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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


COURS D'INTRODUCTION A SAINT PAUL. XII: L'église selon saint Paul

Publié par Biblissimo sur 9 Août 2011, 21:05pm

Catégories : #Corpus paulinien

Le but de ce chapitre est d'indiquer les éléments essentiels de la vision que Paul a de l'Eglise. On peut être certain que ce dossier est capital! On se demandera par exemple si Paul envisage l'Eglise comme une fédération d'églises locales ou comme une unité de départ qui va se réfracter dans de multiples communautés.

1. Questions relatives à la tradition néotestamentaire sur l’Église

Il nous faut d'abord situer l'ecclésiologie de Paul par rapport à la tradition qui l'a précédée et au questionnement fondamental sur cette réalité souvent controversée.

L’Église n’existe vraiment que dans la mesure où elle est réalisée. Elle est toujours en devenir, de par son essence même, en tension depuis le jour où les premiers disciples se sont regroupés autour du Maître.

Principales questions que l’on rencontre dans une étude biblique du thème de l’Église :

Comment s’est réalisé, dans la pensée de Jésus, le passage du peuple d’Israël (A.T.) à une nouvelle réalité qui se définit désormais en fonction du Christ ?

Comment s’opère la dimension nécessairement structurée de l’Église comme collectivité humaine devant durer dans l’histoire et la dimension eschatologique, plus fondamentale ?

nos sources bibliques nous offrent trop peu de données pour une idée précise de la manière dont le groupe des apôtres s’est structuré ; en particulier nous nous doutons que l’Eucharistie a été au centre de la vie et de la réflexion, mais nous en savons trop peu ; on observe dès le début la tension entre charismes et autorité ecclésiale : quelle réponse donnent les Écritures, en particulier les Actes et Paul ?

elle est au cœur du problème de la rencontre entre judaïsme et hellénisme.

2. Terminologie : du qahal à l’ekklèsia

A.T. : qahal ; ‘edah. En grec et hébreu, deux termes sont utilisés pour parler d’une « assemblée » : ekklèsia et synagôgè ; qahal et ‘edah. Établir les liens et les distinctions nécessaires entre ces termes n’est pas facile : dire que qahal est habituellement rendu par ekklèsia et ‘edah par synagôgè est vrai souvent mais pas toujours.

Qahal : Esd 10,7 ; Néh 8,2 : qahal = ekklèsia. 1 Ch 28, 8 ; Ne 13, 1 : qahal (ekklèsia) de Dieu. Dt 4,9-13 ; 9,10 : Horeb : jour de l’"ekklèsia" ; 23,2-9 (passage célèbre) : conditions pour faire partie de l’ekklèsia du Seigneur ; 31,30 : Moïse chante son cantique aux oreilles de « toute l’ekklèsia d’Israël ».

Qahal désigne aussi bien l’assemblée convoquée pour le service militaire (Gn 49,6 ; Nb 22,4...) que celle qui est amenée à prendre des décisions politiques ou judiciaires (1 Ch 29,10 ; Esd 10,1…). Les passages les plus significatifs pour le N.T. sont certainement ceux qui parlent d’une assemblée convoquée pour le sacrifice ou le culte, et parmi eux, Dt 9,10 ; 10,4 ; 2 Ch 20,5.14…

edah est le terme qu’emploie avec prédilection la tradition sacerdotale (123 des 147 emplois) ; son usage prédomine dans le contexte cultuel : Ex 16,9 ; 33,7s ; Lv 4,13 ; Nb 16,9 ; ou en lien avec la Loi ou le sanctuaire (Nb 13,26 ; 31,12). ‘edah est donc le terme habituel et permanent de la communauté de l’alliance, qahal représentant plutôt l’assemblée spéciale de certaines cérémonies. Ekklèsia : assemblée délibérante du peuple.

Le psautier traduit régulièrement ‘edah par synagogè et qahal par ekklèsia ; synagogè s’emploie en particulier quand les membres ne sont pas dignes de louanges (les taureaux, les dieux…). Ekklèsia se distingue progressivement de synagogè en recevant une valeur spirituelle nettement marquée.

N.T., sauf Jc 2,2, le terme de synagôgè désigne des bâtiments (Mc 1,21 ; 3,1 ; 12,39 etc.) ou l’assemblée des Juifs (Ac 6,9 ; Lc 21,12 ; Ap 3,9). Absence consciente et voulue : polémiques de Jn 9,22 ; 12,42 : la « synagogue » est devenue, à l’époque de Jésus, « le symbole de la religion juive de la loi et de la tradition ».

Évangiles : sauf Mt 16,18 et 18,17, ekklèsia absent, pourtant, Luc l’emploie à 23 reprises en Actes. Le terme ne convient guère pour les disciples rassemblés du vivant de Jésus : on peut lire dans ce fait ce qu’évoque la réflexion de Loisy, à savoir que Jésus n’a pas voulu fonder l’Église, mais on peut aussi comprendre que ce qui est constitutif de l’Église, c’est la foi au Christ mort et ressuscité dans l’attente de son retour prochain.

Paul : klhtoi/j a`gi,oij : miqrâ qodesh (Ex 12, 16 ; Lv 23, 2-44 ; Nb 28, 25).

3. Présentation de l’ecclésiologie paulinienne[1]

Le peuple d’Israël dans son ensemble n’a pas accepté la nouvelle Alliance. Saint Paul le constate avec douleur ; cependant il ne peut pas séparer la naissance et la croissance des communautés chrétiennes du dessein de Dieu sur Israël : d’une manière ou d’une autre, l’Église doit être Peuple de Dieu, formée des élus, des saints, héritiers des promesses faites à Israël ; elle est la sainte Assemblée qui forme le Temple de Dieu.

Plus encore que pour ce qui concerne les évangiles, il faut lire les textes pauliniens relatifs à l’Église à partir d’une notion liturgique de l’expression Église de Dieu, tirée de textes vétérotestamentaires ; et non de celle du peuple, laos.

Ensuite on relie cette conception, commune à l’Église contemporaine de Paul, à une conviction, celle de la dimension corporative des croyants. En effet, s’il est évident que la foi est pour Paul un don personnel, reçu par grâce et gardé par une coopération du croyant, s’il est clair que c’est personnellement que l’on est dans le Christ, il est tout aussi vrai que la relation avec le Christ intègre chaque baptisé dans une dimension corporative, comme l’était Israël.

Mais voilà que les deux principes essentiels définissant l’appartenance au peuple d’Israël, filiation abrahamique et œuvres de la Loi, ne tiennent plus. Car Paul a placé le lien de chaque croyant et de l’ensemble de l’Église au-dessus des liens de sang et de fidélité à la Torah.

Autrement dit, la réflexion de saint Paul tourne autour de cinq éléments essentiels :

- Le Christ irradie sa vie dans les baptisés, les saints : l’Église est le Corps du Seigneur ;

- L’Église doit prendre en compte l’intégration des païens en son sein, par appel divin ;

- L’universalité de l’Église est première par rapport à la multiplicité des communautés ;

- Les communautés ont besoin de pasteurs revêtus d’autorité ;

- La gloire du Christ Premier-né rejaillit sur son Corps (perspective apocalyptique).

4. Paul : les appelés ; les élus

La conversion est un appel : la communauté des croyants se réunit sur la base de cet appel. La racine kalein de ekklèsia demeure signifiante pour l’Église. Cf. Mt 9, 13 (venu appeler non les justes mais les pécheurs). Au royaume, à la sainteté : 1 Th 2, 11-12 : « Nous vous avons exhortés, encouragés, adjurés de mener une vie digne de Dieu qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire. »

5 L’Église de Dieu ; les églises

Une des questions les plus sensibles relativement à l’ecclésiologie paulinienne et à son application à la vie de l’Église d’aujourd’hui est celle-ci : l’Église est-elle une fédération d’églises locales ou une réalité fondamentalement une réalisée diversement dans les églises locales ? Dans le premier cas, l’église locale est première et se développe selon ses convictions et ses besoins ; dans le deuxième cas, l’église locale met à la première place les éléments fondamentaux reçus de l’Église comme un tout et les développent en communion avec les autres églises.

1 Th 1, 1 : « Paul, Silvain et Timothée, à l’église (ekklèsia) des Thessaloniciens qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ » ; 2, 14-15 : « Vous vous êtes mis à imiter les Églises de Dieu dans le Christ Jésus qui sont en Judée : vous avez souffert de la part de vos compatriotes les mêmes traitements qu’ils ont soufferts de la part des Juifs ; ces gens-là ont mis à mort Jésus le Seigneur et les prophètes. » Rm 16, 1 : Phébée est la diaconesse « de l’église de Cenchrées » ; 16, 5 : chez Prisca et Aquilas ceux qui se réunissent pour la liturgie forment « l’Église » [locale] ; Rm 16, 16 : « Les églises [qui sont] dans le Christ. »

Église de Dieu : l’expression a sans doute d’abord été utilisée pour désigner la communauté de Jérusalem, considérée comme la communauté type, à la suite de l’expression « ekklèsia tou Theou » de Deutéronome ; puis étendue aux autres communautés. « Paul a trouvé dans l’église de Jérusalem l’expression "l’Église de Dieu", qui désignait l’assemblée des Hébreux autour de Moïse, et fut appliquée à la communauté messianique qu’elle préfigurait (L. Cerfaux, p. 14).

Vers une dimension universelle de l’Église : 1 Co 12, 28 : « Et ceux que Dieu a établis [etheto] dans l’église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs... Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d’assistance, de gouvernement, les diversités de langues. » Plus loin, 15, 9 : « Car je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. »

La dimension universelle de l’Église apparaît vraiment en Col et Éph. : Eph 4, 4-6 : « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tout et en tous. »

6 La première lettre aux Corinthiens

Nous offre un ensemble assez complet de questions fondamentales sur la vie de l’Église.

- Ch. 1-4 : La question de la division dans l’Église et du rôle des apôtres : le Christ est-il divisé ?

- Église et société :

       * est-il opportun de se marier ?

       * à quel tribunal déférer les litiges ?

       * quels rapports sont permis avec les amis idolâtres ?

- Le baptême ;

- Le repas du Seigneur et les célébrations de prière ;

- L’ordre dans les assemblées où l’exercice des charismes a tendance à se faire de manière chaotique ;

- Ch. 15 : La foi en la résurrection du Christ et des saints ;

- Ch. 16 : retour sur la vie chrétienne.

7 Les trois garanties de la communion ecclésiale en 1 Co 1-3

Dans la section 1 Co 1, 18 – 4, 20, Paul veut donner des indications pressantes pour résoudre le risque de division à l’intérieur de l’Église de Corinthe. Nous nous arrêterons sur la triple argumentation qu’il donne dans les ch. 1 à 3. Elle est annoncée dans le v. 17 du ch. 1, dont les trois éléments seront repris en ordre inverse dans l’argumentation : comme apôtre, Paul évangélise sans baptiser ; la sagesse qui est à la base de sa prédication ne se réduit pas à convaincre par la qualité technique du discours (logos) ; ce qui est au cœur de la sagesse : la Croix du Christ.

1/ La sagesse et la puissance de Dieu ont été révélées dans la folie du message de la Croix et la faiblesse du Crucifié (1, 18 – 2, 5) ;

2/ Qu’est-ce qui donne autorité à ceux qui prêchent la Croix ? Tout simplement une révélation de l’Esprit Saint, qui sonde les profondeurs de Dieu, et accordé à ceux qui ne se contentent pas de réfléchir selon les critères humains mais sont ouverts au Pneuma divin (2, 6 – 3, 4) ;

3/ Le rôle des apôtres, « collaborateurs de Dieu » (3, 9), est secondaire par rapport à celui du Christ, mais indispensable. Pour le comprendre, Paul reprend deux images courantes dans la prédication des premiers chrétiens, celles de la plante qui grandit d’elle-même (l’apôtre doit seulement l’arroser) et de la maison qui "grandit" par la sagesse de l’architecte (= apôtre) et l’effort des maçons. En fait, il s’agit précisément d’une maison pour Dieu, d’un Temple (3, 5-23).

En réfléchissant, on se rend compte que ces trois étapes de l’argumentation paulinienne sont judicieuses et permettent de dégager trois garanties pour la permanence de la communion ecclésiale : 1/ placer la Croix au cœur du message et de la vie ecclésiale rend vaine toute tentative d’exalter la compétence oratoire ou la recherche du merveilleux ; 2/ puisque la mission et la vie de l’Église sont fondées sur la mission propre du Christ, il n’y a de communion que dans la mesure où tous les membres sont réellement à l’écoute de l’Esprit Saint, seul capable de révéler le mystère qui est à la base de l’Église ; 3/ le rôle irremplaçable de l’autorité apostolique.

8. L’Église Corps du Christ dans 1 Co[2]

46 emplois du mot corps, selon six registres différents : corps humain, corps du Seigneur, image utilisée pour la communauté, corps des étoiles ou de la semence, corps de Paul.

Le thème du corps selon 10 dimensions :

       1- Unité de l’Église, corps du Christ

       2- Sagesse charnelle et sagesse spirituelle

       3- Tribulations corporelles de l’apôtre

       4- Virginité et mariage

       5- Inceste et fornication : unions ou désirs charnels licites ou illicites ; le corps Temple de Dieu

       6- La consommation de la chair idolothyte

       7- L’impact liturgique du corps dans la liturgie : le voile des femmes

       8- Le corps du Christ, crucifié, notre Pâque (ch. 5), mangé (Eucharistie) pour que ns formions un corps (ch. 10) ; de même le baptême pour un seul corps et abreuvés du même et unique Esprit (12,13 ; cf. Rm 6,3)

       9- Rôle des charismes dans le Corps de l’Église

       10- La destinée du corps après la mort : résurrection spirituelle glorieuse

Noter l’insistance à dire que c’est Dieu qui a prévu que le corps disposerait de plusieurs membres (v. 18.24) ; comme il a disposé les apôtres et les autres dans l’Église (v. 28).

9. Former un seul corps : simple allégorie ou désignation d’une réalité mystique ?

Même si on ne trouve pas de témoignage rapprochant un groupe humain au corps (cf. « corps d’Armée », « corps professoral ou médical »), le fait de comparer une communauté à un corps n’est pas une invention de Paul. L’originalité se trouve très précisément dans la formule : « Corps du Christ » (1 Co 12, 27 : « Vous êtes corps du Christ », sans article : l’identification n’est pas nettement affirmée), déjà utilisée pour le pain qui met en communion les fidèles avec le Christ (1 Co 10,16).

Il nous faut maintenant étudier de près 1 Co 12, 4-27, à lire en tenant compte du fait que le baptême fait de nous les membres du Christ : voir 6, 15. V. 12 : le Christ est un comme un sôma unissant différents membres. Situer ce passage dans l’ensemble des ch. 12-13, dans lesquels Paul veut donner une réflexion et des directives concernant le désordre dans les assemblées de prière, notamment dans l’exercice intempestif des charismes.

En Rm 12, 3-8, Paul parle d’« un seul corps dans le Christ », expression légèrement différente les formulations de 1 Co.

Caractéristiques de cette image :

1- L’image du corps est utilisée parce qu’elle réunit étroitement la dimension "sociale" de l’Église et son unité ;

2- Le corps n’existe que comme corps « de quelqu’un » ; il est partie intégrante d’une personne. Ici, il s’agit d’identifier l’Église au corps du Christ. Pour être plus précis, on peut se poser une question apparemment banale : on attribue au Christ le rôle de la tête, qui fait partie du corps ; mais est-il membre du corps ou joue-t-il son rôle tout en restant extérieur au corps ? C’est une interrogation qu’on retrouvera dans la réflexion théologique.

3- L’unité du corps préexiste à la diversité de ses membres. Pas comme une automobile, qui n’existe que par l’assemblage d’une multitude d’éléments « préexistants ».

N.B. : Avant de clore cette section, noter comment Paul a placé au centre des ch. 12-14 une magnifique méditation sur la charité. Cela n’est pas banal ! Évidence qui mérite d’être signalée !

10. L’Église Corps du Christ dans la lettre aux Éphésiens[3]

Éph reprend et prolonge Col en développant davantage tout ce que l’Église a reçu du Christ Image par laquelle Dieu a tout fait puis réconcilié. Le centre d’intérêt principal n’est plus le souci de l’unité des églises, mais le regard de sagesse à partir du Mystère de la suprématie du Seigneur sur le cosmos, en réponse à la tentation de chercher dans les religions à mystère une gnôsis prétendue supérieure à ce que le Christ donne à son Église.

Rappel : la christologie de l’hymne de Col 1, 15-20. Paul remonte d’une christologie du salut à partir du mystère pascal à une contemplation du Fils, Image et Sagesse en qui, par qui et pour qui, tout a été fait. Mais Paul ne s’arrête pas à ce regard extrême : il poursuit en disant que le Fils a déversé la Plénitude de la divinité, c’est-à-dire tout ce dont Dieu est rempli, dans « son Corps, l’Église ».

Neuf emplois du mot corps, tous liant de façon systématique la notion de corps à celle de l’Église. Il est évident pour tous qu’ekklèsia désigne l’Église dans son universalité, qu’elle ne peut être récupérée par la seule communauté à laquelle l’auteur s’adresse. Mais cela est possible du fait de l’évolution concomitante de deux notions : le Christ est un personnage céleste ; le rapport entre le baptisé et le Christ est défini en fonction du fait que la résurrection est effective dès la vie en ce monde, en ce sens que la grâce du Ressuscité nous a établis en relation avec lui précisément comme Seigneur dans la gloire. La distance entre gloire divine et condition humaine est donc transcendée.

En Éph 4,4-16, on retrouve l’image "fonctionnelle" du ch. 12 de 1 Co :

Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu… C’est lui encore qui "a donné" aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, à la mesure de la plénitude (plèrôma) du Christ… Mais, vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers celui qui est la Tête, le Christ, dont le Corps tout entier est harmonisé et mis-en-cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité.

Éph 5 : Deux formules de départ : 1/ le Christ est le sauveur de l’Église, il en est donc la tête. 2/ Le couple humain ne fait qu’une chair. Faut-il voir dans le rapport mari – épouse une relation dynamique : en lui donnant une place sociale réelle et digne (selon la mentalité de l’époque), l’homme « sauve » la femme, laquelle doit se laisser sauver par lui, donc avoir à son égard une attitude de soumission, c’est-à-dire de radicale acceptation et disponibilité à cet acte sauveur ? Mais Paul ajoute : la relation doit être une relation d’amour.

Mais le début de la lettre a fait apparaître une relation entre l’Église et le Christ qui se situe à un niveau beaucoup plus profond.

Éph 1, 22 :

Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son (noter l’article possessif défini, contre 1 Co 12,27) Corps, la Plénitude de celui qui la remplit (part. prés. moyen) de tout en tous.

Éph 2, 15-16 :

… Pour créer en lui-même les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix.

Troisièmement, Paul, dans un passage célèbre qui reprend et développe une exhortation de Colossiens, passe à un nouveau sens de « corps », celui que la femme offre à son mari. Éph 5,23-30 :

Le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps… Il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même. Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ?

Une telle réflexion suppose qu’on accepte que Paul parle de soumission de la femme à son mari, conformément à la culture de son époque, et pas simplement la culture juive. Avec une remarque importante : le chrétien doit se soumettre à son frère en vue de la communion fraternelle. Le mari aussi… Et si le juste rapport entre époux accorde davantage d’autorité au mari (une autorité qui suppose le dialogue entre personnes également douées), l’un et l’autre se rappellent qu’il s’agit d’obéir au Christ par le moyen de l’autorité masculine.

En 1 Co 12, la tête est un membre parmi d’autres, elle ne désigne pas une réalité particulière par rapport à l’Église. Elle apparaît en 1 Co 11,3 : « la Tête de tout homme, c’est le Christ ». Ce qui est étonnant en Col et Éph, c’est que « l’image du Christ tête n’apparaît pas comme une déduction du thème du Corps du Christ mais pour exprimer son autorité de chef sur les puissances angéliques. »

Dans ce sens-là, la tête n’a pas besoin du corps pour exister.

La démarche de la pensée paulinienne peut être exprimée ainsi :

l’ensemble des chrétiens, dans leur cohésion, sont « comme un corps » (comparaison hellénistique) ;

parce qu’ils reçoivent vie du Christ, ils sont un organisme spirituel qui dépend du Christ ;

cet organisme spirituel, qui est dans le Christ ou du Christ, on le dira aussi, par une identification mystique, son propre corps.

11. Plèrôma

Ga 4, 4 : la plénitude des temps. Rm 11, 12 et 25 : la totalité des Juifs/Gentils ; 1 Co 10, 26 : la totalité de ce qu’il y a sur la terre (cf. Psaumes). Eph 1, 10 : « Dans l’économie du plèrôma des temps » ; Ga 4,4 : « Quand vint le plèrôma des temps » : pas le sens de complément, mais état d’achèvement, non l’action de compléter.

Rm 13, 10 : plh,rwma ou=n no,mou h` avga,phÅ 15, 29 : « Je viendrai vers vous evn plhrw,mati euvlogi,aj Cristou/Å

Col 1, 19 ; 2, 9.

« Accomplir l’Écriture ». Col 1, 25 : « Je suis devenu diacre de l’Église, en vertu de la charge que Dieu m’a confiée : remplir chez vous la Parole de Dieu ».

L’Église « est son Corps, le Plèrôma de Celui-qui-la-remplit de tout en tous » (Éph 1, 23). Plèrôma en apposition à sôma. Plèrôma est fondamentalement un vocable passif : l’Église n’existe que dans la mesure où elle est remplie par le Christ. À la différence de Col 1, 24, où antanaplérô a valeur active : Paul complète en lui la passion du Christ pour l’Église « son corps ». Plèroumenou : part. prés. moyen : le Christ remplit complètement l’Église, par lui et par la grâce qu’il répand en elle. L’utilisation du participe moyen souligne cette idée que le Christ remplit un domaine qui lui appartient en propre, et qui est en situation de dépendance et de réceptivité. (Ch. Reynier)

L’Église est Corps du Christ parce qu’elle a été remplie par le Christ, qui en est la tête, de son mystère. Quand Paul parle de l’église comme « plénitude » du Christ, il pense à la richesse de la vie divine qui de la tête afflue dans tout le corps, dans tous ses membres. En est-elle aussi l’accomplissement ? Mettre en rapport avec le fait qu’en lui Dieu « récapitule » toutes choses.

C’est l’Esprit qui remplit et rassemble le corps ecclésiologique du Christ. On ne peut donc comprendre ces paroles que dans ce sens : l’unique corps de chair du Christ qui a répandu son sang pour les deux groupes d’hommes jusque là séparés et a établi la réconciliation, est devenu après la résurrection, d’une manière nouvelle, par l’Esprit, l’unique « Corps du Christ ».

Éph 4, 13 précise que l’Église est en devenir vers une maturité qualifiée par l’expression « homme parfait ».

I.12 La métaphore nuptiale

Pour compléter la lecture d’Eph, mentionnons les passages dans lesquels Paul qualifie la communauté ecclésiale par une figure féminine appelée aux noces : 2 Co 11, 2 : « J’éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ. » Col 3, 18-19 : « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur. »



[1] Cf. L. Cerfaux, La théologie de l’Église suivant saint Paul (Unam Sanctam, 54), nv éd. mise à jour et augmentée, Cerf, 31965

[2] Voir note g de BJ3 sur 12, 12.

[3] J. Dupont, Gnosis. La connaissance religieuse dans les épîtres de saint Paul, p. 427-453.

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