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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


COURS D'INTRODUCTION A SAINT PAUL. IV: Structure de la pensée de Paul

Publié par Biblissimo sur 8 Août 2011, 10:20am

Catégories : #Corpus paulinien

1. La structure de la pensée de Paul

Les lettres qui sont de Paul ou celles qui ont été rédigées sous son nom sont souvent très personnelles. Les sections doctrinales elles-mêmes, tout en se basant sur des traditions qu’il n’a pas inventées, sont guidées par ses propres intuitions, ses propres convictions. Par exemple, il est évident que la lettre aux Galates manifestent que le fondateur de cette communauté sait être bouillonnant et exigeant, intransigeant sur les principes fondamentaux de son Évangile. Les sept premiers chapitres de la Deuxième aux Corinthiens ont clairement l’intention de justifier le paradoxe de la vie chrétienne, entre faiblesse et force, triomphe et humiliation, sur la base de l’expérience d’un apôtre placé face à une contestation qu’il ne peut accepter et qu’il veut dépasser par le haut.

Les lettres que nous lisons ont été rédigées entre les années 49 et 58, si l’on considère la fourchette maximale et la datation généralement admise.[1] La première, écrite aux Thessaloniciens lors de la fondation de la communauté de Corinthe, suppose environ quinze années de pratique chrétienne et d’expérience apostolique !

1. Une pensée en mouvement

Pendant cette relativement longue période, Paul a mûri sa foi ; il a cherché à l’interpréter, à l’organiser, à en tirer les conséquences pour sa propre vie mais aussi pour celle des autres, pour la vie des églises ; il a développé un vocabulaire nouveau, capable de formuler le mystère du salut dans la mort et la résurrection du Christ et sa réalisation dans l’Église. Comme pour tout penseur, y compris pour un génie comme lui, la pensée a eu un développement : à partir de certaines bases, en fonction de lignes plus ou moins précises, elle s’est progressivement formulée, non sans des corrections, des reprises, voire des tâtonnements. Les lettres ont sont le fruit ; et une analyse sérieuse permet de constater une évolution dans la pensée de l’apôtre. Il est donc indispensable d’avoir présents à l’esprit les éléments fondamentaux qui ont permis à Paul d’en arriver, à la manière d’un pionnier, en quelques décennies, à une théologie d’une richesse extraordinaire.

La pensée de Paul est caractérisée par un mouvement fortement marqué : une évolution radicale depuis ses convictions de Juif pharisien, fortement enracinée dans la pratique de la Torah et une formation rigoureuse, vers une théologie toute centrée sur le mystère du Christ, mystère qui suppose une « révélation » concernant un changement dans la manière dont Dieu va réaliser ses promesses.

Voici sous forme de résumé ce qu’on peut appeler la « structure de la pensée de Paul ».

Voir feuille annexe.

Elle se développe autour de six facteurs différents, partiellement opposés ou complémentaires :

1- La formation initiale, principalement juive et de tradition pharisienne, secondairement hellénistique.

2- Le kérygme apostolique combattu en tant que doctrine blasphématoire en fonction des critères d’orthodoxie du judaïsme officiel.

3- Le kérygme apostolique reçu par révélation divine ayant fait de Paul un témoin disposant de toutes les prérogatives d’un apôtre et confirmé par l’initiation reçue à l’occasion du baptême et son insertion dans les communautés de Damas puis d’Antioche.

4- La réflexion personnelle, à la fois pénétrante et indépendante, dans le sens d’un approfondissement original et décisif des éléments fondamentaux de la tradition reçue, à savoir principalement : la théologie de la mort-résurrection du Christ comme cause du salut (la valeur rédemptrice de la mort en croix), la mise à l’écart de la Loi de Moïse en faveur d’une « loi de l’Esprit », la réappropriation de la conception traditionnelle du Jour du jugement (la Parousie, ou seconde venue, glorieuse, du Christ Seigneur), le rôle nécessaire mais délicat des apôtres et des anciens pour l’unité des communautés (les églises) comme de l’Église (corps du Christ).

5- L’accompagnement et le soutien de l’Esprit Saint, source d’inspiration, de sagesse, indispensable du fait du « Mystère » que représente le dessein de Dieu dans le Christ (Rm 11, 33). Voir notamment : 1 Co 2, 1-4 ; 12, 1-3.

6- Le savoir acquis par l’expérience personnelle (la prière, la méditation, les épreuves), les questionnements suscités par les multiples sollicitations pastorales, et les échanges et confrontations avec d’autres membres de l’Église, connus ou inconnus. J.-N. Aletti propose d’expliquer la profondeur et les particularités de Colossiens comme étant le fruit d’une réflexion commune entre Paul et ses collaborateurs.

2. Des formulations qui respectent des règles

On ne peut entrer dans la pensée de Paul sans prendre en compte sa manière de formuler sa pensée, sa manière d’argumenter ou de chercher à convaincre. On sait qu’il fait référence aux Écritures et aux traditions reçues de ses prédécesseurs dans l’Église. Mais il ne suffit pas d’en rester là : il faut aussi repérer sa « méthode » personnelle.

Nous nous limiterons aux traits qui la caractérisent par rapport à la nôtre.

2.1 L’héritage rabbinique

L’analyse des textes de Paul a montré qu’il argumente souvent selon les méthodes héritées directement des rabbins. On a repéré notamment :

1- le principe de l’ « accomplissement typologique » : il consiste à expliquer l’histoire du salut en relisant dans les Écritures des textes, des événements ou des personnages, donc du passé, en les considérant comme voulus, préparés par Dieu pour annoncer un événement ou une déclaration de salut du temps présent.

2- Paul raisonne à plusieurs reprises selon des règles d’interprétation, d’argumentation que la tradition rabbinique a par la suite codifiées. Les deux règles que l’on retrouve le plus souvent dans les lettres de Paul sont la « gezerah shawa » et le « qal wa-homer ».

3- Paul recours aussi à plusieurs reprises à une interprétation héritée du « midrash », notamment par le recours à la Haggada (légendes insérées dans les récits de la Torah pour en faire apparaître des nuances et des implications nouvelles – voir 1 Co 10, 1-4).

2.2 Les instruments reçus du monde hellénistique

Paul a une bonne connaissance du monde gréco-romain. Cela va énormément l’aider à formuler sa pensée, que ce soit dans l’ordre du contenu ou de la forme, l’un et l’autre étant évidemment inséparables. Retenons deux caractéristiques de la manière dont Paul écrit ses lettres :

1- En rédigeant ses lettres, comme on le verra plus précisément, Paul a repris la forme littéraire « épistolaire » courante dans le monde hellénistique de son temps.

2- Paul utilise dans plusieurs macro-sections de ses lettres (notamment 1 Co 1-4, Ga 1-4, Rm 1-8) les règles de composition héritées des techniques oratoires que les Grecs ont codifiées pour la réussite des discours, c’est-à-dire pour convaincre le plus sûrement les auditeurs, ce qu’on appelle en terminologie classique : la « rhétorique ». Les deux traités les plus célèbres sont ceux d’Aristote (4ème siècle avant J.C.), La Poétique, et de Quintilien (contemporain de Paul), les Institutions oratoires.

3. Un style propre

Le zèle de Paul, le fait qu’il se réfère constamment à ses intuitions, à son expérience, à la connaissance qu’il a des situations envisagées et la forme épistolaire de son expression donnent un style très personnel à ses écrits. C’est le style d’un converti qui s’exprime librement à partir d’une conviction qu’il veut faire partager ou qu’il suppose identique chez les destinataires. C’est le style d’un père parlant d’abondance de cœur et supposant la reconnaissance, la confiance et la soumission de la part de ses enfants. Il parle souvent de manière exagérée, notamment dans les sections de type parénétiques (exhortations : « Qu’ils aillent à la mutilation, ceux qui bouleversent vos âmes ! » - Ga 5, 12) ou polémiques (voir sa manière de définir la Loi en Rm 1 – 8 et la formule « sous la dent des bêtes » – 1 Co 15, 31-32).). C’est donc le style d’un homme au caractère fort, vigoureux, qui tient à son indépendance et qui, en même temps, demeure un homme de cœur, fidèle à ses engagements et à ses amitiés, que ce soit par rapport à son Dieu ou dans ses relations avec les hommes.

Le recours à l’ironie dans les lettres de Paul : Voir en particulier 2 Co 8-12.[2]

Bon nombre de passages révèlent aussi un authentique contemplatif, plus exactement un contemplatif au cœur même de son engagement et de son ministère apostolique. Sa rencontre avec le Seigneur fut plus qu’une simple vision, ou une révélation passagère. Le lien personnel qu’elle a établi pour toujours n’a cessé de se développer dans un amour mutuel profond accompagné d’une quête incessante : qui es-tu, Seigneur ? Comment es-tu le Seigneur dans notre vie, dans nos communautés, dans le monde ?

Dans ses épreuves – et elles furent nombreuses et douloureuses ! – il réagit en se remettant immédiatement face à celui qui lui a confié ces mêmes missions pour lesquelles il est persécuté, flagellé, emprisonné, questionné… Il trouve dans l’Esprit la force et la consolation. Plus encore, son itinéraire d’humiliation lui sert de fil conducteur pour dégager dans la vie même du Christ un abaissement encore plus radical et donc plus éloquent. Pour Paul, la souffrance elle-même, dans toute son acuité, est occasion privilégiée non seulement de se tourner davantage vers le Maître de la mission mais de le rendre présent dans sa Passion et sa Résurrection. La réalité profonde de l’Église est elle aussi intégrée dans le regard contemplatif de l’apôtre. En lui, elle est vue comme une communauté de plus en plus illuminée par le rapport avec son Seigneur, qui l’aime d’un amour sans faille jusqu’à la considérer comme son Corps, plus encore comme une Épouse pour laquelle il a donné sa vie et dont il prend soin.

De cette manière, la pensée de Paul n’est jamais purement intellectuelle, rationnelle ; elle est animée par une forte et permanente expérience du Christ dans l’Esprit Saint. Et c’est à travers cette expérience qu’il relit les Écritures, les événements, les enseignements reçus et délivrés. Son enseignement demeure à la fois pratique et théorique, couvrant pratiquement l’ensemble de la théologie chrétienne, reprenant la tradition sans s’attarder à ce qui est déjà connu, comme la biographie, les paroles, les miracles du Christ. Il a donné le développement décisif et indispensable au kérygme primitif, en mettant au service de la foi son génie intellectuel, en particulier pour ce qui concerne la théologie de la rédemption dans le Christ, de la Loi, de l’Église.

En fait, le style est extrêmement varié ; c’est une richesse qui fait qu’on ne s’ennuie jamais avec Paul – même si cela rend plus compliquée l’analyse de ses œuvres !

4. Paul, héritier du judaïsme pharisien

L’essentiel de sa formation, Paul l’a reçue de son entourage. Juif de religion et de culture, il pense et raisonne à la manière des rabbins. Désirant se défendre devant le peuple de Jérusalem en colère contre lui, Paul doit d’abord mettre en avant l’authenticité de son appartenance non seulement au peuple juif, mais aussi à ses traditions : Ga 1, 13-14 et Ph 3, 4-6.

D’après Ac 22, 3, Paul aurait fréquenté le célèbre rabbin Rabban Gamaliel I l’ancien, qui était peut-être déjà président du Sanhédrin. Fondateur d’une dynastie dominante de rabbins, lui-même petit-fils du célèbre Hillel, rabbin à Babylone, bénéficiaire du titre honorifique de "Rabban" à l’instar des maîtres du Talmud, conseiller du roi Agrippa I, Gamaliel fait preuve d’humanité universelle, assouplissant significativement les rapports avec les non Juifs. C’est lui qu’on trouve dans les Actes, prenant la parole pour exhorter les autres membres du Sanhédrin à une prudence expectative envers l’Église chrétienne naissante (Ac 5, 34-39). La mention de Paul disciple de Gamaliel est possible, mais il est étonnant que Paul n’y fasse jamais allusion dans ses lettres, en particulier en Philippiens.

La tradition pharisienne se distingue du judaïsme officiel selon quatre caractéristiques :

       - vif sens de la sainteté et de l’unicité de Dieu ; mépris pour toute forme d’idolâtrie ;

       - c’est par la pratique scrupuleuse des préceptes et des coutumes établies par les pères que l’on prouve son amour pour Dieu ;

- Dieu se manifeste plus par ses interventions dans l’histoire de son peuple que par la réflexion philosophique ;

- le pharisien lit l’Écriture en y « ajoutant » la tradition des anciens, basée sur deux principes d’interprétation : on insère dans le texte biblique des légendes qui ont pour but l’édification du lecteur (la "Aggadah" – voir surtout les targums) ; on actualise le passé dans le présent de la communauté (lecture "typologique").

Si nous connaissons bien la figure du Pharisien à partir des récits évangéliques, il faut reconnaître que, façonnée dans le cadre de la polémique perpétuelle entre Jésus et ses adversaires, elle est fortement caricaturale. S’ils ont assuré la survie du judaïsme palestinien après la catastrophe de la destruction du Temple (an 70), c’est que, témoignant d’une réelle fidélité à la Tradition (sans doute d’une manière "conservatrice"), ils pouvaient représenter la ligne majoritaire des sages de ce temps. S’ils étaient exagérément attachés à l’observance non seulement de la Loi (comme les Sadducéens) mais aussi des traditions des pères, ce n’est pas pour autant qu’ils ne proposaient pas une authentique fidélité intérieure à la Torah et une sagesse de vie remplie de perles. Il faut reconnaître que dans un contexte social extrêmement tendu, où la foi est mise à rude épreuve par le poids de la présence politique romaine, l’influence pernicieuse de la culture hellénistique (jusqu’au cœur même de Jérusalem), les divisions aiguës entre les divers courants et mouvements juifs, la tentation est souvent de se fixer matériellement sur les traditions et d’y trouver une sécurité dogmatique et morale. Afin de faire valoir leurs réclamations, ils étaient obligés de se mêler de politique, rivalisant avec le parti concurrent des Sadducéens, et se mettant dans des situations contestables.

1 Co 10, 1-13 témoigne du fait que Paul lit la Bible à la manière d’un pharisien : il transmet sans hésitation à ses lecteurs une légende selon laquelle le rocher que Moïse a frappé du bâton pour en faire couler l’eau « accompagnait » le peuple dans ses errements. Puis il ajoute que ce rocher désignait, typologiquement, le Christ. La suite est une actualisation à la génération de Paul de ce qui est arrivé aux pères durant l’exode.

En 2 Co 11, 22, l’expression « Hébreu, fils d’Hébreux » ne désigne pas de soi un pharisien. Ainsi Philon, Juif pieux et cultivé contemporain de Paul, dans ces écrits, utilise indistinctement les termes de « Juif », « fils d’Abraham » et « Hébreux ».

« Je suis Juif. Né à Tarse en Cilicie, j’ai cependant été élevé ici dans cette ville, et c’est aux pieds de Gamaliel que j’ai été formé à l’exacte observance de la Loi de nos pères, et j’étais rempli du zèle de Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui » (Ac 22, 3).

Paul le pharisien est donc en même temps un Juif « helléniste ». Or les Juifs de la Diaspora avaient en général une position beaucoup plus souple en ce qui concerne les relations avec les païens ; ils étaient plus "ouverts" sur le monde extérieur que ceux de Palestine.

5. Formation de type hellénistique

Col 2, 8 témoigne que Paul connaît suffisamment la pensée hellénistique de son époque, ce qui correspond plus ou moins au néo-stoïcisme largement diffusé dans le bassin méditerranéen :

Prenez garde qu’il ne se trouve quelqu’un pour vous réduire en esclavage par le vain leurre de la philosophie, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon le Christ.

L’expression « éléments du monde » n’est en effet pour nous compréhensible qu’en fonction d’une des notions principales du stoïcisme, à savoir la croyance que le cosmos est formé d’innombrables « éléments – stoicheia » qui se trouvent dans toutes les réalités physiques, y compris l’être humain et que ces éléments sont reliés entre eux pour assurer une unité fondamentale de l’ensemble.

Un autre exemple se trouve en Rm 7, une section bien connue dans laquelle Paul décrit la lutte entre la volonté et les passions dans le cœur de l’homme : il y reprend presque mot pour mot des passages qu’on retrouve dans la pensée du philosophe Sénèque, son contemporain. Par exemple, Sénèque écrit dans ses Dissertationes : « Le pécheur ne fait pas ce qu’il veut et il fait ce qu’il ne veut pas » (ii, 26). L’idée remonte à Euripide (480-406).

Il n’est donc pas étonnant de trouver, dans le discours de Paul à l’Aréopage d’Athènes, à un endroit clef du raisonnement, la citation d’un poète philosophe de Tarse, Aratos (315-240 – Ac 17, 28).

Paul est né dans la ville de Tarse au sud-est de l’Asie Mineure, dans la région de Cilicie. Or cette ville possédait à l’époque de la jeunesse de Paul de nombreuses écoles philosophiques ou rhétoriques (les deux disciplines étaient alors indissociables), au point que, au témoignage de l’historien Strabon, Tarse avait fini "par éclipser Athènes, Alexandrie et toutes les autres villes connues comme celles-ci pour avoir donné naissance à quelque secte ou école philosophique"[3]. En Ac 17, 28, dans son discours sur la véritable notion de Dieu devant l’Aréopage d’Athènes, Luc met sur les lèvres de Paul une expression d’Aratos, poète du 3è s. av J.C. précisément de Tarse : « Car nous sommes tous de sa race ». Athénagore, précepteur de l’empereur César Auguste, était lui aussi originaire de Tarse, et de retour dans sa ville natale il n’a pas manqué d’ouvrir sa culture à ses concitoyens. Or, la philosophie ambiante était largement dominée par le Stoïcisme, non le pur Stoïcisme de Zénon, mais une pensée visant principalement à l’agir humain en intégrant les éléments principaux du platonisme et de l’aristotélisme, offrant une synthèse souvent noble et respectable entre une recherche sur les causes profondes de la Nature, du cosmos, et un souci de pureté et de sincérité morales. On explique ainsi souvent pourquoi les lettres de Paul ont un réel pouvoir de conviction sur le double plan de la réflexion, se référant aux notions de liberté, de sagesse, de respect de la vie publique, de création du cosmos, et de l’utilisation avertie des principes de la rhétorique, certains morceaux entiers de ses lettres étant basés sur les procédés bien connus de la "diatribe" hellénistique officielle (notamment 1Co 1-4 et Rm 1 – 8). Il se serait formé sur les bancs d’une école et y a acquis les bases de la discussion selon des normes rhétoriques qu’on retrouve dans le Manuel de Quintilien et même avant celui-ci dans la Rhétorique d’Aristote. Paul, prédicateur cultivé, peut offrir, surtout dans les lettres aux Colossiens et aux Éphésiens, un pont avec la culture et l’esprit grecs. En lui, s’est accomplie pour la première fois la rencontre entre l’Évangile - si juif - et la pensée philosophique : il en fut l’initiateur et le promoteur.

Toujours dans cette ligne d’interprétation, à Tarse, Paul aurait connu de près les croyances et les pratiques religieuses des païens avec leurs limites mais aussi tout ce que cela exprime de la quête de Dieu et du sacré, au-delà des manifestations sociales par trop populaires : depuis les célébrations morbides et immorales en l’honneur de Mithra et d’Astarté (déesse de la fécondité), jusqu’aux éloges des dieux des panthéons grec, romain, et orientaux (ainsi le vieux culte du dieu hittite Baal de Tarse) en passant par le culte plus ou moins officialisé de l’Empereur. Parmi ces cultes, les plus significatifs proposaient, sous la forme de cercles intimes d’initiation, de faire entrer dans les "mystères" qui régissent le cosmos, les astres, les hommes et les dieux ; culte, philosophie ésotérique et magie se mêlaient autour de sacrifices sordides. Dans une époque de décadence, de telles pratiques philosophico-religieuses se développaient rapidement au sein du peuple comme dans les couches bourgeoises. Paul y fera souvent allusion, non sans mépris, annonçant à son tour un "Mystère" autrement plus noble et pur.[4]

Paul se trouve donc au carrefour de deux cultures. Serait-il le "fondateur" de l’inculturation ?

6. Le kérygme combattu

S’il a persécuté les disciples du Christ, c’est que Paul avait une certaine connaissance de leurs idées et pratiques et qu’il estimait qu’elles étaient en opposition grave avec le judaïsme officiel. Il se basait sur une sorte d’enquête. Que leur reprochait-il précisément ?

On répond spontanément qu’il n’acceptait pas que Jésus de Nazareth soit considéré le Messie et le Seigneur par lequel Dieu allait juger le monde. Oui, mais il y a toujours eu dans le judaïsme des gens qui se prenaient pour le messie, des illuminés et on ne les a pas systématiquement mis en prison… Comme dit Gamaliel en Ac 5, 34-39, on les juge à leurs fruits et, si cela vient des hommes, leurs prétentions ne dureront pas longtemps.

L’étude du dossier fait apparaître que Paul, pas plus que les autorités juives qui ont condamné Jésus et le diacre Étienne[5], ne peut accuser formellement les premiers chrétiens de fautes graves relatives à la pratique de la Loi ou aux traditions mosaïques.

De fait, en lisant de près les lettres de Paul, ce qui semble être l’élément déterminant de son opposition au Christ et à ses disciples tient en ceci : un crucifié ne peut être un messie. L’affirmation est solennellement présentée en Ga 3, 13 sous la forme d’une citation tirée d’un des livres fondamentaux des Juifs, le Deutéronome (21, 23). C’est le « scandale » que Paul mentionne pour mettre les Corinthiens face au critère décisif de leur foi et donc de l’unité de leurs communautés (1 Co 1, 22-31).

Indépendamment de cette question des reproches exacts que Paul pouvait adresser à ceux qu’il mettait en prison – on n’a pas d’indication comme quoi il allait jusqu’à les mettre à mort, il ne confesse jamais un tel acte[6] –, il est facile de penser que Paul s’était fait de « la Voie » une idée caricaturale, mettant en exergue des contradictions à l’égard du judaïsme et de ses traditions au point d’être fermé à une compréhension plus profonde du kérygme. C’est le fait de tout "militantisme" (voir les discours des candidats aux élections présidentielles).

7. Le kérygme reçu

E. Cothenet, Saint Paul en son temps (C.E. 26), Service biblique Évangile et Vie, Cerf, Paris, 1978, p. 25.

 

Ch. Reynier, La connaissance du Christ héritée de la communauté, in : Pour lire saint Paul, p. 25-26.

 

Paul a été un « catéchumène ». Certes, sa préparation immédiate au baptême, selon le récit des Actes, a été courte : trois jours ! Mais, durant les premières semaines qui ont suivi son baptême, à Damas, il a largement eu l’occasion d’écouter les disciples qui, autour d’Ananie, annonçaient, expliquaient, partageaient le kérygme, en même temps qu’ils transmettaient ou inventaient les toute premières traditions et coutumes de la communauté naissante, par exemple en liturgie. On peut ajouter que son long séjour à Antioche, avec le rôle de docteur dans l’équipe de Barnabé, l’a "obligé" à intégrer tout un ensemble de traditions relatives à l’enseignement de Jésus.

De fait, plusieurs passages de ses lettres montrent qu’il a reçu une "catéchèse", une formation, des éléments concernant le mode de vie de Jésus, certains enseignements, certaines paroles.

8. La réflexion de Paul

La réflexion personnelle de Paul s’est développée, à la fois puissante et relativement indépendante de ses prédécesseurs, dans le sens d’un approfondissement original et décisif des éléments fondamentaux de la tradition reçue.

On peut noter principalement :

a) la théologie de la mort-résurrection du Christ comme cause du salut à la manière d’un sacrifice voulu par Dieu (la valeur rédemptrice de la mort en croix) ;

b) l’audacieuse mise à l’écart de la Loi de Moïse en faveur d’une « loi de l’Esprit » ;

c) la réappropriation de la conception traditionnelle du Jour du jugement (la Parousie, ou seconde venue, glorieuse, du Christ Seigneur), notamment en fonction d’un constat : ce Jour tarde à venir... Col 3, 1-3 témoigne d’une conception nouvelle de la résurrection : « Vous êtes [déjà] ressuscités » ; cela ne supprime pas le fait que, pour Paul, le Royaume de Dieu comme tel n’arrivera qu’au dernier jour ;

d) le rôle nécessaire mais délicat des apôtres et des anciens pour l’unité des communautés (les églises) comme de l’Église (corps du Christ).

Ces domaines particulièrement ont été développés par Paul en fonction de trois caractéristiques fondamentales de sa pensée :

Sa prédication, dans laquelle se développe sa théologie, est guidée par l’explicitation des conditions et des moyens de salut.

Il parle en pasteur : il pense, il prêche, il écrit en enracinant son discours dans l’exercice de sa responsabilité à l’égard de la fidélité des communautés à l’Évangile ; fidélité à la foi dans le Christ Seigneur ; fidélité à la communion des frères entre eux autour des pasteurs ; fidélité à la morale naturelle et proprement chrétienne.

Il a une vision unitaire de la personne, ce que certains qualifient de dimension existentielle.

La suite du cours permettra de prendre connaissance de ces caractéristiques.

9. L’action de l’Esprit Saint

Pour Paul, l’Esprit Saint est source de révélation et de force. Il estime qu’il a été introduit au mystère du dessein de salut dans le Christ par révélation de l’Esprit Saint. Car il est conscient que seul l’Esprit de Dieu pouvait donner connaissance de ce « Mystère » insondable, imprévisible, inexplicable que représente le dessein de Dieu réconciliant tous les hommes par la mort du Christ et faisant d’un homme le Seigneur (Rm 11, 33). Voir notamment : 1 Co 2, 6 – 3, 4 ; 12, 1-3. De fait, l’Esprit Saint n’est pas seulement source des charismes ou soutien indispensable à notre vie chrétienne authentique : il est l’initiateur par excellence, indispensable, au Mystère.

10. Paul, un homme libre

Un passage de la Lettre aux Philippiens nous donne des informations intéressantes, et peu connues, sur la personnalité de Paul, et qu’on peut définir comme attestant une grande liberté intérieure en même temps qu’une dépendance profonde à l’égard du Christ.

Paul est emprisonné, dans une enceinte militaire (le prétoire – d’Éphèse ?). Et il semblerait que l’expérience de la prison l’ait fait réfléchir sur son autonomie, notamment sur sa liberté par rapport aux institutions. Un terme en effet nous interpelle : malgré l’inconfort et les privations, et même s’il a reçu des provisions en tous genres de la part des Philippiens, il se déclare, non sans exagération, autarkès, autonome, qualificatif dénotant, dans la pensée hellénistique, un sage accompli (4, 11). Paul se considère libre par rapport aux conditions de vie qui procurent le bien-être et la notoriété. Quand on lui apporte quelque bien, il le reçoit et l’utilise sans sentiment de dépendance à l’égard des donateurs. Il a appris à ne pas faire dépendre sa vie des autres. Cela ne signifie pas négligence, car il déclare en même temps ne chercher qu’une chose : « le fruit qui abonde pour l’intérêt » de ses disciples (4, 16).

Une autre expression, plus connue, mérite d’être relevée. Citoyen romain, emprisonné sous l’autorité impériale, écrivant à des habitants d’une ville connue pour la plus romaine des villes après Rome, Paul ose pourtant se présenter comme « citoyen des cieux » (3, 20).

Mais la liberté de Paul est plus encore le fruit d’un choix de rupture. En effet, héritier de la plus radicale tradition du judaïsme, Paul en est venu à considérer son appartenance au pharisaïsme comme contraire à l’Évangile au point de la placer dans le même sac que ces honneurs qu’il qualifie de « déchet » face au choix de gagner le Christ (3, 8).

Paul s’est donc libéré de sa double appartenance sociale, culturelle et religieuse : sa dette à l’égard de la cité romaine ; ses devoirs envers la tradition pharisienne.

Liberté, certes… mais aussi combat. « Ce n’est pas pour rien que j’ai couru, ni pour rien que j’ai peiné » (2, 16). « Je cours vers le but » (3, 14). L’image de l’athlète est parlante. Paul court. Paul lutte. Il combat comme un soldat.

Moins fréquente, mais insérée dans ce même champ imagé, l’allusion au combat militaire vient qualifier les épreuves de Paul comme des Philippiens : « Vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore » (1, 30). L’une et l’autre image suggèrent plus une autonomie dans l’action qu’une dépendance, y compris à l’égard de deux athlètes qui font ensemble la compétition : chacun met en œuvre des forces qui lui sont propres ; le sportif puise dans son énergie, sa force, sa volonté, ses réserves pour atteindre le but.

Autonomie, certes, mais Paul sait associer d’autres personnes à son travail pour le salut des Philippiens : Épaphrodite est co-ouvrier – synergos – et co-combattant avec lui – systratiôtès (2, 25) ; et il demande aux Philippiens de « lutter avec lui » (synathlountes – 1, 27 ; 4, 3).

À côté de cela, Paul proclame deux dépendances. Et il n’y en a pas d’autre. Tout d’abord, avec Timothée, il est doulos, esclave du Christ ! Puis, il s’est engagé et renouvelle son engagement à exercer jusqu’au bout son devoir et sa responsabilité d’apôtre. On s’y attend : en fait, elles reviennent au même.

11. L’expérience et le questionnement

Paul doit beaucoup à son expérience personnelle (la prière, la méditation, les épreuves), ainsi qu’aux questionnements suscités par les multiples sollicitations pastorales, et les échanges et confrontations avec d’autres membres de l’Église, connus ou inconnus. J.-N. Aletti propose d’expliquer la profondeur et les particularités de Colossiens comme étant le fruit d’une réflexion commune entre Paul et ses collaborateurs.

12. Une pensée en transition

Paul est un génie, c’est indéniable. Plus on l’étudie, plus il apparaît comme un penseur d’une audace incroyable ! La mutation profonde qu’il a apportée au kérygme apostolique n’a cependant pas été jusqu’au bout. C’est normal. On pourrait dire qu’une grande part de la théologie actuelle consiste à accomplir des intuitions que Paul a offertes de manière géniale.

12.1 Réponses insatisfaisantes

Certaines explications sont loin d’être satisfaisantes.

Ainsi celle de la résurrection des corps en 1 Co 15, 35-50 par la distinction en corps « pneumatique », « psychique » et « physique ».

12.2 Une pensée encore dépendante du judaïsme

L’eschatologie : Paul, comme Jésus, est héritier de l’espérance eschatologique juive fondée sur les livres de Daniel et de Zacharie. Selon elle, cinq milliards d’année de formation d’un cosmos quasi infini et en continuelle évolution devront disparaître par une intervention pleine d’autorité du Fils de l’homme pour laisser place à un monde nouveau dont on ne peut qu’imaginer le mode d’existence. Simple héritage ou dogme capable de résister aux attaques des Lumières ?

Dans ce cadre, on ne peut qu’être sceptique sur la véracité de la mise en scène de l’avènement glorieux du Christ escorté de ses anges en 1 Th 4, 13 – 5, 5[7], une sorte de compilation de multiples représentations tirées des textes prophétiques et traditionnels.

La place de la femme. Même si Paul fait preuve d’une audace qu’on aurait qualifiée alors de « libérale », sa pensée reste liée à une anthropologie juive largement dépréciative par rapport à la femme et à une symbolique religieuse bornée : que viennent faire, en 1 Co 11, 11, les anges entre elles et les hommes ? Dans le même passage, la référence à l’acte chirurgical de Dieu tirant la femme du côté de l’homme (Gn 2, 21-23) est-elle vraiment acceptable en théologie sans un gros effort d’interprétation ?

13. Paul l’apôtre

Le qualificatif de Paul « apôtre des nations » est bien connu. Il provient clairement de textes bibliques, en particulier celui de Rm 11, 13.

Face à ceux qui lui préfèrent l’autorité de Pierre et des autres membres du groupe des Douze, Paul n’hésite pas à répondre :

Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus, notre Seigneur ? (1 Co 9,1). Car : En dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton (1 Co 15, 8).

Le terme d’"apôtre" vient du verbe grec apostellein, envoyer.  Apostolos traduit l’hébreu shâliaḥ (du verbe shâlaḥ, envoyer) ; il désigne, même officieusement, le représentant autorisé de quelqu’un pour toute affaire et tractation aussi bien commerciale que matrimoniale. Paul, à la différence des Ac, ne limite pas ce titre aux Douze : Jésus ressuscité « s’est fait voir aux Douze… puis à tous les apôtres » (1 Co 15, 7).

Conscient de la mission qu’il a reçue et sûr de l’authenticité de la révélation qu’il a reçue, Paul se sait "apôtre". Certes « le moindre des apôtres » ; et il ajoute : « je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu » (1 Co 15,9). Comment cette conscience s’est-elle exprimée ?

Paul, avec une nuance de dévalorisation, se définit comme un « avorton », en grec, ektrôma. Attention : le terme désigne deux formes de naissance problématique : 1- il désigne l’enfant né viable d’une mère morte en couches ; 2- enfant né avant terme, donc avec un handicap. Je préfère le premier sens, selon lequel Paul se considère comme le dernier des apôtres ; après lui, il n’y en aura plus : la matrice n’est plus là. M. Carrez commente ainsi : Paul est un « enfant posthume », né au christianisme après avoir vécu dans l’Ancienne Alliance, désormais morte. Note de BJ: garder seulement l’image d’une naissance difficile, comme si l’enfant ne voulait pas sortir du ventre maternel. Ce qui est sûr, c’est que Paul a conscience d’être un apôtre dans une situation bizarre.

D’où vient que Paul ait une si vive conscience du choix divin à son égard ? Comment est-elle exprimée ?

- Paul a vu le Seigneur ressuscité : "Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus notre Seigneur ?" (1 Co 9,1) ; il appartient aux témoins officiels de la résurrection du Christ : "Il est apparu à Jacques puis à tous les apôtres ; et en tout dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton. Car je suis le moindre des apôtres" (1 Co 15,1-11). Le fait d’être témoin de la résurrection du Christ est l’élément essentiel, comme le montre le discours de Pierre au moment du remplacement de Judas : "Il faut... qu’il y en ait un qui devienne avec nous témoin de la résurrection [du Christ]."

- Paul a conscience d’avoir non seulement rencontré le Christ, mais aussi et plus encore d’avoir reçu le message de la foi d’une manière suréminente afin précisément d’en devenir le héraut privilégié, revêtu de l’autorité nécessaire pour le transmettre aux églises. L’authenticité de sa doctrine et par suite de sa mission apostolique a été confirmée par ceux qui sont de plein droit les Apôtres, à Jérusalem même, sous la présidence de Pierre, Jacques et Jean "les colonnes de l’Église" (cf. Ac 9,26-30 ; 15 ; Ga 2,1-20).

- Sa vie de fondateur d’églises (Paul préfère les grands centres commerciaux – Éphèse, Corinthe, Thessalonique puis Rome), la réussite de sa prédication, comme le fait d’avoir été reconnu comme "apôtre" par les communautés chrétiennes qui peuvent se réclamer de lui (en particulier celles de Corinthe et d’Éphèse), le confirment dans ce sens.

La conscience qu’eut Paul d’une mission spéciale auprès des païens est fortement liée au fait qu’il n’a pas trouvé l’équivalent chez les autres apôtres, alors qu’ils auraient dû s’appliquer spontanément les paroles du troisième cantique du Serviteur d’Isaïe.



[1] Si la Lettre aux Colossiens a été rédigée à Rome lors de la dernière captivité de Paul, il faut repousser la date limite à 65 ou 66.

[2] Voir C. Forbes, NTS 32 (1986), p. 1-30.

[3] Géographie, XIV, V, 13.

[4] S. Légasse : on pourrait tout aussi bien estimer que la famille de Saul se soit installée à Jérusalem quelques années après sa naissance, à l’étape de sa paideia. L’hellénisme était en effet très présent à Jérusalem, à commencer par la pratique de la langue grecque dans les milieux juifs hellénistiques.

[5] Étienne n’est pas lapidé pour avoir simplement rapporté sa vision du Fils de l’homme glorieux (Ac 7, 55-58), mais parce que ce Personnage aurait annoncé son intention de détruire le Temple (voir Ac 6, 13-14), prétention qui consisterait ni plus ni moins à substituer une nouvelle religion à celle de Moïse.

[6] Ac 22, 4 parle de mettre à mort « la Voie », non les hommes et les femmes qui y marchaient…

[7] Reprise avec des images encore plus bizarres dans la Deuxième Lettre ; mais nous la considérons comme n’ayant pas directement Paul comme auteur (elle est une lettre "pseudépigraphe").

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