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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Un Evangile inconfortable, mais irrésistible!

Publié par Biblissimo sur 15 Novembre 2014, 18:45pm

Catégories : #Nouveau Testament; Actes des Apôtres; Apôtres

"Uncomfortable Words of the Gospel!"

(Paroles de l'Evangile, difficiles mais irrésistibles!)

 

1. « Serviteurs inutiles » (Lc 17, 7-10) !

La première de ces déclarations que je voudrais reprendre et commenter est tellement bizarre qu’on la mentionne rarement : « Nous sommes des serviteurs inutiles ». Elle sent le bigotisme, une religion qui brime les valeurs humaines et tire sur toute manifestation de l’égo. Une religion servile. Ou, quand on la mentionne, reconnaissons-le, c’est en minimisant l’acuité de l’expression…

D’autant plus que le contexte de cette parole, que bon nombre de passages évangéliques, de paraboles, d’exhortations de Paul ou des autres textes du Nouveau Testament, poussent les fidèles à un engagement généreux pour le Royaume, une consécration sans limite à l’œuvre de Dieu. Pensons à saint Paul : comment pourrait-il se considérer « inutile » face aux communautés pour lesquelles il a tant donné ?

Il n’y a pas besoin de chercher bien profond pour trouver en soi l’importance du sentiment de l’utilité. Depuis le fait d’être père ou mère, jusqu’à celui de gérer une entreprise générant suffisamment de recettes pour donner le salaire à cent ou mille personnes. Qui refusera la joie d’animer une soirée entre amis ? Quelle maîtresse de maison ne se ferait pas un devoir de préparer de bons plats pour un dîner d’anniversaire ?

« Se faire un devoir de… » L’expression est intéressante. Ne nous mettrait-elle pas sur la voie d’une réponse adaptée ?

Mais lisons le passage.

17 7 « Qui d’entre vous, s’il a un serviteur qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour des champs : "Vite, viens te mettre à table" ? 8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : "Prépare-moi de quoi dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après quoi, tu mangeras et boiras à ton tour" ? 9 A-t-il de la reconnaissance à l’égard du serviteur parce qu’il a fait les [choses] prescrites ? 10 Ainsi aussi vous : lorsque vous aurez fait toute les [choses] prescrites, dites : "Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire." »

 

1.1 Traduction

Évidemment, il nous faut nous mettre d’accord sur la traduction. Tout le reste dépendra de cet accord.

Or, dans la traduction proposée ci-dessus, « inutile » traduit l’adjectif grec « achreios », lequel signifie clairement « inutile, inutilisable, bon à rien, sans valeur ». On en a un exemple sans conteste en Mt 25, 30, quand le maître du domaine, mettant violemment à l’écart des récompenses celui de ses serviteurs qui n’a pas voulu développer l’énorme somme qu’il lui avait confiée (un talent équivaut à 26 kg d’argent), le traite de « serviteur bon à rien ». Le serviteur n’a rien rapporté à son patron ; il a été vraiment inutile, bon à rien.

« Serviteur inutile » est bien la traduction littérale qui s’impose. Mais, puisque traduire littéralement n’est pas nécessairement une traduction intelligente, puisqu’elle risque de ne pas suffisamment prendre en compte le contexte littéraire et surtout le contexte culturel, il nous faut la justifier ou… la contredire.

Ainsi certains traduisent achreios de manière plus « soft ». Exemple : les traducteurs de la Bible de Jérusalem qui, dans les éditions de 1998 (note b) et suivantes, ont délibérément corrigé la traduction qui prévalait depuis 1955 en : « Nous sommes de simples serviteurs ». Il est clair qu’une telle expression ne risque pas de nous heurter ; il nous arrive de le dire spontanément, adoptant sans difficulté une attitude pleine de modestie.

1.2 Interprétation

Nous pouvons reconnaître assez facilement avec la BJ que la déclaration de Jésus porte sur « le statut des serviteurs et non (sur) leurs dispositions morales ». Si je comprends bien, cette note attire notre attention sur le fait que le texte évangélique ne cherche pas à dévaluer l’engagement spirituel des serviteurs du Royaume ; mais à situer leur rôle propre dans la construction de ce Royaume. Une telle remarque, certainement judicieuse, ne saurait suffir pour résoudre notre perplexité. Il nous faut approfondir la question.

Je propose de faire justice à la traduction littérale « serviteurs inutiles » en l’interprétant en trois étapes basées sur la notion (ou le sentiment) d’utilité dans l’ordre de la vie sociale :

1/ Premièrement, on n’est vraiment utile que quand on apporte aux autres quelque chose qu’ils ne sont pas en mesure d’obtenir par eux-mêmes. Peu de gratification personnelle à bien essuyer la vaisselle après le repas ou à prendre fermement en main la valise d’un parent qu’on accueille à la descente du train. Toute personne en bonne santé est capable de prendre un torchon et d’essuyer des verres. Ou de porter la valise de sa vieille maman. Au contraire, on se sent utile quand les autres se tournent vers vous et vous considèrent comme seul capable de les sortir d’une situation périlleuse : donner la bonne réponse, réparer un instrument, introduire auprès d’une personne de haut rang social, donner une contribution financière décisive pour un projet. Dans ces cas, on se rend non seulement utiles, mais indispensables, dans la mesure où le projet commun serait irréalisable sans notre concours personnel.

2/ Cela est encore plus vrai, deuxièmement, quand on a pris soi-même l’initiative de ce pour quoi on est vraiment utile. Car on a non seulement la capacité de faire, mais on a eu soi-même l’idée qui va apporter quelque chose d’important aux autres. C’est ce qu’on attend de nos politiques, de nos directions d’entreprise. C’est ce qui qualifie le guide, le leader.

Dans le cas de l’exemple donné par Jésus, le maître de maison n’a pas vraiment besoin de serviteurs pour se mettre à table et prendre la nourriture préparée ; ses esclaves ne lui sont pas nécessaires pour ce type d’activité. Quant à l’initiative, ils n’en ont aucune : tout leur est dit par avance, et même sous forme de commandements. Le contrat a tout précisé : ils n’ont plus qu’à exécuter des tâches « prescrites », des activités que tous sont capables de faire.

3/ Troisièmement, au niveau de la conscience humaine, celle qui est formée, éduquée selon les valeurs humaines issues de la culture chrétienne (et, pourquoi pas, issues d’autres cultures ?), le choix fondamental de chercher en toute situation à faire le meilleur bien possible n’est-il pas un devoir, une obligation que l’on se donne ? Et, si cela est vrai de la conscience dans ses orientations naturelles, à combien plus forte raison est-ce vrai pour le serviteur du Royaume selon l’Évangile, celui qui aura opté pour coopérer avec le Dieu de bonté en tout ? Dans cette « logique », l’homme est toujours en attitude de réponse à l’initiative de Dieu, une telle réponse étant l’équivalent de l’expression de la parabole : « nous avons fait ce que nous devions faire ».

On retrouve ici l’expression notée plus haut : « se faire un devoir de… » Expression paradoxale puisque « se faire » dit la liberté dans la décision ; « un devoir » dit qu’on ne saurait faire autrement, sans pourtant obéir à quelqu’un d’autre qu’à soi-même.

J’ai bien formulé une forme de devoir basé sur une option libre. Conformément à cette optique, on trouve dans le commentaire que F. Bovon fait de ce passage la remarque pleine de finesse de Bengel : Si être appelé par Dieu « serviteur inutile » est un malheur, se désigner soi-même comme tel est une bénédiction. [1]

1.3 Le Christ a promis de se faire serviteur de ses fidèles

Une remarque pour donner du poids à notre interprétation, plus exactement à la déclaration que nous trouvons dans l’évangile de Luc : le Christ lui-même, le Maître, a promis de prendre la place du serviteur de l’histoire.

En effet, l’histoire exemplaire note que le maître demande à son serviteur, rentrant fatigué de son travail aux champs ou derrière le troupeau, de « se ceindre et de se mettre à servir ». Or, ce même geste très caractéristique du serviteur, voire de l’esclave, est attribué au Maître dans une exhortation à être prêt en permanence pour le jour et l’heure du retour du Maître. Car, dit l’histoire, « il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira » (Lc 12, 35). Judicieusement, l’évangile de Luc a annoncé que le Christ ferait ce qu’il attend de ses disciples ; il donne l’exemple ; il promet de faire pour ses disciples fidèles ce qu’il leur demande, les faisant passer du « statut » de serviteur (voir note de la BJ) à celui de maître, suprême récompense.

1.4 Actualisation

En relisant de près le récit imagé, on se rend compte que le vocabulaire utilisé correspond à celui de la mission apostolique et du service dans le cadre de la communauté. Il s’agit donc d’un vocabulaire éminemment « ecclésial ». En effet, la mission est souvent comparée au travail des champs et à celui de paître le troupeau ; la maison est l’équivalent de la communauté, dans laquelle les responsables doivent se considérer comme des serviteurs. On ne saura sans doute jamais si Luc ou sa source faisait cette lecture de l’histoire imagée, mais il faut reconnaître qu’elle est une étonnante exhortation adressée à ceux qui ont dans l’Église autorité, aussi bien dans le cadre de la mission que de la communauté, à se donner généreusement et sans attendre de récompense. Sur le modèle du Christ, le Seigneur qui s’est ceint pour servir, comme nous l’avons dit ci-dessous.

1.5 Conclusion

Se reconnaître « serviteur inutile », dans la perspective évangélique, n’a rien de dévalorisant quand on sait combien Dieu « a besoin de nous » pour le développement de son Royaume, quand on sait combien notre engagement auprès de nos proches, malades, âgés, en situation d’injustice, ou tout simplement dans le cadre professionnel ou d’activités de loisirs, est apprécié du Christ. C’est une question de vérité, de cette vérité qui habitait le Christ, serviteur et Fils par excellence.

Se reconnaître « inutile » dit seulement – mais cela est immense ! – que nos compétences humaines et certaines de ces décisions qui ont changé quelque chose de notre vie ou de la vie d’autres personnes n’étaient rien si elles n’ont pas été reçues de Dieu et si elles n’étaient pas au service de Celui de qui tout vient et vers qui tout trouvera sa fin, son achèvement.

Aux yeux de Dieu, c’est la qualité, la dimension filiale de notre engagement qui compte, tout comme, aux yeux de nos proches, c’est la gratuité de notre générosité qui touche les cœurs.

2. « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille… » (Lc 18, 24-27)

 

 

[1] L’évangile selon saint Luc. Coll. Commentaire du N.T., iiic, Genève, Labor et Fides, 2001, p. 127.

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artisan serrurier 25/11/2014 07:39

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

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