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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Quand Jésus enseigne la géométrie en trois dimensions… (Mc 9, 30-37)

Publié par Biblissimo sur 25 Juin 2016, 06:48am

Catégories : #Synoptiques & Actes des Apôtres

Quand Jésus enseigne la géométrie en trois dimensions… (Mc 9, 30-37)

Quand Jésus enseigne la géométrie en trois dimensions… (Mc 9, 30-37)*

30 Ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. 31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » 32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger.

33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » 34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. 35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » 36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit : 37 « Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. »

Le petit groupe marche. Le sentier serpente entre les champs. Il épouse la pente des collines. Il faut parfois monter pour pénétrer dans les villages, collés, compacts, à leurs flancs. Des hommes, des femmes, des paysans qu’ils dépassent ou croisent les retiennent pour quelques pas, ralentissant une marche sans autre terme qu’une dernière étape, un passage vers l’au-delà dont Lui seul connaît les contours. Parfois, des enfants avancent accrochés à leur mère, par la main, par le pan du manteau ou par la lanière d’un sac qui pend des fortes épaules. Cordon où passe dans le cœur las du petit la toute-puissance du cœur de la mère.

Ce jour, l’étape était longue et la petite colonne s’était étirée. Lui devant et les autres en arrière, à quelque distance. Il y avait du rêve dans la tête de ces hommes. Le rêve prend naissance et se développe dans un espace fluide et ouvert à tout vent, quelque part en-deçà de la raison, en-deçà de son pouvoir et de sa maîtrise. Ce matin-là, le rêve chez ces hommes était porté par le sentiment de la réussite. On se sentait forts. On se voyait importants dans un monde à venir, dans l’avenir du Royaume. On se gonflait dans un vent aussi chaud que celui qui vient de la mer au mois de Sivan et gonfle les voiles sur le lac et les draps sur les terrasses. Le sentiment devint pensée et le vent se fit paroles échangées. Paroles donnant forme à la puissance et à la grandeur, selon la manière dont chacun se représentait puissant et grand. Et, puisqu’il fallait ordonner ces différentes manières d’être grands, une discussion s’ensuivit. Elle dura peu de temps ; à peine celui d’une centaine de pas : l’odeur âcre du poisson qu’on fume, dans les ateliers de Magdala, dégonfla les voiles.

Lui marchait en tête, en conversation avec trois hommes sortis du dernier village, celui qui garde la passe du Mont Arbeles.

Deux ou trois coups de vent avaient pourtant envoyé en sa direction deux ou trois bribes de ces rêves de grandeur et de puissance. Et, comme tout en lui, son ouïe était fine.

De plus, c’était un homme patient. La patience s’accorde au temps de Dieu, au rythme des saisons, au pas des enfants, des malades et des vieux. Elle nous fait avancer exactement à leur rythme. Elle accorde les gestes et les mots au temps de la paix. Jésus attendit d’être arrivé à la maison.

« De quoi discutiez-vous en chemin ? »

Surprise. Il avait entendu. Pris en flagrant délit de désaccord. La route devant eux s’était faite double et ils avaient bifurqué pour l’autre, celle qui prise l’honneur, le pouvoir, les marques de reconnaissance. Ils avaient pris leur mètre pour mesurer les centimètres de plus ou de moins entre eux. Géométrie de pouvoir.

Lui n’a jamais eu en poche un mètre à mesurer les hommes. Sa seule géométrie est celle du service.

La chose était sérieuse. D’autant plus que ces hommes formaient ensemble le groupe des Douze. L’avenir du monde dépendait d’eux et des options qu’ils prendraient. Il lui fallait donc poursuivre assis et parler avec autorité : « S'étant assis, il appela les Douze et leur dit… » La route du jour prenait alors fin dans une salle de classe pour une mise au point géométrique.

« Le premier, c’est le dernier ; le plus grand, c’est le plus petit. » Grandir, sur le chemin de la croissance spirituelle, c’est décroître. On ne vise pas un sommet, lointain, au bout de la route ; on se contente de prendre sur soi le sac du compagnon fatigué. À la pause, on prépare le repas et on ne s’allongera sur le tapis que l’hôte a déroulé sous la tente fraîche qu’après avoir lavé et rangé bols et plats. On encourage ; on réconforte ; on écoute.

Le jeune homme a besoin de savoir qu’il sera un jour admiré et respecté. Il étudie et fais l’apprenti pour devenir à son tour un roc, un chef de famille solide. Plus tard. Récompense et accomplissement. C’est la raison d’être de son affranchissement de la tutelle paternelle.

De la surprise à la honte ; de la honte à l’éclatement des géométries de promotion. Ce groupe d’hommes vacille.

Ils doivent s’écarter et laisser place à un enfant. « Prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit… » Jésus l’attire à lui, le met en confiance et le place au milieu des adultes, au centre des Douze. Il en fait le centre d’un cercle formé par ces hommes qui marchaient vers des offices d’officiers. Il leur demande de se tourner vers le geste de deux bras qui enlacent un enfant et d’apprendre ainsi où se trouve le centre du Royaume.

Le regard du Christ ne se porte pas vers le sommet d’une montagne ; avec lui, on abaisse les yeux sur la chevelure ébouriffée d’un enfant, sur ses mains maculées du sable gris volcanique de la plage, sur ses yeux étonnés et ses joues empourprées de tendresse. De haut en bas ; de grand à petit ; de roi à serviteur.

La ligne s’est faite cercle autour du plus-bas.

Voilà la géométrie de l’Évangile.

(*) Merci au Fr. François CASSINGENA-TREVEDY, O.S.B., Professeur d'histoire de la Liturgie à l'ICP, pour son "Sermon aux oiseaux" qui a orienté cette lecture biblique (Sermons aux oiseaux, Ad Solem, Genève, 2009, p. 61-62). En passant, je vous conseille ce recueil d'homélies où l'esprit de la poésie rencontre l'Esprit de Dieu (discours parénétique) à travers une lecture (docte!) de la Bible.

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