’Église primitive : il apprend qu’il n’était pas évident pour les premiers disciples d’un mouvement enraciné dans le milieu palestinien et né à Jérusalem de se mettre d’accord sur les questions de nourriture, de « commensalité » : quand on est Juif pieux, prendre un repas avec d’autres, était à l’époque accompagné de rites incontournables, que ce soit sur la forme de la prière ou sur le choix des plats. On apprend alors que, face à ce problème pratique, les apôtres ont opté pour déléguer, se concentrant sur leur rôle de docteurs et de prédicateurs. D’où la naissance de ce qu’il est convenu d’appeler, dans la forme institutionnelle (postérieure) de l’Église, les « diacres ». Le chapitre 6 des Actes nous fait donc entrer dans une section distincte de celle dans laquelle se trouve le récit du châtiment d’Ananie et de son épouse.

Il y a donc bien un cadre narratif nettement délimité entre le récit de la Pentecôte et le verset 42 du chapitre 5. Ce cadre est reconnu par la majorité des exégètes. Il n’est pas besoin d’en donner des explications supplémentaires.

Dans ce cadre narratif, l’épisode du châtiment d’Ananie et de Saphire a pour but premier de faire entrer le lecteur dans la vie de cette communauté dont les membres sont – normalement – remplis de l’Esprit Saint, s’entraident et prient sous l’autorité des apôtres, de Pierre en particulier. Pas tous cependant : voilà deux personnes, un couple, dont les cœurs ont été « remplis » par Satan. Et oui, cela est arrivé, malencontreux grain de sable dans le merveilleux développement de l’assemblée de la Nouvelle Alliance.

7.4 « Gardons-nous de nous opposer à l’action de Dieu »

La trame de ces cinq premiers chapitres des Actes est très certainement basée sur le récit de la diffusion de la Parole, diffusion dont l’Esprit Saint est l’acteur principal, les apôtres acteurs incontournables mais secondaires. Les épisodes se succèdent pour dessiner le tableau – quelque peu idéaliste – de ce qu’était la communauté primitive et de ce que devrait être toute communauté fidèle à l’Esprit de la Nouvelle Alliance.

Un autre axe forme avec cette première trame un tissage « perpendiculaire » : la communauté chrétienne connaît l’opposition des chefs des Juifs à Jérusalem. Les épisodes qui mettent en présence les disciples du Christ, de plus en plus nombreux, avec les autorités juives ne sont pas de simples anecdotes, pénibles mais inévitables, placées à côté du quotidien des apôtres : ils rendent manifestes qu’ils sont eux aussi, quoiqu’à l’insu de leurs protagonistes, au service du plan de Dieu. Ils ne diminuent en rien la ferveur et le zèle des baptisés ; on apprendra bientôt qu’ils sont même facteurs d’un rebondissement décisif dans l’œuvre d’évangélisation.

L’épisode du châtiment d’Ananie et de Saphire a-t-il un rôle à jouer dans cette deuxième trame ? Certainement pas au niveau des faits relatés puisque l’événement reste circonscrit aux quelques témoins et à ceux qui en ont entendu parler, les autorités juives étant exclues. La crainte engendrée par la sévérité de la punition ne dépassera pas le cercle de la communauté de Jérusalem.

Cependant, pour le lecteur, un passage capital à l’intérieur de la deuxième trame va reprendre indirectement le fait du châtiment. Il s’agit de l’ultime réunion du Sanhédrin (Ac 5, 27-41). Luc rapporte que, à l’écoute du discours de Pierre, la majorité des membres du Sanhédrin

frémissaient de rage et projetaient de les faire mourir. Alors un Pharisien nommé Gamaliel se leva au milieu du Sanhédrin ; c'était un docteur de la Loi respecté de tout le peuple. Il donna l'ordre de faire sortir ces hommes un instant. Puis il dit aux sanhédrites : « Hommes d'Israël, prenez bien garde à ce que vous allez faire à l'égard de ces gens-là. Il y a quelque temps déjà se leva Theudas, qui se disait quelqu'un et qui rallia environ quatre cents hommes. Il fut tué, et tous ceux qui l'avaient suivi se débandèrent, et il n'en resta rien. Après lui, à l'époque du recensement, se leva Judas le Galiléen, qui entraîna du monde à sa suite ; il périt, lui aussi, et ceux qui l'avaient suivi furent dispersés. À présent donc, je vous le dis, ne vous occupez pas de ces gens-là, laissez-les. Car si leur propos ou leur œuvre vient des hommes, il se détruira de lui-même ; mais si vraiment il vient de Dieu, vous n'arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu. » On adopta son avis.

Dans ce passage, la dernière phrase de Gamaliel est célèbre : elle attire l’attention sur la possibilité que ce qui se déroule devant leurs yeux étonnés et offusqués pourraient « venir de Dieu ». Ils n’ont sans doute pas connaissance du décès du couple, dans la maison de Pierre, mais le lecteur spontanément l’inclue dans la liste des choses « qui viennent de Dieu ».[9] Le Dieu de ces illuminés utopiques, rivalisant en solidarité religieuse avec les membres de la secte de Qumrân, est certes celui qui donne enthousiasme, amour, joie, ferveur orante, mais aussi un Dieu prêt à punir, par la mort, ceux qui font obstacle à ses voies. Effectivement, s’y opposer serait extrêmement dangereux… Gamaliel, pense le lecteur, a bien eu raison : en délivrant le christianisme naissant des griffes des autorités juives, n’aurait-il pas aussi sauvé le judaïsme ?

8. La communauté réunie autour de Pierre est l’Assemblée de la Nouvelle Alliance

Il reste à prendre en compte plusieurs remarques mises au jour par l’analyse historico-critique.

Commençons par le résultat de la recherche de passages vétérotestamentaires susceptibles d’avoir servi de modèle, ou tout au moins de source d’inspiration, à l’épisode du châtiment d’Ananie.[10]

8.1 « Il n’y aura pas de pauvre chez toi »

En rédigeant le deuxième sommaire, celui qui définit la communauté primitive par la koinônia dans la Parole, la prière et le partage des biens, communion issue directement de la grâce de la Pentecôte chrétienne, il est certain que Luc avait en vue ce passage solennel du livre du Deutéronome (15, 4-11) :

Qu'il n'y ait pas de pauvre chez toi. Car Yahvé ne t'accordera sa bénédiction dans le pays que Yahvé ton Dieu te donne en héritage pour le posséder, que si tu écoutes vraiment la voix de Yhwh ton Dieu, en gardant et pratiquant tous ces commandements que je te prescris aujourd'hui. […] Se trouve-t-il chez toi un pauvre, d'entre tes frères, dans l'une des villes de ton pays que Yahvé ton Dieu t'a donné ? Tu n'endurciras pas ton cœur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras ce qui lui manque. Ne va pas tenir en ton cœur ces mauvais propos : « Voici bientôt la septième année, l'année de remise », en regardant méchamment ton frère pauvre sans rien lui donner ; il en appellerait à Yhwh contre toi et tu serais chargé d'un péché ! Quand tu lui donnes, tu dois lui donner de bon cœur, car pour cela Yhwh ton Dieu te bénira dans toutes tes actions et dans tous tes travaux. Certes, les pauvres ne disparaîtront point de ce pays ; aussi je te donne ce commandement : Tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays.

Les Actes offriraient ainsi au lecteur un tableau de la communauté chrétienne primitive réalisant pleinement cette caractéristique de la Qahal telle que Dieu l’avait prévue depuis son origine, sur la Montagne sainte, au temps de l’Alliance avec Moïse. Comme on le sait, l’Esprit a radicalement renouvelé le cœur du croyant et l’a totalement rempli de sorte que la fidélité aimante à l’égard de Dieu ne se manifeste plus d’abord dans la pratique de la Loi mais dans la louange, la charité, l’évangélisation.

Un autre passage semble le confirmer.

8.2 Le châtiment d’Akan (Jos 7)

Tous les commentaires analysent, en lui accordant plus ou moins d’importance, le rapprochement inévitable entre notre épisode et le châtiment d’Akan qui occupe tout le chapitre 7 du livre de Josué, lui-même récit étiologique à l’intérieur de l’épopée de la prise de possession de la Terre promise.[11] Que le verbe rare nosphizesthai, utilisé deux fois dans le récit de Luc, se trouve au point de départ du récit de Josué semble difficile à laisser de côté, sans pour autant en faire un critère absolu de rapprochement.

Le récit explique que, si Israël a été mis en déroute par les habitants d’une petite ville (Aï, au N.-E. de Jéricho, la première ville rencontrée par le peuple une fois dépassée Jéricho), que les soldats israélites ont trouvé la mort dans les combats, c’est tout simplement parce qu’un homme de la tribu de Juda a subtilisé, a détourné, des objets en tant que butin pris à Jéricho vaincue. Le péché d’un homme a risqué l’anéantissement de l’installation en Canaan et donc la ruine de la destinée d’Israël ! Ce détournement, plus qu’une dissimulation, rejaillit sur tout Israël en tant que « péché ayant rompu, violé l’Alliance » entre Yhwh et son peuple : « Israël a péché, il a violé l’alliance que je lui avais imposée… Si vous ne faites pas disparaître du milieu de vous l’objet de l’anathème, je ne serai plus au milieu de vous ! » (Jos 7, 11-12). Un péché qui nous apparaît de peu d’importance.

La conclusion serait celle-ci : Luc, avec une audace déconcertante, aurait trouvé un moyen narratif visant à définir concrètement, pragmatiquement, l’Église (explicitement mentionnée au v. 11) comme Assemblée (en hébreu qahal) de l’Alliance nouvelle. On sait que la notion d’Ekklèsia est étroitement liée à celle de la Qahal d’Israël dans le désert (surtout dans le livre du Deutéronome). On interprète aussi sans hésitation l’effusion de l’Esprit Saint sur le groupe des apôtres lors de la fête de la Pentecôte, fête de renouvellement de l’Alliance chez les Juifs, comme l’actualisation solennelle de la promesse d’une nouvelle Alliance selon Jérémie 31 et Ézéchiel 36, reprise par Joël 3, 1-5. La reprise du châtiment d’Akan fonctionne par contraste comme une manifestation de l’Ekklèsia comme Qahal de la Nouvelle Alliance. Cela suppose – mais ce serait à prouver[12] – qu’aux yeux de Luc, le fait de se priver de biens et de les consacrer aux nécessiteux en les déposant aux pieds des apôtres (Pierre en l’occurrence – dimension institutionnelle) est une forme de consécration les rendant comparables au hèrèm antique, à ce butin entaché de paganisme, donc impur et par conséquent strictement et solennellement interdit aux membres de la Qahal sainte. Autrement dit, détourner un bien consacré au pauvre est un acte sacrilège.[13] Nouvelle Alliance et nouveaux critères du pur et de l’impur, sans pour autant que cette Assemblée souffre d’une diminution des exigences de la sainteté qu’on attend d’elle.

8.3 « Tu feras disparaître le mal du milieu de toi » (Dt 21, 21)

La mise à mort d’Ananie et de son épouse puis la sortie des cadavres serait-elle une forme d’actualisation d’une notion fortement enracinée dans la théologie deutéronomique : « Tu ôteras le mal du milieu de toi » (Dt 13, 6.12 ; 17, 7.12 ; 19, 19 ; 21, 21 ; 22, 21.24 ; 24, 7) ? D. Marguerat le tient pour certain et relie le geste à ce qui deviendra l’excommunication.[14]

Le chapitre 17 du Deutéronome peut apporter un élément confirmant la volonté de Luc de donner à l’Église primitive la forme du peuple saint tel qu’il était envisagé dans le plan de Dieu. Dans un premier temps (v. 2-7), le refrain « Tu feras disparaître le mal du milieu de toi » est appliqué à l’homme ou la femme « ayant fait le mal aux yeux de Dieu », et ont ainsi « transgressé son Alliance » ; ils ont été dénoncés de manière incontestable ; ils doivent être conduits aux portes de la ville, c’est-à-dire en dehors de la ville mais pas tout à fait puisque c’est l’endroit où on pratique la justice, au vu et au su de tous les participants, y compris les passants ; ils sont lapidés jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans un deuxième temps (v. 8-13), le texte fait intervenir les « prêtres lévites », siégeant dans « le lieu choisi par Dieu » en tant que juges compétents pour les cas qui dépassent le simple jugement des fidèles. La conclusion (v. 13) nous intéresse particulièrement : « Le peuple l’apprendra (litt. « entendra »), craindra (même racine phobos qu’en Ac 5, 5 et11), et cessera d’agir avec présomption ». Même conclusion au sommet du drame présenté par Luc…

Pierre, parmi les apôtres, ne joue-t-il pas dans le récit des Actes le rôle du « prêtre lévite » de Dt 17, celui du gardien de la sainteté du peuple, sainteté tellement précieuse qu’elle doit être maintenue au prix de la mise à mort de ceux qui y font obstacle ?

Ajoutons à l’exigence de sainteté celle de l’évangélisation. En effet, à la différence de la perspective du Deutéronome, les Actes mettent à la première place, dans le projet de Dieu sur l’Église sa fécondité dans l’œuvre évangélisatrice. Or, cette fécondité est en proportion de son unité, de sa koinônia, concrétisée par le partage des biens. D. Marguerat a raison de souligner combien la faute d’Ananie et de son épouse représente un frein à la capacité d’attraction et de crédibilité de l’Église naissante auprès des habitants de Jérusalem (p. 249-250). Mais était-ce vraiment dans l’intention de Luc ?

8.4 Barnabé, le lévite

Nous nous permettons un petit retour en arrière dans le récit des Actes. Il s’agit de mettre en valeur la caractéristique principale de Barnabé, celui dont le geste a servi d’exemple à suivre juste avant le récit qui nous occupe (4, 36-37). Il nous est dit de lui deux choses : tout d’abord qu’il est lévite ; puis qu’il est originaire de Chypre.

En tant que chypriote, Barnabé est l’exemple du Juif, et pas n’importe lequel, puisqu’il est lévite, « hellénistique », donc à l’aise dans les milieux gréco-romains. Sans nous le dire explicitement, Luc pose ainsi discrètement la base d’un élément essentiel de la diffusion de la Parole dans le monde grec, une diffusion qui devra beaucoup aux baptisés d’origine juive hellénistique.

En tant que lévite, ce serait à lui de recevoir les offrandes des fidèles, en tant que membre de cette tribu détachée pour le service du Temple. Ici, c’est le contraire : en lui, la tribu de Lévi, l’ordre des prêtres, reconnaît en les apôtres les premiers médiateurs de la communion ecclésiale. Ne serait-ce pas un élément supplémentaire qui tend à montrer que la communauté issue de la Pentecôte est l’actualisation de la Qahal du désert ?

8.5 Satan, père de la dissimulation

Tous les commentateurs notent l’association étonnante de plusieurs mots ou expressions renvoyant au récit de la première faute, en Gn 3.

En effet, le récit de Lc 5, 1-11 structure la faute d’Ananie et de Saphire de ce sorte qu’elle apparaisse comme le libre détournement d’un bien, autour d’un mensonge ayant Dieu pour destinataire, provoqué par un Satan tout-puissant, qui leur a fait croire que la pratique de la mise en commun des biens était une obligation dont ils devaient se libérer, l’un et l’autre étant unis comme couple aussi bien dans la décision de l’acte que dans le châtiment de l’exclusion par la mort, et le tout situé à l’origine de l’existence de l’Église. Mensonge à Dieu, Satan, tromperie, liberté, couple, exclusion, mort, origine… Cette accumulation brosse inéluctablement un tableau de ce qu’on pourrait qualifier de « faute originelle dans l’Église ».

En effet, la faute d’Ananie et de Saphire va contre l’harmonie originelle, parfaite selon le deuxième sommaire indiquant solennellement la parfaite koinônia régnant dans la communauté. Non nommé comme tel dans le récit de Gn 3, c’est le même Satan a exercé sa perversité sur des hommes, les établissant en opposition directe à Dieu. Le fait que ce soit un couple dans l’un et l’autre récits est décisif.

Les deux récits sont structurés de la même manière :

- la situation de départ consiste en une harmonie parfaite ;

- les deux membres du couple transgressent le même ordre divin ;

- l’homme est interrogé ;

- la femme est interrogée ;

- les deux sont bannis de l’espace de rencontre avec Dieu ou son représentant.

Mais un point reste à éclaircir : Adam et Ève ont désobéi à un interdit divin ; peut-on considérer qu’Ananie et Saphire ont enfreint une loi divine ? Pierre ne leur rappelle-t-il pas qu’ils étaient libres de donner ou non ? On pourrait voir la chose ainsi : l’homme et la femme auraient été si impressionnés par la pratique des autres, et notamment de Barnabé, que qu’une instance imaginative d’obligation se serait formée en eux ? Ils se sentaient alors obligés d’agir en « bons chrétiens », se donnant une règle qui n’en était pas réellement une, mais une simple pratique. Et, si règle il y avait, ils ne l’ont pas reçue librement et généreusement.

Plus encore, à la simple lecture des versets 3-4, qui donnent l’interprétation de Pierre sur la faute et en annonce la triste conséquence, on est surpris d’apprendre que Satan a soudain fait son apparition et a rempli les cœurs des deux époux ; et il l’a fait en lieu et place de l’Esprit Saint, pourtant répandu en plénitude sur la communauté des auditeurs de la prédication de Pierre : « Tous furent remplis du Saint Esprit et se mirent à annoncer la Parole de Dieu avec assurance » (4, 31). Luc place à l’origine de la vie de l’Église un cas dramatique de ce combat entre Satan et Dieu dans le cœur de l’homme dont le récit programmatique est Gn 3.[15]

Autre élément : Ananie et son épouse ont mis Dieu, plus exactement l’Esprit Saint, « à l’épreuve ». C’est ce que Pierre fait savoir à Saphire (v. 9a). Le contexte ne se prête pourtant pas à déceler dans le comportement du couple quelque chose qui ressemble à une épreuve de Dieu. Ils ont simplement décidé contre sa volonté, sans rien attendre de lui. Plutôt que d’y voir un lien avec le récit des tentations, des « mises à l’épreuve » de Dieu par son Fils Jésus au désert, précédé de son baptême, il suffit de rester dans le contexte de l’Exode pour interpréter l’utilisation de peirazein en Ac 5, 9 comme confirmant le lien entre l’épisode d’Ananie avec celui d’Akan. Celui-ci, en s’attribuant un butin réservé à la destruction, a refusé de se contenter de ce que Yhwh avait prévu pour le peuple, tout comme ses pères, dans le désert, ont mis leur Dieu à l’épreuve en n’acceptant pas, ou mal, les dures conditions de vie (soif, faim, guerres, etc.) et l’absence d’espérance en l’avenir. Dans cette ligne, Ananie et Saphire auraient-ils mis Dieu à l’épreuve en se réservant de quoi subvenir à leurs besoins futurs, refusant ainsi de se laisser guider par la Providence ? On comprend que le cas d’un couple soit alors plus parlant que celui d’un individu.

8.6 Pour de l’argent…

Luc, c’est bien connu, se fait le témoin zélé d’une tradition selon laquelle Jésus a sévèrement mis en garde ses disciples contre le danger de la richesse et plus particulièrement de l’argent. Le chapitre 16 de son Évangile notamment en a rassemblé divers logia peu amènes à cet égard. Si Luc ne rapporte pas l’épisode dans lequel Judas le disciple se débarrasse de la récompense sitôt Jésus condamné, renonçant au profit qu’il avait recherché (cf. Mt 27, 3-10), Luc rappelle clairement le fait dans le discours de Pierre au groupe des apôtres réunis après l’Ascension du Christ (1, 18). Luc a noté que le comportement de Judas le traître a eu pour cause l’entrée en lui de Satan : « Or Satan entra en Judas… Ils se réjouirent et convinrent de lui donner de l’argent » (22, 3-6).

9. Retour au projet de Luc

9.1 Pierre partage les mêmes pouvoirs que Paul

Non seulement Luc a mis au premier plan, parmi les acteurs humains de la diffusion de la Parole de Dieu, Simon-Pierre et Paul, mais il a pris soin de montrer qu’ils ont en commun tous les dons de l’Esprit et les charismes liés à leur mission de responsables. Un des exemples les plus frappants est celui de la prédication de Pierre auprès du païen Corneille, aboutissant au baptême du premier non-Juif, mission qui sera la « spécialité » de Paul par la suite. Cet épisode, à l’origine du plus long récit des Actes, sera l’élément essentiel qui dénouera la crise de l’Assemblée de Jérusalem en Ac 15.

Plus encore, il semblerait que Luc ait cherché par tous les moyens possibles de montrer que ce qui fut la réussite de la mission de Paul était inauguré en Pierre, procédé judicieux pour réconcilier les communautés se réclamant de l’un ou de l’autre.

Selon cette règle, le récit du châtiment d’Ananie et de Saphire peut fort bien avoir été mis en valeur par Luc pour attribuer à Pierre cette faculté déjà reconnue chez Paul, d’écarter les opposants juifs à l’œuvre de l’Esprit Saint. Autrement dit, Ac 5, 1-11 inaugure chez Pierre l’élimination d’Élymas le magicien de Paphos, rendu aveugle par Dieu sous l’imprécation de Paul (voir Ac 13, 6-12). Un élément présent dans l’un et l’autre récits nous met sur la piste : la lecture que fait Pierre de la faute d’Ananie reprend et développe le qualificatif donné par Paul au magicien juif, « fils du diable ». Ananie et Saphire l’étaient eux-mêmes, leurs cœurs ayant été « remplis » par le diable (5, 4).

9.2 Dieu ou Pierre. Un récit institutionnel ?

Si ce que nous avons dit au paragraphe précédent est juste, alors il devient évident que Ac 5, 1-11 vient conforter le rôle de Pierre au centre de l’Église de Jérusalem et, de manière paradigmatique, de l’Église entière. Certes, le terme « institutionnel » demeure anachronique et on peut légitimement l’éviter, mais refuser à Luc le souci de valoriser le personnage de Pierre, en particulier face au futur Paul, semble contraire au projet de son deuxième tome d’Évangile. Très justement, F. Bovon résume ainsi la dimension institutionnelle des apôtres dans l’œuvre de Luc : « Au temps de Luc, l’autorité des apôtres est indiscutée. Elle l’est d’autant plus que le nombre des apôtres a été limité aux Douze. Cependant ce cercle n’a pas encore l’autorité juridictionnelle qu’auront les évêques ultérieurement. Seule fait exception la figure de Pierre dans le récit d’Ananias et de Saphira (Ac 5, 1-11) »[16].

Car la répétition de ce qui advient à Ananie, pratiquement mot pour mot, pour le cas de son épouse, ne vise pas seulement à intensifier la dimension dramatique de la situation mais aussi à placer Pierre comme intermédiaire choisi par l’Esprit Saint dans l’œuvre de sanctification de la Communauté de la Nouvelle Alliance.

On retrouve ici un autre trait marquant de l’histoire du salut selon Luc : pour lui, Dieu est sans cesse à l’œuvre, il a l’initiative du salut et l’accompagne pas à pas, intervenant librement et efficacement. Cependant, « ses interventions sont presque toutes médiatisées »[17], de sorte que le lecteur, peut-être sans s’en rendre compte, ne voit jamais l’action de Dieu en elle-même mais cachée dans celle des hommes ou des éléments naturels.

Entendons-nous bien : Luc est tout à fait conscient, et invite son lecteur à l’être, que Pierre n’est rien sans la Parole, une Parole transmise et rendue puissante par l’Esprit Saint. Ce n’est pas Pierre comme tel, avec ses compétences humaines, qui opère l’œuvre de Dieu. Il fait parfaitement partie du groupe des apôtres, redevenus par son initiative Douze, et n’a pas de charismes qui le mettraient au-dessus de ses compagnons, des privilèges qui feraient de lui un « surhomme »[18], ou tout simplement un personnage indispensable à la survie de la communauté. Dans le récit qui nous a tenus en haleine, on a noté que ce n’est pas Pierre qui provoque la mort des deux personnages fautifs ; il n’en est pas directement l’auteur : il ne fait que laisser l’Esprit Saint dénoncer en lui et par lui ce qui est caché (Ananie qui se présente à lui est un menteur) et annoncer ce qui se passe ou va se passer sous les yeux de tous (la peine de mort).[19] Dans le cas du rôle de Simon-Pierre comme dans bien d’autres, Luc l’historien constate un fait et, en témoin engagé[20], estime opportun de le développer et ainsi de le placer en bonne place au tout début de son « histoire du christianisme naissant ».

10. Conclusion : l’Église naît sans cesse de la Parole, dans l’Esprit, autour de Pierre

Ce qui insère pleinement l’épisode du châtiment d’Ananie et de Saphire, premier couple mentionné dans l’histoire de l’Église primitive, dans son contexte, c’est indéniablement le rapport étroit entre la Parole vivante (ici dans son action purificatrice), l’action de l’Esprit (fait connaître les secrets du cœur et la juste évaluation de la décision humaine) et la médiation de l’apôtre (porte-parole ayant autorité). Ces trois éléments, on le sait, forment la matrice active de la naissance et de la croissance de la communauté de la Nouvelle Alliance.

Le fait que ce soit en conclusion de ce récit que le terme ekklèsia apparaisse pour la première fois sous la plume de Luc laisse entendre que l’Église dont il veut décrire le visage n’est telle que comme peuple sanctifié à la suite de la Qahal du Désert, mais aussi fragile comme elle - et fragile autour de l’usage des biens, de l’argent. La cohésion est indispensable à la survie de la petite communauté, mais elle est précaire, nous rappelle Luc. Un Autre est toujours là cherchant à prendre la place réservée à l’Esprit Saint dans le cœur des croyants, et, pour faire aboutir ses projets, capable d’aveugler les croyants sur la portée de leurs actes, de l’usage de leur liberté.

Dans ce danger permanent, l’apôtre est indispensable comme médiateur : son action est limitée des limites mêmes inhérentes à l’humanité, une humanité, dans le cas des Douze, marquée par une tradition religieuse et une espérance qui n’a pas encore totalement craqué aux dimensions de l’Évangile tel que Jésus l’a vécu et prêché : ce sera la tâche du chapitre 6 des Actes d’introduire le lecteur à ce bouleversement tectonique par lequel un groupe de Juifs palestiniens pourra être reconnu par les Romains comme témoins crédibles de la nouveauté du Salut dans le Christ.

 

[1] Je n’entrerai pas ici dans la question de son identité et m’en tiendrai à l’identification traditionnelle.

[2] Notre épisode est un « corps étranger dans la théologie de Luc » (D. Marguerat). Petit rappel de ce qui devient, avec bonheur, de plus en plus commun : l’évangile et les Actes des Apôtres forment les deux tomes d’un même Évangile, les Actes des Apôtres reprenant dans la vie et la prédication de l’Église ce même et unique Évangile que Jésus a vécu et prêché.

[3] Daniel Marguerat, La première histoire du christianisme. Les Actes des apôtres, (LD 180), Cerf-Labor et Fides, Paris-Genève, 1999, ch. 9 : « Ananias et Saphira (Ac 5, 1-11). Le péché originel », pp. 239-268. Ce chapitre est issu de deux textes antérieurs : « Ananias et Saphira (Actes 5, 1-11). Le viol du sacré », paru dans la revue Lumière et vie 215, 1993, p. 51-63, et « La Mort d’Ananias et Saphira (Ac 5, 1-11) dans la stratégie narrative de Luc », dans NTS 39, 1993, p. 209-226. À lire les dernières publications de D. Marguerat sur cette épisode, on constate qu’il a dépensé une immense énergie pour faire connaître son interprétation. Voir notamment les pages de son commentaire des Actes des Apôtres paru en 2007 chez Labor et Fides (coll. Commentaire du Nouveau Testament. Nouvelle série), p. 164s. Il doit beaucoup aux travaux de F. Bovon.

[4] Une première histoire du christianisme, p. 257.

[5] Pour Luc, il n’y a pas de relation entre Dieu et l’homme et encore moins de conversion de celui-ci à l’offre de salut qui ne se réalise au niveau du cœur de l’homme (voir les lignes suggestives de F. Bovon, Op. cit. p. 195-196).

[6] Voir D. Marguerat, Op. cit., p. 241-242.

[7] Je reprends ici en apportant des nuances les lignes du commentaire des Actes par D. Marguerat (p. 164-168 et 172-178).

[8] Cela ne fait aucun doute pour D. Marguerat qui renvoie aux dossiers rassemblés par deux exégètes (voir Op. cit., p. 255-256).

[9] L’identification du lecteur avec le conseil avisé de Gamaliel est d’autant plus spontanée que le narrateur a pris soin de placer celui-ci en décalage par rapport au groupe auquel il s’adresse : il les interpelle à la deuxième personne du pluriel (« Hommes d’Israël, prenez garde… ce que vous allez faire… Ne vous occupez pas de ces gens… Ne risquez pas… » C’est ce que J.-N. Aletti a appelé le « principe de véridiction », règle de rédaction lucanienne qui consiste à lier une annonce ou une déclaration à un événement (ou plusieurs) qui en « vérifie » l’efficacité ou la vérité (Quand Luc raconte, Seuil, 1998, p. 58s).

[10] Il s’agit de savoir si l’auteur des Actes rédige l’épisode en choisissant un épisode ou une autre forme de texte de l’Ancien Testament comme paradigme de base d’un aspect de la diffusion de la Parole (lecture « typologique »).

[11] Voir notamment B. Prete, « Anania e Saffira (At 5, 1-11). Componenti litterarie e dottrinali », in Rivista biblica 36 (1988), pp. 463-486. D. Marguerat, qui définit la faute d’Ananie en relation avec l’éthique du partage des biens et non du sacrilège au bien sacré, estime que le rapprochement n’est que secondaire (p. 250, 261-262).

[12] Du fait de l’absence d’indication juridique en ce sens chez Luc, D. Marguerat met cette lecture de côté (p. 262, n. 1). Je pense que c’est par le récit que la théologie lucanienne se donne comme normative, à sa manière.

[13] L’autre occurrence dans les écrits bibliques juifs du verbe nosphizesthai se trouve dans le Deuxième livre des Maccabées, à propos de la spoliation des vases sacrés du Temple par un grand prêtre, Ménelas (2 M 4, 30s). L’argent destiné aux pauvres aurait-il le même statut que les vases sacrés du Temple ?

[14] Op. cit., p. 253.

[15] F. Bovon fait remarquer que la figure de Satan, bien qu’intervenant à plusieurs reprises, aussi bien dans l’évangile que dans les Actes, joue un rôle secondaire dans le plan de Dieu selon Luc (L’œuvre de Luc. Études d’exégèse et de théologie, Coll. Lectio divina, 130, Paris, Cerf, 1987, p. 172).

[16] L’œuvre de Luc. Études d’exégèse et de théologie, Coll. Lectio divina, 130, Paris, Cerf, 1987, p. 216.

[17] F. Bovon, Op. cit., p. 194-195. L’idée est reprise avec insistence par D. Marguerat.

[18] Les Grecs avaient développé la tradition du theios anèr, homme revêtus de pouvoirs divins, figure qui a pu inciter Luc et d’autres acteurs de la tradition chrétienne à valoriser leurs « héros », à commencer par Jésus le Christ lui-même. Mais pourra-t-on jamais le prouver ?

[19] F. Bovon le résume bien : « Ce n’est pas Pierre en personne qui dispose d’un pouvoir discrétionnaire sur les fidèles et préserve l’intégrité de la communauté, mais c’est l’apôtre en tant que porte-parole de l’Esprit Saint : c’est à l’Esprit Saint et non aux hommes – le texte ne cesse de le répéter – que le couple a menti » (Ibid.). Les mêmes expressions se retrouvent dans le commentaire de D. Marguerat.

[20] Luc est théologien en tant qu’il apporte à son témoignage une insistance vivante et enthousiaste à certains éléments fondamentaux de la tradition qu’il a reçue et veut transmettre.

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trafic organique 13/11/2014 15:54

Merci beaucoup pour cet article. Sympa.

Biblissimo 15/11/2014 19:29

Heureux de vous avoir apporté quelque lumière...

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