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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Pour mieux lire la guérison de l'aveugle Bartimée

Publié par Biblissimo sur 28 Octobre 2012, 16:40pm

Catégories : #Synoptiques & Actes des Apôtres

Le récit de la guérison de l’aveugle Bartimée (Mc 10,46-52)

On apprécie le récit de la guérison de l'aveugle Bartimée pour son style vivant, concret et parsemé de symboles qui nous parlent. Il nous faut simplement le situer dans le contexte de l'évangile de Marc, dans le contexte des thèmes bibliques suggérés par plusieurs éléments du récit puis proposer quelques éléments interprétatifs. Nous ajouterons quelques clefs de lecture d'actualisation homilétique sur le thème de la cécité dans la vie d'un disciple du Christ.

 

Ils arrivèrent à Jéricho… Et comme il sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le fils de Timée Bartimée, un mendiant aveugle, était assis au bord du chemin. Quand il apprit que c'était Jésus le Nazaréen, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » Et beaucoup le rabrouaient pour lui imposer silence, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » Jésus s'arrêta et dit : « Appelez-le. » On appelle l'aveugle en lui disant : « Aie confiance ! Lève-toi, il t'appelle. » Et lui, rejetant son manteau, bondit et vint à Jésus. Alors Jésus lui adressa la parole : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L'aveugle lui répondit : « Rabbouni, que je recouvre la vue ! » Jésus lui dit : « Va, ta foi t'a sauvé. » Et aussitôt il recouvra la vue et il cheminait à sa suite.

1. Contexte rédactionnel

Le récit se trouve avec peu de différences chez Matthieu (20, 39-40 – mais ce sont deux aveugles) et chez Luc (18, 35-43 – mais c’est avant d’entrer dans la ville et d’y rencontrer Zachée).

Chez Marc, c’est le dernier épisode du ministère de Jésus avant son entrée à Jérusalem. Il a déjà guéri un aveugle, à Bethsaïde (8, 22-26), dans un contexte de secret messianique.

2. La scène

En venant de la Pérée ou Transjordanie (10, 1), on passe par Jéricho qui, dans la tradition biblique, évoque l’entrée en Terre promise. Jésus suit cette route, accompagné de ses disciples auxquels s’est jointe « une foule assez grande ».

La caravane s’est mise en branle et prend la route de Jérusalem. L’attention est pourtant attirée par un mendiant aveugle, assis au bord du chemin. Marc seul mentionne son nom : Bar Timée, le fils de Timée (qui signifie peut-être « impur »). La foule le considère incapable de se joindre à elle pour un trajet aussi pénible et le refoule.

Jésus cependant, appelé ici par l’aveugle « le Nazaréen » (cf. 1, 24), lui fait bon accueil et lui lance un appel, repris bientôt par les gens.

La rédaction marcienne s’attarde à décrire les réactions de la foule, prise entre les cris de l’aveugle qu’elle rabroue, comme les disciples l’avaient fait pour les enfants (10, 14), et l’accueil tranquille de Jésus. Par là, celui-ci semble inviter les disciples à changer leur attitude, en les mettant au service de ce petit qu’ils refusent. Instinctivement, ils reprennent l’encouragement qu’adressait Jésus venant sur la mer vers ses disciples en péril : « Aie confiance » (10, 49 – cf. 6, 50), et ils ajoutent une parole de « résurrection » inspirée des guérisons du Maître : « Réveille-toi ! » (10, 49 – cf. 2, 9.11 ; 3, 3 ; 5, 41 ; 9, 27). Comme s’il voyait, l’aveugle rejette son manteau et bondit vers Jésus. Jésus, devenu « Rabbouni », détourne l’attention de l’homme depuis ce qu’il veut recevoir vers ce qui est plus important : la foi, condition de salut. La foi en laquelle Dieu opère avec puissance (cf. 9, 23) sauve l’homme de sa cécité, comme elle avait sauvé l’hémorroïsse de son infirmité (5, 34). L’homme lève les yeux : il voit, et dans cette vision croyante, il se met  suivre Jésus sur la route. Comme l’aveugle de Bethsaïde guéri en deux phases (8, 22-26), celui-ci représente le disciple ; mais au lieu d’être envoyé chez lui, en signe d’une foi encore incomplète, il reçoit de cheminer à la suite du Fils de l'homme sur le point de faire son entrée messianique dans la ville de David.

3. Remarques en vue de l’interprétation :

A/ Au niveau de la rédaction

L’épisode conclut le ministère de Jésus et prépare immédiatement l’acclamation du Fils de David entrant à Jérusalem. Un mendiant en est prophète.

 

B/ Contexte biblique

Jéricho, porte d’entrée en Terre promise et dernière étape avant Jérusalem. Oui, mais, ici, ils sortent de la ville.

La foule, dans un premier temps, forme un rempart à Jéricho entre Jésus et les mendiants ?

Textes prophétiques annonçant le nouvel exode des petits, dont les aveugles :

Que soient pleins d'allégresse désert et terre aride, que la steppe exulte et fleurisse; comme l'asphodèle, qu'elle se couvre de fleurs, qu'elle exulte de joie et pousse des cris, la gloire du Liban lui a été donnée, la splendeur du Carmel et de Saron. C'est eux qui verront la gloire de Yahvé, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains affaiblies, affermissez les genoux qui chancellent. Dites aux cœurs défaillants : « Soyez forts, ne craignez pas; voici votre Dieu. C'est la vengeance qui vient, la rétribution divine. C'est lui qui vient vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s'ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet criera sa joie. Parce qu'auront jailli les eaux dans le désert et les torrents dans la steppe. La terre brûlée deviendra un marécage, et le pays de la soif, des eaux jaillissantes; dans les repaires où gîtaient les chacals on verra des enclos de roseaux et de papyrus. Il y aura là une chaussée et un chemin, on l'appellera la voie sacrée ; l'impur n'y passera pas ; c'est Lui qui pour eux ira par ce chemin, et les insensés ne s'y égareront pas… Ceux qu'a libérés Yahvé reviendront, ils arriveront à Sion criant de joie, portant avec eux une joie éternelle. La joie et l'allégresse les accompagneront, la douleur et les plaintes cesseront (Is 35, 1-10).

 

En ce temps-là, je serai le Dieu de toutes les familles d'Israël, et elles seront mon peuple. Il a trouvé grâce au désert, le peuple échappé à l'épée. Israël marche vers son repos. D'un amour éternel je t'ai aimée, aussi t'ai-je maintenu ma faveur. De nouveau je te bâtirai et tu seras rebâtie, vierge d'Israël. De nouveau tu te feras belle, avec tes tambourins, tu sortiras au milieu des danses joyeuses. De nouveau tu seras plantée de vignes sur les montagnes de Samarie ils planteront, les planteurs, et ils cueilleront. Oui, ce sera le jour où les veilleurs crieront sur la montagne d'Ephraïm : « Debout ! Montons à Sion, vers Yahvé notre Dieu ! » Criez de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites-vous entendre ! Louez ! Proclamez : « Yahvé a sauvé son peuple, le reste d'Israël !" Voici que moi je les ramène du pays du Nord, je les rassemble des extrémités du monde. Parmi eux l'aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la femme qui enfante, tous ensemble : c'est une grande assemblée qui revient ici ! En larmes ils reviennent, dans les supplications je les ramène. Je vais les conduire aux cours d'eau, par un chemin tout droit où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël et Éphraïm est mon premier-né. Nations, écoutez la parole de Yahvé ! Annoncez-la dans les îles lointaines ; dites "Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde comme un pasteur son troupeau. » Car Yahvé a racheté Jacob, il l'a délivré de la main d'un plus fort. Ils viendront, criant de joie, sur la hauteur de Sion, ils afflueront vers les biens de Yahvé le blé, le vin et l'huile, les brebis et les bœufs; ils seront comme un jardin bien arrosé, ils ne languiront plus. (Jr 31, 1-12).

 

C/ Éléments de christologie

Jésus reçoit successivement trois qualificatifs : il est sociologiquement « le Nazaréen ». Mais ses œuvres ont montré qu’il est aussi et plus encore « Fils de David », celui par qui le Royaume de Dieu vient, celui qui doit se rendre à Jérusalem pour recevoir la royauté messianique, celui à qui la foule obéit spontanément comme jadis les tribus de Benjamin et de Juda. Pour ses disciples, dont fait désormais partie l’homme né aveugle, il est un « Rabbouni », maître vénéré et aimé.

 

D/ Enseignements pour les disciples-lecteurs

1- « Ta foi t’a sauvé ». Le récit centre la démonstration de puissance exercée par Jésus sur le rôle indispensable de la foi. Le miracle ici doit être compris premièrement comme récompense de la foi.

 

2- Symbolisme de la cécité/vision. Le récit ne donne pas de qualification précise du don de la vue à l’homme. Le contexte oriente certainement vers une lecture de type messianique de cette forme de pauvreté sociale : Jésus est celui par qui s’accomplissent les textes magnifiques d’Is 35, 1-10 et Jr 31, 1-12 et donc celui par qui le nouvel exode a pris forme. Jéricho est l’étape indispensable sur la route de ce Fils de David qui est aussi nouveau Josué.

 

3- Rejeter le vêtement, signe de dignité mais aussi obstacle à la course vers le salut en Jésus. Dans le monde biblique, le manteau étend la puissance de l’homme vers l’extérieur (1 Sm 18, 4 ; 24, 6 ; 2 R 2, 14 ; Rt 3, 9). Ainsi le contact avec les vêtements de Jésus assurait la guérison (5, 27-30 ; 6, 56). Ce geste est comme une coupure avec le passé, une ouverture.

 

4- « Il cheminait à sa suite » L’aveugle de Bethsaïde avait reçu la consigne impérative de se taire et de retourner chez lui ; Bartimée, lui, doit non seulement proclamer l’œuvre de Dieu mais suivre Jésus. Pourquoi ce changement sinon parce que l’heure de l’avènement est arrivée ! Il faut donc suivre Jésus à tout prix jusqu’au cœur de Jérusalem.

 

5- « Confiance ! Lève-toi ! Il t’appelle ! » La foule reprend successivement trois paroles de Jésus : celle qu’il adressa aux Douze, marchant sur les eaux : « Tharsei » ; l’ordre adressé au paralytique, terme caractéristique de la résurrection : « Lève-toi - egeire ! » ; l’appel des futurs disciples : « Il t’appelle – phônei », le verbe étant repris trois fois dans le même verset 40.

 

E/ Perspectives homilétiques

Puisque nous ne sommes pas totalement aveugles, de quelle cécité s’agit-il ?

         - L’habitude ou la négligence, parfois la volonté délibérée, nous rendent aveugles sur certaines choses. Les autres, nos devoirs, nos responsabilités, l’action de Dieu dans nos vies… disparaissent de notre champ de vision.

         - Il nous faut souvent opérer un effet de zoom pour mettre au centre de notre vision ce que nous considérons pourtant comme marginal. Cf. usage du stylo marqueur ou du surligneur.

         - Quand l’objet de la vision est flou, on utilise des verres correcteurs ou on modifie le réglage de la focale de l’appareil photo.

         - Il nous faut apprendre à mettre plus de sensibilité comme chez ces animaux qui ont la vision nocturne ou grâce à certains instruments à lumière infrarouge.

Ou encore : le manteau ne se trouve pas seulement sur notre nudité, mais aussi sur nos yeux. Arrêter de jouer à colin-maillard.

 

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Biblissimo 15/11/2014 19:39

D'accord. Je prierai pour vous. Mais vous parlez de "besoin"... Attention, il faudrait que nos besoins soient en accord avec le plan de Dieu... Sinon, ça ne marchera pas...

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