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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


L'Eglise, plénitude du Christ, selon la Lettre aux Ephésiens

Publié par Biblissimo sur 9 Mars 2019, 08:33am

Catégories : #Ecclésiologie, #Lettres de saint Paul, #Ephésiens

 

L’Église Corps du Christ dans la lettre aux Éphésiens[1]

 

« La réflexion sur l’Église est si étendue et prégnante en Ep qu’on y a vu un court traité d’ecclésiologie. Une telle lecture est loin d’être erronée, car si la lettre a pour objet premier la notification du mystère [« récapituler toutes choses sous un seul Chef, le Christ », v. 10], ce dernier à son tour a pour objet la relation unique Christ/Église, qu’il décrit, développe et utilise de différentes manières. L’ecclésiologie constitue bien le thème majeur d’Ep » (J.-N. Aletti, Essai sur l’ecclésiologie paulinienne, p. 183).

Outre les réflexions introductives, trois éléments caractéristiques de l’ecclésiologie d’Éphésiens retiendront notre attention :

1) La manière dont Ep envisage le rapport entre le Christ Tête et son corps.

2) Le sens de l’Église plh,rwma du Christ.

3) La métaphore nuptiale.

 

 

  1. Introduction
    1. De Colossiens à Éphésiens

Ep reprend et prolonge Col en développant davantage comment l’Église a reçu du Christ la plénitude du salut. Le centre d’intérêt principal n’est plus le souci de l’unité des églises, mais le regard de sagesse à partir du Mystère de la suprématie du Seigneur sur le cosmos, en réponse à la tentation de chercher dans les religions à mystère une gnôsis prétendue supérieure à ce que le Christ donne à son Église.

Rappel : la christologie de l’hymne de Col 1, 15-20. Deux étapes : 1/ Paul remonte d’une christologie du salut à partir du mystère pascal à une contemplation du Fils, Image et Sagesse en qui, par qui et pour qui, tout a été fait ; la suprématie du Christ est étendue au cosmos (et pas seulement aux hommes en marche vers le Royaume). 2/ Paul poursuit en affirmant que le Fils a déversé la plénitude de la divinité, c’est-à-dire tout ce dont Dieu est rempli, dans « son Corps, l’Église ».

Pour servir ce projet, Col et Ep demandent aux lecteurs de vérifier qu’ils ont bien intégré que l’Évangile est révélation du Mystère ; Dieu a fait connaître, moyennant la foi, son dessein de salut ultime de sorte que le croyant n’a plus à être impressionné par les philosophies religieuses (y compris "à mystère", comme le culte orphique) ou les cercles juifs pratiquant un culte cosmique en relation avec les anges.

 

    1. La perspective eschatologique

La réflexion est basée sur la conviction que le chrétien est un être qui vit dans le Christ et le Christ ressuscité, ou plutôt qui s’y efforce, la réalité de sa participation à la résurrection de son Seigneur restant cachée tant qu’il vit sur cette terre. Cf. Col 3, 1-4.

 

    1. L’universalité du don du salut

Col et Ep sont toutes deux fortement marquées par la volonté d’effacer tout ce qui éloignerait les chrétiens d’origine païenne de leurs frères d’origine juive.

 

    1. Le don du salut comme nouvelle création

Un tel salut, radical et universel, conduit à le comparer à une nouvelle création : 2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15 ; Rm 8, 21. Le baptisé vit un passage de l’homme ancien à l’homme nouveau : Ep 2, 10.15 ; 4, 22.24.

 

  1. La plénitude du salut offerte à tous dans le Christ

Voir surtout 2, 14-18, qui associe réconciliation (double : Dieu↔hommes et juifs↔païens) et nouvelle création, dans la mort (« grâce au sang ») et la glorification du Christ, comme un aboutissement déjà réalisé :

14 Car lui est notre paix, lui qui les tous-deux a fait un,

et qui a détruit la barrière de séparation, la haine, dans sa chair, 15 cette Loi des préceptes avec ses ordonnances,

afin qu’il crée les deux en lui pour un seul Homme Nouveau, faisant la paix,

16 et qu’il réconcilie tous-deux avec Dieu, en un seul Corps, par la Croix, ayant tué la haine en lui ; 17 Et, une fois venu, il a proclamé la paix à vous les lointains et paix aux proches : 18 parce que par lui nous avons l’accès tous-deux en un seul Esprit auprès du Père.

 

    1. L’Église comme édifice

Ep reprend l’image biblique traditionnelle de l’édifice pour qualifier l’Église accueillant les croyants d’origine païenne : « Vous êtes concitoyens des saints et membres de la maison de Dieu, édifiés sur la fondation des apôtres et prophètes, Christ Jésus étant sa pierre d'angle, en qui toute construction est ajustée et croît en un temple saint, dans le Seigneur ; en qui, vous aussi, êtes intégrés à la construction pour [devenir] demeure de Dieu, dans l'Esprit » (2, 19-22).

Formule de transition : « édification du corps » (4, 11) avec son aspect de croissance, comme pour une plante.

 

    1. Le champ lexical du corps

9 emplois du mot sôma, corps, tous sauf un (5, 28) liant de façon systématique la notion de corps à celle de l’Église. Simultanément, dans le même contexte, 3 emplois du terme kephalè, tête, avec le verbe construit sur le nom : anakephalaiousthai (1, 10), et 2 de melè (membres) ; aphè et meros, ligament et partie : 4, 16. 7 occurrences de sarx, chair.

Dieu a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout (1, 22-23).

C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine (2, 14-16).

Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tout et en tous… C’est lui encore qui a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude (plèrôma)  du Christ… Vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ, dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité (4, 4-6.11-13.15-16).

Le mari est tête de sa femme, comme le Christ est Tête de l’Église, lui le sauveur du Corps ; or l’Église se soumet au Christ. Les femmes doivent donc, et de la même manière, se soumettre en tout à leur mari. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne. Car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, c’est s’aimer soi-même. Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? (5, 23-30).

 

En Ep 4, 4-16, on retrouve l’image "fonctionnelle" de 1 Co 12 ; mais le début de la lettre a fait apparaître une relation entre l’Église et le Christ qui se situe à un niveau plus profond.

 

    1. Le rapport de la Tête au corps

En 1 Co 12, la tête est un membre parmi d’autres tout en étant le principal dans l’ordre de l’organisation physique ; elle ne désigne pas une réalité particulière ayant une existence séparée l’Église. Elle apparaît en 1 Co 11,3 :

La tête de tout homme, c’est le Christ ; la tête de la femme, c’est l’homme ; et la tête du Christ, c’est Dieu.

En Col et Eph, « l’image du Christ tête n’apparaît pas comme une déduction du thème du Corps du Christ mais pour exprimer son autorité de chef sur les puissances angéliques. » Dans ce sens-là, la tête n’a pas besoin du corps pour exister : le Christ Seigneur commande aux anges de façon politique et non physiologique.

  1. L’Église, plèrôma du Christ
      1. Définition du terme

Du verbe plèroô, emplir, achever. Substantif avec suffixe à valeur de passif.[2]

1) Ce qui remplit [un contenant], voire le remplit complètement ; 1 Co 10,26 : la totalité de ce qu’il y a sur la terre (plusieurs occurrences dans les Psaumes). Col 1, 25 : « Je suis devenu diacre de l’Église, en vertu de la charge que Dieu m’a confiée : remplir[3] chez vous la Parole de Dieu ».

2) Ce qui est rempli de quelque chose, le contenant (pas dans le NT).

3) La totalité des individus concernés par un projet ; Rm 11,12.25 : la totalité des juifs/païens. Rm 15,29 : « Je viendrai vers vous evn plhrw,mati euvlogi,aj Cristou/ »Å Col 1, 19 ; 2, 9.

4) L’état d’achèvement d’un processus ayant consisté à compléter ce qui se trouvait au départ ; Rm 13, 10 : plh,rwma no,mou h` avga,ph. La « plénitude des temps », en supposant que la succession des générations soit une longue marche vers un but, la longue préparation à un événement majeur (Ga 4,4 : « Quand vint le plèrôma des temps » ; Ep 1,10 : « Dans l’économie du plèrôma des temps »). Ainsi l’Église en Éphésiens est l’aboutissement du dessein divin visant à récapituler toute chose, en particulier l’humanité enfin réconciliée, dans le Fils bien-aimé.

 

      1. Interprétation

L’Église « est son Corps, le plèrôma de Celui-qui-remplit pour soi toutes choses en tous — ἥτις ἐστὶν τὸ σῶμα αὐτοῦ, τὸ πλήρωμα τοῦ τὰ πάντα ἐν πᾶσιν πληρουμένου » (Ep 1, 23). Plèrôma est en apposition à sôma. Plèrôma est fondamentalement un vocable passif : l’Église n’existe que dans la mesure où elle est remplie par le Christ. À la différence de Col 1, 24, où antanaplérô a valeur active : Paul complète en lui la passion du Christ pour l’Église « son corps ». Plèroumenou : part. prés. moyen : le Christ remplit complètement l’Église, par lui et par la grâce qu’il répand en elle. L’utilisation du participe moyen souligne cette idée que le Christ remplit un domaine qui lui appartient en propre, et qui est en situation de dépendance et de réceptivité.[4]

Ta panta en pasin : « Il y a diversité d’opérations, mais le même Dieu opère tout en tous » (1 Co 12, 6). « Lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1 Co 15, 28). « Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout » (Col 3, 11). En Ep 4, 6, Dieu est dit Père en pasin, ce qui ne peut concerner que des hommes.[5]

L’Église est Corps du Christ parce qu’elle a été remplie par le Christ, qui en est la tête, de son mystère. Quand Paul parle de l’Église comme « plénitude » du Christ, il pense à la richesse de la vie divine qui de la tête afflue dans tout le corps, dans tous ses membres. En est-elle aussi l’accomplissement ? Mettre en rapport avec le fait qu’en lui Dieu « récapitule » toutes choses.

C’est l’Esprit qui remplit et rassemble le corps ecclésial du Christ. On ne peut donc comprendre ces paroles que dans ce sens : l’unique corps de chair du Christ qui a répandu son sang pour les deux groupes d’hommes jusque-là séparés et a établi la réconciliation, est devenu après la résurrection, d’une manière nouvelle, par l’Esprit, l’unique « Corps du Christ ».

Ep 4, 13 précise que l’Église est en devenir vers une maturité qualifiée par l’expression « homme parfait ».

 

    1. Le recours au mystèrion

J.-N. Aletti : chez Paul, le mystèrion est ce qui, dans l’Évangile (et non de façon séparée), n’est pas le simple accomplissement des Écritures, et que seuls des personnes autorisées ont pu recevoir comme révélation. Cette révélation est donnée à la fin des temps (cf. Dn). Paul en est le plus accrédité.

Le mystèrion dont il s’agit dans Ep est au singulier, à la différence de Dn. Car il s’identifie avec le seul et unique mystèrion qu’est le salut de tous — païens compris — dans le Christ ressuscité : to mystèrion tou christou (3, 4).

 

  1. « Homme nouveau » (2, 11-18)

Dieu a supprimé dans la chair du Christ (2, 14) la séparation entre païens et juifs ; lointains et proches (cf. Is 57, 19) sont réunis en un seul Corps, le Christ, par sa mort, ayant rendu caduque la normativité de la Loi de Moïse. L’œuvre de Dieu ne se limite pas à une juxtaposition de deux groupes humains jusque-là fondamentalement séparés par l’Alliance abrahamique et mosaïque : il a « créé » dans le Christ crucifié et ressuscité un « Homme nouveau » et en un seul Esprit rassemblant en lui tous les hommes indépendamment de leurs origines ethniques et religieuses.

Plus loin, à propos de la place et de la fonction des ministres dans l’Église, Paul précise que cet « Homme nouveau » est en croissance vers sa perfection ou sa plénitude (4, 11-13).

 

  1. Six caractéristiques de l’Église
  1. Elle est une, un seul Homme nouveau, un seul corps ; les nations n’ont pas à devenir juives, pas de circoncision pour elles.
  2. Car le Christ en est l’origine absolue, et pas seulement un leader.
  3. Le vocabulaire de la corporéité n’est pas d’abord utilisé pour son rôle de garantir l’unité dans la diversité.
  4. Les païens intégrés dans l’Église sont qualifiés de « sympolitai des saints » et d’ « oikeioi tou theou, de la maison de Dieu » ; pourquoi pas huioi ?
  5. L’Église comme corps devient un corps qui accueille, une maison, une construction ; dans l’Église, le fidèle n’a plus besoin de temple fait de main d’homme.
  6. Paul reconnaît que l’Église est en croissance, comme tout corps, dans l’homogénéité.

La thématique du corps se prolonge dans la métaphore des épousailles.

Problème : Ep attribue le rôle de fondement aux apôtres et prophètes, le Christ recevant celui de clef de voûte, à la différence de 1 Co 3.

En donnant une telle place aux païens dans l’Église, Ep s’aventure en dehors de toute perspective biblique (=AT) et ne peut invoquer aucun texte. La citation de Is 57, 19 détourne les paroles du prophète, qui visaient les juifs (de la diaspora).

 

  1. La métaphore nuptiale (5, 21-33)

Déjà en 2 Co 11, 2, Paul avait utilisé la métaphore nuptiale pour définir son rôle d’apôtre privilégié à l’égard des Corinthiens, en une formule audacieuse : « J’éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ. »

La célèbre section 5, 21-30 reprend et développe une exhortation de Colossiens concernant la relation de l’épouse à l’égard de son époux. On y retrouve une réflexion basée sur le rôle du corps, base de la relation conjugale, laquelle est associée à la réflexion sur l’Église dans son rapport au Christ par le moyen de la métaphore nuptiale. Col 3, 18-19 : « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur. »

Ep 5 : Deux formules de départ : 1/ le Christ est le sauveur de l’Église, il en est donc la tête. 2/ Le couple humain ne fait qu’une chair, dans un rapport inégal.

 

    1. Dans le contexte de Paul

C. Reynier[6] : La conception du mariage dans le monde antique repose souvent sur un simple accord comportant l’acquisition d’une femme qui passait alors de l’autorité du père à celle du mari. S’il a bien existé des mariages d’amour, le mariage reste ordinaire du domaine de l’arrangement. Tout au plus considère-t-on que la femme doit être disponible pour son mari sans que la réciproque soit mentionnée. Un tel mariage relève par essence d’un ordre juridique humainement déséquilibré puisque les obligations ne semblent ne concerner que la femme. Le rôle du Christ dans le couple bouleverse la conception contemporaine des rapports conjugaux. Loin de s’en tenir au respect du lien juridique, le mari doit aimer son épouse du même amour que le Christ aime l’Église, car c’est dans ce mystère que l’amour peut être découvert et compris dans sa profondeur. Les rapports entre époux sont donc régis par le mystère de la mort-résurrection du Christ comme donation d’amour.

La condition de la femme, au regard des hommes de la société romaine, est telle qu’elle est rapidement en situation de déchéance : sa toilette est parure provocatrice ; elle empoisonne son milieu de vie par la jactance et la futilité ; son pouvoir veut s’étendre sans autre limite que ce que l’homme lui laisse, bien au-delà du strict cercle domestique. C’est la faiblesse de la femme. Du coup, elle perd sa crédibilité et sa dignité dans la société. Ce qui la sauve, ce qui la garde de la déchéance, c’est de remplir correctement son rôle domestique. Or cela ne peut se faire qu’en soumission avec celui qui est chargé de situer correctement et sainement le foyer dans la société : le paterfamilias.

Paul parle de soumission de la femme à son mari conformément à la culture juive et gréco-romaine. Avec une remarque importante : le chrétien doit se soumettre à son frère en vue de la communion fraternelle ; le mari aussi… Et si le juste rapport entre époux accorde davantage d’autorité au mari, l’un et l’autre se rappellent qu’il s’agit d’obéir au Christ par le moyen de l’autorité masculine.[7]

Faut-il voir dans le rapport mari-épouse une relation dynamique : en lui donnant une place sociale réelle et digne (selon la mentalité de l’époque), l’homme "sauve" la femme, laquelle doit se laisser "sauver" par lui, donc avoir à son égard une attitude de soumission, c’est-à-dire de radicale acceptation et disponibilité à cet acte sauveur ?

Mais Paul ajoute : la relation doit être une relation d’amour. Plus exactement, aimer son épouse, c’est entrer dans l’intention du Christ pour son Église qui est de la rendre resplendissante, sans tache ni ride mais sainte et immaculée (v. 27).

En quel sens comprendre hôs ? Est-ce une comparaison concernant la qualité ou l’intensité ? Ou les deux ? Le mari doit-il se prendre pour le Christ au risque d’abuser de son autorité ? L’épouse doit-elle aimer son mari de la même manière qu’elle aime le Christ et l’adore ?

Est-ce le rapport mari-épouse qui définit le rapport Christ-Église, ou l’inverse ? L’homme a-t-il à se mettre à l’école du Christ aimant l’Église pour vivre chrétiennement son rapport à l’épouse ? C. Reynier : C’est la comparaison du rapport Christ - Église qui éclaire les rapports de l’homme de la femme. Dans le cadre du mariage, seul le seigneur est la référence du rapport entre l’homme et la femme. Si le mari est « tête », c’est en fonction du mystère du Christ dont on verra qu’il est caractérisé par la puissance, la perfection de son amour. Une telle loi transcende les conventions sociales tout comme la loi romaine.

La soumission de la femme à l’homme demandée par saint Paul est d’ordre social : l’homme ne se substitue pas au Christ, il n’en est que le signe et le garant de la vraie obéissance de la femme à celui-ci.

Voir aussi 1 P 3, 1-5 : « Vous les femmes, soyez soumises à vos maris, afin que, même si quelques-uns refusent de croire à la Parole, ils soient, sans parole, gagnés par la conduite de leurs femmes, en considérant votre vie chaste et pleine de respect. Que votre parure ne soit pas extérieure, faite de cheveux tressés, de cercles d’or et de toilettes bien ajustées, mais à l’intérieur de votre cœur dans l’incorruptibilité d’une âme douce et calme : voilà ce qui est précieux devant Dieu. C’est ainsi qu’autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu se paraient, soumises à leurs maris : telle Sara obéissait à Abraham, en l’appelant son Seigneur. Vous pareillement, les maris, menez la vie commune avec compréhension, comme auprès d’un être plus fragile, la femme ; accordez-lui sa part d’honneur, comme cohéritière de la grâce de Vie. » La femme est donc ici considérée comme plus faible et cette faiblesse commande l’attitude de l’homme : il doit lui être bienveillant. Attention : les maris ont à estimer leur femme, cohéritière de la grâce (v. 7) !

A. Feuillet : Gn 2 (non le stoïcisme) fournit l’antécédent vétérotestamentaire le plus immédiat du rapprochement Christ-Église son épouse, car Ève est la chair-corps (baśar) de son mari…

 

[1] J. Dupont, Gnosis. La connaissance religieuse dans les épîtres de saint Paul, p. 427-453.

[2] Voir BDAG, Art. : plh,rwma.

[3] Pourrait-on traduire : « … déverser en vous la plénitude de » l’Évangile ?

[4] C. Reynier, Évangile et mystère. Les enjeux théologiques de l’épître aux Éphésiens (LD, 149), Cerf, 1992, p. 183. Son commentaire d’Éphésiens est particulièrement soigné et intéressant : L’épître aux Éphésiens (Commentaire biblique. Nouveau Testament, 10), Cerf, 2004 ; en particulier le passage sur la soumission de la femme à l’homme (par une femme au fait des questionnements modernes !).

[5] Il est difficile de suivre ici A. Feuillet, dans Le Christ Sagesse de Dieu d’après les Épîtres pauliniennes, p. 287-289.

[6] Voir son excellent commentaire d’Ep 5, 22-33 (L’épître aux Éphésiens, p. 172-184).

[7] L’exhortation concerne les épouses à l’égard de leurs maris ; pas les femmes à l’égard d’autres hommes ! Cf. Plutarque († 125), Conjugalia praecepta 142E, un des deux textes anciens demandant aux femmes la soumission (hypotassesthai – le terme est fort) à leur mari. Voir J.-N. Aletti, Essai sur l’ecclésiologie d’Éphésiens, p. 174, n. 112.

 

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