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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


COURS D'INTRODUCTION A SAINT PAUL. IXa: Le "Corpus paulinien"

Publié par Biblissimo sur 8 Août 2011, 11:02am

Catégories : #Corpus paulinien

Il s'agit dans cette partie du cours de présenter les lettres pauliniennes dans leur ensemble puis individuellement en respectant autant que possible l'ordre chronologique de leur rédaction.

1.  Introduction

La tradition a retenu 13 écrits attribués à l’apôtre Paul. Ils sont qualifiés de « canoniques ». Les études critiques ont montré que certaines ne sont pas de Paul lui-même. On les appelle « pseudépigraphes », pseud- = faux ; épigraphes = écrit.

Assez rapidement, on a rassemblé ces écrits et placés avec les autres écrits canoniques. Elles ont été mises les unes à côté des autres à la manière d’un rangement de bibliothèque : d’abord les lettres adressées à des communautés, de la plus longue à la plus courte ; puis les lettres adressées à des personnes.

On peut classer les Lettres d’une autre manière : d’un côté les « grandes », c’est-à-dire celles dont le contenu est le plus dogmatique ; d’un autre les « Lettres de captivité », qui, comme le nom l’indique, sont situées durant un séjour de Paul en prison ; enfin, les « pastorales », celles qui sont adressées à des pasteurs pour les encourager et les conseiller dans leur mission « pastorale ».

Troisième manière de classer les Lettres pauliniennes : en fonction de leur authenticité. On aura donc les Lettres qui ont été dictées directement par Paul, les « proto-pauliniennes » ; celles qui ont été rédigées sous son autorité mais pas directement par lui, les « deutéro-pauliniennes » ; celles qui ne sont pas de lui bien qu’elles soient mises sous son autorité, les « trito-pauliniennes ». Voir en particulier Fr. Vouga, Le corpus paulinien, in : D. Marguerat, Introduction au N.T., p. 164-165. 

 

Dans le cours, nous nous baserons sur un autre ordre, l’ordre « chronologique », celui qui correspond à la date de rédaction, pour autant que nous puissions en avoir une certitude.

La chronologie des lettres pauliniennes est un sujet très débattu ; il n’existe pas de liste qui fasse consensus chez les spécialistes. Une liste comme celle que je propose est plus d’ordre pédagogique que scientifique, bien qu’elle se base sur des analyses sérieuses.

On distingue sept lettres pauliniennes incontestablement écrtites par Paul lui-même :

Romains

1 et 2 Corinthiens

Galates

Philippiens

1 Thessaloniciens

Philémon

 

Six Lettres pauliniennes sont considérées comme d’authenticité contestée[1] :

2 Thessaloniciens

Colossiens

Éphésiens

1 & 2 Timothée et Tite (les Lettres "pastorales")

On parle aussi des "grandes épîtres" :

Romains

1 et 2 Corinthiens

Galates

Et des "épîtres de captivité" :

Philippiens (mais proche des grandes ép.)

Colossiens

Éphésiens

Philémon

(2 Tm)

Et enfin des "épîtres pastorales" :

1 et 2 Timothée

Tite

2. Les Lettres aux Thessaloniciens

2.1 La Première Lettre aux Thessaloniciens

Michel Trimaille, La première lettre aux Thessaloniciens (C.E. 39), Service biblique Évangile et Vie, Cerf, Paris, 1982 [Commentaire complet]

 

Premier écrit chrétien qui nous soit parvenu. Remarquable témoignage de la rapidité avec laquelle des idées devenues plus tard de règle en christianisme étaient déjà en place (R. E. Brown).

Écrite durant le séjour de fondation de la communauté de Corinthe. Destinataires : selon 1, 9-10 et 2, 14-16, les membres de la communauté sont d’anciens païens[2].

La succession d’événements mentionnés correspond bien à ce que nous apprennent les ch. 16 – 18 des Actes des Apôtres.

Nous avions enduré à Philippes des souffrances et des insultes (1 Th 2,1). Nous avons envoyé Timothée pour vous affermir et réconforter dans votre foi… Maintenant Timothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles… (1 Th 3,1.6). Quand Silas et Timothée furent arrivés de Macédoine, Paul se consacra tout entier à la parole… (Ac 18,5)

2.1.1 Structure épistolaire

Adresse (1, 1) : Paul s’associe Timothée et Sylvain : sont-ils co-auteurs ?

Souhaits simples (1, 1b) : « À vous grâce et paix ! »

Action de grâces (1, 2-10) avec mention de la perspective eschatologique

Corps de la lettre, en deux étapes : A/ 2,1-3,13 (avec une deuxième action de grâces en 2, 13-14) ; B/ 4,1-5,22

Conclusion (5, 23-28)

2.1.2 Première action de grâces

Noter le résumé du kérygme dirigé vers les païens (1, 9-10) : leur démarche de croyants s’est faite en trois étapes : [culte des idoles >] abandon pour le monothéisme juif (« Dieu vivant et véritable » est une formule classique dans le prosélytisme juif hellénistique) > l foi en Jésus « le Fils » ressuscité (qui vient de nouveau des Cieux) et auteur du salut (« nous délivre de la colère qui vient »). Intéressant comme témoignage de la manière dont on peut concevoir la conversion pour une personne de RTA et pour noter comment Paul se fait héritier de ses prédecesseurs.

Noter la présence de la triade foi, espérance et charité (1, 3 ; voir plus loin 5, 8) chacune étant qualifiée (préférer la traduction de la BJ) de manière suggestive. Paul reprend sans doute à son compte une conception de ces « vertus théologales » déjà existante.

  2.1.3 Corps de la lettre. Première partie (2, 1 – 3, 13)

Dans la 1ère partie, Paul veut pallier à l’insécurité créée par l’absence prolongée de l’apôtre (2, 17-20) ; son souci paternel lui suggère d’adresser des exhortations à une communauté rapidement fondée et à confirmer les croyants dans la fidélité à l’Évangile. Au préalable (2, 1-12), il donne en exemple son ministère, comparé au service zélé d’une mère ou d’un père pour ses enfants, dans le but de fonder son exhortation (et non simple "apologie" – Vouga définit cette partie comme une parénèse). Puis il donne des nouvelles relatives à la mission de Timothée.

2.1.4 Corps de la lettre. Deuxième partie (4, 1 – 5, 22)

Dans la 2ème partie, la lettre entend renforcer les convictions des Thessaloniciens.

Les appels à la sainteté (4, 1-8) et à l’édification mutuelle dans la vie communautaire (5, 12-22) encadrent la réponse à trois questions qu’ont peut-être posées les Thessaloniciens :

- « Au sujet de l’amour fraternel » (4, 9-12) ; noter le terme profane de philadelphia.

- « Au sujet des trépassés » (4, 13-18) ; la réponse suppose l’imminence de la Parousie et se formule dans la ligne des apocalypses synoptiques, lesquelles reprennent la manière juive de se représenter le Jour de Yahvé.

- « Au sujet des temps et des moments » (5, 1-11) : appel à la vigilance dans la ligne de Mt 24 (noter la référence à l’image du voleur dans la nuit).

Pourquoi l’attente du Jour ? Une réponse suggestive passe facilement inaperçue : pour être « avec le Seigneur pour toujours » (4, 17).

Problème : les affirmations antijuives de 2, 15-16 et les tournures non-pauliniennes sont parfois considérées comme des indices en faveur de l’hypothèse d’une interpolation de 2, 14-16.

« Nous serons avec le Seigneur pour toujours » (1 Th 4, 17). Oui, mais Paul veut écarter l’agitation eschatologique.

2.2 Deuxième Lettre aux Thessaloniciens

Si elle est de Paul[3], aurait été écrite peu de temps après, en réponse à des questions visant à clarifier certains éléments concernant le Jour. Mais que sont ces lettres ou avertissements que Paul aurait pu envoyer à cette communauté quelques mois à peine après sa fondation (2, 2.15) ?

2.2.1 Plan

Très semblable à 1 Th, notamment le fait d’une seconde action de grâces (1 Th 2, 13-16 // 2 Th 2, 13-14). Toutefois, elle est plus brève.

Formule d’ouverture : 1, 1-2

Action de grâces : 1, 3-10, plus prière : 11-12

Corps : 2, 1-17 : Enseignement sur les signes devant précéder la parousie ; action de grâces instructions sur le choix des Th par Dieu

       3, 1-16 : invitation à la prière ; recommandations éthiques et exhortations (contre la paresse et la désobéissance)

Formule de conclusion : 3, 17-18

2.2.2 Authenticité

Étonnante similarité de forme avec 1 Th.

2 Th fait allusion à un lettre antérieure (2, 15).

Chaque passage de 2 Th trouve son correspondant de contenu ou de forme avec 1 Th, la plupart du temps dans la même situation, mais parfois à des endroits différents (p. ex. 1 Th 2, 9 // 2 Th 3, 8b). Il faut donc supposer une dépendance littéraire entre les deux, pas seulement un développement thématique justifié par un changement de situation à Thessalonique. Donc l’une est pseudonyme. On opte pour 2 Th.

Différences de perspective quant à l’eschatologie : seule 2 Th 2 Th seule fait allusion à des prodromes du Jour. Pour cela elle parle de l’Apostasie, de l’Adversaire, du Retenant, dans un langage marqué par le dualisme. S’attarde sur le fait que Satan fait obstacle à l’Évangile. Au sein du monde (eon) présent, l’Iniquité travaille déjà de façon mystérieuse. Il en sera ainsi aussi longtemps qu’un Retenant, différent de Satan et supérieur à lui, empêchera Satan d’exercer pleinement sa séduction ici-bas. Quand ce Retenant s’en ira apparaîtra l’Adversaire, voué à la perdition (2, 3s) qui opérera des prodiges mensongers. Mais le Seigneur Jésus l’anéantira « d’un souffle » par sa seule venue (2, 8).

Elle veut donc corriger ceux qui pensent que « le jour du Seigneur est déjà arrivé » (2, 2). Elle accentue fortement l’idée de la double rétribution 2 Th 1, 5-10 et 2, 3-12) tandis que 1 Th 4, 13-18 se focalisait sur le sort des membres – vivants ou déjà morts – de la communauté chrétienne. C’est le premier volet du tableau de la Parousie.

L’Adversaire : cf. Dn 11, 36. Le Retenant : Is 40, 22 lxx. Pour Paul et les Thessaloniciens, ces termes évoquaient peut-être des réalités historiques déterminées, mais l’allusion nous échappe. Il vaut mieux se tourner vers les traditions apocalyptiques juives, dans la ligne de Mc 13, 14-22.

3. La première lettre aux Corinthiens

M. Quesnel, Les épîtres aux Corinthiens (Cahiers évangile, 22), Service Biblique Évangile et Vie, Cerf, Paris, 1977.

3.1 Situation dans la vie de Paul

Corinthe est un port. Saint Paul y fut le premier apôtre à établir l’Évangile. Il n’a pas été reçu à la synagogue, mais les "dockers" ont adhéré au message du salut… On peut donc s’imaginer la communauté de Corinthe comme plutôt "populaire", ce qui n’exclut pas la présence de notables, comme cet Éraste, trésorier de la ville, ou le couple Aquilas et Prisca[4], qui rendaient le service d’ouvrir leurs villas, en particulier pour le Repas du Seigneur.

À lire entre Pâques et la Pentecôte (5, 6 + 16, 8[5])…

3.2 Pourquoi la lettre ?

Paul se trouve à Éphèse, aux environs de la fête de Pâque. Il y est arrivé depuis peu de temps avec l’intention d’y organiser une communauté chrétienne. Il reste en relation avec différentes autres communautés dont il a été fondateur, comme les églises de Galates et de Philippes. Mais surtout avec la communauté de Corinthe.

On peut très raisonnablement imaginer que des « gens de Chloé » (1, 11) ont constitué une « ambassade » envoyée officiellement depuis Corinthe pour transmettre à Paul des questions et des informations sur la situation de leur église. La Première lettre aux Corinthiens est la réponse écrite qu’il leur confie pour la transmettre à la communauté. De fait, certaines expressions supposent clairement que Paul réagit à une information qui lui a été transmise et qu’il va y apporter une correction ou une réponse : voir 1, 11 ; 5, 1 ; 15, 1.

D’un autre côté, les indications que nous lisons en 7, 1.25 ; 8, 1 ; 12, 1 ; 16, 1 indiquent nettement Paul répond alors à une question qui lui a été posée. Ainsi, en 7,1 : « J’en viens maintenant à ce que vous m’avez écrit… » Ou encore, en 7,25 : « Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas d’ordre du Seigneur… »

Cette lettre nous permet de connaître la position de Paul sur des éléments importants et variés de la foi et de la pratique chrétienne, notamment dans le cadre des relations entre baptisés. On y trouvera la plus ancienne mention de l’Eucharistie, « Repas du Seigneur » et repas fraternel, de l’Église Corps du Christ (11,17-34), des charismes et de leur nécessaire harmonie pour le bien de la communauté (ch. 12 et 14), de la résurrection des corps (ch. 15). À cette étape de son évolution, Paul partage la conviction que le Christ se manifestera dans la gloire d’un moment à l’autre ; d’où la question de l’opportunité de s’engager dans des projets à long terme tels que le mariage (ch. 7). Les ch. 8 et 9 offrent une réponse d’un équilibre étonnant au problème de la participation à des repas chez des amis païens qui serviraient des mets dont la viande a été auparavant offerte aux idoles.

3.3 Plan et contenu

Caractéristique : Paul mêle souvent des enseignements théologiques à des considérations pratiques : 2, 6-16 ; 9, 1-27 ; 10, 1-13 ; 13, 1-13.

La meilleure manière de découvrir les articulations de la lettre est de se référer aux formules indiquées ci-dessus : « au sujet de » ou « à propos de » et qui marquent les changements de sujets..

Cela permet de mettre en évidence une composition en cinq parties précédées d’une introduction et suivies d’un épilogue et d’une conclusion :

 

1- Introduction : salutation (1,1-9)

 

2- Le désordre ecclésial : les partis à l’intérieur de l’Église (1,10 - 4,21) :

       a- sagesse chrétienne

       b- origine divine de la révélation relative à cette sagesse

       c- et autorité apostolique

 

3- Mises au point à partir du rapport oral (trois désordres d’ordre moral) :

       a- Le cas d’un chrétien marié avec sa belle-mère (5)

       b- Peut-on recourir aux tribunaux païens pour régler des conflits internes à la communauté (6, 1-11) ?

       c- Reproches à l’égard de la fornication (6, 12-20)

 

4- Mariage et célibat (première réponse aux questions posées par les Corinthiens) :

       a- L’opportunité du mariage dans les derniers temps et avec un non croyant (7, 1-16)

       b- Fidélité à l’appel de Dieu en toutes conditions (7, 17-24)

       c- L’opportunité du célibat, de la virginité (7, 25-40)

 

5- La liberté chrétienne et charité : le cas de la participation à des repas païens (8,1 - 11,1)

       Observance de la pureté rituelle et liberté de la foi

 

6- Mises au point relatives aux assemblées d’églises

       a- Le voile des femmes : leur place dans la célébration liturgique (11, 2-16)

       b- La célébration du Repas du Seigneur : unité de cœur, sobriété et partage fraternel autour de la mémoire de la mort du Seigneur (11, 17-34)

       c- Du bon usage des charismes dans le corps ecclésial (12 - 14) ; l’agapè

 

6- Mises au point doctrinales sur la résurrection

       a- Le fait de la résurrection, affirmation de la foi chrétienne (15, 1-34)

       b- Le mode de la résurrection : de la corruptibilité de la chair à l’incorruptibilité de l’esprit (15, 35-58)

 

7- Recommandations, salutations et souhait final (16)

3.4 Rapide analyse de l’exhortation à l’unité (ch. 1 à 4)

Réaction de Paul à une information.

  • Situation

La communauté de Corinthe, comme nous l’avions dit, s’est développée très rapidement. Quand Paul séjourne à Éphèse, les chrétiens sont nombreux ; aucune villa (privée) n’est assez grande pour les rassembler tous. Il y a bien une Église, mais plusieurs lieux de réunion.

  • Problème

Les gens ne se contentent plus de se rendre à la villa la plus proche ; ils sélectionnent leur lieu de prière en fonction de leur intérêt pour le prédicateur. Cet intérêt semble être déterminé par les qualités oratoires de ceux-ci.

Noter que Paul n’adresse pas de reproche aux prédicateurs, mais à la communauté, comme s’il considérer que c’est à elle de savoir discerner les bons et les mauvais prédicateurs. Si Apollos fait partie de ces prédicateurs visés, Paul le laisse tranquille.

  • Composition de cette section

L’analyse lexicale fait clairement apparaître trois champs lexicaux répartis en trois groupes principaux :

A) le champ de l’apostolat, de la mission, de l’envoi, formulé avec le vocabulaire de l’édification et de la plantation, associé à des noms personnels, ceux de Paul et d’Apollos ;

B) le champ de l’Esprit Saint, associé à celui de révélation ;

C) le champ de la sagesse et de son opposé, la folie, associé à celui de la puissance et de son opposé, la faiblesse, l’un et l’autre caractérisant la même réalité, la Croix du Christ, et définis en fonction de Dieu.

Au v. 17, les champs A et C apparaissent successivement sous forme brève.

L’analyse rhétorique confirme que la répartition de ces trois champs lexicaux correspond bien à une composition intentionnelle de la part de Paul (et/ou de son collaborateur). Ce qui donne le résultat suivant :

 

1,10-16 : Expositio (= présentation des faits)

1,17 : Propositio : La mission de Paul (A) selon la vraie sagesse (C)

1,18 – 3,17 : Probatio (ou argumentatio) en trois étapes séparées par deux applicatio servant de transitio.

       [1,18-19 : Sub-propositio : une sagesse définie par un dessein de salut "révolutionnaire"…]

1,20-31 : développe le thème C) : proclamation de foi (Sagesse et puissance de Dieu dans le mystère de la croix ; don de l’Esprit de révélation) ;

       2,1-5 : Applicatio : Paul est venu pour parler d’une sagesse particulière

2,6-16 : reprise de la probatio avec traitement du thème B) : la révélation dans l’Esprit Saint

       3,1-4 : transitio sous mode d’applicatio aux destinataires.

3,5-17 : reprise de la probatio avec le thème A) : la mission et les responsabilités des apôtres face au Christ et à la communauté ;

3,18-23 : Peroratio de la probatio, en deux temps : peroratio du thème de la Sagesse (v. 18-20) puis peroratio de la probatio (v. 21-23).

Le ch. 4 joue le rôle d’une peroratio reprenant les thèmes A et C (voir comment ce dicours sollicite le pathos).

  • Réponse de Paul

Trois garanties pour l’unité

En lisant de près les ch. 1 à 4, on se rend compte que l’argumentation paulinienne présente trois garanties pour la permanence de la communion ecclésiale : 1/ une théologie fondée sur la Croix du Christ ; 2/ la capacité d’écouter l’Esprit Saint ; 3/ l’accueil du ministère apostolique.

En effet :

1/ Placer la Croix au cœur du message et de la vie ecclésiale rend vaine toute tentative d’exalter la compétence oratoire ou la recherche du merveilleux ;

2/ Puisque la mission et la vie de l’Église sont fondées sur la mission propre du Christ, il n’y a de communion que dans la mesure où tous les membres sont réellement à l’écoute de l’Esprit Saint, seul capable de révéler « le mystère » du Christ ;

3/ Le rôle de l’autorité apostolique est irremplaçable du moment qu’il s’exerce en conformité avec la sagesse de Dieu.

Autrement dit :

1/ La sagesse et la puissance de Dieu ont été révélées dans la folie du message de la Croix et la faiblesse du Crucifié (1, 18 – 2, 5) ; on retrouve ici un trait très étonnant de la pensée de Paul : la centralité de la Croix, contemporaine de sa conversion ;

2/ Qu’est-ce qui donne autorité à ceux qui prêchent la Croix ? Tout simplement une révélation de l’Esprit Saint, qui sonde les profondeurs de Dieu, et accordé à ceux qui ne se contentent pas de réfléchir selon les critères humains mais sont ouverts au Pneuma divin (2,6 – 3,4) ;

3/ Le rôle des apôtres, « collaborateurs de Dieu » (3,9), est secondaire par rapport à celui du Christ, mais indispensable. Pour le comprendre, Paul reprend deux images courantes dans la prédication des premiers chrétiens, celles de la plante qui grandit d’elle-même (l’apôtre doit seulement l’arroser – allusion au baptême ?) et de la maison qui "grandit" par la sagesse de l’architecte (= apôtre) et l’effort des maçons. En fait, il s’agit précisément d’une maison pour Dieu, d’un Temple (3,5-23).

L’argument christologique est donc au cœur de la question des divisions dans la communauté : A. Feuillet a montré comment la figure de la Sagesse divine, créatrice et en même temps présente au peuple saint, a fortement contribué à la formulation de la préexistence du Christ. Encore faut-il définir cette sagesse par rapport aux traditions juives dont témoignent les livres des Proverbes, du Siracide et de la Sagesse de Salomon. C’est ce que fait Paul avec une audace prodigieuse dans les ch. 1 et 2 de 1 Co. Cette audace est possible, à ses yeux, grâce au rôle de l’Esprit, celui qui sonde les profondeurs de Dieu, et dont il est le bénéficiaire, lui et ses disciples.

C’est seulement ensuite que Paul peut faire intervenir son rôle d’apôtre, puis celui d’Apollos (en seconde position…) : serviteurs, mais loin d’être inutile !

Enfin, au ch. 4 : Paul ne se retient plus et affirme la plénitude de son autorité sur la communauté de Corinthe.

3.5 Un exemple de réflexion paulinienne : la dimension sacrée de la sexualité (ch. 5 et 6)

On rapporte à Paul qu’un jeune homme vit avec la deuxième femme de son père ; donc cas d’inceste. Valable si la femme est veuve et qu’elle n’est pas la mère du jeune ? Ce qui est sûr, c’est que la situation est inacceptable aux yeux de Paul. Comment résout-il la difficulté ?

Condamnation (sans appel) ; ressemble à une excommunication (difficile de comprendre comment le fait d’être livré à Satan peut sauver l’esprit[6]) ;

Paul décide avec sa pleine autorité, malgré son absence, mais en s’associant la communauté ;

Il apporte une raison d’ordre éthique (philosophie) : la sexualité fait partie de la personne ; d’où : « la fornication est péché contre son propre corps. »

Il fait appel au temps liturgique (la Pâque) et au symbolisme qui lui est attaché (enlever les miettes de pâte levée) ;

Il apporte un double argument de foi : a- le corps est Temple de l’Esprit ; b- le baptisé ne s’appartient pas, son corps ne lui appartient pas, puisqu’il a été sauvé par le Christ, corps et âme.

Noter : il y a un fondement non explicite : le respect du mariage. Pour Paul, c’est évident puisque cela fait partie de la tradition juive. Mais les païens ne sont pas convaincus de la sainteté du mariage, de l’interdit de la prostitution… On accepte ou non cette appartenance culturelle de Paul.

« Livrer pour la perte de la chair à Satan » : voir 2 Co 12, 7 : Pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter - pour que je ne m’enorgueillisse pas ! »

L’élément le plus caractéristique de la réflexion théologique et pastorale de Paul : le recours aussi systématique que possible à la relation entre le baptisé et le Christ.

Paul sait faire la part entre sa pensée personnelle et ce qui peut être attribué au Christ : l’indissolubilité du mariage, principe garanti par la Loi de Moïse, demeure dans la nouvelle Alliance, tandis que la virginité est un conseil donné dans la perspective du retour (imminent) du Christ.

4. La deuxième lettre aux Corinthiens

Maurice Carrez, La deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens (Commentaire du Nouveau Testament, 2ème série, VIII), Labor et Fides, Lausanne, 1986.

 

À situer dans le contexte de relations très complexes entre Paul et la communauté (ou plutôt les communautés) de Corinthe autour de la collecte déjà en cours non seulement en Macédoine, mais aussi à Corinthe, où elle suscite querelles et incompréhension.

Présentée comme réponse de Paul, en route vers la Macédoine, aux bonnes nouvelles apportées par Tite (7,6-7), qu’il avait envoyé pour pallier au mauvais accueil reçu à l’occasion de sa deuxième visite – visite "intermédiaire" (13,1) – (7,13-16). La lettre vient se substituer à une troisième visite que Paul a estimée inopportune. De nouveau Tite fait office de postier ? (Carrez : il a voyagé après l’envoi de la lettre).

Paul informe les Corinthiens que son séjour en Asie (plus exactement Éphèse) s’achève dans la souffrance et les tribulations (1, 8-11). À ces souffrances se sont ajoutées celles provenant du clash avec sa communauté d’Achaïe. C’est un Paul souffrant qui s’adresse à ceux dont il est et veut rester le père.

F. Vouga : l’élément à l’origine de la tension entre Paul et les Corinthiens est la collecte, y compris le fait que Paul aurait préféré travailler de ses mains plutôt que de vivre grâce à l’argent qui aurait dû être envoyé à Jérusalem.

4.1 Plan

1,1-2 : Adresse

1,3-7 : Action de grâces pour le réconfort accordé par Dieu

1,8-11 : Nouvelles : Paul a été délivré d’un péril mortel

A- PREMIERE PARTIE : Le ministère apostolique, 1, 12 – 7, 16

A- Nouvelles : Les circonstances qui ont amené Paul à écrire pour la troisième fois aux Corinthiens

a- 1,12 – 2,4 : Paul justifie sa conduite récente

     b- 2,5-11 : Paul plaide pour la clémence à l’égard de l’offenseur

a’- 2,12-13 : Paul précise les nouvelles le concernant

B- Développement du thème du ministère :

a- Un ministère d’alliance nouvelle…     2, 14 – 4, 6 (composé en chiasme)

      b- …dans la faiblesse !                                                         4, 7 – 5, 10

a'- Un ministère de réconciliation                       5, 11 – 7, 1

A‘- Nouvelles : 7, 2-16

 

B- DEUXIEME PARTIE : Organisation de la collecte, ch. 8 – 9

Ch. 8 : Exhortation à la générosité

Ch. 9 : Billet aux églises d’Achaïe

 

A’ TROISIEME PARTIE : Paul justifie son ministère apostolique, 10, 1 – 13, 10

 

Exhortation finale, salutations et bénédiction : 13, 11-13

4.2 Intégrité de la lettre ?

Hypothèses de critique littéraire : les transitions entre les différentes parties de la lettre sont jugées si abruptes qu’on estime qu’il y aurait 6 ou 7 lettres (ou morceaux de lettres) aux Corinthiens :

1/ La lettre mentionnée en 1 Co 5, 9 (morale), "précanonique" ou "A" ; 2/ La première lettre aux Corinthiens ou "B" ; 3/ La lettre écrite dans les larmes confiée à Tite et annonçant sa venue (voir 2 Co 10 – 13) ou "C"[8] ; 4/ 2 Co 1 – 7 ou "D" ; 5/ 2 Co 8 ou "E" ; 6/ 2 Co 9 (ajouté au ch. 8 pour faire de la lettre un message adressé à toute l’Achaïe) ou "F" ; 7/ Le reste ? À l’intérieur de "D", on sépare 2, 14 – 7,4, « l’apologie », et 6, 14 – 7, 1, « le fragment étranger », le reste étant qualifié de « lettre de réconciliation ».

M. Carrez s’en tient à 4 lettres : les deux chapitres relatifs à la collecte de 8 et 9 étant contemporains de 1 – 7.

V. P. Furnish : Options principales assez classiques : Paul aurait écrit au moins cinq lettres à la communauté corinthienne, une première mentionnée en 1 Cor. 5, 9, une deuxième – vers 54 – qui serait notre 1 Corinthiens canonique, une troisième - écrite dans les larmes - évoquée en II Cor. ii, 3,4,9 et vii, 8,12 et qui ne correspond certainement pas à II Cor. x-xiii, une quatrième qui est II Cor. i-ix - vers la fin de l’été 55 - et enfin une cinquième - au cours de l’été 56 - qui se retrouve en II Cor. x-xiii. La lettre D (II Cor. i-ix) a trois objectifs : manifester le souci que Paul garde de la communauté, clarifier la signification de la mission apostolique, obtenir le renforcement de l’engagement des Corinthiens ; ces trois objectifs s’ordonnent autour du bon accueil à faire à la collecte. La lettre E (II Cor. x-xiii) aurait, elle, deux buts : reprendre les Corinthiens d’une part, préparer une visite ultérieure d’autre part. Quant au premier point, il se fait surtout par une mise en garde à l’égard des ‘faux apôtres’ (xi, 13) que l’A. identifie avec les ‘super apôtres’ (xi, 5 ; xii, 11) ; à partir des informations explicites données dans cette lettre E, et qui recoupent celles fournies par la lettre D, il apparaît que ces adversaires de Paul sont des missionnaires chrétiens d’origine judéo-hellénistique, et que le conflit est personnel plutôt que doctrinal ; l’A. se montre favorable à la thèse encore inédite de P. Marshall pour qui les opposants valoriseraient les conventions culturelles hellénistiques que Paul rejette volontairement, tout en se sentant à l’aise avec elles.

2 Co 6, 14 - 7, 1 : composition non paulinienne reprise par l’apôtre (p. 375-383). Exposé objectif et clair des différentes positions, ainsi que les motifs d’un choix raisonnable.

  • Pour l’intégrité

J. Lambrecht[9] estime qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer les ruptures de 2 Co par des fragments. « Readers familiar with Paul know that he more than once breaks off his narrative to come back to it later, with the consequence that a b a’ structures are present in his writings. See the insertion of 1, 19-22 and also the a b a’ structure in 1 Corinthians 8-10 and 12-14… No break in the narrative or argument, no change in the vocabulary or tone appears to be so great that the parts could not have stood originally, one next to the other, in a single letter. »

F. Vouga[10] : On peut expliquer la lettre comme une unité littéraire si on prend en compte que le caractère irénique de l’apologie de 2 Co 2,12 – 7,4 prépare la requête de la collecte (8,1 – 9,15), ce qui implique une entente réciproque de l’apôtre avec la communauté prise dans son ensemble ; le ton change quand Paul alerte la communauté par rapport à un groupe particulier de missionnaires qui se comportent en rival de Paul et qu’il dévalorise en ne le prenant à partie qu’en fin de lettre (10-13). La fragmentation des sections est habituelle et officiellement reconnue pour ce type de lettre « didactique » (voir Platon, Épicure et Sénèque), tandis qu’on ne connaît aucun écrit qui soit un puzzle de lettres antérieures.

4.3 Présentation de la Première partie (1,12 – 7,1)

Après l’adresse et la salutation :

1, 3-7 : Bénédiction au Dieu qui donne réconfort après l’issue positive de ses dangers en Asie / à réception des bonnes nouvelles de Tite.

1, 12 – 2, 13 : Les circonstances qui ont fait changer Paul d’avis et ajourné sa visite à Corinthe (pour que s’apaise son irritation) ; la lettre « dans les larmes » reprochait l’attitude d’un membre de la communauté et le fait qu’il n’ait pas été sanctionné (2, 5-11) ; maintenant Paul demande le pardon.

2, 14 – 4, 6 : La supériorité du ministère apostolique, à la suite du Christ qui nous emmène dans son triomphe (2, 14-16) ; sa lettre de recommandation est la communauté elle-même (2, 17 – 3, 5) ; la comparaison avec l’écriture sur les cœurs de la prophétie d’Ez 36, 26 et le rappel de la lumière qui se dégageait du visage de Moïse portant les tables de pierre conduisent Paul à affirmer la supériorité du ministère de l’Esprit = de la Nouvelle Alliance sur celui de l’« ancienne », grâce auquel le baptisé est miroir (à ne pas couvrir du talith) de la gloire du Seigneur, lui-même icône de Dieu (v. 14 – 3, 6 – 4, 6) ;

4, 7 – 5, 10 : Détresse et certitudes du ministère apostolique (4, 7-15), dans une espérance inébranlable en la résurrection au bout de ce chemin dans la foi exprimée à travers une série d’oppositions (extérieur/intérieur ; visible/invisible ; nu/vêtu) qui définissent l’orientation vers le but (4, 16 – 5, 10) ;

5, 11 – 6, 10) : L’exercice du ministère est réponse à l’amour fort du Christ en qui Dieu fait une créature nouvelle (5, 11-15) et à l’autorité de Dieu qui a confié aux apôtres un ministère de réconciliation (5, 16 – 6, 10).

6, 11 – 7, 16 : Retour au partage sur la consolation, devant le changement des Corinthiens dont Tite vient d’informer Paul ; 6, 14 – 7, 1 : Exhortation à la consécration de tous comme Temple de Dieu (parenthèse habituelle chez Paul – langage spécifique, comme le nom de Béliar, et dualiste, en forme de testimonia d’inspiration qumranienne ?).

La section doctrinale (2, 14 – 7, 1) décrit l’activité de l’apôtre et plus généralement de la vie chrétienne comme un mouvement, une histoire fortement paradoxale, qu’on peut résumer en : force/faiblesse ; intérieur/extérieur ; hier/aujourd’hui/demain. Autrement dit, Paul met en pleine lumière que le baptisé qui se veut cohérent avec son engagement à la suite du Christ, expérimente simultanément des conditions de vie opposées. Pris entre elles, il doit faire un choix sans cesse renouvelé. L’élément clef est le rôle de l’Esprit Saint.

De plus, de manière pédagogique (pastorale, on pourrait ajouter), Paul a l’art d’offrir aux Corinthiens des comparaisons entre cette existence selon la nouvelle Alliance avec de multiples éléments de leur culture ou de la Bible qui se succèdent : procession triomphale au retour d’une victoire militaire, écriture sur la pierre ou dans les cœurs, transfiguration du visage de Moïse, poteries et miroirs, tente, etc. Aujourd’hui, on a besoin de les interpréter, mais les Corinthiens les comprenaient séparément.

4.4 La collecte (ch. 8 et 9)

Les exhortations de Paul sont elles aussi typiques de sa faculté à situer l’exigence radicale de la vocation chrétienne dans son rapport avec le Christ et dans le respect de la liberté de conscience :

Imitation du Christ : « Vous connaissez la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (8, 9) ;

Aumône par charité (8, 24) aux frères dans le dénuement (8, 14) ;

Donner avec le cœur (9, 7) en sachant que Dieu récompensera la générosité de chacun (v. 8) de sorte que cela donnera occasion d’immense action de grâce (11-14).

Il faut ajouter à ces textes le passage de Rm 15, 27 relatif lui aussi à la collecte : « Si les païens ont participé à leurs [= les membres de l’église de Jérusalem] biens spirituels, ils doivent à leur tour les servir de leurs biens temporels. »

5. Lettre aux Philippiens

P. Bonnard, L’épître de saint Paul aux Philippiens (Commentaire du Nouveau Testament, X), Delachaux et Niestlé, Neuchâtel – Paris, 1950.

J. Taylor, La personne du Christ dans le Nouveau Testament (LD 57), Cerf, Paris, 1969 (The Person of Christ in the New Testament, 1966), ch. V : L’hymne christologique de Ph 2, 6-11, pp. 71-87.

S. Légasse, L’épître aux Philippiens (C.E., 33), Service Biblique Évangile et vie, Cerf, Paris, 1980, p. 5-50.

Ch. Reynier, L’épître aux Philippiens, in : C. Reynier et M. Trimaille, Les épîtres de Paul, t. III (Commentaires), Bayard éditions – Centurion, 1997, p. 73-121.

J.-N. Aletti, Saint Paul. Épître aux Philippiens (Études bibliques. Nouvelle Série, 55), Gabalda, Paris, 2005.

 

De toutes les lettres pauliniennes, par le genre de la conversation qu’elle établit avec les destinataires et par la diversité des thèmes qu’elle aborde, Ph est celle qui correspond le plus à une lettre ordinaire. Ton personnel, joyeux et confiant qui découle de la participation des Philippiens à l’œuvre de l’apôtre. Renvois fréquents à la condition du croyant appelé à vivre en relation étroite et soumise à son Seigneur crucifié.

5.2 Situation et occasion de rédaction de la lettre

Voir chronologie du ministère de Paul : en prison. Malgré l’absence d’indications, un nombre croissant de spécialistes placent à Éphèse un longue détention de Paul. C’est le seul lieu que l’on puisse indiquer pour expliquer le fait qu’il y ait des visites avec des offrandes, y compris de l’argent, entre Paul et les Philippiens. De plus, les indications internes laissent entendre que Paul a l’intention de visiter Philippes, ce qui correspond fort bien aux indications de voyage fournies par 2 Co.[11] Donc captivité antérieure à celle de Césarée. Donc à situer entre les deux Lettres aux Corinthiens.

5.3 Occasion de la lettre

Aucune information explicite. Il faut deviner.

1- Paul veut exprimer son affection et sa reconnaissance aux chrétiens de Philippes, suite à des nouvelles reçues récemment, ainsi que transmettre des consignes (p. ex. relatives à Épaphrodite) ; sa joie s’appuie sur la reconnaissance d’une véritable communion (koinônia – communication) qui se poursuit depuis le premier séjour, au-delà de la distance et de l’impossibilité pour Paul de développer des activités missionnaires : ils mènent le même combat que lui, y compris par le fait de souffrir ;

2- Paul veut avertir la communauté de se garder des adversaires ; on peut distinguer deux types [12] : les judaïsants, qui mettent leur fierté dans la chair, au sens de la circoncision et des préceptes liés au calendrier et aux aliments, et les chrétiens qui annoncent le Christ sans erreur de doctrine que Paul aurait dû corriger mais par jalousie à son égard et donc en esprit de rivalité ; les judaïsants ne présentent pas encore le caractère décidé que supposera plus tard la diatribe de Ga ;

3- Paul veut transmettre un message relatif à son expérience de la proximité de la mort (martyre – «  mon sang répandu en libation sur le sacrifice de votre foi ») : elle a augmenté en lui le désir de rejoindre le Christ et l’espérance en la « transformation » de sa chair par le Christ ressuscité, sans lui faire perdre de vue l’utilité de sa mission auprès des siens. Dans la mesure où ses souffrances sont dues à un choix entre le service de l’Évangile et les lois romaines, il a pu prendre davantage conscience que « notre citoyenneté se trouve dans les cieux ».

5.4 Plan[13]

1, 1-2 : Adresse ou praescriptum (noter que les destinataires privilégiés sont qualifiés de deux termes intéressant du point de vue ecclésiologiques : épiscopes et diacres) ;

1, 3-11 : Prologue : prière d’action de grâces, avec expression de l’affection de Paul et intercession finale ;

1, 12-26 : Nouvelles de la situation de Paul, en prison, en fonction de l’évangélisation, seule chose qui compte ;

1, 27-30 : Exhortation liée à situation précédente et préparation de l’exhortation qui suit : unité (v. 27) et résistance aux adversaires (v. 28) ;

2, 1-18 : Exhortation à l’humilité, l’unité et l’obéissance autour de l’exemple du Christ ;

A  = v. 1-5 : Exhortation à l’humilité et à l’unité

B  = v. 6-11 : Exemple du Christ

A’ = v. 12-18 : Exhortation à l’obéissance

2, 19-30 : Nouvelles, projets ;

3, 1 – 4, 1 : Mise en garde contre des adversaires, sur la base du témoignage de Paul lui-même ;

A  = v. 1-3 : Exhortation préparatoire

B  = v. 4-14 : Exemple de Paul

A’ = v. 15-16 : Exhortation conclusive

4, 2-9 : Exhortations diverses et finales ;

4, 10-20 : Épilogue : Nouvelles : remerciements pour les dons reçus ;

4, 21-23 : Salutations finales ou post-scriptum.

5.5 Le corps de la lettre, ch. 2 – 3

Plus exactement 2, 1-18 et 3, 1 – 4, 1. Forment deux volets : 1- À but d’exhortation à l’humilité et à l’obéissance ; 2- À but doctrinal (mettre en garde contre les discours judaïsants).

Noter le recours fréquent aux images de la course (en stade) et du combat militaire.

5.6 L’hymne christologique de la lettre aux Philippiens (2, 6-11)

Contexte : encadré par deux exhortations (v. 1-5 et v. 12-18) dont les deux termes principaux : humilité et obéissance se retrouvent dans l’hymne lui-même (« il s’humilia… devenu obéissant »  – v. 8). Le verbe clef est celui de la réflexion en vue d’une décision pratique : phronein (10x en Ph) et ègeisthai (6x en Ph).

JNA : Plus un « éloge à finalité éthique » (enkômion) qu’un hymne. Pourquoi pas de Paul ? Dans le contexte, il joue le rôle de paradeigma (exemple) ; or, c’est toujours le Christ terrestre que Paul donne en exemple : Rm 15, 7 (?) ; 2 Co 8, 9 ; Col 3, 13 (?) ; Ep 5, 2.

 

Composition :

En s’appuyant sur une traduction littérale du texte grec et sur une analyse lexicale très serrée, on parvient à ce résultat : l’hymne est composé de deux strophes correspondant aux deux mouvements successifs : abaissement (v. 6-8) et exaltation (v. 9-11). Voir Mt 23, 12 : « Qui s’élève sera humilié ; qui s’humilie sera exalté. » Voir aussi 2 Co 11, 7. Chaque strophe peut être articulée en deux étapes :

 

                   Qui, en condition de Dieu subsistant,                            participe

       a          ne considéra pas un privilège d’être comme Dieu,   verbe conjugué

                   mais s’anéantit lui-même,                                                verbe conjugué

                   condition d’esclave prenant.                                              participe.    Esclave de qui ?

 

                   En ressemblance des hommes ayant été,

       b          et par l’apparence trouvé comme homme,

                   il s’humilia lui-même,

                   ayant été obéissant jusqu’à la mort,                               Obéissant à qui ?

                   [et une mort de croix].

 

La première étape (a) est composée sur la base d’un chiasme (prendre en compte les formes verbales – conjuguées ou sous formes participiales).

La deuxième étape (b) est une amplification de la première (a).

Jésus est le sujet des verbes, même s’il n’est pas nommé : il a l’initiative.

 

La deuxième strophe est composée de deux unités : 1- le double agir de Dieu qui exalte (a) et donne le Nom (b) ; 2- la réaction du créé, qui répond au double agir : l’adoration (a’) et la confession du Nom (b’). La deuxième unité est une amplification de la première. Ce qui donne le schéma suivant :

 

Réaction divine

       a          Dieu exalte

       b          donne le Nom

réaction du créé (afin que)

       a’         adoration (tout genou fléchira)

       b’         confession (toute langue dira…)

 

soit :

a     9 Voilà pourquoi Dieu l’a sur-exalté

b        et lui a gratifié le Nom qui [est] sur tout nom,

       10 afin que

b’                au nom de Jésus                                                                            (a)

                   tout genou fléchisse,                                                                               (b)

       a’                  [des êtres célestes, terrestres et sous-terre]                                  [g]

               11 et que toute langue proclame                                                                (b)

b’                que Jésus Christ est Seigneur,                                                      (a)

                             à la gloire de Dieu le Père.

 

Dieu a l’initiative principale ; Jésus Christ est en position de réception ; les genoux et les langues (= tout) obéissent.

 

 


[1] Lettres « deutéro-pauliniennes » et « trito-pauliniennes ».

[2] La section des Actes relatant le passage de Paul à Thessalonique suit trop le schéma lucanien pour qu’on fasse prévaloir les indications qu’on y trouve de la composition de la communauté sur celles de 1 Th.

[3] C’est l’avis de J.-M. Cambier, Introduction au Nouveau Testament. Edition nouvelle, vol. 3, p. 42-43. S. Légasse s’y oppose fortement.

[4] Ils sont commerçants en pourpre. Le pourpre est un lin très fin, teint de rouge avec le pigment indélébile d’une espèce d’escargot appelé murex en latin, trouvé surtout près de Tyr.

[5] 1 Co 16,8-9 : Je resterai à Éphèse jusqu'à la Pentecôte ; car une porte y est ouverte toute grande à mon activité, et les adversaires sont nombreux.

[6] C. K. Barrett : « It is not clear how the destruciton of the physical side of man’s nature can effect the salvation of the immaterial side » (p.

[7] Bon résumé dans F. Vouga, Introduction au N.T., p. 234-235.

[8] R.E. Brown ne partage pas cette hypothèse pourtant la plus courante (Que sait-on du Nouveau Testament, p. 590). Voir aussi V.P. Furnish, 2 Corinthians (Anchor Bible), 1984, p. 35-48 ; 371-383. Avant eux, W.G. Kümmel maintenait l’intégrité de 2 Co.

[9]  Second Corinthians, p. 7-9.

[10] Voir le résumé par F. Vouga, Introduction au N.T., p. 226, qui semble opter pour l’intégrité – à l’exception de 6,14-7,1.

[11] Voir F. Vouga, p. 261-262.

[12] R. E. Brown déconseille de chercher d’autres précisions sur ces adversaires, vu que les données en notre possession sont maigres… F. Vouga tient à les identifier (p. 259-260). P. Bonnard : « Paul semble plutôt prévenir un danger réel, mais lointain, que combattre des adversaires à l’œuvre à Philippes » (L’épître aux Philippiens, p. 9).

[13] Voir J.-N. Aletti, Saint Paul. Épître aux Philippiens, p. 26. Mieux structuré que celui de F. Vouga, Introduction au N.T., p. 253.

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