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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Isaac ou l'épreuve d'Abraham (Gn 22,1-19) - L'Aqédah ou la Ligature

Publié par Biblissimo sur 11 Décembre 2016, 18:21pm

Catégories : #Ancien Testament, #Abraham, #Isaac, #Aqédah, #Sacrifice

L’épreuve d’Abraham (Gn 22, 1-19) - Le texte

22 1 Après ces événements, il arriva que Dieu éprouva Abraham et lui dit : « Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » 2 Et il dit : « Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t’en au pays de Moriyya, et là tu l’offriras en holocauste sur une des montagnes que je te dirai. »

3 Abraham se leva tôt et il sella son âne et prit avec lui deux de ses garçons et Isaac son fils et il fendit les bois de l’holocauste et il se leva et il alla au lieu que lui avait dit Dieu.

4 Le troisième jour, Abraham leva les yeux et vit le lieu de loin. 5 Et Abraham dit à ses garçons : « Demeurez ici, vous avec l’âne et moi et le garçon que nous allions jusqu’ainsi et nous adorerons et nous reviendrons vers vous. »

Et Abraham prit les bois de l’holocauste et plaça sur Isaac son fils, et il prit dans sa main le feu et le couteau et ils allèrent eux-deux en-un.

7 Isaac parla à Abraham son père et il dit : « Mon père ! » Il dit : « Me voici, mon fils ! »  Et il dit : « Voici le feu et les bois, mais où l’agneau pour holocauste ? » 8 Abraham dit : « Dieu verra-pour-lui l’agneau pour holocauste, mon fils. » Et ils allèrent eux-deux en-un.

9 Et ils vinrent au lieu que lui a dit Dieu et Abraham construisit là l’autel et disposa les bois et il lia Isaac son fils et le plaça sur l’autel par-dessus les bois. 10 Abraham étendit sa main et il prit le couteau pour immoler son fils.

11 Et l’Ange de Yhwh l’appela du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il dit : « Me voici ! » 12 L’Ange dit : « Ne lance pas la main vers l’enfant et ne lui fais rien. Car maintenant je sais que craignant Dieu tu [es] : tu n’as pas épargné ton fils, ton unique, loin de moi. »

13 Et Abraham leva ses yeux et il vit et voici un bélier, derrière, était attaché dans un buisson par ses cornes et Abraham alla et il prit le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.

14 Et Abraham appela le nom de ce lieu « Yhwh voit », qui est dit aujourd’hui « sur une montagne, Yhwh est vu ».

15 L’Ange de Yhwh appela Abraham une seconde fois depuis le ciel 16 et dit : « Je jure par moi-même, oracle de Yhwh : parce que tu as fait cela, que tu n’as pas épargné ton fils, ton unique, 17 je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis. 18 Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre, parce que tu m’as obéi.

19 Abraham revint vers ses garçons et ils se levèrent et allèrent ensemble à Be‘er Sheba‘. Abraham résida à Be‘er Sheba'.

L’épreuve d’Abraham (Gn 22,1-19). Analyse littéraire

I. Brève analyse littéraire

I.1 Composition

Trois étapes se succèdent, suivies d’un commentaire (l’évaluation de l’attitude du patriarche et le renouvellement des promesses divines) et d’une conclusion.

La première (v. 1-5) et la troisième (v. 10-14) étapes commencent par un ordre divin adressé à Abraham, lequel est apostrophé par son nom, et concernant son « fils unique ». Entre les deux, une étape, centrale par sa position et par son rôle, décrit l’accomplissement du premier ordre divin par Abraham (v. 6-10).

Les versets 7 et 8 apparaissent facilement comme le centre d’une structure concentrique, consistant en les versets 6 à 10.

De même, si on met en relation les deux actes d’appeler aux versets 11 et 14 (l’ange « appelle » Abraham et celui-ci « appelle » le lieu d’un nom récapitulant l’histoire), le verset 13 semble le centre d’un chiasme en même temps qu’il est le dénouement de ce qui précède.

On peut noter les rapprochements de vocabulaire entre les première et deuxième étapes et l’étonnante répartition du vocabulaire entre les trois étapes. Cela laisse entendre que l’auteur a soigneusement rédigé son récit pour permettre au lecteur de suivre le cours de l’action selon ses articulations significatives.

I.2 Focalisation et tempo

L’action principale du récit est la réalisation d’un holocauste. C’est la raison d’être du départ. Une fois réalisé, les acteurs retournent chez eux.

Cependant, le but propre du rite est totalement off : rien n’est dit de ses caractéristiques propres, du type de sacrifice, des bienfaits qu’il est supposé apporter à l’offrant ou à son destinataire. Pourtant, ce devrait être un rite d’une grande valeur pour qu’il requière un voyage aussi long, avec l’effort conséquent.

La focalisation en effet ne se trouve pas, comme on l’attendrait, sur la relation entre Abraham et le Dieu à qui il va offrir l’holocauste, mais sur la relation de l’offrant avec ce qu’il offre, de l’homme avec son fils. C’est bien cette séparation, ce renoncement qui est au centre du récit et non l’acquisition d’un bienfait moyennant l’exécution d’un rite normalement préétabli.

L’analyse du tempo du récit vient le confirmer.

Si l’on est sensible au tempo du récit (le rapport entre le temps des événements tels qu’on peut imaginer qu’ils se sont déroulés et le rythme du récit), il est facile de noter un ralentissement quand il s’agit de la section dans laquelle Abraham est seul avec son fils, d’abord pour préparer la réalisation du sacrifice puis dans l’intervention de l’ange. L'énumération méticuleuse des actions d'Abraham, autour du geste de "prendre", scande ce tempo. C’est à cette occasion que sont mentionnés le feu et le couteau, passés sous silence lors de la description du départ (ne mentionne que les bois qu’il faut préalablement fendre), et qu’est envisagée la nécessaire présence d’un agneau. Au contraire, la mise en récit du sacrifice du bélier se donne selon un tempo rapide, tout comme la conclusion de la scène (la notice du retour d’Abraham à son domicile). Quant au déplacement entre le départ au petit matin et l’arrivée au pied de la montagne, il n’en est pas dit mot alors qu’il s’étend sur deux journées pleines et une partie du jour suivant.

Le rôle des serviteurs (en hébreu « garçons » ou « jeunes ») est nettement de souligner le caractère dramatique du rapport entre Abraham et son fils unique — lui aussi qualifié de « garçon » (v. 12) et il faut absolument l’interpréter — dans l’étape où ils avancent les-deux-en-un.

I.3 Vocabulaire

Une simple liste des mots concernés attire l’attention sur ce qui touche directement au sacrifice : bois (porté par l’âne puis par Isaac), couteau, feu, agneau, autel, placer sur les bois, tendre la main pour prendre le couteau, holocauste, immoler, montagne. Un mot manque cruellement dans la première phase de la scène: l'agneau, ou, précisément, la tête de petit bétail, śeh. C'est l'enfant qui remarquera le manque et le fera venir dans l'histoire.

À l’issue de cette énumération, l’auteur prend soin de placer le syntagme : « à la place de son fils ». En conclusion de l’activité sacrificielle, les mots retentissent fortement, chevauchant ceux qui décrivaient l’apparition du bélier et son sacrifice. Tout le thème de la substitution est soudain là.

Un autre type de vocabulaire frappe l’attention : celui qui qualifie Isaac. Il est tout d’abord le fils d’Abraham (10x) ; mais pas n’importe lequel puisqu’il est aussi l’unique (3x) et celui qu’Abraham chérit (1x). Le nom Isaac est repris cinq fois. La relation père/fils est en forte tension : tout comme le mot « fils » est toujours accompagné de l’adjectif possessif, mon ou ton l’unique emploi de « père » est lui aussi relatif à son fils : « mon père » (v. 7).

Dans le bref échange que le père et le fils ont entre eux, ils s’adressent à l’autre en s’appelant par la couple père/fils. Abraham n’appelle pas Isaac par son nom.

Quant à Abraham, il est mentionné par son nom 18 fois. Il détient ainsi le record. D’autant plus qu’à 12 reprises il est le sujet de l’action et que, dans les autres occurrences, ou bien il est nommément interpelé ou bien complément d’objet direct d’un verbe d’action.

Le vocabulaire associe donc étroitement et avec insistance d’une part les deux protagonistes, Abraham et son jeune fils Isaac, et d’autre part ce qui constitue le centre de l’action, à savoir l’holocauste, d’abord celui du fils (interrompu) puis celui du bélier (réalisé). Plus précisément, on peut encore noter que, dans l’échange entre eux, ils mentionnent l’un et l’autre l’indispensable victime animale (l’agneau[1]) de sorte que le terme "agneau" soit redoublé à l’intérieur du redoublement du mot fils : « … mon fils »… « …où l’agneau… ? — Dieu verra pour lui l’agneau… mon fils. »

Si l’on considère que l’échange entre le père et le fils, dans une situation que le lecteur peut juger dramatique, est au centre de la section correspondant aux versets 6-10, la mention de l’agneau et sa mise en relation avec le fils, prend une force considérable.

II. Interprétation

Il est compréhensible que le point autour duquel va se cristalliser l’interprétation de cette péricope sera l’ordre divin de sacrifier le fils unique. D’une certaine manière, les autres éléments tourneront autour de lui.

II.1 Quand Dieu met à l’épreuve… mortelle

Contrairement à ce qu’on pense habituellement, Gn 22 n’est pas le seul récit mettant en scène une intervention divine menaçant de mort un personnage pourtant considéré comme un instrument de choix. C’est particulièrement le cas de Moïse et de Jacob.

En effet, au chapitre 4 du livre de l’Exode, il est dit clairement que Dieu « chercha à faire mourir » Moïse. « Récit énigmatique », note la BJ3 « à cause de sa brièveté et de l’absence de contexte »… C’est Çippora, l’épouse étrangère, qui sauve Moïse en simulant une forme de circoncision considérée selon le rite réalisé sur leur fils, c’est-à-dire une circoncision réalisée dans le cadre de la tradition abrahamique et non selon le mode commun au milieu sémitique auquel appartenait Moïse.

De même, en un récit plus connu, nous apprenons que Dieu a voulu se mesurer à Jacob, qui aurait bien pu en mourir (Gn 32, 23-33). Réchappé de la lutte avec l’ange, conscient du danger que représente la vision de Dieu (voir Ex 33, 20), Jacob s’exclame en effet : « J’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve » (v. 31).

II.2 Le sacrifice du premier-né et la libération d’Égypte

Le récit insiste sur la nécessité pour Abraham de monter sur une montagne. Dieu ne lui indique pas le nom du lieu, comme s’il était connu du patriarche ou tout au moins comme si l’homme serait, au moment opportun, en mesure de la reconnaître. C’est là qu’il devra accomplir l’holocauste.

Or, le récit précise que c’est au troisième jour de marche qu’il parvient au pied de la montagne. Pourquoi cette indication ? Pourquoi le faire aller si loin ? N’y avait-il pas de lieu adéquat plus proche ? Est-ce parce qu’il y aurait trois jours de marche entre Beer-Sheva et Jérusalem-Moriyya ?

Le fait de situer le lieu du sacrifice aussi loin pourrait n’être qu’une manière de faire durer le suspense, d’allonger la durée de l’épreuve en même temps que s’intensifie la complicité entre le père et son fils tout comme l’étonnement de celui-ci de n’avoir pas à disposition l’animal prévu. Pourquoi pas ? Cela correspond fort bien à la dynamique de l’intrigue.

Cependant, on peut y voir une indication proprement théologique. Citons seulement le fait bien connu de la tradition juive selon laquelle la théophanie divine sur mont Horeb, rencontre solennelle dans laquelle l’Alliance est conclue, eut lieu le troisième jour — ou le surlendemain — après l’ordre de purification du peuple. « Va trouver le peuple et fais-le se sanctifier aujourd’hui et demain… Or, le surlendemain, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre… » (Ex 19, 10.16). L’arrivée d’Abraham sur le lieu indiqué, au sommet d’une montagne, la préparation du sacrifice et sa réalisation (avec la substitution du fils par un bélier) correspondent donc à une théophanie. Abraham est en même position que Moïse et le peuple hébreu, réchappé de la mort, une mort substituée par l’holocauste de jeunes taureaux, sacrifice réalisé par les « jeunes — na’arei — fils d’Israël » (24, 5).

De même que la théophanie sur la montagne sainte, loin du lieu de départ (l’Égypte), est prolongée par la promulgation solennelle de l’Alliance, de même l’abnégation d’Abraham est récompensée par le renouvellement de la promesse.

Si l’on ajoute le fait que la loi du rachat du premier-né fait partie du Code de l’Alliance promulgué sur la montagne dans le même contexte (voir Ex 22, 28-29), on a un autre indice nous invitant à lire l’Aqédah dans la même ligne d’interprétation que la théophanie de l’Horeb, Isaac jouant le rôle de fils unique de son père (par l’épouse de celui-ci, Sara). Abraham doit accomplir le rite de l’offrande du premier-né à l’égard d’Isaac.

Cependant, nous savons bien que, dans la tradition deutéronomiste, le véritable fils est Israël lui-même, premier-né de Dieu. C’est sur cet argument que Moïse appuie sa médiation auprès du Pharaon et, indirectement, auprès de ses frères. Le peuple hébreu a été épargné de la mort, c’est-à-dire d’une situation qui l’empêchait de vivre selon ses traditions religieuses, et, sur la montagne, reçoit l’Alliance et offre le sacrifice.

Il n’est pas question ici d’entrer dans l’analyse des traditions et de justifier les rapports entre le récit de Gn 22 et les traditions concernant l’exode. En datant Gn 22 des dernières additions au livre de la Genèse, Jean-Louis Ska[2] rend crédible l’interprétation de ce récit en fonction des traditions antérieures, en particulier de celles qui mettent en scène des personnages soumis à l’épreuve de la mort.

Si cette interprétation est vraie, le récit de Gn 22 anticipe (selon la narration actuelle du Pentateuque) la libération des descendants d’Abraham hors d’Égypte de sorte que le patriarche vive à sa manière l’événement qui donnera naissance au peuple issu de son sang.

II.3 « Au lieu que je t’indiquerai »

Il est assez évident qu’un des traits essentiels de ce récit est de justifier l’importance d’un lieu de culte fondamental pour les Juifs contemporains du narrateur, celui du Temple de Jérusalem, dominant la ville royale. En effet, la tradition identifie invariablement la colline de Jérusalem avec le « Moriyah » de ce récit.

Pourquoi le mont Moriyah est-il donc si important pour les auteurs du récit de la Genèse ? Le récit de Gn 22 répond : Abraham y a réalisé le sacrifice suprême, avec une piété et une crainte qui doivent servir de modèle ; cela ne compterait pas si Dieu ne l’avait pas vu ; de plus, puisque le verbe est à la forme de l’imparfait (yiqtol), le récit déclare au lecteur que Dieu continue de voir ceux qui s’approchent de lui. C’est une manière de dire qu’Abraham est le fondateur du culte yahviste centré sur Jérusalem bien avant que les rites cultuels soient minutieusement élaborés par les générations suivantes.

Ainsi, en exerçant leur culte, au-delà des prescriptions mosaïques, les Juifs peuvent se considérer héritiers de leur père.

Plus encore, établir le rapport entre le lieu du sacrifice d’Isaac et le Moriyah de Jérusalem est une invitation adressée au Juif pieux d’agir comme le patriarche a agi, avec cette immense crainte qui lui a permis d’obéir malgré l’horreur de ce qui lui était demandé. Le Juif apportant au temple de Jérusalem son offrande avec la même crainte est sûr d’obtenir satisfaction de la part de Dieu.

II.4 « Pour l’éprouver »

Enfin, puisque le narrateur nous l’indique en ouverture du récit, il faut interpréter ce récit comme une mise à l’épreuve : « Il arriva que Dieu éprouva Abraham et lui dit… » (v. 1). L’homme a été testé… et a passé le test avec succès. Les promesses divines lui sont renouvelées, accompagnées d’un nouveau serment.

Cette indication rassure le lecteur — mais non Abraham, qui n’en sait rien —, mais pas totalement. Il lira ainsi l’histoire en accordant à Dieu une intention louable ; il ne refermera pas le livre avant d’en connaître l’issue. Il dédouanera Dieu en partie d’avoir affligé son ami d’un mal horrible.

Pourquoi cette épreuve ? Parce que le patriarche doit avoir vécu par anticipation ce que ses enfants expérimenteront ; or, on sait que la traversée du désert par les Hébreux est une terrible mise à l’épreuve. Dieu les met en situation de faim et de soif « pour voir — dit-il — s’ils marcheront selon ma loi ou non » (Ex 16, 4). Plus précisément, nous lisons dans le livre de l’Exode ces paroles de Moïse au peuple : « Ne craignez pas. C’est pour vous mettre à l’épreuve que Dieu est venu, pour que sa crainte soit sur vos visages et que vous ne péchiez pas. » La mise à l’épreuve du peuple a un sens : que la crainte de Dieu soit imprimée dans le cœur des Hébreux. Il faut qu’ils comprennent que le Dieu qui les a libérés d’Égypte est puissant et capable d’agir avec pleine liberté et sans demander conseil à l’homme. Le Deutéronome n’est pas en reste :

« N’oublie pas Yhwh ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude… lui qui dans le désert t’a donné à manger la manne, inconnue de tes pères, afin de t’humilier et de t’éprouver pour que ton avenir soit heureux ! » (Dt 8, 14-16).

À la différence des Hébreux, Abraham est sorti vainqueur de son épreuve : la crainte de son Dieu a dominé en lui toute forme de révolte.

II.5 L'épilogue

Silence sur le fils. Fait-il partie encore du groupe de départ, du côté des jeunes garçons (ils vont yḥdw) ?

Conclusion

En rapprochant le récit de Gn 22 des deux récits dans lesquels Dieu veut la mort d’un fidèle et en le relisant sur la base de l’histoire des Hébreux entre le repas pascal et l’entrée en terre promise, nous n’avons pas gommé le caractère étrangement horrible de l’ordre divin, mais nous avons tissé le lien fort qui unit le patriarche à son peuple et donne sens au récit. Il ne se lit plus dans l’enfermement de la conscience d’Abraham refusant de comprendre avant d’obéir mais dans son rapport au sort futur de son peuple, sort déterminé par l’Alliance scellée au Mont Horeb et renouvelée quotidiennement sur le Mont Moriyah par le moyen de sacrifices dont l’efficacité tient plus à la crainte des participants qu’au rite en lui-même.

 

 

[1] C’est ici qu’on lit le terme śeh pour la première fois dans le livre de la Genèse. C’est notamment le terme utilisé pour l’animal que les Hébreux devront offrir à l’occasion du repas pascal (cf. Ex 12, 3-5). Il désigne une tête de petit bétail, habituellement un agneau, mais pas nécessairement. On peut se demander pourquoi, dans la suite de l’histoire, l’animal proposé à Abraham, en substitution de son fils, est un bélier (’ayil) et nom l’agneau attendu.

[2] « Genesis 22: What Question Should We Ask the Text ? », in Bib 94.2 (2013), 257-267. J.-L. Ska insiste sur le fait que le récit est construit sur une intrigue d’anagnôrisis, effectuée à la manière d’un test et qu’il est totalement en rupture avec l’image traditionnelle de Dieu. La rédaction de Gn 22 est à situer à une date très basse, postérieure au Siracide.

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