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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Pardonner sans limites (24° dimanche T.O.-A-)

Publié par Biblissimo sur 17 Septembre 2011, 16:45pm

Catégories : #Evangile du dimanche

Evangile du Dimanche 11 septembre 2011, 24ème du T.O. "Pardonner sans limites" (Mt 18,21-35)…

Dimanche après dimanche, le récit de Matthieu se déploie petit à petit à notre méditation. La semaine dernière, nous étions entrés dans le célèbre chapitre 18 (souvent dénommé de manière maladroite le « discours ecclésiastique »), recueil de divers enseignements groupés autour des exigences de la vie chrétienne en communauté. Petitesse, service, pureté, correction fraternelle, pardon sans limites : voilà ce qui qualifie la manière d’être saints et le niveau de cette sainteté… Chaque petite section est une perle, mais avec quelle radicalité !
L’enseignement de ce jour est le dernier du recueil. Mais pas le moindre ! Car pardonner est un des actes humains les plus nécessaires ; il est souvent aussi le plus héroïque. Nous avons tous à accorder un pardon à quelqu’un ; cela nous coûte, nous demande de renoncer à la vengeance et à l’orgueil. Il nous faut quitter le niveau de la justice et de la mort pour aller délibérément dans celui de la fraternité et de la vie.

L’enseignement commence par une question posée à Jésus par Simon-Pierre. Pourquoi Pierre ? Sans doute parce qu’une question aussi centrale, aussi décisive, qui concerne tous les membres, devait être soulevée par le futur chef de la communauté.
Pierre, s’avançant, lui dit : "Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ?"
Par cette question un peu scolaire, Pierre montre qu’en bon disciple, il a accueilli l’exigence de communion fraternelle que le Christ n’a cessé d’annoncer : « Tu vois, Maître, je t’ai écouté et je déclare que je suis prêt à pardonner à mon frère jusqu’à sept fois. C’est bien non ? ».
Le chiffre sept est un chiffre symbolique, celui de la plénitude : au bout de sept occasions de pardon, on peut être certain, pense Pierre, qu’on a "accompli" le règlement… Pierre est d’autant plus fier de sa décision qu’elle représente un progrès énorme par rapport à l’enseignement qu’il a reçu pendant sa formation de jeune juif à la synagogue (dont on a des traces dans le premier discours, au ch. 5, versets 21 à 26). Il pense sincèrement avoir bien compris l’attente de son nouveau Maître.
Pourtant, la réponse de Jésus lui demande d’aller beaucoup plus loin : pardonner sept fois, c’est bien, mais c’est encore in-suffisant pour un authentique disciple du Royaume…
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 77 fois. »
Il ne doit donc y avoir aucune limite aux conditions du pardon : en multipliant les sept pardons de Pierre pour aboutir à soixante-dix-sept, Jésus annule toute restriction, toute excuse à la remise d’une faute.

Pour visualiser une telle exigence, Jésus offre à ses disciples une parabole étonnante :
Le Royaume des Cieux est comparable à un homme roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. L’opération commencée, on lui en amena un qui devait dix mille talents. Cet homme n’ayant pas de quoi rendre, le maître donna l’ordre de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, et d’éteindre ainsi la dette. Le serviteur alors se jeta à ses pieds et il s’y tenait prosterné en disant : "Consens-moi un délai, et je te rendrai tout. " Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le relâcha et lui fit remise de sa dette. En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent deniers ; il le prit à la gorge et le serrait à l’étrangler, en lui disant : "Rends tout ce que tu dois !" Son compagnon alors se jeta à ses pieds et il le suppliait en disant : "Consens-moi un délai, et je te rendrai." Mais l’autre n’y consentit pas ; au contraire, il s’en alla le faire jeter en prison, en attendant qu’il eût remboursé son dû. Voyant ce qui s’était passé, ses compagnons en furent navrés, et ils allèrent raconter toute l’affaire à leur maître. Alors celui-ci le fit venir et lui dit : "Serviteur méchant, toute cette somme que tu me devais, je t’en ai fait remise, parce que tu m’as supplié ; ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi ?" Et dans son courroux son maître le livra aux tortionnaires, jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout son dû.

Deux hommes sont placés face-à-face (un troisième, vite jeté dans les horreurs d’un cachot, est à peine mentionné, il sert seulement de point de comparaison). Le premier, le roi, exige au deuxième, un de ses serviteurs, le remboursement d’une dette considérable : 2 tonnes 600 d’argent, imaginez un peu ! Le serviteur lui réplique qu’il n’a même pas le premier sou. En fait de réponse, c’est plutôt une supplication, un appel à la pitié, à la miséricorde. « Le serviteur alors se jeta à ses pieds et il s’y tenait prosterné en disant : "Consens-moi un délai, et je te rendrai tout." Apitoyé, le maître de ce serviteur le relâcha et lui fit remise de sa dette » (v. 26-27). Le serviteur ne demande pas tant que la dette lui soit remise, enlevée, mais qu’on lui laisse le temps de la rembourser… Cri de désespoir, puisque 100 années ne suffiraient pas pour s’en acquitter du centième.
Il y a de la folie dans cette histoire. Ne sont-ils pas fous, ces deux hommes ? Et lequel l’est davantage : celui qui s’endette à hauteur de 10.000 talents ou celui qui consent à s’en priver définitivement ?
Le récit nous dit que le roi a purement et simplement annulé la montagne de dette… Si un document écrit faisait foi de la créance, le voilà déchiré en quelques instants. Et qu’est-ce qui a conduit le roi à un geste aussi insensé ? La compassion, la pitié. Le roi a écouté le sentiment de pitié qui est né en lui à l’idée que ce serviteur soit prêt à tout pour une affaire pourtant impossible. Il a eu pitié de lui, de sa femme, de ses enfants et il a agi en fonction de cette pitié. La logique de la justice et l’intérêt évident de récupérer son argent ont été soudain mis à l’écart de la relation entre les deux hommes. Le débiteur pourtant n’était qu’un serviteur… La raison est devenue comme folle ; les repères, si importants dans les relations d’argent, de commerce, de justice, ont volé en éclats. Au lieu d’aboutir au cachot, l’homme est sorti libre. Il a été soudainement en situation de vie. Sans autre motif que la compassion !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle rebondit en nous envoyant dans le domaine des « compagnons de service ».
Le premier serviteur, libéré du fardeau des 10.000 talents, quitte le palais. Sa joie est immense et il n’a pas encore pris la mesure du bonheur qui lui a été offert. Le cœur est libre d’un carcan qui lui interdisait tout rêve, tout projet ; seule la survie lui était permise. Tout en se dirigeant vers sa maison, il envisage sans doute des projets qu’il se refusait jusque là : scolariser les enfants ; réparer le toit de la maison ; soigner les vieux parents…
Sur la route, tout à sa joie, le serviteur rencontre un camarade, un syn-doulos, un « compagnon de service ». Cet homme lui doit de l’argent : 100 deniers, l’équivalent de trois mois de salaire ; ce n’est pas rien pour un serviteur ! Or, c’est précisément de cet argent qu’il a besoin pour réaliser les projets qui lui sont subitement apparus possibles.
Cette dernière pensée l’aveugle alors complètement. L’espérance devient violence et les repères de justice deviennent un absolu. Le sentiment est accompagné du geste : « Il le prit à la gorge et le serrait à l’étrangler ».
Le compagnon s’excuse : « Consens-moi un délai, et je te rendrai ! » Les mêmes mots que le premier serviteur avait adressés au roi…

Explication
Le récit de Matthieu met ainsi en plein parallélisme deux situations de dette et deux convocations à rendre les comptes. La différence entre les deux situations, cependant, saute aux yeux : la somme en jeu est loin d’être comparable. Même si 100 deniers représentent pour lui une somme non négligeable, le premier serviteur a été dégagé d’une dette 600.000 fois plus grande que celle qu’il exige de son compagnon !
L’incohérence apparaît davantage du fait que l’évangéliste laisse entendre que les deux serviteurs ont le même patron : ils sont co-serviteurs. L’affaire se déroule donc dans le microcosme d’une maison. Le souci de la bonne entente devrait prévaloir, d’autant plus que tout se sait et que tous se surveillent sous le regard plus ou moins bienveillant du maître. Cette solidarité et la probabilité que le maître manifeste son désaccord n’aura pas empêché le premier serviteur de placer la revendication de ses droits au-dessus de l’harmonie établie autour du maître.

Une remise de dettes fréquente ou sans condition ?
Pierre avait interrogé Jésus sur la fréquence du pardon : « Combien de fois… ? ». Jésus, dans la parabole, tourne le regard sur la perfection du pardon en mettant en scène une situation non répétitive (on ne s’endette pas souvent d’une telle somme !). On aurait pourtant pu imaginer un serviteur demandant régulièrement un crédit modeste à son maître sans jamais être en mesure de le rembourser : le maître, chaque fois, les lui aurait remises. D’une certaine manière, la parabole du débiteur impitoyable va plus loin que la question : la pitié du roi à l’égard de son serviteur le conduit à une remise de dettes définitive.
Dans un premier temps, on retiendra donc qu’il ne s’agit pas de savoir s’il faut pardonner toujours ou fréquemment, mais… de pardonner parfaitement, c’est-à-dire totalement et surtout sans condition ! Le roi, en effet, n’en a imposé aucune ! Pas même un moratoire. De toute manière, aucune condition n’aurait été envisageable, pas plus de la part d’un simple serviteur que du plus riche personnage de l’Empire…
L’histoire met en scène, pour ce qui concerne le roi, une remise de dette unique. Mais la générosité est telle que la parabole présente une notion du pardon qui contient évidemment la répétitivité… A quoi servirait-il d’être si généreux en remise de dettes si cela n’était valable qu’une fois ? Qu’est-ce que la vertu de pitié ou de générosité si elle n’est qu’occasionnelle ?

Comment maintenant résumer la parabole ?
Dans un premier temps, comme réponse à une question de Pierre, on pourrait la ramener à cet enseignement : de même que le roi a plus écouté ses entrailles que les exigences de la justice, de même le disciple du Royaume doit remettre à ses frères toutes les dettes, de quelque gravité qu’elles soient.
Dans un deuxième temps, puisqu’elle insiste sur l’incroyable générosité du roi, elle oriente spontanément la pensée vers Dieu. On ajoutera donc au premier enseignement celui-ci : Dieu est capable de pardonner à toute personne qui l’en supplie avec sincérité.
Autrement dit, la parabole enseigne simultanément deux éléments qui se trouvent être au cœur de l’Évangile : en même temps qu’elle donne une règle de comportement moral (le pardon sans limite entre frères), elle révèle l’infinie compassion de Dieu.
Si nous comparons cette règle du pardon sans limite et sans condition à ce qui était demandé au Juif pieux, on se rend compte qu’il ne s’agit pas tant d’enseignement parabolique que de « révélation », celle d’une miséricorde divine sans limite, sans condition.

Un pardon sans condition… sauf une !
Le premier serviteur a quitté le tribunal du palais royal libre mais sans consignes concernant le comportement pour l’avenir. Il va donc commettre une erreur de jugement, et combien grave ! Une erreur qui va le conduire tout droit dans la géhenne de feu ! Car l’envie l’a aveuglé au point qu’il en a oublié une règle universelle, une règle de bon sens, logée dans sa conscience : « Fais à l’autre comme on a fait pour toi. »
Le lecteur apprend donc que cette règle est la seule condition dont dépende notre pardon de la part de Dieu : la miséricorde divine est sans limite et sans condition sauf une, que nous soyons en phase avec lui, que nos cœurs soient accordés au sien, dans la justice comme dans la miséricorde. Si Dieu écoute ses entrailles plus que la voix de la justice, toute relation du disciple avec lui comme avec ses frères doit prendre en compte la pitié et la miséricorde. Le contraire consisterait à ne pas se situer au même niveau que Dieu, dans le même registre relationnel que lui. Alors on ne se comprend plus et la relation est impossible, on pourrait dire même : inefficace. Le bienfait de la miséricorde divine ne peut agir pour nous que si elle agit en nous, que si elle trouve en nous un cœur soucieux de se hisser au plus haut niveau et.

On retrouve à propos du pardon un trait essentiel de l’Évangile : la perfection chrétienne n’a pas de limite. Jamais un disciple de Jésus ne dira : « C’est bon, je suis arrivé au bout, j’ai rempli le règlement, je suis arrivé aux limites acceptables, je m’arrête là. »
C’est dans la contemplation de Jésus qu’un tel enseignement peut être accepté : c’est en le suivant jusque dans son humiliation extrême qu’on peut entendre une telle règle d’un pardon accordé sans limite et sans condition. C’est en entendant régulièrement la parole du Crucifié que Luc rapporte : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » qu’on peut commencer à s’aventurer dans le domaine de la miséricorde à l’état absolu...

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