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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Biographie rapide de saint Paul

Publié par Biblissimo sur 21 Octobre 2010, 06:37am

Catégories : #Corpus paulinien

Paul nous est connu, mieux que toute autre personnalité du N.T., par ses lettres et par les Actes des apôtres, deux sources indépendantes, mais qui se complètent, malgré quelques divergences ou approximations secondaires. En tenant compte des indications fournies par ces deux sources, après une étude critique de chaque élément comme de l'ensemble, voici ce que pourrait être une biographie rapide de saint Paul.

Le Paul des Actes

Les Actes mettent en scène un homme intelligent, à l’esprit vif et réaliste, à la forte volonté, assumant autant qu’il le peut la dimension ecclésiale, par exemple sachant rencontrer les apôtres, être accompagné d’autres chrétiens et se démener pour collecter une grosse somme d’argent à apporter aux chrétiens de Judée. Son tempérament de chef, indépendant et hyper actif, entreprenant, le rend difficile à suivre (Barnabé et Jean-Marc en ont fait l’expérience). Cependant, homme de prière, il donne toute sa place à la Providence, accueillant les visions et reconnaissant dans les événements des signes de l’Esprit. C’est un homme au cœur fidèle et reconnaissant. Face aux adversaires, il sait utiliser la dialectique oratoire pour arriver à ses fins, se dégager des accusations, reportant par exemple le débat sur les divergences entre pharisiens et sadducéens ou se recommandant à l’autorité romaine. Paul était sans doute moins à l’aise dans ses relations sociales et moins bon orateur.

Les Actes se démarquent des lettres pauliniennes en plusieurs points : ils montrent beaucoup moins Paul faisant œuvre de théologie en particulier prenant à bras le corps le débat soulevé par les judaïsant : comme si la question avait été réglée lors de l’Assemblée de Jérusalem

 

Un portrait de Paul?

Voir l'écrit apocryphe: Actes de Paul, III, 3.Voici le résumé qu'en donne R. Penna : Une description physique de Paul revient souvent. On dit qu'il était de petite taille, gros, les jambes arquées, les sourcils unis, mais qu'il ressemblait néanmoins à un ange. Mais cette description date de la fin du deuxième siècle. L'iconographie traditionnelle le présente sous les traits d'un homme barbu, chauve, selon l'image imposée qu'il fallait donner aux philosophes après le 3ème siècle. Dans sa 2nde lettre aux Corinthiens, Paul dit « ne pas savoir parler », certains supposent alors qu'il bégayait. En Ga, il dit : « Vous vous seriez arrachés les yeux pour me les donner », certains ont alors pensé qu'il avait des problèmes de vue. Je pense quant à moi que ces phrases doivent être comprises dans un sens métaphorique. Nous savons qu'il a rencontré beaucoup de difficultés dans sa vie : les veilles, les jeûnes, le froid, trois naufrages, des milliers de kilomètres parcourus à pied, il a été lapidé, fouetté cinq fois par les juifs, trois fois par les romains, fait prisonnier pendant de longues périodes. Tout cela laisse supposer qu'il avait un physique exceptionnel, une volonté de fer et une capacité d'adaptation extraordinaire. Il a continué à avoir un caractère fort, qui pouvait s'exprimer sous des tons très rudes, durs, mais qu'il ponctuait souvent d'intonations affectueuses, douces, gentilles, presque féminines. Lui-même se comparait à un père mais aussi à une mère. Sa psychologie est une psychologie complexe, à multiples facettes, très riche. En Rm, il dit clairement qu'il faut accueillir tout le monde, s'entendre avec tout le monde, accepter aussi ceux qui pensent différemment : il y a de l'irénisme, un sens de l'accueil, de la réciprocité, qui est vraiment évangélique.

Les principales étapes de la vie de Paul[1]

La concomitance avec des événements connus – notamment le proconsulat de Gallion à Corinthe (Ac 18,12), l’édit de Claude relatif aux Juifs de Rome (18,2) et le changement de gouverneur à Césarée (24,27) – permet aussi de fixer certains repères assez sûrs.

Paul est né vers l’an 8 à Tarse en Cilicie, actuellement au sud-est de la Turquie. C’était une ville importante, ouverte sur la mer grâce à un fleuve navigable, le Cydnus:

"Moi, je suis Juif, de Tarse en Cilicie, citoyen d'une ville qui n'est pas sans renom" (Ac 21,39; 22,3).

Il est issu d’une famille juive de la tribu de Benjamin (Rm 11,1; Ph 3,5).

Par son père, il a droit à la citoyenneté romaine, qui lui assure protection de la part de l’administration impériale (Ac 16,37s; 22,25-28; 23,27) et lui facilite l’accès au monde.

L’étude de ses écrits montre à l’évidence qu’il reçut dès sa jeunesse deux formations complémentaires : d’une part il profita du milieu intellectuel hellénistique de Tarse, apprenant notamment la rhétorique et la pensée grecques ; d’autre part il approfondit la formation religieuse juive reçue dans le cadre de la synagogue de Tarse en séjournant à Jérusalem auprès de Gamaliel, rabbin et chef d’école:

"J'ai été élevé dans cette ville [Jérusalem], et c'est aux pieds de Gamaliel que j'ai été formé à l'exacte observance de la Loi de nos pères, et j'étais rempli du zèle de Dieu" (Ac 22,3)

"Ce qu'a été ma vie depuis ma jeunesse, comment depuis le début j'ai vécu au sein de ma nation, à Jérusalem même, tous les Juifs le savent. Ils me connaissent de longue date et peuvent, s'ils le veulent, témoigner que j'ai vécu suivant le parti le plus strict de notre religion, en Pharisien" (Ac 26,4s; cf. Ga 1,14)

Avec un tel zèle pour les traditions des pères, ce n’est pas étonnant qu’il se soit engagé à persécuter la jeune Église chrétienne (Ac 22,4s; 26,9-12; Ga 1,13), mettant en prison les chrétiens les plus influant, mettant en garde les autres. Il ne faudrait pas s’imaginer un Saul obstiné, étroit d’esprit, fanatique incapable de réfléchir: c’est avec bonne conscience, pour servir son Dieu, qu’il le faisait.

Et c’est dans ce souci d’obéissance que le Christ le rejoint brusquement, sur la route qui allait de Jérusalem à Damas, vers l’an 33. Trois textes des Actes, auxquels il faut ajouter Ga 1,11-12, reviennent sur cet événement décisif pour toute l’histoire de l’occident:

"Paul faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l'enveloppa de sa clarté. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait: "Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu?" - "Qui es-tu, Seigneur?" demanda-t-il. Et lui: "Je suis Jésus que tu persécutes. Mais relève-toi, entre dans la ville, et l'on te dira ce que tu dois faire." Ses compagnons de route s'étaient arrêtés, muets de stupeur: ils entendaient bien la voix, mais sans voir personne. Saul se releva de terre, mais, quoiqu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer à Damas. Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien" (Ac 9,3-9)

"Quand Celui qui dès le sein maternel m'a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l'annonce parmi les païens…" (Ga 1,15-16)

Face à ceux qui lui préfèrent l’autorité de Pierre et des autres membres du groupe des Douze, Paul n’hésite pas à répondre:

"Ne suis-je pas libre? Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je donc pas vu Jésus, notre Seigneur?" (1 Co 9,1). "En dernier lieu, il m'est apparu à moi aussi, comme à l'avorton" (1 Co 15,8)

Les raisonnements que Paul préparait pour les opposer à la bonne foi des disciples du Jésus s’effacent brusquement dans la rencontre, qui s’impose plus forte que la certitude de sa foi et de la tradition rabbinique. Le Crucifié est face à lui, glorieux.[2]

Paul a-t-il été préparé d’une manière plus ou moins lointaine à cette découverte? Était-il sensible, inconsciemment, à la destinée de ce Jésus, irréprochable dans sa vie et admirable dans sa mort? En tout cas, le martyre d’Étienne a joué un rôle, d’après Luc; et, à côté, celui de ceux et celles qu’il a approchés, fidèles et patients dans leur dévotion pour Jésus de Nazareth l’a sans aucun doute impressionné. Y avait-il en plus et en profondeur, une sorte de conscience que la pratique de la Loi ne suffisait pas à répondre à la quête de Vérité? C’est possible, mais cela nous échappera toujours et il faut se garder de trop en dire.

Paul voue alors toute sa vie au Christ (qui l’a « saisi », Ph 3,12) et à l’évangélisation des païens[3].

 

Après un séjour en Arabie (Ga ne fait pas mention d’un séjour à Damas avant le départ en Arabie, mais cela semble logique – Ac 9,20 obéit au schéma selon lequel Paul doit prêcher d’abord aux Juifs), Paul prêche à Damas (Ga 1,17). Aussi bien Ac 9 que 2 Co 11,32-33 rapportent que Paul quitta Damas en fuyard, mais Ac explique la fuite comme la conséquence d’un complot contre les Juifs tandis que Ga parle d’une décision liée à la politique des Nabatéens[4].

Il se rend à Jérusalem (vers 37)[5]:

"Après trois ans, je montai à Jérusalem rendre visite à Képhas et demeurai auprès de lui quinze jours: je n'ai pas vu d'autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur" (Ga 1,18-19)

D’après les Actes, il a fallu l’intervention énergique du prêtre devenu disciple du Christ, Barnabé, pour que les chrétiens, et les apôtres à leur tête, accueillent celui qu’ils connaissaient pour être un farouche opposant de toute dissension à l’intérieur du judaïsme (Ac 9,26-30). Cependant, Saul ressent sur lui une grande pression de la part des membres de la communauté et décide de s’éloigner et de se retirer en Syrie-Cilicie, sans doute à Tarse (sud-est de l’Asie mineure; Ga 1,21).

Après la persécution qui suivit la mort d’Étienne, Barnabé, compagnon des apôtres dès avant l’arrivée de Paul à Jérusalem, de tendance judaïsante, se trouve à Antioche; il va chercher Saul et le conduit à Antioche, où il enseigne:

Toute une année durant ils vécurent ensemble dans l'Église et y instruisirent une foule considérable (Ac 11,26).

La fréquentation de chrétiens formés à Jérusalem auprès des apôtres, notamment Képhas, Jean et Jacques, lui permettra de compléter sa connaissance de Jésus et de ses enseignements.

 

Un premier voyage missionnaire (vers 40-45) lui fait annoncer l’Évangile en Chypre et en Asie mineure (Pamphylie, Pisidie et Lycaonie) :

"[Barnabé et Saul] descendirent à Séleucie, d'où ils firent voile pour Chypre. Arrivés à Salamine, ils se mirent à annoncer la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient avec eux Jean [Marc] comme auxiliaire. Ayant traversé toute l'île jusqu'à Paphos, ils trouvèrent là un magicien, nommé Bar-Jésus, qui était de l'entourage du proconsul Sergius Paulus, homme avisé. Ce dernier fit appeler Barnabé et Saul, désireux d'entendre la parole de Dieu. De Paphos, où ils s'embarquèrent, Paul et ses compagnons gagnèrent Pergé, en Pamphylie" (Ac 13,4…13).

Il se met à porter son nom romain de Paulus de préférence à son nom juif Saul:

"Alors Saul - appelé aussi Paul -, rempli de l'Esprit Saint" (Ac 13,9).

Il prend alors son envergure d’apôtre, jusqu’à supplanter Barnabé aux yeux de Luc. À Lystres:

"Ils appelaient Barnabé Zeus et Paul Hermès, puisque c'était lui qui portait la parole" (Ac 14,12).

À l’issue de leur voyage, Paul et Barnabé rentrèrent à Antioche :

"Après avoir évangélisé Derbé et y avoir fait bon nombre de disciples, ils retournèrent à Lystres, Iconium et Antioche. Ils affermissaient le cœur des disciples, les encourageant à persévérer dans la foi… ils firent voile vers Antioche. À leur arrivée, ils réunirent l'Église et se mirent à rapporter tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi. Ils demeurèrent ensuite assez longtemps avec les disciples (Ac 14,21…28).

 

Son second voyage missionnaire le conduit en Europe, entre 47 et 52. L’événement le plus marquant sera la fondation de la communauté de Corinthe.

Selon Ac 15, 36, la décision du départ pour un deuxième voyage missionnaire relève d’une initiative de Paul. Décision élaborée par "prudence pastorale", dirait-on aujourd’hui :

Paul dit à Barnabé: "Retournons donc visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir où ils en sont."

À la différence d’une parole reconnue comme émanant de l’Esprit Saint (comme en 13, 1-3), les décisions prudentielles ne font pas nécessairement l’unanimité… Paul se brouille donc avec Barnabé à l’occasion du choix de Jean Marc (mais sans doute les divergences entre les deux étaient plus profondes) : 

Mais Barnabé voulait emmener aussi Jean, surnommé Marc; Paul, lui, n'était pas d'avis d'emmener celui qui les avait abandonnés en Pamphylie et n'avait pas été à l’œuvre avec eux. On s'échauffa, et l'on finit par se séparer. Barnabé prit Marc avec lui et s'embarqua pour Chypre. De son côté, Paul fit choix de Silas et partit, après avoir été confié par les frères à la grâce de Dieu " (Ac 15,35-39).

À Lystres, il s’adjoint Timothée qui sera son adjoint le plus fidèle:

"Il y avait un disciple nommé Timothée, fils d'une juive devenue croyante, mais d'un père grec. Les frères de Lystres et d'Iconium lui rendaient un bon témoignage. Paul décida de l'emmener avec lui. Il le prit donc et le circoncit, à cause des Juifs qui se trouvaient dans ces parages, car tous savaient que son père était grec. Dans les villes, ils transmettaient les décrets portés par les apôtres et les anciens de Jérusalem" (Ac 16,1-4).

Il commence toujours par rencontrer les Juifs dans la synagogue de la ville.

En Europe… À Philippes, colonie romaine importante et riche, il fonde la cté, loge chez Lydie[6], qu’il a baptisée, puis se fait arrêter et mettre en prison.

Après avoir traversé Amphipolis et Apollonie, ils arrivèrent à Thessalonique, où les Juifs avaient une synagogue. Trois sabbats de suite, il discuta avec eux d'après les Écritures. Il les leur expliquait, établissant que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts (Ac 17,1-3).

 

Après Thessalonique et Bérée, Paul s’arrête à Athènes. Là il a l’occasion d’interpeller « les philosophes épicuriens » à l’Aréopage (colline d’Arès, lieu de réunion des notables, en contrebas de l’Acropole). Les notables lui demandent de les informer de sa doctrine. D’où le célèbre discours devant l’Aréopage (omniprésence de Dieu; absurdité de l’idolâtrie; jugement à venir par l’intermédiaire de celui que Dieu a envoyé et ressuscité des morts). L’expérience de l’échec face aux savants constitue une étape décisive dans l’évolution de Paul, d’autant plus que la réussite l’attend au port de Corinthe, dans la population pauvre et laborieuse de la ville.

À Corinthe, il séjourne 18 mois. D’abord chez Crispus, prosélyte juif dont la maison était contiguë à la synagogue, puis chez Aquilas et sa femme Priscille, venus de Rome suite à l’édit de Claude contre les Juifs[7]. Il travaille avec eux, de ses mains (fabrication de tentes). Dans la situation de conflit avec les Juifs, il est présenté au proconsul d’Achaïe, Gallion, durant l’été 51:

"Alors que Gallion était proconsul d'Achaïe, les Juifs se soulevèrent d'un commun accord contre Paul et l'amenèrent devant le tribunal. Gallion dit aux Juifs: "S'il était question de quelque délit ou méfait, j'accueillerais, Juifs, votre plainte, comme de raison. Mais puisqu'il s'agit de contestations sur des mots et des noms et sur votre propre Loi, à vous de voir! Être juge, moi, en ces matières, je m'y refuse." Tous se saisirent de Sosthène, le chef de synagogue, et, devant le tribunal, se mirent à le battre. Et de tout cela Gallion n'avait cure" (Ac 18,12-18).

Il écrit la première Lettre aux Thessaloniciens:

"Nous avions enduré à Philippes des souffrances et des insultes (1 Th 2,1). Nous avons envoyé Timothée pour vous affermir et réconforter dans votre foi… Maintenant Timothée nous est revenu de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles…" (1 Th 3,1.6). "Quand Silas et Timothée furent arrivés de Macédoine, Paul se consacra tout entier à la parole…" (Ac 18,5).

Puis la deuxième aux Thessaloniciens, si elle est de Paul.

Il décide de retourner à Antioche, sa communauté d’attache. Il s’arrête rapidement à Éphèse, promettant d’y revenir pour un long séjour. Il rend visite à la communauté de Jérusalem.

 

L’assemblée de Jérusalem[8].

Version des Actes (ch. 15): Paul, Barnabé et quelques autres sont envoyés par la communauté d'Antioche à Jérusalem pour discuter de la nécessité de la circoncision:

"Certaines gens du parti des Pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour déclarer qu'il fallait circoncire les païens et leur enjoindre d'observer la Loi de Moïse" (Ac 15).

En fait, ils discuteront surtout de règles alimentaires et de mariage.

Version de Galates: Paul part suite à une révélation et dans le but de vérifier sa prédication chez les païens; la question de la circoncision est secondaire.

"Je montai à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi. J'y montai à la suite d'une révélation; et je leur exposai l'Évangile que je prêche parmi les païens - mais séparément aux notables, de peur de courir ou d'avoir couru pour rien. Eh bien ! de Tite lui-même, mon compagnon qui était grec, on n’exigea pas qu'il se fît circoncire. Mais à cause des intrus, ces faux frères qui se sont glissés pour espionner la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en servitude, gens auxquels nous refusâmes de céder, fût-ce un moment, par déférence, afin de sauvegarder pour vous la vérité de l'Évangile..." (Ga 2,1-5).

En fait, on évitera le débat sur la circoncision et on ne parlera que de règles alimentaires…

 

L’incident d’Antioche (Ga 2,11-14): on ne peut harmoniser ce récit avec ce que supposent les Actes, ni placer avec certitude cet événement en rapport avec l’assemblée de Jérusalem. Quand Pierre change de position face aux chrétiens en provenance de Jérusalem et liés à Jacques, donc de tendance judaïsante, Paul le reprend sévèrement. Puis on ne mentionnera plus de rapport entre Paul et Antioche.

 

 

De 53 à 58, troisième voyage missionnaire.

Après avoir traversé le flanc occidental du Taurus, puis le territoire galate[9], Paul prend la voie directe et arrive à Éphèse. Il y séjourne un peu plus de deux ans (Ac 19, 10 ; 20, 31).

Un des plus grands centres urbains de l’Empire, à l’entrée de la route qui menait au centre de l’Asie mineure. Centre religieux: le culte d’Artémis a pris le relais de celui de la déesse mère, vénérée plus au centre du pays dès le viiiè s. Artémis est fille de Zeus et jumelle d’Apollon par Léto; nés sur l’île de Délos malgré la fureur de Héra qui fit tout pour empêcher Léto d’accoucher. Elle est toujours vierge, aime vagabonder dans les bois et les forêts pour chasser; tient à tout prix à sa virginité jusqu’à punir impitoyablement les amants présomptueux.

Fondée par des Amazones, puis par des Ioniens grecs avec Androklos[10] (Strabon). Détruite par Crésus (viè s.); les habitants se rassemblent autour du temple d’Artémis; puis par les Perses; brûlée au ivè s., elle sera reconstruite pour devenir une des sept merveilles du monde; Lysimaque, général d’Alexandre le Grand sauve la ville en la déplaçant à l’endroit que l’on visite actuellement (l’ensablement du port rendait le commerce impossible et multipliait les maladies); puis sous domination de Pergame puis des Romains (134 av. J.C.). Sera supplantée par Smyrne, comme elle a supplanté Milet.

Héraclite au viè s.

Ville particulièrement fidèle au culte de la dea Roma et du divus Iulius (cf. immense temple de Domitien), capitale administrative de la Province (sénatoriale) romaine d’Asie depuis 169 av. J.C., et carrefour commercial, ville imposante par ses bâtiments.

Paul y trouve quelques disciples qui ne connaissaient que le baptême de Jean. Apollos, juif originaire d’Alexandrie, excellent orateur, se trouvait à Éphèse juste avant son arrivée. Il le précèdera à Corinthe, où commenceront des partis…

En réponse aux nouvelles et aux problèmes qui tourmentaient les frères de Corinthe, Paul écrit la première lettre aux Corinthiens. Qui suit une autre («précanonique»: «Vous écrivant, dans ma lettre, de n’avoir pas de relations avec des débauchés», 1 Co 5, 9).

[On aimerait situer à Éphèse une période de captivité pour y placer avec certitude la lettre aux Philippiens.]

Visite intermédiaire à Corinthe (2 Co 12,14 ; 13,1).

En prison «dans les fers», Paul écrit pour les communautés situées dans la vallée du Lycos, le fleuve qui débouche à Éphèse, la lettre aux Colossiens et la lettre à Philémon. Un peu plus tard sans doute la lettre aux Éphésiens (ou aux Laodicéens)?

Priez pour nous en particulier, afin que Dieu ouvre un champ libre à notre prédication et que nous puissions annoncer le mystère du Christ; c'est à cause de lui que je suis dans les fers […] Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue (Col 4,3,10)

Il quitte Éphèse pour la Macédoine et Corinthe.

En chemin, il adresse une deuxième lettre auxCorinthiens, pour répondre aux accusations qui le touchent personnellement dans son ministère à l’égard des Corinthiens.

Paul convoqua les disciples, leur adressa une exhortation et, après avoir fait ses adieux, partit pour la Macédoine. Il traversa cette contrée, y exhorta longuement les fidèles et parvint en Grèce, où il resta trois mois (Ac 20,1-3).

Il organise la collecte (Ac 24,17; 2 Co 8,9):

Je me rends à Jérusalem pour le service des saints: car la Macédoine et l'Achaïe ont bien voulu prendre quelque part aux besoins des saints de Jérusalem qui sont dans la pauvreté. Oui, elles l'ont bien voulu, et elles le leur devaient: si les païens, en effet, ont participé à leurs biens spirituels, ils doivent à leur tour les servir de leurs biens temporels (Rm 15,25-27).

Sans doute à cette époque, il écrit la lettre aux Galates, qu’il avait visités à l’aller et qui étaient soumis à la pression des judaïsants.

Au cours de son séjour (le 3ème) à Corinthe (3 mois : hiver 57-58), il écrit la lettre aux Romains :

Je vous recommande Phébée, notre sœur, diacre de l'Église de Cenchrées [port de Corinthe] : offrez-lui dans le Seigneur un accueil digne des saints, et assistez-la en toute affaire où elle aurait besoin de vous ; aussi bien fut-elle une protectrice pour nombre de chrétiens et pour moi-même (Rm 16, 1-2)

Dans son voyage de retour, il s’arrête à Troas (il ressuscite un garçon qui s’était endormi et était tombé de la fenêtre). Il retrouve Luc qui l’accompagnera désormais.

À Milet, il fait venir les anciens de la communauté d’Éphèse («Paul avait en effet décidé de passer au large d'Éphèse, pour ne pas avoir à s'attarder en Asie. Il se hâtait afin d'être, si possible, le jour de la Pentecôte à Jérusalem» Ac 20,16) à qui il adresse ses adieux (Ac 20,17-38).

 

Arrivé à Jérusalem, nouveau débat sur la rupture avec les observances juives :

Ils ont entendu dire que tu pousses les Juifs qui vivent au milieu des païens à la défection vis-à-vis de Moïse, leur disant de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les coutumes. Que faire donc ? Assurément la multitude ne manquera pas de se rassembler, car on apprendra ton arrivée. Fais donc ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes qui sont tenus par un vœu. Emmène-les, joins-toi à eux pour la purification et charge-toi des frais pour qu'ils puissent se faire raser la tête. Ainsi tout le monde saura qu'il n'y a rien de vrai dans ce qu'ils ont entendu dire à ton sujet, mais que tu te conduis, toi aussi, en observateur de la Loi (Ac 21,21-26).

Son arrestation au Temple lui permet de prononcer successivement quatre discours: au peuple (ch. 22; on lui reproche de se tourner vers les païens); au Sanhédrin (ch. 23; suscite la division de l’assemblée en provocant un débat sur la résurrection); au proconsul Felix (Ac 24; exhortation à la conversion des païens); au roi Agrippa ii (ch. 25; discours adressé à un juif: l’Évangile accomplit les Écritures). Vision de Jésus qui l’encourage et lui révèle que ce procès lui permettra de se rendre à Rome.

Citoyen romain, on lui prépare un procès et les Romains le protègent, le transfèrent à Césarée. Similitude dans la manière d’être jugés entre Jésus et Paul. Luc: pas très cohérent avec le droit romain, pour servir son plan de comparaison entre Paul et le Seigneur. En particulier quand il fait comparaître l’apôtre successivement devant le procurateur Felix (où il est flagellé et reçoit des humiliations) et le roi Agrippa, tout comme Jésus devant Pilate puis Hérode Antipas, avant d’être livrés l’un et l’autre à la sentence des chefs du peuple juif.

 

Ac 27-28 : récit épique de voyage par mer, Paul étant gardé de près par une escorte dans un bateau "mixte" (passagers et marchandises) de 276 passagers. Le naufrage sur l’île de Malte (période impropre à la navigation) permet de présenter Paul comme protégé par un miracle divin, conformément à Mc 16, 18. Arrivée à Rome, via la Sicile (Syracuse), et le port de Pouzzoles, où se trouve un groupe de chrétiens :

Les frères de cette ville, informés de notre arrivée, vinrent à notre rencontre jusqu'au Forum d'Appius et aux Trois-Tavernes. En les voyant, Paul rendit grâces à Dieu et reprit courage. Quand nous fûmes entrés dans Rome, on permit à Paul de loger en son particulier avec le soldat qui le gardait. Trois jours après, il convoqua les notables juifs […] Paul demeura deux années entières dans le logis qu'il avait loué. Il recevait tous ceux qui venaient le trouver, proclamant le Royaume de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec pleine assurance et sans obstacle (Ac 28,15-17,29-30).

 

61-63: Captivité romaine. Paul retrouve les amis et les parents qui avaient quitté Éphèse dès 54 et reconstitué ici une Église. Il est accueilli chez l’un d’eux, puis, selon les principes de la bonne éducation antique, il n’abusa pas de l’hospitalité et loua ensuite un logement.

Au bout de deux ans, aucun accusateur ne s’étant manifesté, Paul est mis en liberté.

 

63-66: Dernières années de Paul. On ne peut que conjecturer d’autres voyages missionnaires:

En Crète:

Si je t’ai laissé en Crète, c’est pour y achever l'organisation et pour établir dans chaque ville des presbytres, conformément à mes instructions (Ti 1,5).

À Nicopolis (Épire):

Lorsque je t’aurai envoyé Artémas ou Tychique, hâte-toi de me rejoindre à Nicopolis. C’est là que j'ai décidé de passer l’hiver. Prends toutes dispositions pour le voyage du juriste Zénas et d'Apollos, afin qu'ils ne manquent de rien (Ti 3,12-13).

ou en Asie:

Hâte-toi de venir me rejoindre au plus vite, car Démas m'a abandonné par amour du monde présent. Il est parti pour Thessalonique, Crescens pour la Galatie, Tite pour la Dalmatie. Seul Luc est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m'est précieux pour le ministère. J'ai envoyé Tychique à Éphèse. En venant, apporte le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos, ainsi que les livres, surtout les parchemins (2 Tm 4,9-13).

A-t-il pu accomplir son souhait de pousser jusqu’en Espagne, bornes de l’Empire, en passant par la Via Narbonensis (cf. Rm 15,23-24,28) ? Clément de Rome et le Canon de Muratori le laissent supposer. Sénèque est de Cordoue ; Quintilien (30-100), Hadrien († 138) et Théodose (empereur en 379) sont d’origine espagnole ; l’influence romaine y est déjà grande.

 

67?: Deuxième captivité romaine et mort par le martyre.

Paul écrit la deuxième lettre à Timothée ?

Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l'Évangile, soutenu par la force de Dieu (2 Tm 1,8) ;

Que le Seigneur fasse miséricorde à la famille d'Onésiphore, car souvent il m'a réconforté, et il n'a pas rougi de mes chaînes; au contraire, à son arrivée à Rome, il m'a recherché activement et m'a découvert. Que le Seigneur lui donne d'obtenir miséricorde auprès du Seigneur en ce Jour-là. Quant aux services qu'il m'a rendus, à Éphèse, tu les connais mieux que personne (1,16-18).

 

La mort de Paul [1]

Nous ne disposons que de deux textes sérieux relatifs à la mort de Paul.

Clément de Rome (Épître aux Corinthiens, 5, 5-6) écrit que « Paul a rendu témoignage devant ceux qui gouvernent ». Ne dit pas explicitement la mort violente, mais le contexte le suppose et compte Paul et Pierre parmi les martyrs.

Tertullien, entre 200 et 213, précise les circonstances de la mort des deux apôtres : Pierre et Paul ont subi le martyre sous Néron, l’un crucifié comme Jésus, l’autre décapité comme Jean-Baptiste[2].

L’incendie principal de Rome éclata le 19 juillet 64. Il ne fut maîtrisé que dix jours plus tard. D’après l’historien et écrivain latin Tacite († 120)[3], Néron prit des mesures pour reconstruire la ville et éviter qu’une telle catastrophe se reproduise. On fit des piacula, cérémonies expiatoires destinées à apaiser la colère des dieux. Rien n’empêcha la rumeur de se répandre selon laquelle Néron aurait commandé l’incendie. Ce n’est qu’à court d’arguments pour se défendre que Néron décide de s’en prendre à ces groupes mal aimés qu’étaient les chrétiens. Une foule immense fut appréhendée en deux temps et subirent des supplices raffinés, dans les jardins impériaux : « les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par les chiens; beaucoup, mis en croix, étaient brûlés pour éclairer la nuit. »

À ces deux textes, on ajoute les Actes de Paul, plus tard (vers 180) qui met en scène la décapitation de Paul et les phénomènes miraculeux qui l’ont accompagnée.



[1] S. Légasse considère que les textes relatifs au martyre de Paul sont légendaires.

[2] De praescr. Haer., XXXVI, 3 ; Adv. Marc., IV, 5 ; Scorp., XV, 3.

[3] Ann. XI, 44.



[1] Nous nous basons sur l’ouvrage de S. Légasse (Paul apôtre. Essai de biographie critique, Cerf-Fides, 1991), en proposant des options provenant de J. Becker (Paul. L'apôtre des nations, Cerf, 1995) et M.-Fse Baslez (Saint Paul, Fayard, 1991).

[2] « Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous: "Maudit quiconque pend au gibet" » (Ga 3,13).

[3] Paul a-t-il été marié ? En 54, quand il rédige 1 Co, il est sans femme, agamos, et conseille aux célibataires et aux veufs de demeurer «comme moi» (7,7-8). Cette formule conduirait même à dire que Paul était veuf… Ne pas avoir été marié à 30 ans n’était pas exceptionnel dans le judaïsme du temps de Paul (p. ex. Flavius Josèphe, qui a attendu la trentaine).

[4] Voir Légasse, p. 81-83.

[5] On laisse de côté la version des Actes selon laquelle Saul fuit Damas pour se rendre directement à Jérusalem (épisode de Barnabé) en faveur de Ga 1,18-19.

[6] Peut-être esclave affranchie, car l’esclave portait souvent le nom de la province d’origine.

[7] S. Légasse (p. 128-129), datant l’édit de Claude de l’an 41 ou 42, en conclut que l’explication de Luc concernant la présence du couple à Corinthe est à mettre sur le compte du projet lucanien d’insérer l’histoire de l’Évangile dans l’histoire profane, quitte à faire quelques entorses à la chronologie.

[8] J. Becker maintient que cette assemblée a eu lieu conformément au récit d’Ac 15, c’est-à-dire après le premier voyage missionnaire. En particulier parce que le récit mentionnerait d’une manière ou d’une autre le succès de Paul en Europe. Il considère au contraire le passage de Paul à Antioche entre le deuxième et le troisième voyage missionnaire comme inauthentique : Paul quitte Corinthe pour fonder Éphèse.

[9] Territoire des Galates : non la Province romaine, mais la région située autour d’Antioche de Pisidie, avec Derbé et Ankara.

[10] Non sans avoir consulté l’oracle de Delphes : le poisson brûlera ; suivez le sanglier. On voit encore l’image du sanglier, qui symbolisa longtemps Éphèse, sur une des frises du temple d’Hadrien (135 ap. J.C.).

[11] De praescr. Haer., XXXVI, 3 ; Adv. Marc., IV, 5 ; Scorp., XV, 3.

[12] Ann. XI, 44.

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carl hantz 18/02/2015 03:36

Jesus je t'aime pour ce que vous etes, je t'adore

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