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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Pierre marchant sur les eaux (Mt 14,24-33)

Publié par Biblissimo sur 8 Septembre 2020, 08:03am

Catégories : #Nouveau Testament, #Simon-Pierre, #Jésus marche sur la mer, #Evangile de Matthieu, #Miracles de Jésus

La marche de Jésus sur les eaux et la réaction de Pierre (Mt 14, 24-33)

 

24 La barque se trouvait éloignée de la terre de plusieurs stades, harcelée par les vagues ; le vent en effet était contraire. 25 À la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. 26 Les disciples, le voyant marcher sur la mer, furent troublés : « C’est un fantôme ! », disaient-ils, et, pris de peur, ils se mirent à crier. 27 Mais aussitôt Jésus leur parla en disant : « Ayez confiance, c’est moi, ne craignez pas ! » 28 Sur quoi, Pierre lui répondit : « Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux. – 29 Viens ! » dit Jésus. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et vint vers Jésus. 30 Mais, voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » 31 Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » 32 Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.

33 Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, en disant : « Vraiment tu es Fils de Dieu ! »

  1. Introduction

Pourquoi un tel récit qui semble faire doublure avec celui de la tempête apaisée du ch. 8 ? Autrement dit, qu’apporte-t-il de nouveau ? On peut dès l’abord s’attacher à la réaction de Pierre et de la péripétie qui s’ensuivit, peu prévisible et assez invraisemblable ?

Pourquoi est-elle propre à Matthieu ?

  1. Contexte

Le récit de la tempête apaisée a sa place parmi la série des dix miracles opérés par Jésus, éléments majeurs de la première section narrative (ch. 8-9), comme parmi les déplacements de Jésus ; la traversée du lac et la tempête donnant l’occasion à Jésus de marcher sur la mer est elle aussi bien située, dans le cadre de déplacements permettant à Jésus de s’éloigner d’Hérode (ch. 14).

La conclusion du récit, à savoir la confession de foi des disciples, contribue au développement de la formation des disciples : elle est intermédiaire entre le questionnement sans réponse avec lequel s’achève le récit de la tempête apaisée (8, 27 : « Quel est-il… ? ») et la confession plénière de Pierre dans la région de Césarée : « Tu es le Fils du Dieu vivant » (16, 16).

L’épisode suivant, situé au lieu du débarquement, Gennésaret, revient sur le succès de l’activité thaumaturgique de Jésus.

  1. Critique littéraire

    1. Comparaison avec le récit de Marc (6, 45-52)

Le récit est très proche de celui de Marc : Jésus oblige ses disciples à se rendre en barque vers la rive opposée tandis qu’il reste seul jusqu’au moment où il se rend auprès d’eux en marchant sur l’eau, malgré la tempête (Mt insiste sur la violence des vagues – v. 24b). En ce qui concerne la scène, on note que les destinations de la traversée divergent : Génésareth chez Mt et Bethsaïde chez Mc ; les deux directions sont à sens contraires ! L’important n’est sans doute pas le lieu exact mais plutôt le fait de se rendre « sur l’[autre] rive » (v. 22), qui correspond à un thème fréquent, riche de symbolisme.

Mt et Mc s’accordent quand ils font de Jésus, aux yeux des disciples, un phantasma, terme qui n’apparaît qu’ici dans les écrits du Nouveau Testament.

 

    1. Prolongement du récit de la tempête apaisée (8, 3-27)

L’épisode s’adosse clairement à celui de la tempête apaisée ;[1] l’analyse peut se concentrer sur l’élément nouveau : la réaction de Pierre.

Mais il anticipe aussi l’attitude des disciples devant le Ressuscité :

- Jésus n’est plus dans la barque mais à distance, sur la montagne où il prie ; il a la consistance d’un revenant du monde des morts.

- par les notations de la prosternation et du doute :

28 Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui… 17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; quelques-uns cependant doutèrent[2].

- par les termes de la confession de foi :

27 54 Quant au centurion et aux hommes qui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! »

- par l’interpellation de Jésus, à deux reprises, comme Seigneur.

- par la formule : « Ego eimi », reprise par Pierre : « Si tu es… »

  1. Contexte biblique

Seul Dieu est capable de marcher sur l'eau: Jb 9,8: « Lui seul a déployé les cieux et foulé le dos de la mer. » La LXX apporte une précision: περιπατῶν ὡς ἐπ᾽ ἐδάφους (comme sur un sol ferme) ἐπὶ θαλάσσης.

  1. « C’est moi ! »

Les disciples pensent que celui qui marche sur l’eau est un phantasma, un être anonyme, sans consistance terrestre, un revenant du monde des morts.

« Ayez confiance, c’est moi, ne craignez pas ! » Jésus se donne à reconnaître en invitant à la fermeté parce que « c’est moi ». Il est encore à distance de la barque. On attendrait qu’il se nomme : « Je suis Jésus. »

  1. Le rôle de Simon-Pierre

Pierre aussitôt réagit en demandant de pouvoir marcher sur l’eau vers Jésus. Cela lui est accordé et les premiers mètres sont franchis sans problème. Le récit poursuit en mentionnant une péripétie : Pierre se met à couler. Pourquoi ? Parce qu’il a vu le vent et commencé à craindre. L’explication est difficile à justifier, le vent soufflant depuis longtemps. Elle suggère cependant que le disciple a donné plus d’importance au vent qu’à l’ordre de son Maître ; le danger a pris le dessus sur la Parole de Dieu dans le cœur du croyant encore peu sûr.

Il s’agit de la première manifestation du rôle particulier de Pierre, qui trouvera un sommet dans la confession de Césarée. Sa réaction est cohérente avec les autres traits qui nous sont rapportés de lui. Y compris le fait de manquer de persévérance dans sa foi. Il perdra pied quand son maître se laissera jeter en prison et conduire au supplice.

Comme le diable au désert (« Si c’est toi…, ordonne… »), Pierre veut-il mettre Jésus au défi de prouver qu’il est Fils de Dieu ?

  1. Dans le contexte de la rédaction matthéenne

X. Léon-Dufour[4] : le récit de la tempête apaisée est réécrit par Mt pour mettre en valeur comment ceux qui se sont déjà engagés à sa suite du Christ et ont franchi la première étape de l’enseignement (ch. 5-7) et ont été témoins des premiers miracles, doivent se rendre « à l’autre rive », à savoir chez les nations païennes, sans craindre la tribulation. Jésus est au milieu d’eux. Le terme de ce périple est l’admiration des « hommes », non des disciples, indiquant que Mt a ici en vue les païens.

Un engagement de disciple en deux temps : à la ferveur des commencements se substitue la faiblesse ; quand la faiblesse donne l’occasion d’être sauvé par le Christ, dans une relation personnelle (Pierre saisit la main de Jésus), la foi est fortifiée. Plus encore : Pierre n’a été jusqu’alors que spectateur de prodiges ; maintenant il en est le bénéficiaire direct, immédiat. N.B. : il s’est mis lui-même en situation de péril.

La situation visée par l’épisode est celle de chrétiens qui ont entendu l’ordre du Christ à tout miser sur lui, car ils l’ont reconnu comme Seigneur ressuscité, mais qui, à un moment donné, doutent de la présence du Christ à leurs côtés. Ainsi Élie, mis à l’épreuve en tant que prophète, constatant l’échec de sa mission, contraint Dieu à se manifester personnellement à lui et non dans le souvenir de Moïse.

 

[1] Allusions à la tempête apaisée (Mt 8, 23-27) : l’invocation de Pierre (v. 30 = 8, 25), l’interpellation de Jésus (v. 31 = 8, 26).

[2] Le verbe distazein ne se trouve que dans ces deux passages.

[3] La LXX ajoute une précision : περιπατῶν ὡς ἐπ᾽ ἐδάφους ἐπὶ θαλάσσης.

[4] « La tempête apaisée », in Études d’Évangile, (Parole de Dieu), Seuil, Paris, 1965, pp. 150-189 ; l’étude de la section matthéenne se trouve aux pages 165-170.

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