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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Ce que tu as révélé aux petits... (Mt 11,25)

Publié par Biblissimo sur 9 Juillet 2017, 19:42pm

Catégories : #Synoptiques & Actes des Apôtres, #Royaume de Dieu, #Dossiers bibliques (Marie - Eglise...), #Nouveau Testament

Petitesse et enfance dans les synoptiques

 

Adopter l’attitude de l’enfant est une des exigences les plus caractéristiques de l’Évangile. Elle est indissociable de la petitesse évangélique. L’une et l’autre semblent aller en sens contraire du développement normal de l’être humain, tout autant dans son rapport avec l’entourage qu’à ses propres yeux.

Le dossier qui suit veut situer l’attitude de l’enfance 1/ dans le contexte de la prédication de Jésus, et 2/ dans le positionnement du croyant face à la modernité. Les passages rassemblés dans la première partie seront accompagnés d’un bref commentaire dégageant « l’éthique » de la petitesse évangélique.

1- Les données[1]

1.1- L’exultation du Fils en Mt et Lc

 « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel fut ton bienveillant dessein. Tout m’a été livré par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11,25-27 // Lc 10,21-22).

Ce logion bien connu, de facture sapientiale, qui ouvre une perspective étonnament johannique au sein des synoptiques, situe nettement la manière de recevoir non seulement le contenu de la prédication de Jésus mais aussi sa personnalité. Qu’on ne soit pas étonné, devons-nous penser, s’il a délibérément de quitter le terrain des débats sans fin des doctes juifs de la synagogue, lesquels s’évertuaient à définir la juste pratique qui sied à un fidèle en mettant en rapport de multiples textes scripturaires et des affirmations autorisées des maîtres et des collègues.

D’une autre manière, ce logion tranche clairement avec tout projet de rénovation du Royaume d’Israël par les méthodes politiques, voire militaires. L’enfant, le tout-petit, n’en est pas apte.

Enfin, il semble inviter l’auditeur à relier étroitement la prédication de Jésus à l’autorité divine, non sur la base d’une science privilégiée, d’un discours capable d’emporter l’adhésion de la raison, mais sur celle d’une complicité et d’une autorité basées sur sa connaissance intime de Dieu à la manière de celle qui relie le père et son enfant. La recherche de l’intimité entre le croyant et Jésus est donc prioritaire sur toute autre forme de science. Une telle intimité suppose d’avoir bénéficié d’une « révélation ».

Le vocabulaire suscite le respect, l’attention : le fait que Jésus s’exprime sous la forme d’une prière de bénédiction adressée à Dieu comme à un Père, comme au Kyrios de l’ensemble de la création ; le choix des termes « sages » (sophois) et « intelligents » (synetoi) ; la qualification de « dessein bienveillant » (eudokia) ; le fait de définir la gratification du savoir comme « révélation » de la part même de Dieu ou de son Fils, en position d’autorité comme Joseph, grand vizir de Pharaon.

En guise de justification, Jésus pouvait alléguer ce passage d’un psaume :

Les grands prêtres et les scribes dirent à Jésus : « Tu entends ce qu’ils disent, ceux-là ? — Parfaitement, leur dit Jésus ; n’avez-vous jamais lu ce texte : "De la bouche des tout-petits et des nourrissons tu t’es ménagé une louange ?" » (Mt 21,16).

 

1.2- Être un enfant

Voici l’enseignement que Mt a délibérément placé en tête du recueil consacré à la communauté des disciples :

Les disciples s’approchèrent de Jésus et dirent : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? » Il appela à lui un enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : « Amen, je vous dis, si vous ne changez et ne devenez comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. Quiconque accueille un enfant tel que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille. Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer (Mt 18,1-6).

Un peu plus loin, dans la section qui suit immédiatement le « discours ecclésiastique », le même évangile insiste :

Des enfants furent présentés à Jésus pour qu’il leur imposât les mains en priant, mais les disciples les rabrouèrent. Jésus dit alors : « Laissez les enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux. » Puis il leur imposa les mains et poursuivit sa route (Mt 19,13-15).

"Se fera petit" (Mt 18,4): le verbe grec est tapeinoô, que l'on traduit habituellement par "humilier". On devrait donc traduire: "Qui donc prendra une attitude d'humilité..." ou "Qui donc s'abaissera..."

On le sait, l’enfant de la société juive, comme dans toutes celles de l’Orient antique, n’avait de place que celle que ses parents voulaient bien lui donner. Et, pour ce qui concerne l’éducation religieuse, il lui fallait attendre d’avoir acquis un savoir consistant et prouvé qu’il maîtrisait les bases de la lecture des textes sacrés. Être grand ne pouvait en aucune manière convenir à un enfant.

En donnant l’enfant comme modèle du disciple désireux d’accueillir le Royaume, Jésus montre qu’il a pris l’option d’enseigner plus par l’exemple que par le raisonnement. Car l’enfant apprend par imitation et par admiration. C’est ainsi que les foules ont suivi avec confiance le prédicateur de Nazareth.

S’il fallait bien que Jésus apporte des explications à sa prédication, c’était avant tout pour aplanir le chemin de l’esprit, débusquer les blocages et, parfois, montrer que, derrière une apparente contradiction, se cachait un accord profond.

Le passage parallèle de l’évangile de Marc transmet une formulation plus radicale, associant à la figure de l’enfant celle du serviteur, socialement le dernier, parmi des hommes libres, de tous :

S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : « Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé » (Mc 9,35-37).

 

1.3- L’humilité

Jésus disait une parabole à l'adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : « Lorsque quelqu'un t'invite à un repas de noces, ne va pas t'étendre sur le premier divan, de peur qu'un plus digne que toi n'ait été invité par ton hôte, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : "Cède-lui la place." Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : "Ami, monte plus haut." Alors il y aura pour toi de l'honneur devant tous les autres convives » (Lc 14,7-10).

Le Royaume de Dieu est souvent comparé à un magnifique festin, donnant l’occasion de souligner ce qui est requis des invités. Ici, c’est l’attitude de modestie qui est mise en évidence. Car les critères qui décident de la place de chacun ne sont pas nécessairement perçus par les hommes : seul Dieu sait avec précision et compétence ce que « vaut » chacun. De plus, il est juste que ceux qui s’approchent de lui le fassent jusqu’au bout à la manière d’invités conscients de n’avoir aucun droit et aucun mérite.

Le verset suivant de l’enseignement transmis par Luc le résume de façon lapidaire : « Quiconque s’élève soi-même sera abaissé et qui s’abaisse soi-même sera élevé » (Lc 14,11), rejoignant ainsi la phrase déjà trouvée en Mt :

« Qui donc s’abaissera comme cet enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux » (Mt 18,4).

 

1.4- Béatitude de la pauvreté et enfance

Même si l’instinct de propriété s’éveille vite chez l’enfant, la motivation est moins réfléchie et certainement pas en forme de projet de vie que chez l’adulte. La première des béatitudes qui ouvrent le discours sur la montagne convient donc bien à l’enfant : « Heureux les pauvres par l’esprit, le Royaume des cieux est à eux.

L’enfant vit dans le regard de ses parents, spontanément confiant en leur capacité à lui offrir tout ce dont il a besoin, protection et nourriture. Il ne connaît pas encore qu’être propriétaire de champs, de maisons, d’objets de luxe et d’outils assure le présent comme l’avenir, favorise l’autonomie et le confort et facilite grandement la considération sociale.

 

1.5- L’enfant ou le petit, c’est le Christ lui-même

En guise de conclusion, mentionnons comment le disciple qui a accepté le mode de vie d’un petit, qui a opté pour la sobriété et centré ses projets sur le service du Royaume selon l’Évangile en vient à être identifié à son Maître au point qu’un geste de générosité à son égard sera récompensé comme s’il avait été fait au Christ lui-même :

« Quiconque donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en tant qu’il est un disciple, amen je vous dis : il ne perdra pas sa récompense » (Mt 10,42).[2]

 

2- La petitesse au point de départ de la démarche de foi chrétienne

À certains moments de la vie du croyant, face à des épreuves ou à un entourage hostile à la foi chrétienne, on a peine à dégager la raison profonde pour laquelle on croit en l’Évangile et on s’évertue à en pratiquer les exigences. Parmi les différents éléments qui forment le fondement de la foi, s’en trouvent deux, étroitement liés l’un à l’autre : la foi en la résurrection de Jésus et l’option pour la conversion et le salut.

 

2.1- Le tombeau vide et les Douze

La foi chrétienne jaillit de la proclamation : « Jésus de Nazareth, au troisième jour après sa passion et sa mort, est ressuscité et siège à la droite de Dieu. » En le ressuscitant, Dieu confirme l’ensemble de sa vie et de son enseignement, donnant par là-même à sa mort une dimension unique, à la fois comme témoignage de fidélité et d’amour et comme passage obligé pour tout homme voulant bénéficier du mystère pascal.

Deux éléments sont liés à cette proclamation : 1/ le fait que le tombeau ait été trouvé vide ; 2/ le témoignages des disciples les plus proches de Jésus, les « Douze ».

Or, l’un et l’autre éléments sont vraiment peu de choses au regard de la science historique ou d’un discours philosophique ou scientifique. Pourquoi la vacuité d’un tombeau peut-elle servir de signe valable pour la foi en la résurrection ? Comment accorder à ces hommes simples qui composaient le groupe des Douze le crédit énorme nécessaire à la fondation d’une religion qui se veut universelle, plénière, définitive ?

Certes, les témoignages évangéliques transmettent que le Maître, ressuscité, vivant, leur est apparu. Cela leur était nécessaire, certes. Mais la crédibilité de ces récits d’apparition est elle-même tout entière dépendante de la crédibilité des mêmes témoins.

Il est vrai que l’extraordinaire extension du christianisme, dans le cadre du judaïsme puis en dehors, avec des moyens de communication extrêmement limités, et pourtant fait historique indubitable, compte beaucoup dans sa crédibilité. Mais cela ne sera jamais une preuve.

Le point de départ de notre foi chrétienne est donc véritablement « petit ». D’une modestie extraordinaire ! C'est le chat de l'aiguille par lequel il faut passer (voir Mt 19,24)...

 

2.2- Placer la recherche du salut à la première place de nos préoccupations

L’intérêt qu’on accorde à la mort du Christ et à sa glorification auprès de Dieu comme Seigneur est indissociable du choix de le prendre comme moyen de salut.

En effet, même si le christianisme se présente avec une véritable cohérence de doctrine, une force de progrès social et humain certaine, avec une famille d’hommes et de femmes exceptionnelle, lorsque vient l’épreuve, lorsqu’elle se fait lancinante et met le croyant en situation de solitude, cette cohérence, cette histoire, cet ensemble de témoins, tout en étant d’un grand secours, ne suffisent pas pour raccrocher avec l’affirmation de base, réfractaire à tout raisonnement, à toute esthétique, à tout projet humain : Jésus de Nazareth est le Seigneur de ta vie et de tout homme, le roc de ton existence et le sauveur de ton prochain, qu’il soit ton voisin, ton collègue ou ton ennemi.

L’Évangile n’est totalement recevable comme projet de vie que de la part de celui qui a délibérément placé à la première place parmi ses préoccupations d’être sauvé de la mort, donc de l’esclavage du péché, ce drame qui, sans le secours du Dieu de miséricorde, fait de la mort une perdition ultime et définitive.

 

3- Petitesse du croyant en chemin de conversion

S’il en est bien ainsi, le croyant ne peut que se considérer petit : les valeurs humaines, les réussites de type professionnel ou sportif, les relations sociales apparaissent secondaires. Il ne reste plus que la « petitesse » de l’homme avançant lentement sur la route de la sainteté, mendiant la grâce de Dieu. Il se reconnaît en classe élémentaire au même titre que son fils. Il peut être directeur d’une entreprise internationale, il admire le moine et le façonnement de la prière dans son cœur et son visage.

De plus, il est conscient que l’essentiel du « labeur » est réalisé par l’Esprit Saint. Pour ne pas dire la totalité du travail puisque sans cet Esprit l’humain reste… humain, de nature différente de la grâce.

 

[1] La traduction est fondamentalement celle de la dernière édition de la Bible de Jérusalem mais je l’ai retouchée pour la rendre plus littérale, au détriment — qu’on m’en excuse — de la facilité de la lecture.

[2] Le récit imagé du « jugement dernier » en Mt 25,31-46 développe de façon dramatique cette identification.

 

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