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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


"Délivre-nous du Mal" (Mt 6,13): De quel mal s'agit-il?

Publié par Biblissimo sur 19 Décembre 2018, 16:23pm

Catégories : #Dossiers bibliques (Marie - Eglise...), #Notre Père, #Nouveau Testament; Actes des Apôtres; Apôtres, #Pater, #Synoptiques & Actes des Apôtres

« Mais délivre-nous du Mal! » (Mt 6,13): De quel mal s'agit-il?

Une mise au point sur la base de l'évangile de Matthieu

Il s'agit dans ce document de faire le point sur le sens que peut avoir le terme "mal", en grec ponèros, dans la dernière demande de la célèbre prière des chrétiens. La perspective est d'abord biblique mais aussi pastorale.

 

Introduction

La Bible de Jérusalem et la traduction liturgique catholique traduisent la dernière demande du Pater : « Mais délivre-nous du mal ». TOB : « Mais délivre-nous du Tentateur ». La différence saute aux yeux. Qu'est-ce qui a motivé l'une et l'autre traductions? Laquelle choisir?

 

Dans la suite de la demande précédente, « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation/l’épreuve », le disciple de l’Évangile, qui veut vivre en pleine harmonie avec son Père céleste en fait une autre, la dernière, d’une audace extrême : « Délivre-nous du mal ! »

Ni plus ni moins.

C’est avec elle que se termine la prière centrale des chrétiens. Elle est plus un cri qu’une demande raisonnable. Elle est un appel fervent pour que se réalise l’accomplissement définitif de l’œuvre de Dieu.

Depuis des milliers d’années, les croyants adressent cette demande à Dieu ; pourtant le mal est là. En dehors de nous, certes ; mais aussi en nous. Il l’est sous des formes multiples. Certaines sont indépendantes du vouloir des hommes, tel un tremblement de terre ; d’autres sont l’effet de tendances mauvaises dans le cœur de l’homme, avec plus ou moins de gravité et, de plus, plus ou moins de culpabilité.

Le mal est perçu très différemment selon qu’il est provoqué par la nature irrationnelle ou par la méchanceté humaine.

Ce n’est pas tout : pour le chrétien comme pour le juif, une certaine forme de mal provient des démons ; on les identifie à des anges, être spirituels pouvant user de puissance et de ruse à notre égard. On donne à leur chef le nom biblique de « satan », l’accusateur ou le tentateur, et celui, grec, de « diable », le « diviseur », celui qui fait retourner au chaos.

 

  1. De quel mal s’agit-il ?
    1. Dans l’Ancien Testament

Gn 2 et 3 : dans le jardin se trouve l’arbre de la connaissance du bien et du mal (ponèros).

« Yhwh vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre et qu’il réfléchissait en son cœur pour ne former que de mauvais [desseins] (ta ponèra) à longueur de journée » (Gn. 6,5 ; cf. Gn 8, 21). Les gens de Sodome étaient « mauvais et pécheurs » (Gn 13, 13).

« Le peuple murmurait de mauvaises choses (ponèra) aux oreilles de Yhwh, et Yhwh l'entendit. Sa colère s'enflamma et le feu de Yhwh s'alluma chez eux : il dévorait une extrémité du camp » (Nb 11, 1).

« C'est ainsi que je traiterai toute cette communauté mauvaise réunie contre moi. Dans ce désert même il n'en manquera pas un, c'est là qu'ils mourront » (Nb 14, 35).

Le désert est un topos ponèros (Nb 20, 5). La génération « faisant le ponèron » (Dt 9, 18) devant Yhwh devra disparaître.

« Lorsque tu auras engendré des enfants et des petits-enfants et que vous aurez vieilli dans le pays, quand vous vous serez pervertis, que vous aurez fabriqué quelque image sculptée, fait ce qui est mal (ponèros) aux yeux de Yhwh de manière à l'irriter… » (Dt 4, 25).

« Tu feras disparaître le mal (to ponèron) du milieu de toi » (Dt 13, 6). « Tout Israël en l'apprenant sera saisi de crainte et cessera de pratiquer ce mal au milieu de toi » (Dt 13, 12). Israël faisait le mal aux yeux de Yhwh et c’est pourquoi il envoyait les Philistins (Juges).

« Contre toi seul j'ai péché, le mal devant toi, j'ai fait » (Ps. 51, 6).

 

    1. Le mal dans le Nouveau Testament

Le mot grec est facile à traduire… dans un dictionnaire :

mauvais, méchant, mal ou malin.

Mais on aimerait être plus précis, vu le grand nombre de formes que prend le mal dans nos vies personnelles et sociales.

Dans la phrase du Notre Père, « mal » peut être un masculin et désigner une personne ou un neutre et désigner une réalité anonyme indéfinie.

Dans le Discours sur la montagne, on lit cette exhortation, qui ressemble même à un commandement : « Que votre langage soit : "Oui ? oui", "Non ? non" : ce qu'on dit de plus vient du Mauvais » (Mt 5, 37). De quel « Mauvais » s’agit-il ? De notre tendance à tergiverser face à nos responsabilités, voire à mentir, à cacher nos intentions quand elles nous trahissent ? Ou s’agit-il du diable, comme dans d’autres passages du Nouveau Testament ?

En Jn 17, 15, Jésus s’adresse à son Père en reprenant la même demande que dans le Pater, mais dans un tout autre contexte : « Je ne te demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du Mauvais (ou du mal). » Là encore, on ne sait pas s’il s’agit du mal « personnel » ou du mal indéfini. On se doute seulement qu’il s’agit du mal dans ce qu’il a de radical, d’opposé au salut. Certainement pas, le mal de la maladie, ni même de la mort physique.

 

    1. Le mal qu’on nous fait

La dernière béatitude est complétée par celle-ci : « Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. (Mt 5, 11). Le contexte est celui de la persécution des disciples ; c’est le mal de la calomnie visant à les empêcher de pratiquer leur foi et d’annoncer l’Évangile.

Dans un autre contexte, mais toujours dans le Discours sur la montagne, nous lisons : « Je vous dis de ne pas résister au méchant : au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ; te requiert-il pour une course d'un mille, fais-en deux avec lui » (Mt 5, 39-41).

De même : « …afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45).

Dans ces deux cas, mal qualifie le comportement d’hommes motivés par la tendance à agir de façon immorale.

 

    1. Délivre-nous de notre tendance à faire le mal

Le mal, c’est aussi ce qui se trouve en nous et nous empêche d’agir selon la vérité, selon l’amour, par générosité et en conformité avec ce que Dieu attend de nous.

« Si ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! (Mt 6, 23).

« Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! » (Mt 7, 11).

« Tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l'arbre gâté produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre gâté porter de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu » (Mt 7, 17-19).

« Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? (Mt 9, 4).

« Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais ? Car c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle. L'homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses ; et l'homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. Or je vous le dis : de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement » (Mt 12, 34-36).

« Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme » (Mt 15, 19-20).

Dans la parabole du débiteur ingrat, voici comment le maître s’adresse à celui qui n’a pas voulu se comporter à l’égard de son collègue selon la miséricorde qui lui a été précédemment faite :

Le maître « le fit venir et lui dit : "Serviteur mauvais, toute cette somme que tu me devais, je t'en ai fait remise, parce que tu m'as supplié ; ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j'ai eu pitié de toi ?" Et dans son courroux son maître le livra aux tortionnaires, jusqu'à ce qu'il eût remboursé tout son dû. C'est ainsi que vous traitera aussi mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (Mt 18, 32-35).

Le serviteur qui n’a pas voulu faire fructifier le talent que le maître lui avait remis reçoit cet avertissement : « Serviteur mauvais et paresseux ! tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je ramasse où je n'ai rien répandu ? Eh bien ! tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt… Et ce propre à rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. » (Mt 25, 26-30).

 

    1. Le mal, c’est le refus de la conversion

Constatant l’énorme résistance des autorités de son peuple, Jésus leur lance un avertissement extrêmement sévère : « Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas » (Mt 16, 4).

On retrouve cette forme de mal dans la parabole des invités qui refusent de se rendre à la noce royale. Voici la consigne que le roi donne à ses serviteurs : « "Allez aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver." Ces serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives » (Mt 22, 9-10).

 

    1. Le malin, le démon

Dans le passage qui interprète les paraboles du semeur et de l’ivraie jetée dans le champ, le mal est attribué au diable :

« Quelqu'un entend-il la Parole du Royaume sans la comprendre, arrive le Mauvais qui s'empare de ce qui a été semé dans le cœur de cet homme : tel est celui qui a été semé au bord du chemin… Le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l'ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ; l'ennemi qui la sème, c'est le diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; et les moissonneurs, ce sont les anges » (Mt 13, 19.38-39).

Le pape François reprend souvent cette identification du mal avec le Malin, au sens du diable. Par exemple, dans l’exhortation apostolique sur la sainteté dans le monde actuel :

« Quand Jésus nous a enseigné le Notre Père, il a demandé que nous terminions en demandant au Père de nous délivrer du Mal. Le terme utilisé ici ne se réfère pas au mal abstrait et sa traduction plus précise est "le Malin". Il désigne un être personnel qui nous harcèle. Jésus nous a enseigné à demander tous les jours cette délivrance pour que son pouvoir ne nous domine pas » (Gaudete et exsultate § 160).

Faut-il pour autant voir le démon partout ? N’est-ce pas un alibi trop commode pour oublier que la cause ordinaire de nos fautes est en nous ? « C’est du cœur que proviennent en effet intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures » (Mt 15, 19) En priant d’être délivrés du Mauvais ou du mal, nous devons demander aussi la purification de notre cœur.

Quand on fait le bilan de ce qui, dans les évangiles synoptiques, est désigné comme « mal » ou « mauvais », il semble bien qu’il faille comprendre le mal dont le disciple veut être délivré en premier lieu dans son sens personnel. Cela convient aussi quand on met la demande en liaison avec la demande précédente. Il ne faut pas oublier que Jésus a exercé une grande activité d’exorcisme et que le combat contre le diable était un élément important de son ministère.

Dans cette ligne, on se rappellera que c’est par la prière que l’on peut venir à bout des esprits mauvais (Mt 17, 21).

 

  1. Faire le mal est contraire à la sanctification du Nom

« Yhwh aime qui déteste le mal ; il garde les âmes des siens et de la main des impies les délivre » (Ps. 97, 10).

Le Mal est l’antithèse du Nom dont le disciple demande la sanctification. La communauté chrétienne est appelée à être sainte pour témoigner de la sainteté de son Dieu et partager ses bienfaits. On peut relire l’avis de saint Paul : « Ceux du dehors, c'est Dieu qui les jugera. Enlevez le mauvais du milieu de vous » (1 Co 5, 13).

Ou encore : « Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal (to ponèron), solidement attachés au bien » (Rm 12, 9).

 

  1. Doxologie

« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles. »

La phrase manque dans les grands manuscrits de l’évangile de Matthieu, mais elle est attestée un peu plus tard dans un document très ancien de l’Église primitive, la Didachè, sous la forme : « parce qu’à Toi est la puissance et la gloire pour les siècles » (VIII, 2).

Ce retour vers le thème initial correspond à l’habitude juive de terminer toute prière par une bénédiction ou une formule de louange.

« Amen ! » : « La prière achevée, tu dis Amen, contresignant par cet Amen, qui signifie : "Que cela se fasse !", [c’est-à-dire] ce que contient la prière que Dieu nous a enseignée. » (Cyrille de Jérusalem)

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