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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Trois colonnes pour sauver le monde...

Publié par Biblissimo sur 19 Janvier 2015, 09:51am

Catégories : #Nouveau Testament; Actes des Apôtres; Apôtres

Célèbres cariatides de la Salle du trésor du Temple d'Athéna à l'acropole d'Athènes
Célèbres cariatides de la Salle du trésor du Temple d'Athéna à l'acropole d'Athènes

Les trois colonnes du monde.
Reprise chrétienne d'un célèbre apophtegme rabbinique.

Un "apophtegme" (brève formulation d’une grande sagesse) d’un célèbre rabbin du 3ème siècle dit ceci :

« Le monde repose sur trois colonnes : l’étude de la Torah, l’Avodah et les œuvres de miséricorde »

(Pirqé Avot, I,2, citant Siméon le Juste, maître juif et grand prêtre à Jérusalem).

En culture chrétienne, ce célèbre apophtegme rabbinique pourrait être rendu ainsi : l’action salvifique de Dieu dans le monde passe nécessairement par ceux qui ressourcent constamment leur vie par la méditation de la Parole de Dieu, la prière et les actes de bonté envers le prochain.

Notons que le texte original ne définit pas ce sur quoi repose le monde. Qu’il s’agisse de « colonnes » a été ajouté par la suite, sur la base du verbe ‘amad, « se tenir debout », à l’origine du nom ‘amûd, colonne. L’image est parlante. On parle aussi de trois « principes » (R. Dreyfus), de « sentiers » (A. Heschel) et de « piliers » (Leibowitz).

Cet apophtegme est très sage. Pourquoi ?

Une colonne, dressée entre terre et ciel, est trait d’union entre Dieu et l’homme ; c’était le rôle de l’obélisque égyptien, roc taillé en rayon de soleil en l’honneur du dieu Râ ou Amon, et du menhir celte ou oriental, l’un et l’autre représentant l’effort de conversion du mode d’être horizontal, destin du cadavre, vers le mode d’être vertical, axe de l’esprit. Pour qui est persuadé que l’homme ne pourra jamais se libérer lui-même du mal qui l’habite si profondément, pour qui croit que Dieu s’est proposé lui-même avec toute sa patience et sa puissance pour lui offrir le salut, alors il lui reste à exercer ce service de trait d’union, de médiateur, d’intercesseur entre terre et ciel.

Ces trois colonnes ne sont pas simplement juxtaposées, les unes à côté des autres ; elles s’entrelacent, chacune ayant besoin des autres pour remplir fidèlement son office malgré les vicissitudes de l’existence concrète, en particulier le fait d’être immergé dans un monde païen ; si l’une venait à faire défaut, immanquablement les deux autres se dessècheraient, perdraient leur vitalité, leur rayonnement. Cette étroite collaboration, ce nécessaire entrelacement, requiert de l’homme qui s’y engage l’humilité et l’amour. Le sage est modeste ; il sait qu’il n’est rien par lui-même.

Les colonnes dont nous parlons ont la particularité de tenir debout parce qu’elles sont plus attirées par le haut que cimentée sur un socle en bas. Elles ont le dynamisme de ceux qui ont la justice et la vérité comme fondements de leur existence mais en même temps cherchent sans cesse à se dépasser ; l’homme n’est lui-même que s’il accepte de regarder plus loin que soi et plus haut que ses besoins immédiats. Dynamisme précaire, certes, mais le seul qui soit accordé au salut. Aussi grande soit-elle, la justice ne sera qu’une condition – nécessaire – du progrès humain, jamais son salut, plus nécessaire encore.

Quel ordre entre les trois colonnes ?

Dans la liste, il a fallu mettre les mots les uns à la suite des autres ; c’est normal… Toute phrase, orale ou écrite, est une succession de mots avec des premiers, des intermédiaires et des derniers. C’est la loi de notre insertion dans l’espace matériel (une feuille de papier) ou physique (nous n’avons qu’une langue pour formuler un langage cohérent). En réalité, on peut fort bien modifier l’ordre des colonnes ; et c’est ce qui fait la richesse de l’humanité : certains donneront à l’étude la première place dans leur démarche de sagesse ; d’autres « porteront le monde » par la prière et le culte ; d’autres sauveront la société principalement par leurs œuvres – pourvu qu’elles soient d’abord œuvres de Dieu et secondairement seulement leurs œuvres…

Il est cependant plus logique de conserver l’ordre donné dans le passage des Pirqé avoth ; il y a une cohérence qu’il est bon de respecter.

 La première colonne consiste dans l’étude de la Torah

Pour les chrétiens, la Torah, enrichie des écrits apostoliques, est devenue « la Bible ». Pour les Juifs comme pour les chrétiens, il s’agit de mendier à Dieu, par la lecture de sa Parole, la connaissance des voies du salut. Ni la Torah ni la Bible ne sont de simples écrits ; ni le judaïsme ni le christianisme ne sont des religions du livre. Car c’est dans le dialogue avec Dieu que cette connaissance est donnée ; et ce dialogue ne se fait jamais seul : c’est dans la symphonie des lectures que chacun discerne la voix de Dieu. Et ce n’est pas tout : la Bible est écrite avec la vie plus qu’avec de l’encre. La Parole de Dieu est le fruit de l’interrogation de centaines d’hommes se tournant continuellement vers leur Dieu pour obtenir de lui la réponse aux problèmes, les plus simples comme les plus dramatiques, qu’ils rencontrent à chaque pas, à chaque épreuve, à chaque carrefour. À chaque génération de chercheurs, de prophètes, de sages, Dieu a donné réponse. Et il continue de le faire dans le secret des couvents comme dans les assemblées liturgiques. C’est pourquoi le moine lit la Bible, même après cinquante années de vie consacrée à la méditation, et quand bien même la bibliothèque de son monastère aurait rassemblé tous les livres de théologie du monde…

Le terme utilisé est l’étude ; en hébreu, le verbe le plus significatif est darash, chercher, scruter ; méditer, c’est donner à l’esprit la possibilité de se laisser enseigner simplement grâce à l’attention mentale, portée par le cœur profond. Il n’y a d’attention que dans la mesure où une part de nous est en recherche. On n’écoute vraiment que ce que l’on a cherché à entendre. L’attention peut devenir d’une intensité inouïe, comme celle de l’exégète soucieux d’aller jusqu’au bout des possibilités qui lui sont offertes pour comprendre une expression ou une thématique et ne rien laisser perdre de la précision de la Parole. C’est le service qu’on attend de lui ; et combien ce service est précieux pour le croyant qui ne se contente pas de traductions approximatives et d’interprétations subjectives !

L’étude n’est rien d’autre qu’une écoute attentive ; le savoir acquis par l’intelligence, nécessaire, doit, à un moment bien précis, laisser place à l’écoute par le cœur. D’ailleurs, il n’y a de vrai savoir que celui qui correspond à une attente venant du cœur ; le reste est simple culture, voire curiosité. Car Dieu parle à l’intelligence en passant par le cœur. Il est un Ami plus qu’un enseignant ; un père plus qu’un prof’.

‚ La deuxième colonne, c’est la médiation par la prière

Le terme précis, avodah, dans le témoignage relatif à Siméon le Juste, se traduit par "culte", le "service [cultuel]" (c’est la racine du mot en hébreu) de Dieu. Il se faisait, normalement, dans le cadre des liturgies du Temple de Jérusalem.

Le terme "culte" est peu apprécié dans les milieux catholiques ; dans d’autres milieux chrétiens, il désigne plus une forme de rite collectif qu’une dimension vivante de la relation avec Dieu. Si cependant le terme "prière" évoque une forme de dialogue avec Dieu dans laquelle l’homme ou le groupe de croyants choisit ses mots et parle en son nom propre, variant d’un jour à l’autre les formules, s’exprimant spontanément et sans grande précision, alors le mot ne correspond pas vraiment à celui d’avodah. Pour que la prière soit colonne sur laquelle repose une part du salut du monde, il faut qu’elle soit aussi conforme que possible à ce que Dieu en attend. Évidemment, elle doit être exempte de tout formalisme ; elle ne peut se contenter de formules toutes faites et considérées comme ayant une valeur magique, une efficacité automatique.

Il nous faut être parfaitement conscients qu’il n’y a aucun moyen de « forcer » Dieu à agir dans tel ou tel sens. On ne fait pas « plier » les desseins de Dieu, comme si, du fait de notre supplication, il devait modifier son comportement à notre égard, se rappeler une promesse du passé, se rendre compte d’un oubli ou d’une négligence de sa part. Non, s’il répond à la demande, ce sera toujours de manière libre, gratuite. Toute action de Dieu est « grâce » ; or la grâce est gratuite, gracieuse, ou elle n’est pas.

Pourtant, nous croyons, avec les sages et les prophètes de la Bible, que Dieu attend nos demandes ; la tradition nous a appris que, d’une certaine manière, Dieu interviendra dans un sens favorable à ses fidèles parce qu’ils l’auront demandé, et même supplié. Mais à la manière de mendiants sachant pertinemment qu’ils n’ont pas de droits à l’égard de la bonté de Dieu. À la manière d’enfants frappant à la porte de la bienveillance divine non de je ne sais quelle forme de justice écrite dans un code de droits et de devoirs divins.

Celui qui prie doit s’efforcer de conformer ses intentions à celles de Dieu, d’épouser les besoins du monde, de formuler ce qu’il porter réellement en lui au-delà des mots. Le silence aura sa place, et même une place essentielle, du moment que les mots sont incapables d’exprimer la tension forte de l’homme se présentant lui-même et présentant l’humanité à son Dieu.

Les rites sont souvent indispensables pour réguler la dimension physique (extérieure) et sociale de la prière ; pour l’élargir aux générations passées ; pour manifester par des gestes ce que les mots ne peuvent dire ; pour ajouter quelque élément artistique, voire affectif, capable de manifester la recherche mutuelle et la rencontre entre l’homme et Dieu.

L’efficacité de la prière n’est pas affaire de longueur, de nombre de mots ou d’oraisons ; elle est tout entière dans ce sens de la responsabilité de chacun à l’égard du tout, une responsabilité confiée par les autres, confiée par l’Église, reconnue plus encore comme confiée par Dieu lui-même. C’est la dimension sacerdotale de tout homme, a fortiori de celui qui s’est reconnu solidaire de l’humanité et en même temps relié personnellement au Christ dans sa mission de sauveur. La prière est médiation ; le cœur de la prière est donc "sacerdotal", que cette médiation soit de l’ordre de la louange, de l’action de grâces, de l’adoration, de la supplication ou de l’intercession.

Les rites sacramentels sont l’exercice le plus éminent, le plus complet (s’ils sont faits avec toute l’attention requise) de ce sacerdoce. Ils sont prière et action du Christ dans le croyant membre de son corps, l’Église.

Car il est donné au croyant de laisser l’Esprit du Christ prier en lui et à travers lui ; c’est évidemment la prière par excellence, celle qui vient du Fils de Dieu et remonte au cœur même du Père, chargée du poids de souffrance ou de l’allégresse des hommes, comme une lourde gerbe déposée au cœur même de la Trinité.

ƒ La troisième colonne est l’exercice de l’amour à l’égard du prochain

Note préliminaire : Le texte original ne précise pas le bénéficiaire de l’acte de bienveillance. De plus, le verbe utilisé supposerait qu’il s’agit d’actes « en retour », d’ « actions de grâce ». L’interprétation postérieure s’est cependant nettement orientée vers le sens d’actes de bienveillance à l’égard de toute personne.

On ne s’y attendait peut-être pas ! Voilà la miséricorde au quotidien hissée au niveau de condition de survie de l’homme ! Le monde est sauvé à chaque fois que nous accomplissons une action pour l’amélioration des conditions de vie de ceux qui nous entourent, l’aumône au pauvre du quartier, le service des malades.

La miséricorde est une colonne essentielle car elle garantit la gratuité dans les rapports humains. C’est l’affirmation, souvent silencieuse, que l’humanité est fondée sur l’entraide de tous. C’est pourquoi la miséricorde, exercice parfait de la bienveillance pure, est essentielle à l’existence même de l’homme ; elle est une propriété qui définit la relation sociale en tant que relation humaine. Elle a valeur prophétique dans la mesure où la tendance la plus fréquente chez nous est de sélectionner les destinataires de nos actes de bonté, les limitant au plus petit nombre possible, en fonction de nos sympathies naturelles, de nos intérêts et de nos peurs en matière de réserve financière pour l’avenir.

C’est plus encore, et tout simplement, le prolongement dans le quotidien de nos vies de l’action divine elle-même, celle que nous avons décrite ci-dessus à propos de la raison d’être de notre mission sacerdotale et du mode propre de la prière selon la tradition juive et chrétienne. L’aumône faite par amour, le pardon accordé, l’attention toute miséricordieuse à une personne handicapée, le temps donné de façon totalement désintéressée, tout cela est à l’image du mode de « comportement » divin à notre égard.

Alors que la raison humaine cherche à comprendre le pourquoi des situations et des actes qui leur sont liés et à calculer le profit qu’on peut en retirer, la miséricorde divine est par définition sans limite et sans raison. Dieu est le Dieu de tous sans aucune exception et sans limitation de sa bienveillance. Plus encore que le soleil ne se lève chaque matin à l’horizon pour les blancs et les noirs et que la pluie ne tombe indistinctement sur le jardin des bons et des méchants. Ce que la neutralité est pour le soleil et la lune dans l’attribution de leurs bienfaits, elle l’est pour Dieu par essence ; ce que le soleil et la lune peuvent avoir de bonté à notre égard, Dieu l’a par essence. Et il n’est même que Bonté. De même qu’il est totalement douceur, pureté d’intention, justice. Cette pauvreté que l’homme a tant de mal à accepter quand il y est contraint, Dieu l’a par essence ; alors que l’homme a besoin de biens matériels et de considération sociale pour exister, Dieu n’a besoin de rien d’autre que d’être lui-même. L’homme manque de biens par contrainte ou par choix, toujours difficile, souvent avec tristesse ; Dieu est en manque de tous ces biens par nature, dans une béatitude sans ombre. C’est pourquoi, quand il agit, c’est toujours une œuvre de miséricorde.

Relecture chrétienne : colonnes et vertus théologales

Il se trouve, ce n’est pas un fait exprès, que ces trois colonnes correspondent à ce que la tradition chrétienne a systématisé dans sa doctrine des « vertus théologales » : la foi, l’espérance et la charité. Saint Paul, dès la première lettre de lui qui soit en notre possession, qui est d’ailleurs le plus ancien document chrétien, la Première lettre aux Thessaloniciens, les nomme déjà :

« Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur Jésus Christ » (1Th 1, 3).

La lecture assidue, attentive et, pourquoi pas, l’étude au sens précis, de la Bible, permet à l’intelligence de ressourcer sa foi à la Parole prophétique. Lue comme Parole de Dieu, la Bible vient nourrir la foi, confrontant la raison avec les formulations de foi qui se succèdent depuis la première page jusqu’à la dernière. Pour le chrétien, c’est autour du mystère du Verbe fait chair, de la reconnaissance que Jésus de Nazareth est vraiment Fils de Dieu, qu’il parle avec toute autorité et qu’il agit au nom de son Père en parfaite fidélité, que cette foi se concentre et en même rencontre ses épreuves, tellement c’est impossible à comprendre ! Lire et relire la Bible pour reprendre sans cesse le chemin des disciples et de saint Paul à la suite de Jésus permet à la foi d’habiter notre quotidien, d’éclairer de l’intérieur les situations d’épreuve, de regarder au fond des hommes que nous rencontrons cette part de divin qui les habite en tant que fils et filles de Dieu… La foi permet en définitive, avec courage, de deviner, au cœur de nos échecs, le Crucifié présent en filigrane, ouvrant un chemin de vie dans le chaos de notre humanité.

La prière met en œuvre l’espérance chrétienne, c’est-à-dire cette forme d’abandon à la volonté de Dieu qui permet à celui-ci d’avoir toute latitude pour agir, pour intervenir dans l’histoire, la nôtre, celle des hommes à des milliers de kilomètres. Car l’espérance n’est pas, comme on l’imagine trop souvent, la simple certitude que Dieu écoute nos prières et qu’il y aura un Jugement et un monde parfait à la fin des temps. Cette formulation n’est qu’une partie de ce qu’est l’espérance comme lien « théologal » entre Dieu et nous. L’espérance est un mouvement de l’esprit qui nous jette dans les bras de Dieu comme un enfant se confie à son père ou à sa mère pour recevoir la nourriture, les soins et la tendresse. Et faire la volonté du Père nous assure que nos bras ouverts, dans les ténèbres, rencontrent ceux de Dieu. Le reste dépendra de lui. Ainsi, prier est l’exercice éminent de notre espérance en la paternité fidèle de Dieu, à tout moment et en toute circonstance.

L’aumône, l’exercice de la miséricorde, est facilement reliée à la charité, c’est facile à comprendre. Il reste à le faire, et là, c’est nettement plus difficile !

Derrière les trois vertus, l’homme capable d’entrer en relation avec Dieu

Pourquoi cet apophtegme est-il si sage ? Car il donne toute son importance aux trois dimensions fondamentales de la personne humaine, que ce soit dans son existence individuelle ou dans son engagement à l’égard du monde : l’intelligence, la créativité et l’amour. À chacune de ces facultés correspond une de ces trois colonnes par lesquelles l’homme permet à Dieu d’habiter notre monde et de le sauver :

1- Par la première colonne, l’homme met son intelligence, sa prudence, sa sagesse en accord avec la Révélation transmise dans la Parole de Dieu. Elle est primordiale, dans la mesure où c’est par l’écoute de la Parole de Dieu et par la méditation qu’il saura comment prier et discerner dans le prochain un frère à aimer et aider.

2- Par la deuxième, il choisit de constamment déposer dans les mains de Dieu son « travail » quotidien parce qu’il sait que ce travail est incapable de rendre le monde radicalement et durablement meilleur, et il le fait à travers la formulation de ses prières, qu’elles soient de demande pour ce qui concerne l’avenir ou d’action de grâces pour le passé, tandis que par la louange et l’adoration il « installe » profondément Dieu au cœur de l’histoire.

3- Par la troisième, il choisit d’incarner dans ses grands projets comme dans le moindre de ses actes l’absolue nécessité de la miséricorde, du pardon, d’un amour qui n’est possible que s’il le puise chaque jour dans le Cœur même du Christ.

Trois colonnes entrelacées valent mieux que mille séparées

S’il en est bien ainsi, si l’étude de la Torah, l’Avodah et les œuvres de miséricorde sanctifient les trois facultés de l’homme, on comprend que ces trois colonnes sont inséparables les unes des autres. L’homme peut-il parvenir à sa perfection si son intelligence s’est désintéressée des exigences de l’amour, s’il s’est isolé de ses proches et a étouffé l’amitié qu’il avait pour certains ? Peut-il se replier sur son présent sans chercher à améliorer son sort, son milieu de vie, à développer ses capacités créatrices ? Peut-il s’abandonner aux vents de l’amour sans vérifier que ce qu’il aime et la manière d’aimer sont légitimes, utiles, favorables à l’harmonie, durable ?

De même quelle serait la valeur de la prière d’un homme délaissant consciemment ses responsabilités à l’égard de ceux qui lui sont confiés ? Comment Dieu pourrait-il enseigner celui qui ne lit la Torah ou sa Bible que par curiosité ou de manière superficielle ? Que vaut dans la durée la générosité de celui qui ne nourrit pas sa réflexion ? Sera-t-elle habitée, animée par la grâce de Dieu s’il ne prie pas ?

Ce n’est que dans l’étroite association de la lecture attentive de la Parole, de la prière fervente et sincère et de l’action à l’égard de ceux qui nous sont confiés qu’avec Dieu nous « porterons le monde » vers son salut. Disons plutôt que l’action de Dieu travaillant au salut du monde ne peut vraiment se réaliser que dans la mesure où l’homme, croyant, espérant et aimant, se met, avec ses principales facultés, à la disposition du Christ enseignant, de son Esprit consolateur et de sa Bonté de Père.

Trois colonnes pour les trois missions du baptisé

Trois colonnes, trois vertus théologales, trois facultés de l’agir humain… Tout cela correspond à la triple consécration reçue dans le baptême au nom du Christ roi, prêtre et prophète. L’exercice de la foi, orientant la pensée selon la sagesse divine, est l’exercice de la royauté ; la médiation par la prière est l’exercice du sacerdoce ; la purification de nos intentions et de notre manière d’aimer par la miséricorde correspond au cœur de la prophétie biblique, en particulier néotestamentaire.

Pas de place pour le mérite…

Si je travaille efficacement pour une autre personne, celle-ci doit me rétribuer en proportion de l’effort fourni et du résultat. Je « mérite » un salaire ; une récompense m’est due. C’est un droit que j’ai acquis, et parfois durement.

Dieu, certes, voit nos efforts et il les apprécie ! Mais, quand il vient en aide à l’homme, ce n’est certainement pas sous la forme d’un salaire dû, une récompense que l’homme aurait « méritée ». Quand l’homme croyant exerce sa mission de médiation, quand il se place en colonne entre ciel et terre, il ne fait rien d’autre que s’ouvrir à la grâce divine, accordée gracieusement et gratuitement, et, croyons-le, généreusement !

Conclusion

En guise de conclusion, plaçons ici ce petit « sommaire », si significatif, par lequel Luc définissait à ses débuts la communauté chrétienne, et qui plaçaient déjà, en quelques mots, le triple programme baptismal :

« Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres,

fidèles à la communion fraternelle,

à la fraction du pain et aux prières »

(Ac 2, 42).

Pour poursuivre la réflexion, on lira avec profit les développements du P. Benoît STANDAERT, bénédictin et exégète : Les trois colonnes du monde. Carnet de route pour le pèlerin du XXIe siècle, Desclée, Paris, 1991.

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