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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Les frères et soeurs de Jésus... II

Publié par Biblissimo sur 13 Décembre 2009, 17:31pm

Catégories : #Synoptiques & Actes des Apôtres

Les écrits du Nouveau Testament mentionnent à plusieurs reprises des « frères de Jésus ». Ils ont une place significative dans les évangiles, les Actes des Apôtres et la Lettre de saint Paul aux Galates. Ils forment un groupe particulier au sein de la communauté de Jérusalem et l’un des leurs, Jacques, a pris la suite de Képhas dans cette église.

Pour beaucoup de catholiques, affirmer que la vierge Marie a eu d’autres enfants est une insulte à l’égard de la « Vierge » Marie. Quelle est la réponse de l’exégète ?

1. Les données bibliques

Rapportant la visite de Jésus dans sa ville de Nazareth, Marc déclare : « Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » (6,3). Plus loin, il note que « sa mère et ses frères » cherchent Jésus ; un peu avant, il avait mentionné le dessein de « gens de sa parenté » de s’emparer de lui, car, disent-ils, « il a perdu la tête » (3,21).

On retrouve « Marie la mère de Jésus » et « les frères de Jésus » aux côtés des apôtres après l’ascension (Ac 1,14) et Paul fait des « frères du Seigneur » un groupe à côté de celui des apôtres : « N’aurions-nous pas le droit d’emmener avec nous une femme chrétienne comme les autres apôtres, les frères du Seigneur et Képhas ? » (1 Co 9,5). L’un des « frères du Seigneur », Jacques se retrouve à la tête de l’Église de Jérusalem (Ga 1,19 ; 2,9-12).

La discussion autour de ces données est très ouverte. Certains n’hésitent pas à admettre que Jésus eut des frères et des sœurs, tous fils ou filles de Marie. D’autres le refusent catégoriquement. En tout état de cause, les point suivants doivent être notés :

1) De Mt 1,25 : « Joseph ne connut pas Marie jusqu’à ce qu’elle eut enfanté un fils », on ne peut pas tirer la preuve que Marie n’eut pas d’autres enfants que Jésus.

2) Le mot frère a, dans les langues sémitiques, une extension qui permet d’englober le frère de sang, le demi-frère, le neveu, le cousin (demi-frère : Gn 42,15 ; 43,5. Neveu : Gn 14,16 ; 19,15. Cousin : Lv 10,14 ; 1 Chr 23,21-22). Dans la traduction grecque de la Bible, le mot adelphos recouvre tous ces sens. Rien ne permet a priori de penser qu’il n’en va pas de même dans le Nouveau Testament. « Les traditions évangéliques, formées originairement en milieu sémitique, plus probablement araméen, recourent aux conventions culturelles de cette langue, identiques sur ce point à celles de l’hébreu, d’autant plus que les évangélistes imitent volontiers le langage de la Bible elle-même »[1]. C’est plus qu’une possibilité, puisqu’on peut relire les expressions avec l’a priori qu’adelphos aura été utilisé selon le sens biblique ; mais aucune preuve qu’il en est ainsi ne peut être apportée.

3) Aucune preuve du fait que Marie eut d’autres enfants ou du fait qu’elle n’en eut pas ne peut être apportée. On peut simplement remarquer :

     - que seul Jésus est appelé nommément « le fils de Marie » (Mc 6,3) ; ce qualificatif n’est jamais donné aux « frères de Jésus » ; la présence de l'article laisse supposer que Marie n'avait comme fils que Jésus;

     - que Jacques et Joset, « frères de Jésus » en Mc 6,3, ont peut-être pour mère Marie, la sœur de la mère de Jésus. Cette possibilité s’établit ainsi : en Mc 15,40.47 et 16,1, une certaine Marie est donnée comme mère de Jacques le petit et de Joset. En Jn 19,25, on lit : « Près de la croix se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala. » Si l’on accepte de tenir pour un seul et même personnage « la sœur de sa mère, Marie » et non pas de voir en la « sœur de sa mère » et en « Marie » deux personnes différentes, on arrive à la déduction que la mère de Jésus avait une sœur appelée Marie. Cette sœur pourrait être la mère des frères de Jésus, Jacques et Joset. Ceux-ci seraient des cousins de Jésus. Un tel raisonnement repose sur trop de suppositions pour s’imposer à titre de preuve. Il laisse celui qui le tient dans le domaine des possibles ;

     - que Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé comme s’il s’agissait d’une femme seule et sans autres enfants. Mais la dimension symbolique de cette mention johannique empêche toute utilisation de ce texte à titre de preuve.

4) Les récits de Mt et Lc insistent fortement sur la virginité de Marie, sans toutefois se prononcer explicitement sur le fait qu’elle n’eut pas d’autres enfants que Jésus. Très tôt, la tradition affirme cette virginité absolue de Marie.

   - L’idée que Joseph était vieux et avait eu des enfants d’un premier mariage est connue dès le second siècle. On la trouve dans le Protévangile de Jacques (9,2 ; 17,1 ; 18,1). Elle vise à régler la question des frères de Jésus (ils deviennent des demi-frères) et à sauvegarder ainsi la virginité absolue de Marie. Cette même idée d’un premier mariage de Joseph se retrouve chez les Pères de l’Église ; elle est utilisée dans le même but. Cependant, dans leurs récits concernant l'enfance de Jésus, les évangélistes Matthieu et Luc semblent supposer qu'auprès de Joseph, de Marie et de Jésus leur nouveau-né il n'y a pas d'autre enfant.

   - Lc 2, 7 dit ceci : "Elle enfanta son fils premier-né." Le terme grec prôtotokos correspond à l'hébreu bekor (araméen: bekra) ne suppose pas en soi l'idée de premier dans une succession car il dit seulement que cet enfant a ouvert le sein maternel ; c'est une qualification qui concerne la "physiologie" de la maman.

   - Il n'y a pas lieu d'objecter Mt 1, 25 : "Il ne la connaissait pas jusqu'au jour où elle enfanta un fils" comme si cela impliquait que le couple eut des relations sexuelles après la naissance de Jésus. On rapproche en effet cette expression de Lc 1, 80 : "L'enfant demeura dans des endroits solitaires jusqu'à ce qu'il soit manifesté à Israël" qui n'implique pas un changement à partir de l'heure de la manifestation puisque, un peu plus loin (3, 2), Lc note que Jean se trouvait toujours dans un lieu désertique.

5) Les traditions postérieures

Selon Mt 27,61 et 28,1, près de la croix se trouve une femme nommée Marie et identifiée comme la femme d'un certain Clopas. Luc rapporte qu'un homme du même nom bénéficia d'une apparition du Ressuscité à l'occasion de son départ vers Emmaüs. Si on combine cette remarque avec le récit de Jean, Jésus confie sa mère à un disciple en présence de la soeur ou de la belle-soeur de sa mère. Un tel choix suppose que Jésus est reconnu comme fils unique de sa mère.

Dans un passage de son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée note que "Clopas était frère de Joseph" (HE, III, IX, 1). Parmi les frères du Seigneur, ceux dont parlent les évangélistes seraient les fils de la soeur de Joseph, donc cousins de Jésus du côté paternel.

L'Evangile selon Thomas se veut plus précis et explique la chose par un premier mariage de Joseph, devenu veuf avant son mariage avec Marie.

Si l’on excepte quelques témoins (Hégésippe, un évêque du IIè s., Tertullien, par exemple, dans son De carne Christi), l’ensemble de la tradition affirme que Joseph et Marie ne consommèrent pas leur mariage et que Marie n’eut pas d’autres enfants.

La virginité de Marie « in partu », c’est-à-dire le fait qu’elle conserva son intégrité physique malgré l’accouchement de Jésus est présente dans le Protévangile de Jacques (ch. 20). On retrouve la même conviction chez Clément d’Alexandrie (Stromates, 7,16) au début du troisième siècle, et souvent après.

6) De nos jours, les avis sur l’existence de frères de Jésus reconduisent souvent les clivages des confessions religieuses. Les catholiques et les orthodoxes pensent que Jésus n’eut pas de frères. Les protestants tendent souvent à penser qu’il en eut. Il semble que l’historien ne puisse pas être d’un grand secours sur ce point ; il ne peut apporter la preuve de la justesse de l’une et de l’autre position. Ces positions s’appuient en fait sur des autorités différentes de la sienne ; il ne peut que les respecter, sans chercher ni à se substituer à elles ni à leur servir de caution.

2. L’interprétation des théologiens

"Du point de vue historique, la question de savoir si Marie a eu d'autres enfants que Jésus reste insoluble. On ne peut pas prouver que Marie n'était mère qu'une seule fois. Mais on ne peut pas plus prouver que les personnes citées étaient des frères et des soeurs de Jésus au sens strict. Il y a assez d'indications qui montrent que ces frères et soeurs appartiennent à d'autres familles et sont désignés ainsi dans le cadre du clan familial... [...] Il ne ressort aucunement des Evangiles que Jésus avait des frères ou des soeurs au sens strict du terme, ni que Marie ait eu d'autres enfants après lui. Au contraire, son comportement de fils est avec évidence si particulier et unique qu'on ne peut interpréter correctement la notion de frères et de soeurs que dans le cadre de la large famille clanique" (Card. J. Ratzinger, Voici quel est notre Dieu, p. 167 et 213.

2.1 Pourquoi tenir à la virginité ?

Il faut reconnaître qu’on ne donne pas autant d’importance à la virginité entendue au sens d’intégrité physique qu’aux premiers siècles de la tradition chrétienne, notamment chez les pères du désert. Identifier sainteté et virginité n’est plus aussi systématique dans la pensée contemporaine, qui a remis à l’honneur la sainteté dans le mariage et l’engagement social. Les historiens nous ont appris à remonter aux origines de l’histoire par-delà les habitudes de penser héritées des pères de l’Église et des théologiens médiévaux : c’est particulièrement valable pour le sujet qui nous occupe ici.

Soyons plus précis : tenir à l’intégrité physique de la femme n’aurait pas de sens si ce n’était sous forme de signe d’une virginité spirituelle, à savoir de l’intégrité de l’âme toute tournée vers son Dieu.

À l’extrême, on parlera de la tradition relative à la virginité de Marie comme d’un théologoumène, à savoir d’une affirmation sous forme historique d’une réalité saisissable seulement dans la foi. Autrement dit, il n’existe aucun document attestant qu’une personne ait prétendu avoir reçu une confidence de la Vierge Marie sur ce sujet ou avoir vérifié la chose. Et la tradition relative à la virginité post partum est tardive, non ancrée dans des traditions apostoliques.

Les théologiens ou les pasteurs qui s’inscrivent dans cette ligne lancent un avertissement : la réflexion doit impérativement se garder de considérer le mariage et le fait d’avoir des enfants comme un fait lié au péché, à l’égoïsme et à l’absence d’idéal religieux. Autrement dit, pour ce qui concerne la mère de Jésus, il faut considérer comme normal qu’elle cherche à avoir une famille : c’est inhérent à la tradition juive, une tradition noble qui se réclame de Dieu et du commandement de la fécondité. Marie, en donnant naissance à d’autres enfants, accomplit le commandement, et elle le fait avec tout son cœur de femme pieuse, soucieuse d’obéir à son Dieu.

2.2 La vision du théologien

Le débat conduit le théologien et l’historien loin dans l’intime de la foi chrétienne. Il repose la question du rapport entre l’observable, accessible à l’œil du scientifique, et ce que la foi suppose au nom de l’histoire du salut. Pour la tradition chrétienne, il y a un lien essentiel entre histoire et foi, aussi bien parce que la dimension historique de l’incarnation est au cœur de la foi que l’« histoire » s’entend de celle de Jésus et de celle du lecteur, dans un va-et-vient de l’un à l’autre, de sorte que la foi de l’Église interroge l’Écriture et en guide l’interprétation.

« Même si l’expérience de la foi n’est pas réductible à la connaissance historique, il n’empêche qu’il y a un lien essentiel entre ce que nous pouvons dire de Jésus dans la foi et ce que les évangiles en disent d’un point de vue historique » (P. Gibert).

Dans le cas présent, la foi en Jésus Fils de Dieu (depuis toujours, puisqu’on « ne devient pas Fils de Dieu au sens fort du mot, si on ne l’est pas déjà », selon P. Grelot[2]) interroge les récits de l’enfance, c’est-à-dire les traditions recueillies par Matthieu et Luc, et demande quelle pouvait être la réponse de Marie au signe de la conception virginale. Cette réponse pouvait-elle se contenter d’une chasteté temporaire ? Et n’était-elle pas accompagnée de cet Esprit qui, selon Luc spécialement, mène l’histoire du salut non seulement au niveau des communautés, mais aussi des individus ? Est-ce contraire à la méthode scientifique de faire intervenir dans la lecture des événements évangéliques une précompréhension issue directement à la fois d’une interrogation d’ordre humain et d’une donnée de foi essentielle : compte tenu de l’importance que revêt le rôle maternel dans la croissance de l’enfant et du jeune homme, le lien établi entre Marie et le Fils de Dieu dès l’expérience spirituelle qui accompagnait la conception miraculeuse ne devait-il pas conduire Marie à une réponse dans laquelle elle s’engageait totalement au service de son Fils, ce totalement apparaissant, au niveau du simple bon sens, sous la forme du refus libre et responsable de donner naissance à d’autres enfants ? Est-ce si exceptionnel ? Faut-il voir dans une telle lecture une déformation due à une conception catholique qui exalterait maladivement la chasteté ?

Plus radicalement et au-delà des querelles entre spécialistes et pasteurs, le problème et les disputes d’aujourd’hui reposent parfois sur une notion univoque du « principe d’incarnation ». Ce principe qui affirme « la plongée de Dieu dans l’histoire humaine », par laquelle il « s’abîme dans notre condition mortelle et historique » de telle manière que « le Christ comme figure historique est aussi indispensable à la dimension humaine de mon être et de ma foi que le Christ glorieux ». Mais pourquoi le savant rejetterait-il a priori que l’incarnation du Fils de Dieu ait requis non pas tant des dérogations aux lois naturelles que la préparation de dispositions favorables à l’accomplissement de sa mission ? Comme par exemple le fait que, à la suite d’une annonciation[3], et avec sa foi de jeune fille, Marie ait été portée à se consacrer à cet enfant ? Une telle lecture ne peut être a priori antihistorique qu’à l’intérieur d’une vision exagérément positiviste de la méthode historique. Au contraire, elle s’enracine précisément dans ce qui fait une des insistances majeures de l’article cité, à savoir dans l’histoire personnelle et collective de tant de chrétiens – catholiques, orthodoxes et même protestants – qui ont vécu la chasteté au nom du Christ à la suite d’une authentique expérience de foi. Interroger dans ce sens les documents est une exigence essentielle en matière de recherche historique si on veut résoudre cette question concernant les traditions évangéliques.

 

Mc 6,3Mt 13,55-56Lc 4,22Jn 6,42
"Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous?"Celui-là n'est-il pas le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous?"N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là?""Celui-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère?"

 

 Voir:

Jacques Winandy, La conception virginale dans le Nouveau Testament, in : NRT 100 (1978), pp. 706-719. Mc 6, 3 (« Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? ») est un texte corrigé (en fonction du Proto-Luc) en vue d’affirmer que Jésus est relatif à sa mère et non à Joseph (Mt 13, 55 : « le fils du charpentier »).

 

 


[1] P. Grelot, « La conception virginale de Jésus et sa famille », dans Esprit et Vie, n° 46 (17 nov 1994), p. 630.

[2] Art. cit., p. 626.

[3] Dont évidemment nous savons bien peu de choses, mais qui a réellement eu lieu. Cette question, longuement développée dans l’article du P. Grelot, aurait mérité d’être reprise. Nous aurions mieux perçu la position de F.R. sur l’ensemble de ce débat.

"Où est-il ton père? Nous ne sommes pas nés de la prostitution" (Jn 8,19 et 41).

Cette réaction fortement polémique, voire cynique, des autorités juives à l'égard de la prétention de Jésus à être de manière absolument unique et privilégiée LE Fils de Dieu, est interprétée par certains comme un reliquat de l'opinion de l'entourage nazaréen de Jésus qui voit en sa naissance avant le mariage de Marie le fruit d'un adultère. Cette opinion a été transmise dans la tradition juive, y compris dans le Talmud.

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