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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


COURS D'INTRODUCTION A SAINT PAUL. VII: Paul et les autres apôtres. VIII: Paul auteur

Publié par Biblissimo sur 8 Août 2011, 10:55am

Catégories : #Corpus paulinien

Paul et les autres apôtres

Il s'agit, dans cette partie du cours, d'aborder une question d'exégèse délicate liée à deux épisodes rapportés dans les Actes des Apôtres et dans la Lettre aux Galates: l'Assemblée de Jérusalem (ch. 15) et le grave reproche que Paul adressa à Pierre à Antioche (Ga 2). On se rend vite compte, à la lecture des lettres de Paul, qu'il a délibérément opté pour des positions audacieuses, notamment par rapport au rôle de la Loi mosaïque et des coutumes juives, qui pouvaient le discrédité définitivement au regard des autorités rassemblées autour de Pierre. Luc, dans les Actes, a voulu régler le débat; Paul, dans la lettre aux Galates, a tenté de justifier sa position.

 

V. Fusco, Les tensions et l’accord, in : Les premières communautés chrétiennes (LD 188), Cerf, Paris, 2001. Ch. iii : Groupes, tendances, tensions, pp. 273-305

I.1 L’Assemblée de Jérusalem

S. Légasse, Saint Paul, p. 143-153.

 

Luc et Paul, chacun de son côté, mentionnent un double événement caractéristique de l’évolution de l’Église et lié à la crise provoquée par l’apostolat de Paul et Barnabé auprès des païens : l’Assemblée de Jérusalem et la position contradictoire de Simon-Pierre lors d’un passage à Antioche. On en trouve la relation en Ga 2, 1-10 et Ac 15. La confrontation minutieuse de ces deux textes fait apparaître des différences considérables, même si le fond correspond. Comme Ga est plus proche des événements, c’est ce texte qu’il convient d’utiliser en premier lieu. Il faut cependant prendre en compte, là aussi, le ton polémique de l’épître et le fait qu’on ne connaît pas la réponse de la partie adverse. On peut seulement faire valoir le discours de Jacques dans les Actes[1].

Au chapitre 15 des Actes, Luc poursuit le débat longuement décrit aux ch. 10 et 11 et le reprend pour y introduire la version de Paul. Autrement dit, pour Luc, ce n’est pas Paul qui a soulevé le grave problème du rapport entre judaïsme et hellénisme dans l’Église : il a été posé et résolu bien avant lui. Paul ne fait que porter la réflexion plus loin et exiger à une mise en pratique plus radicale, plus officielle.

Dans la Lettre aux Galates cependant, c’est Paul qui sollicite, suite à une révélation, une réunion au plus haut niveau des instances ecclésiales, à Jérusalem. Paul avait bien la certitude de prêcher l’Évangile en parfaite fidélité avec l’enseignement de Jésus ; mais il avait absolument besoin d’avoir leur approbation officielle : si « l’Évangile parmi les païens » n’était pas reconnu à Jérusalem, qu’en serait-il de l’œuvre du Christ, œuvre de communion et d’unité ?

L’élément clef de la visite de Paul, selon Ga 1 et 2, est la question de la circoncision des païens convertis, nécessaire pour les uns, conseillée par d’autres comme un plus, rejetée par Paul. Ce n’est pas celui que Luc rapporte en Ac 15, puisque l’assemblée doit décider de la pratique des règles de pureté alimentaire.

Circoncision : loi fondamentale pour les Juifs, religieuse et sociale ; le problème n’est pas d’être ou non circoncis[2], mais de refuser de l’être : car alors c’est provoquer une séparation d’avec le peuple élu ; ou de l’exiger : dans ce cas, c’était fermer la porte à la majorité des païens. Refuser la circoncision : parce qu’elle est faite au nom de Moïse, pas de Jésus ?

Il se trouve que, bizarrement, ni Paul ni Luc ne disposent de parole directe de Jésus sur ce sujet capital et décisif. Fallait-il innover ?

La position dont témoignent les Actes est de réfléchir sur un double constat : les fruits de l’apostolat chez les païens sont indubitables et l’orthodoxie de la pensée de Paul est incontestable. Les colonnes de l’Église ont donc confirmé les options de Paul. On juge l’arbre à ses fruits.

La communion, mot très fort dans la bouche de Paul, est scellée par la poignée de mains et par la promesse de partager les biens matériels (les chrétiens d’Antioche étaient en meilleure situation que ceux de Jérusalem, dans une condition précaire du fait de l’opposition des chefs des Juifs et de la guerre avec Rome). Paul prendra très à cœur cette promesse : la collecte de Jérusalem (troisième voyage) !

I.2 La dispute d’Antioche (Ga 2, 11-12)

S. Légasse, Saint Paul, p. 155-161.

 

Lorsque Képhas vint à Antioche, il prit part aux repas des chrétiens où se mêlaient ceux d’origine juive et ceux issus du paganisme (avec la plupart du temps le rite eucharistique). Il ne trouva rien à redire, mais « des gens de Jacques » l’ont déstabilisé en haussant le ton à propos de pureté alimentaire.

Paul va répondre en théologien ; il s’interroge sur la portée de la Passion de Jésus : « Serait-il mort pour rien ? » et sur les conditions de notre salut, en particulier de la valeur de la Loi depuis qu’eut lieu le mystère pascal et pour ceux qui l’ont accueilli. Accueillir le mystère pascal, c’est accueillir le Christ qui s’est livré pour les péchés, certes, mais aussi « pour moi ».

Ga : écrite après la dispute d’Antioche et après 1 Co, où Pierre est mis à la première place, sans jugement dévalorisant de la part de Paul.

Luc met les deux personnages en paix dans sa manière de rapporter le problème, en particulier par le fait que Pierre est le premier à y être confronté : baptême de Corneille.

II.  Paul auteur

E. Cothenet, Saint Paul en son temps (C.E. 26), Service biblique Évangile et Vie, Cerf, Paris, 1978, p. 18-21.

J. Murphy O’Connor, Paul et l’art épistolaire, Paris, Cerf, 1994.

Régis Burnet, Épîtres et lettres. Ier-IIème siècles. De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne (LD, 192), Paris, Cerf, 2003.

G. Barbaglio, Les lettres de Paul : contexte de création et modalité de communication de sa théologie, in : A. Dettwiler et al. (Dir.), Paul, une théologie en construction, Genève, 2004, pp. 67-103.

Ch. Reynier, Écrire pour témoigner, in : Pour lire saint Paul, p. 63-67.

II.1 Lettres ou traités ?

On peut penser avec certitude que les lettres correspondent à ce que Paul prêchait.

Trois éléments à prendre en compte pour toute étude littéraire des lettres pauliniennes :

1- Chercher le rapport précis entre traité et discours oral.

2- Déterminer la situation face à laquelle Paul intervient.

3- Le scribe, qui doit mettre en forme les idées de l’auteur, est un co-auteur ; pourquoi pas Timothée quand il est signalé aux côtés de Paul dans certaines lettres ?

Puis, se faire une idée de la prise de distance que Paul prend par rapport à la situation pour l’interpréter selon des critères théologiques et pastoraux précis.

D. Marguerat : L’aspect ecclésial et public des lettres pauliniennes : il ne vise pas seulement les destinataires précis de la lettre (p. ex. les chrétiens de Corinthe) mais tous ceux qui auront à prendre connaissance de la lettre. Galates est une lettre "encyclique". Cela explique qu’elles s’adossent à la pratique liturgique des communautés, que Paul renvoie aux traditions reçues ou cite des hymnes ou des confessions de foi connues de ses lecteurs pour s’appuyer sur leur expérience ou pour réinterpréter les idées reçues.

« Même s’il est juste de souligner l’aspect circonstanciel et contextuel des prises de parole de l’apôtre, il est en revanche faux de les considérer comme purement réactives. En effet, pour qui veut bien réfléchir un instant, l’identification d’une crise et la tentative de la résoudre supposent la mise en œuvre d’une conception profilée et herméneutiquement opérative. Il n’y a crise à Corinthe et en Galatie que pour qui s’appuie sur une interprétation bien définie de la foi chrétienne. On dira donc de la théologie paulinienne qu’elle est d’emblée consistante, même si les crises et les défis affrontés permettent son élargissement, son approfondissement et son renouvellement. »[3]

N.B. : si on le veut, on peut distinguer formellement entre lettre et épître de cette manière :

Lettre : écrit adressé à une ou des personnes connues du rédacteur, dans lequel le style oral prédomine et qui concerne des informations ou des réflexions liées aux personnes concernées.

Épître : document visant à transmettre des conseils, des exhortations, donc d’ordre pratique, adressé à des personnes précises mais aussi à un public plus vaste, dans l’immédiat et dans l’avenir, selon un style majoritairement écrit.

II.2 L’art épistolaire

F. Vouga¸ Le corpus paulinien, in : D. Marguerat (éd.), Introduction au Nouveau Testament, p. 139-156 (avec bibliographie sélective).

Voir A. Deissmann ; J. Murphy-O’Connor. Mais tendance à ne pas prendre suffisamment en compte les différences importantes qu’on trouve dans la manière dont Paul rédige ses lettres (« lettres apostoliques », qui se prolongera sous la plume des auteurs des lettres deutéro- et trito-pauliniennes) ; le passage par l’étude des lettres synagogales hellénistiques s’avère indispensable. On y trouve par exemple des annotations « spirituelles » dans les formules stéréotypées et banales du monde hellénistique.

 

La fonction primaire de la lettre : remplacer une visite et un dialogue direct ; permettre une certaine présence de l’auteur tout en maintenant une distance permettant aux destinataires de s’approprier ou de refuser les nouvelles ou le message pendant le temps qui précédera la formulation de leur réaction. Principe du feed-back. Excellent exemple chez Paul : il explique en 2 Co 1,23 – 2,11 qu’il a retardé sa visite pour éviter une confrontation « à chaud » et que donner son avis par lettre est avantageux pour tous. D’où la multiplicité des ses emplois.

Seneca : « Si nous sommes contents d’avoir les portraits de nos amis absents, par les souvenirs qu’ils renouvellent, si cette consolation mensongère et vaine allège le regret d’être loin d’eux, comme une lettre nous réjouit davantage, puisqu’elle apporte des marques vivantes de l’absent, l’empreinte vraie de sa personne ! La trace d’une main amie, imprimée sur les pages, assure ce qu’il y a de plus doux dans la présence : retrouver [agnoscere] » (Lettres morales à Lucilius, XL,1).

La lettre apostolique « ne prend pas seulement le caractère officiel [l’autorité de Paul mais aussi l’assistance de ses collaborateurs] et liturgique [des lettres synagogales hellénistiques] mais aussi la portée théologique d’une révélation, d’une exhortation ou d’un avertissement prophétique » (F. Vouga, p. 153).

II.3 L’auditoire ou les destinataires que Paul avait en vue

« Paul ne fournit pas seulement des preuves et des topoi qui renvoient ses lecteurs à leurs cultures respectives [p. ex., le topos de l’agon]. Pour que ses lettres puissent intéresser les membres d’autres Églises et avoir ainsi une audience plus universelle – ce qui porte à son acmé la visée communicative -, il supprime ou rend flou tout ce qui décrit trop directement la situation concrète de la communauté à laquelle il s’adresse, en particulier tout ce qui pourrait aider le lecteur à reconnaître les positions concrètes d’un groupe ou d’un individu. Il ne retient que ce qu’il y a d’emblématique en chaque situation, pour que sa réflexion soit applicable en d’autres communautés. »[4]

II.4 Les lettres pseudépigraphes

Cicéron : « S’il y a des gens dont tu penses qu’il soit bon qu’ils aient des lettres de moi, écris-les, je te prie, et fais-les-leur remettre » (Ad Atticum, III,5,8).

Pour maintenir vivant son enseignement, pour combler le vide créé par son absence et pour résoudre dans son esprit les problèmes nouveaux survenus depuis sa mort, les cercles d’élèves et de disciples complètent sa correspondance par des lettres de leur composition… Cela correspond à un sentiment de vénération et non de trahison, d’abus d’autorité. Elle s’appuie sur et manifeste la conscience qu’avaient les héritiers de Paul de vivre de sa parole et de sa présence (D. Marguerat).

Éviter la qualification d’authentiques qui disqualifierait le contenu en le fixant à l’auteur.

Préférer des qualificatifs relatifs à Paul lui-même comme : proto-, deutéro- et trito-pauliniennes. ‘Deutéro-’ désigne des lettres rédigées par les disciples proches de Paul (2 Th, Ép, Col) ; ‘trito-’ désigne les lettres plus tardives (=pastorales).



[1] M. Quesnel retient plus vraisemblable l’indication de Ga qui place l’Assemblée 14 ans après le voyage de Paul à Jérusalem (donc après le 2ème voyage missionnaire) tandis que Luc la situe après le 1er voyage (Paul, pp. 27-28). Luc a préféré anticiper pour présenter le 2nd voyage comme plus pacifique.

[2] Cf. 1 Co 7, 18ss : « La circoncision n’est rien et l’incirconcision n’est rien : le tout c’est d’observer les commandements de Dieu. »

[3] Jean Zumstein, La croix comme principe de constitution de la théologie paulinienne, in : Paul. Une théologie en construction, Sous la direction de A. Duttwiler, J.-D. Kaestli et D. Marguerat (Le monde de la Bible, 51), Labor et Fides, 2004, p. 299.

[4] J.-P. Aletti, La rhétorique paulinienne : construction et communication d’une pensée, in : Paul. Une théologie en construction, sous la direction de A. Duttwiler, J.-D. Kaestli et D. Marguerat (Le monde de la Bible, 51), Labor et Fides, 2004, pp. 47-66 (cit. p. 57-58).

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