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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


COURS D'INTRODUCTION A SAINT PAUL. X: Christologie

Publié par Biblissimo sur 8 Août 2011, 11:23am

Catégories : #Corpus paulinien

La christologie de Paul[1]

Il s'agit ici de dégager les éléments les plus importants avec lesquels Paul développe ce qu'il a reçu au sujet du Christ. Il faut évidemment s'attendre à ce qu'il puise dans la tradition biblique et dans le judaïsme de son temps. On découvre alors une christologie vivante et riche, centrée sur le mystère pascal (sôtériologie) mais "débordant" occasionnellement dans le domaine de la création.

Attention de ne pas en rester à Rm (ainsi Bultmann), mais de prendre en considération l’ensemble des lettres authentiques.

I.1 La pensée de Paul avant sa conversion

I.1.1 Sa foi juive

Il n’est pas difficile de se représenter quelle était la foi de Paul, pharisien formé et convaincu : Dieu est unique, saint ; il a choisi le peuple d’Israël et lui a confié la révélation de son Nom et de sa sainteté ; le culte pratiqué dans le Temple de Jérusalem obtient le pardon des péchés, et maintient le peuple dans la communion liturgique avec son Dieu ; le salut se trouve dans l’amour de Dieu manifesté essentiellement dans l’accomplissement scrupuleux de la Loi ; Israël attend un personnage exceptionnel, de la descendance de David, juste et puissant, capable de sanctifier le peuple et de le libérer du joug des païens: le Messie (ou ‘Christ’).

I.1.2 Le refus de la foi en Jésus le Christ

       En se dirigeant vers Damas, Paul partageait l’animosité des chefs du peuple envers celui qu’ils avaient fini par crucifier. Il avait sans doute une bonne connaissance du "dossier" qui concernait Jésus de Nazareth. Il avait entendu parler de son message moral et de ses affirmations audacieuses, de son activité de thaumaturge et de prédicateur itinérant. Comme ses devanciers, il considérait Jésus comme un blasphémateur, prétentieux et illuminé, trompant les foules par l’exhortation à vivre en désaccord avec la Loi et par l’attraction qu’il exerçait sur elles, les retirant de l’autorité des chefs officiels du peuple.

Il le jugeait de l’extérieur, sur la base des témoignages de ses ennemis, base nécessairement simpliste et caricaturale, comme il arrive dans ces cas. Pour lui, le fait même que Jésus ait achevé son existence excommunié par les autorités et suppli­cié sur une croix était le signe éloquent qu’il avait échoué et que Dieu n’était pas avec lui; qu’il n’était donc rien de plus qu’un imposteur, maudit par Dieu, digne d’être méprisé. Il écrira plus tard aux Galates (3,13) une phrase qu’il aura avancée de nombreuses fois dans ses diatribes contre les chrétiens : "Il est écrit : ‘Maudit quiconque pend au gibet’ (Dt 21,23)."

D’ailleurs, Jésus n’avait pas été le seul à entraîner une foule de disciples dans cette époque où l’attente d’un Messie céleste était devenue fiévreuse. Et d’autres encore surgiront.

Il ne pouvait croire en la résurrection de Jésus, fable inventée par des disciples naïfs et tout aussi trompeurs que lui. Etienne ? Un illuminé comme son maître : il se croit investi de révélations blasphématoires. Il mérite la lapidation, prévue par la Loi pour ce type d’hérésie ; Paul en sera le témoin et le complice.

Quels titres Jésus peut-il bien présenter pour que sa mission soit officiellement reconnue ? Il ne pouvait prouver qu’il était de la descendance de David, ni même qu’il était né à Bethléem. Les chefs du peuple le savaient-ils eux-mêmes ? Ses miracles étaient encore bien modestes par rapport à ceux de Moïse. Son origine – un village insignifiant de Galilée, éloigné de la capitale politico-religieuse – était obscure. Sa formation ? Il ne pouvait se réclamer d’aucun rabbin patenté.

I.1.3 La révélation : Jésus est le Seigneur par sa résurrection

Écrivant aux chrétiens de Galatie, Paul qualifie de "révélation" ce qu’il a découvert lorsque le Christ l’a interpellé sur la route de Damas (1,15). Aux Corinthiens, il affirme que le Christ lui est apparu dans la ligne même des apparitions pascales : « Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus notre Seigneur ? » (1 Co 9,1 ; cf. aussi 15,8). En nous basant sur les récits des Actes des Apôtres, nous savons que le Christ s’est présenté lui-même à travers la voix céleste de l’illumination de Paul, et qu’il a alors simplement affirmé le rapport étroit qui le lie à son Église. Nous savons aussi que Paul lui a adressé le titre de "Seigneur", sans lui donner encore toute la portée qu’il aura plus tard.

Il faut reconnaître que c’est bien peu pour nous faire une idée précise de ce que Paul a alors découvert.

Cependant, le simple fait que le Christ soit ressuscité et se trouve dans la gloire de Dieu provoque chez le Pharisien un retournement complet : si Dieu a ressuscité Jésus de Nazareth et plus encore l’a fait asseoir dans la gloire en l’établissant Seigneur au-dessus de toute créature, cela signifie que tout le ministère de Jésus correspondait à une mission divine et qu’il l’a accomplie en s’y conformant parfaitement, dans une fidélité totale, irréprochable. Tout ce que Paul savait de Jésus devient solide et porteur de vérité : il ne pourra plus le combattre et y porter sa dialectique implacable. La mort et la croix elles-mêmes ne devront plus être comprises comme une malédiction : il faudra leur trouver un sens. Aussi étrange que cela puisse paraître pour un Juif de l’envergure de Paul, Jésus est le Messie. Il est sans doute plus encore : c’est ce que l’avenir permettra de développer, dans l’Esprit Saint.

I.2 À l’école de l’Église primitive

Saint Paul a visiblement repris du kérygme apostolique les éléments essentiels de sa conception du Christ, nous limitant à les décrire tels qu’ils apparaissent dans ses lettres, et sans exclure qu’il ait reçu davantage ou que certains des développements qui nous semblent propres à lui soient en fait la simple continuation de la tradition antérieure. Chaque élément recevra une présentation approfondie par la suite lorsqu’il s’intégrera dans tel ou tel traitement théologique.

I.2.1 L’humanité de Jésus

Ce que Paul retient principalement de la dimension humaine de Jésus, c’est, d’une part, le fait qu’elle lui donne d’être « fils de David selon la chair » (Rm 1, 3-4) et soumis à la Loi, et d’autre part de pouvoir souffrir.

a- Bien que, dans sa théologie, l’humanité du Christ ait une place essentielle, Paul partage avec les autres écrits contemporains de ne pas éprouver le besoin de s’attarder à la narration de faits et gestes appartenant à la vie terrestre du Christ, et, plus troublant encore, si l’on peut y déceler un certain nombre d’allusions à son enseignement, nous n’en avons que quelques références explicites, en premier lieu celle de la tradition concernant le "Repas du Seigneur" (1Co 11).

Bien sûr, Paul n’écrit pas des ‘évangiles’. Mais la raison principale est ailleurs. En effet, la concentration de tout le kérygme se trouve sur l’événement pascal et sur ses conséquences pour nous ("Je n’ai rien voulu savoir parmi vous sinon Jésus-Christ et J.C. crucifié" 1 Co 2,19), il y a un déplacement de perspective : "si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons" (2 Co 5,16) : la foi chrétienne rejoint directement le Christ dans son rôle salvifique exercé glorieusement d’auprès du Père ; elle agit à l’intérieur d’une connaissance supérieure : celle qui vient de l’Esprit Saint et par laquelle nous sommes immédiatement mis en présence de ce qui constitue le centre de la personnalité du Christ.

 

b- Jésus est homme ([2]), et plus particulièrement fils de David ([3]). Il a délivré un enseignement oral laissant à son Église une Tradition ayant caractère normatif ; il a surtout vécu la mort et la résurrection, événement par lequel est consacré le mouvement salvifique de kénose-glorification. C’est pour Paul, comme déjà pour la tradition qui le lui a communiqué, non seu­lement une donnée de fait, mais davantage un élément essentiel de la christologie et plus particulièrement de la sotériologie. Paul y insiste à plusieurs reprises, dans des contextes où cet élément est déterminant, et surtout il en développe abondamment les implications.

 

c- Paul se réfère peu à la vie de Jésus. On a fait l’inventaire des allusions explicites que Paul fait dans ses lettres à des événements de la vie de Jésus. On se rend alors compte que Paul résume la condition humaine de son Seigneur à quelques éléments. Mais pas n’importe lesquels : son témoignage de pauvreté (2 Co 8, 9), de prière, d’humiliation et d’obéissance (Rm 8, 3 ; Ph 2, 6-11) jusqu’au refus de chercher ce qui lui plaisait (Rm 15, 3), d’amour, de douceur et d’indulgence (2 Co 10, 1) envers tous, tout cela étant manifesté de manière exceptionnelle dans la manière avec laquelle il a vécu sa passion et sa mort.[4]

C’est en effet parce que Jésus est homme qu’il a pu être crucifié, mourir, et ainsi nous sauver. De là découle toute la thématique de la valeur sacrificielle de la Passion du Christ, notamment l’utilisation du vocabu­laire relatif au sang et l’arrière-fond des poèmes du Serviteur souffrant en Isaïe, déjà si bien assimilé par la tradition primitive qu’il n’est plus besoin de le mentionner. C’est cela qui donnera toute sa force à l’analo­gie paulinienne établie pour expliquer la relation entre l’Église et le Christ sur le modèle du corps (tête / membres).

Homme, par conséquent "faible" (cf. surtout 2 Co 13, 4). L’ex persécuteur devait l’avoir relevé à souhait... Comment harmoniser ce fait avec tout ce qui concerne sa seigneurie ? Faut-il faire appel au mystère de la kénose (Ph 2 ; 2 Co 8, 9) ? Tout le problème du discours paradoxal paulinien.

 

d- L’humanité est en premier lieu visibilité : celle-ci fonde le réalisme de la foi et en outre donne lieu à une catéchèse laissant place à une des­cription imaginative des faits et gestes de Jésus, en particulier de sa Pas­sion. Selon Ga 3, cette description (proegraphè) "devant les yeux" devrait avoir un pouvoir non négligeable dans la solidité de la foi.   De même, la manière dont le Christ a vécu doit servir d’exemple pour les Philippiens (Ph 2, 1-11). A la résurrection, Jésus a retrouvé un corps et peut ainsi "être vu" et libérer de tout doute ses disciples, Paul y compris (1 Co 15, 1-4).

 

e- Fondamentalement, la dimension parfaitement humaine du Christ l’établit dans une communauté de nature avec nous sans laquelle on pourrait se demander si nous, les hommes, nous aurions été réellement sauvés. Il fallait en effet qu’il soit le "Premier-né d’une multitude de frères" (Rm 8, 29). L’épître aux Hébreux utilisera le même principe pour affirmer que si le Christ n’a pas été fait ange mais homme, c’est précisément qu’il devait sauver les hommes (Hb 2, 5-10). C’est surtout dans la théologie paulinienne du Christ nouvel Adam qu’est le mieux exprimé ce rôle essentiel de l’humanité du Christ (Rm 5, 12-21) : de même que le père de tous les hommes, Adam, par sa faute, a plongé toute l’humanité dans le péché, de même un homme, parfaitement juste, Jésus, a racheté cette même humanité et l’a justifiée. Quelle que soit théologiquement le degré précis de notre participation à la nature du Christ, Paul peut clamer solennellement que ce que celui-ci a vécu, le baptisé le vit à son tour, à commencer par le passage dans la mort (au péché) pour la vie (dans l’Esprit), participation à l’événement pascal.

 

f- Cette communauté de nature est en rapport particulier avec le peuple d’Israël, auquel le Christ appartient : il en est "issu selon la chair" (Rm 9, 5). De même que c’est par son humanité qu’il peut sauver tout homme par le baptême, de même c’est par son appartenance au peuple des promesses et de la Loi qu’il peut transformer le rapport de l’homme à cette Loi et à ce peuple : "La fin de la Loi, c’est le Christ" (Rm 10, 4). Non seulement il fait partie de la descendance ([5]) d’Abraham, mais, dans une interprétation actualisante synthétique, il est LE descendant, la multitude se réduisant à un individu (Ga 3, 16), de sorte que les promesses faites à Abraham s’accomplissent en lui. S’il est né d’une femme (Ga 4, 4-5), c’est pour prendre cet autre élément de la condition humaine qu’est (ou qu’était alors) le fait d’être "soumis à la Loi (hypo nomou)" et ainsi nous racheter de celle-ci.

Fils d’Adam, donc homme, fils d’Abraham, donc appartenant à part entière au peuple de la promesse, appartenant aussi à l’Israël soumis à la Loi, Jésus est enfin le fils de David (Rm 1, 3: "issu de la semence de David selon la chair"; 2 Tm 2, 8), l’Oint (cf. 1 Co 1, 22-24; 2 Co 1, 21), accomplissant ainsi les prophéties relatives au Messie davidique glorieux, destiné à siéger "à la droite de Dieu" (Eph 1, 20-22 ; Col 3, 1), et s’attribuant par suite tous les autres développements mes­sianiques de la tradition juive, jusque dans le rôle eschatologique du Fils de l’homme.

 

On peut résumer les divers aspects de l’humanité du Christ en quatre étapes (Cerfaux) :

                   1- Jésus homme dans son acception commune (Rm 5) ;

                   2- Jésus juif, descendant d’Abraham et de David (Ga 4,4-5) ;

                   3- Jésus dans son abaissement (2 Co 5,21 ; 8,9 ; Ga 3 ; Ph 2,5-11) ;

                   4- Jésus glorifié, notre médiateur.

Le tournant, dans cette perspective, se trouverait exprimé dans l’affirmation solennelle de 2 Co 5, 16-17 :

Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons. Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.

À lire en fonction de l’importance décisive pour l’Église primitive d’avoir vu le Christ pour prétendre au titre d’Apôtre ; ce qui est très significatif en ce qui concerne S. Paul.

I.2.2 Le messianisme et les premiers titres christologiques

Autant que nous pouvons nous en rendre compte, la tradition sous-jacente à saint Paul coïncidait avec la christologie des Actes dans la manière de définir les titres du Christ. On retrouve ainsi chez Paul les deux titres les plus importants de la toute première tradition : ‘Christos’ et ‘Kyrios’, avec le titre qui suit le premier des deux : ‘Fils de Dieu’ (17x). Cependant Paul a développé ces titres d’une manière décisive pour la suite de la tradition chrétienne. Il a en outre abandonné celui de ‘Serviteur de Dieu’ (cf. Ac 3,13,26 ; 4,27,30), tout en retenant la typologie du Serviteur souffrant qui en constituait l’élément principal mais non exclusif, et en préférant sans doute le nom de doulos (cf. Ph 2, 6) à celui de pais, absent des épîtres. De même, Paul n’attribue jamais au Christ le titre de prophète, qui n’est, dans le développement de la christologie, qu’un titre transitoire, une étape de l’éveil de la foi (cf. Lc 7 ; Jn 9).

De même, saint Paul n’a pas repris le titre solennel de ‘Fils de l’homme’, bien que sa vision de l’eschatologie et du rôle du Christ en celle-ci corresponde à ce titre dans les Évangiles (+ Ac 7,56) : personnage céleste de type messianique, Juge universel, souffrant et glorieux.

I.2.3 Jésus le Messie

Christos est le plus souvent un titre adjectif ([6]), ou tout simplement un nom propre comme dans Ga 2,20 : "Christos vit en moi" ; son sens est complètement dépendant de l’ensemble de la christologie, et non de la notion traditionnelle biblique de ‘Messie’. P. ex. : Ga 5, 2-6 : la foi dans le Christ annule la circoncision et la Loi..., de sorte que servir la Loi, c’est au contraire annuler le salut apporté par Jésus et déchoir de la grâce ! De plus, le Christ crucifié remplace le Messie victorieux qu’attendaient les Juifs (1Co 2). On voit mal comment Christos = Messiah. Selon V. Taylor, Rm 9, 5 ("eux qui sont Israélites... de qui ho Christos est issu selon la chair") serait le seul passage où Paul entend vraiment parler de Jésus en rapport avec la notion stricte de Messie biblique. Il faut ajouter le discours sur le "Christ" crucifié Sagesse et Puissance de Dieu dans les deux premiers chapitres de 1Co, en particulier la proclamation de 1, 22-24 : "Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu."

De même, si Paul reprend explicitement le fait que Jésus soit fils de David, il ne peut pas ne pas y attribuer une portée messianique : ainsi, en Ga 3, 16 : "L’Écriture ne dit pas: "et aux descendants" comme s’il s’agissait de plusieurs ; elle n’en désigne qu’un : "et à ta descendance, c’est-à-dire le Christ" ; et en Rm 1, 2-4 : "l’Évangile... promis par les prophètes dans les saintes Écritures, concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu..." (cf. encore 2 Tm 2, 8). Il faut encore citer les actualisations des formules vétéro­testa­mentaires proprement messianiques comme Col 3,1: "Le Christ, assis à la droite de Dieu", et le passage parallèle en Eph 1,20-22: "ressuscitant Jésus d’entre les morts et l’ayant assis à sa droite dans les cieux, au-dessus de toute principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se puisse nommer ; il a tout mis sous ses pieds..." (cf. Ps 110 et 8).

Que Jésus soit le Messie ne fait aucun doute ; mais il est beaucoup plus que Messie, et ce qu’il est en lui-même a complètement absorbé sa messianité. Si nous lisons en Ac 2, 36 ; 3, 18,20; 8, 5,12; 9, 22; 17, 3; 18, 28 que la discussion avec les Juifs tend entièrement à démontrer que "Jésus est le Messie", nous trouvons plutôt dans les épîtres de S. Paul : "Jésus-Christ est Seigneur" (Ph 2,11) ; ou "quiconque proclame que Jésus-Christ est Seigneur est sauvé" (Rm 10, 9) ; Dieu ne lui a pas révélé que Jésus était le Christ, mais "quand il daigna révéler en moi son Fils" (Ga 1,14). La raison principale est sans doute que Paul, dans ses épîtres, vise à la fois des Juifs et des païens ; et que, pour ces derniers, la notion de Messie est peu significative ([7]). Dans un des passages où les Juifs sont le plus visés, on trouve l’expression caractéristique ambiguë : "la fin de la Loi, c’est le ‘Christos’" (Rm 10,4).

La messianité de Jésus pour Paul apparaît en particulier dans le Retour eschatologique par lequel il instaurera le Royaume pour tou­jours. Ce sera une ‘Apocalypse’ (1Th 1,10 ; 1Co 1,7...).

I.2.4 Le titre de Fils de Dieu

Titre relevant spécialement du rapport avec Dieu : il doit être tout d’abord étudié en fonction des trois perspectives différentes susceptibles de s’appliquer au Christ :

       *. Comme simple synonyme de ‘juste’. Attribuer à quelqu’un le titre de ‘fils de Dieu’, c’est d’abord le qualifier de juste au sens vétérotestamentaire (cf. en particulier le passage typique de Sg 2,18) ; mais, puisqu’on entend aussi le distinguer des autres membres du peuple qui pourtant mènent une vie exemplaire, c’est le reconnaître plus encore comme prophète susceptible d’apporter avec lui une part au moins du Royaume: tout charisme en effet ne peut avoir que ce but-là ; Dieu ne saurait intervenir dans son peuple sinon pour préparer son oeuvre définitive. C’est par cet aspect qu’on rejoint l’usage courant de l’hellénisme pour lequel ce titre s’applique aux theioi andres ; alors que ce dernier exalte la supériorité de l’individu, l’usage biblique, juif, exalte son obéissance. Ce titre n’est déterminant en ce qui concerne le Christ que par rapport à sa vie terrestre dans la mesure où sa dimension supérieure a pu ne pas apparaître à bon nombre de ses contemporains; c’est valable en particulier pour les textes des Actes qui semblent limiter la christologie à celle du Serviteur et du Juste, ne serait-ce que par déférence à l’auditoire juif.

       *. comme titre messianique davidique, quelle que soit la portée que chacun pouvait y percevoir: déjà dans les évangiles et dans la bouche de Jésus, mais beaucoup moins présent qu’on pourrait s’y attendre en fonction de la lecture traditionnelle de l’oracle de Nathan en 2Sm 7 et Ps 89. Il n’est devenu vraiment déterminant que dans le rapprochement entre la résurrection de Jésus et le Ps 110 (la session à la droite du Père),  à la lumière de la foi en la seigneurie du Christ (déjà Mc 12). Voir Ac 3, l’interprétation actualisante du Ps 15. En tout cas, la petite note sur le contenu de la prédication paulinienne au lendemain de sa conversion indique discrètement comment Paul a désormais pris le contre-pied de l’accusation fondamentale des Grands Prêtres à l’égard de Jésus : "il s’est dit Fils de Dieu".

       *. comme titre désignant la filiation unique clamée par Jésus à l’égard de son Père. S’il n’y a pas de doute qu’il remonte d’une manière ou d’une autre au Christ lui-même, il ne faut pas y ramener systématiquement chaque formule, car les deux sens précédents ont au début de la tradition co-existé avec lui : le passage de Rm 1,2-3 est ici éclairant, puisque Paul encadre une formule relevant du sens intermédiaire (il s’agit sans doute d’une formule liturgique), en référence au Ps 110, par une autre qui possède clairement dans sa pensée le sens transcendant. Ce sens apparaît surtout dans la formule abrégée (donc exprimant encore davantage la forme de titre) : "le (son) Fils", à fortiori "son propre Fils" (Rm 8,29,32).([8])

Rm 1, 3.9 ; 5, 10 ; 8, 3.32 : « lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous ».

"Du point de vue des croyances de l’A.T. et du judaïsme, il n’existait pour l’Église naissante, aucune raison apparente d’appeler Jésus ‘Fils de Dieu’. Certes, il n’est pas impossible que le Messie juif ait parfois reçu ce nom, en rapport avec l’idée de sa royauté. Par ailleurs, dans le N.T. lui-même, et même dans la question posée à Jésus par le Grand Prêtre, le titre de Fils de Dieu ne dérive jamais de la vocation spécifiquement messianique de Jésus" (O. Cull.).

I.2.5 Jésus le Seigneur

Bultmann : « Pour Paul, le titre propre de Jésus est celui de Seigneur, non celui de Christ. »

Relève de sa relation avec les hommes et l’univers[9].

Si le titre biblique de Messie, comme nous l’avons vu, se trouve, en ce qui concerne Jésus, complètement transformé, réévalué, il faut s’attendre à la même chose en ce qui concerne le titre de Kyrios : la ‘seigneurie’ de Jésus se définit en elle-même, en fonction de son propre rapport aux hommes et à l’univers, et non d’abord en fonction des kyrioi hellénistiques. Il ne retient pour lui que la notion de suprématie applicable aux hommes suréminents, confinant à la sphère du divin. Il est étonnant que Paul ne fasse jamais allusion à ces personnalités si présentes au peuple hellénistique, tandis qu’il parle des dieux à qui on offre la chair des sacrifices (1 Co 8).

Il ne faut sans doute pas identifier le titre de Kyrios avec celui de Yhwh dans la traduction grecque des LXX. Kyrios désigne régulièrement Dieu le Père avant de se rapporter au Christ. Son attribution à celui-ci, par conséquent, n’est pas sans lien avec sa  référence primitive au Père, et Paul ne pouvait pas ne pas être conscient de cette identité. Cependant, il faut comprendre que ce titre dans la bouche de Paul et donc des chrétiens hellénisés de son temps est moins une application descendante du titre divin au Christ qu’une majoration réaliste du titre hellénistique commun désignant tout personnage objet d’un respect particulier. Une telle origine est ici en accord avec l’usage du titre dans les évangiles, où on voit des hommes appeler Jésus "Seigneur" sans pourtant lui reconnaître une nature divine, mais tout au plus messianique. Cela ressort le mieux de l’exclamation de 1 Co 8, 6 (à lire en connexion avec 1 Tm 2, 5) :

"Pour nous en tout cas, il n’y a qu’un seul Theos, le Père, de qui tout et pour qui nous, et un seul Kyrios, J.C., par qui tout et pour qui nous".

Nous y lisons à la fois une distinction des deux titres Theos et Kyrios et l’attribution exclusive du deuxième à Jésus, dans un passage où les autres kyrioi sont explicitement en vue.

On peut se demander comment l’attribution exclusive de la divinité à Dieu le Père touche la christologie paulinienne : aurait-il affirmé aussi nettement que les Pères de l’Église et nous-mêmes la divinité du Fils ?...

Cf. la formule : "Nul ne peut dire: ‘Jésus est Seigneur’ s’il n’est avec l’Esprit Saint" (1Co 10,9); et: "Afin que toute langue proclame que ‘Jésus-Christ est Seigneur’ à la gloire du Père" (Ph 2,11).

 

L’hymne de l’épître aux Philippiens (2, 5-11)

 

Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :

 

6 Lui, subsistant dans la forme de Dieu,

       ne considéra pas une proie d’être comme Dieu,

7 mais il s’est anéanti lui-même,

       prenant condition d’esclave,

       et devenant semblable aux hommes.

Et s’étant comporté comme un homme,

8 il s’humilia plus encore,

                   devenu obéissant jusqu’à la mort,

                   et à la mort sur une croix !

9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté

et lui a fait grâce du Nom

                   celui [qui est] au-dessus de tout nom,

       10 pour qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse,

                   au plus haut des cieux,

                   sur la terre et dans les enfers,

       11 et que toute langue proclame que

                   Jésus Christ est SEIGNEUR,

       à la gloire de Dieu le Père.


Cf. Is 45, 23.

Hymne témoin des tentatives malhabiles de rendre compte du mystère du Christ, homme et Seigneur.

I.3 Jésus le Sauveur

Seulement dans évangiles de l’enfance (Lc 2,11) et Jn 4,43. Chez Paul seulement dans Pastorales, sauf Ph 3,20 :

Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.

Donc "Sauveur" relève de l’usage païen ? Fort vraisemblable dans les Pastorales, sous forme polémique.

1 Tm 1,1-2 : Paul, apôtre du Christ Jésus selon l’ordre de Dieu notre sauveur et du Christ Jésus, notre espérance, à Timothée…

I.4 Le Christ rédempteur

1- L’extension de son salut : "Dans le Christ, Dieu se réconciliait le monde..." (2 Co 5). "Si quelqu’un est dans Christ, c’est une créature nouvelle" (ibid. ; Ga 6).

 

2- Les conditions préalables pour que Jésus puisse sauver les hommes : appartenance à l’humanité et authentique fils d’Adam (Rm 5) ; aux fils d’Abraham (Ga 3 : pour être vraiment le bénéficiaire par excellence des promesses ; Rm 4) ; soumis à la Loi (Ga 3) ; mais aussi vrai Fils de Dieu et pas seulement fils adoptif.

 

3- Notre Pâque. "Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ?" (1 Co 1, 13) : exprime bien l’intention de la mort du Christ : moyen par lequel nous sommes sauvés et donc par lequel Jésus et Jésus seul peut être reconnu comme chef, fondateur de la religion nouvelle, celui au nom de qui, nous sommes baptisés.

I.5 Le rôle d’Adam dans l’histoire du salut

1 Co 15, 21-22 : La mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. 22 De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ.

Rm 5, 12-17 : De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché -; […] 14 cependant la mort a régné d’Adam à Moïse même sur ceux qui n’avaient point péché d’une transgression semblable à celle d’Adam, figure de celui qui devait venir... […] Si, par la faute d’un seul, la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude. 16 Et il n’en va pas du don comme des conséquences du péché d’un seul : le jugement venant après un seul péché aboutit à une condamnation, l’œuvre de grâce à la suite d’un grand nombre de fautes aboutit à une justification. 17 Si, en effet, par la faute d’un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice régneront-ils dans la vie par le seul Jésus Christ.

12 fois la précision « un seul ».

 

Le rôle d’Adam – universalité et transmission du péché – est une vérité déjà connue, admise par tous ceux à qui il s’adresse, en tout cas mieux connue que le rôle du Christ – universalité de la rédemption – que Paul se propose d’expliquer, de rendre vraisemblable. Cela confirme le fait que Paul s’adresse à des chrétiens connaissant bien la doctrine juive concernant la justification et le salut. Or cette doctrine juive n’était pas préparée à accorder au messie, personnage d’abord politique, voire prophète de l’observance de la Torah, un tel rôle : la Torah possédait la totalité des moyens de salut.

I.6 Du Christ Sauveur au Christ préexistant (créateur) à travers le Christ Seigneur et Sagesse de Dieu

I.6.1 L’actualisation de la Sagesse personnifiée en Jésus dans les Synoptiques[10]

Mt 12, 42 ; Lc 11, 31 : « Il y a ici plus que Salomon. »

Lc 7, 35 : « La Sagesse a été proclamée juste par tous ses enfants » ; Mt 11, 19 identifie plus clairement Jésus, qui accomplit des œuvres exceptionnelles, et la Sagesse : « La Sagesse a été proclamée juste par ses œuvres. »

Mt 11, 28-30 : Jésus s’adresse aux petits en leur révélant que le Père seul le connaît, et qu’il connaît seul le Père, en leur proposant de prendre son joug et son fardeau, afin de trouver le repos : cf. Sir 6, 25-30 ; 51, 23-26.

Lc 11, 49-51 (cf. Mt 23, 34-36) : cf. Prov 9.

I.6.2 Le thème de la Sagesse divine dans saint Paul

1 Co 1-2 ; 1 Co 8, 4-6 ; 1 Co 10, 1-4 ; 2 Co 3 – 4 ; Rm 11, 33-34 ; Col 1, 15-20 et 2, 2-3 ; Éph 3, 8-11.

 

Jésus est l’image du Père. 2 Co 4, 3-6 parle de "l’Évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu" et "sur la face du Christ" brille "la connaissance de la gloire de Dieu" perceptible grâce à la communication d’une lumière "qui a resplendi dans nos cœurs".

La proximité du Christ avec le Père dans l’œuvre du salut et du gouvernement de l’humanité est le mieux résumée dans l’application au Christ de la formule normalement réservée au Père, à Dieu, "tout est par lui" (1Co 8, 6 ; Col 1, 16-17 ; comp. Rm 11, 36).

 

a- De la foi en la médiation unique du Christ dans le don du salut aux hommes à la découverte de sa médiation dans le gouvernement divin : cf. cit° supra 4a-. i.e. : la rédemption pascale n’est efficace que si Jésus n’est pas seulement homme, mais aussi le Fils. Arrière-fond : la typologie de l’Aqéda ? Le Déaut : oui (La nuit pascale, p. 203, n. 185) ; pas évident.

 

b- "Celui qui n’a pas connu le péché..." (2 Co 5, 21) ; or, "tout homme est pécheur"... Il s’agit bien de la préexistence du Fils.

De même : "Ils ont crucifié le Seigneur de gloire... Ils n’ont pas connu..." car il faut entrer dans le mystèrion de la sagesse divine : suppose que Jésus était déjà Seigneur avant sa résurrection (Taylor). Rm 5,10 : "Nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de son Fils" ; et 8,32 : "Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous".

 

c- La christologie cosmique de saint Paul

Col 1, 15 : le Christ « prôtotokos pasès ktiséôs – de toute créature ». Il est le « Premier-né avant toute créature », parce que « tout a été créé en lui ».

Prov 8, 22-31 : Yahvé m’a créée, prémices [reshit] de son œuvre, avant ses œuvres les plus anciennes. Dès l’éternité je fus établie, dès le principe, avant l’origine de la terre. Quand les abîmes n’étaient pas, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources aux eaux abondantes. Avant que fussent implantées les montagnes, avant les collines, je fus enfantée ; avant qu’il eût fait la terre et la campagne et les premiers éléments du monde. Quand il affermit les cieux, j’étais là, quand il traça un cercle à la surface de l’abîme, il condensa les nuées d’en haut, quand se gonflèrent les sources de l’abîme, quand il assigna son terme à la mer – et les eaux n’en franchiront pas le bord –, quand il traça les fondements de la terre, j’étais à ses côtés comme le maître d’œuvre, je faisais ses délices, jour après jour, m’ébattant tout le temps en sa présence, m’ébattant sur la surface de sa terre et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes.

La Sagesse préexistante, située en dehors du cosmos, n’est pas active, comme un maître d’œuvre : elle a un rôle de miroir, de cause exemplaire que Dieu contemple pour réaliser ses œuvres. Elle est en même temps prémices de la création. Reshit peut signifier à la fois "prémices" et "premier-né", avec priorité temporelle et d’excellence.

V. 23 : je fus enfantée ; cf. Col 1, 13 : le « Fils de sa dilection ».

 

Col 1, 15-16 trahit le souci de Paul de se faire Grec avec les Grecs, et donc accepte d’utiliser des formulations appartenant au fonds philosophique stoïcien, dans lequel on essaie de rendre le problème de l’Un et du multiple par le moyen de ce jeu subtil des prépositions. Marc-Aurèle : « Ô Nature, tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi. » Il n’est pas nécessaire de dire pour autant que Paul a été à l’école de maîtres stoïciens et il faut surtout maintenir que la vision de Paul, conforme à celle du judaïsme, est guidée par la perspective morale, religieuse plus que par un souci de cosmologie philosophique. L’Un n’est rien d’autre que la communion dans le Christ.

« Tout subsiste en lui » : le même verbe est employé dans la pensée platonicienne et stoïcienne pour exprimer l’idée qu’une puissance cosmique maintient la cohésion du cosmos, l’empêche de se dissoudre et de retourner au chaos.

Le Christ ne peut être autant Sauveur et Seigneur qu’il s’est manifesté que s’il est aussi et avant tout créateur avec le Père. C’est ce qui poussera les auteurs du N. T. à associer étroitement la notion de la Sagesse divine avec la mission du Christ.

Si Dieu a engendré depuis toujours son Fils, quel rapport peut-on imaginer entre ce Fils et la création ? Dieu peut-il créer le cosmos indépendamment de son Fils ? Le Fils pourrait-il assister à la création comme simple spectateur ? Comme simple modèle ?

Autre voie : Rm 8, 19-20 rapproche la situation de péché de l’homme et celle de confusion du cosmos ; les deux sont emportés dans un enfantement douloureux ; le Christ ne peut sauver les Fils de Dieu sans sauver l’autre situation. La création ne doit pas être simplement délivrée de la servitude de la corruption, mais encore « avoir part à la liberté des enfants de Dieu », ce qui implique qu’elle sera, elle aussi, transfigurée d’une certaine manière.

L’alliance avec l’humanité entière en la personne de Noé concerne en même temps l’univers physique, dont l’équilibre, l’harmonie et la régularité sont garantis. Gn 8,21-22 (après le déluge) : « Yahvé respira l’agréable odeur et il se dit en lui-même : Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme, parce que les desseins du cœur de l’homme sont mauvais dès son enfance ; plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait. Tant que durera la terre, semailles et moisson, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront plus. »

Les prophéties concernant la restauration eschatologique de l’alliance s’inscrivent la plupart du temps dans un cadre paradisiaque : Is 35 ; 60-62 ; Os 2, 16-25 ; Jr 31 ; Ez 34…

 

N.B.: La christologie de Paul est... descendante ! Avis aux théologiens.

I.7 Le Christ de la foi et le Jésus de l’histoire

Michel Quesnel, Paul ou Jésus : une même religion ?, in : Le monde de la Bible, n° 123, pp. 46-50 :

« La personne de Jésus selon Paul est tellement céleste qu’elle n’est plus guère humaine. » Au point que Paul utilisera plus souvent les titres christologiques que le prénom de Jésus.

« C’est bien de discours qu’il s’agit chez Paul, un discours dont Jésus est le centre, mais construit sur des concepts philosophiques et théologiques empruntés au monde grec, étrangers à la prédication historique de Jésus et le plus souvent absents des textes évangéliques.

« C’est sous la plume de Paul qu’ont fait leur apparition dans la pensée chrétienne de nombreux concepts entrés ensuite dans le vocabulaire théologique mais absents des Évangiles : rédemption, justification, conscience, liberté. Mais Paul n’est peut-être pas l’inventeur de certains termes.

« Or l’idée même de structurer la foi par le dogme est étrangère au judaïsme… et Jésus ne semble pas en avoir eu le projet. Paul est donc le père de la théologie dogmatique chrétienne.

« Ses lettres appartiennent à un genre différent des Évangiles, qui sont de la théologie en récit : les formulations peuvent être différentes et l’idée théologique être identique. »



[1] On peut trouver un bon résumé documenté de V. Taylor dans son ouvrage La personne du Christ dans le Nouveau Testament (LD 57), Cerf, Paris, 1969, ch. iv : Les épîtres de saint Paul, pp. 43-70. Un autre résumé intéressant, plus moderne : le chapitre consacré à la théologie de Paul dans la deuxième édition du « Jerome Biblical Commentary », par J. A. Fitzmyer, p. 1388-1402.

[2] Ac 2,22: "Jésus le Nazôréen, anèr accrédité de Dieu, vous l'avez fait mourir en le livrant aux mains des impies..."

[3] Ac 13,23: "C'est de la descendance [de David] que Dieu suscita à Israël, selon la promesse, Jésus comme Sauveur".

[4] On peut ajouter : Paul rappelle que le Christ a été livré par trahison et qu’à cette occasion il a donné le rite de la fraction du pain en mémorial à l’Église (1 Co 11, 23-25) et il fait allusion à son ascension en Eph 4, 8.

[5] Noter le caractère concret du terme grec ‘sperma’ que la pudeur du langage rend en ‘descendance’ au lieu de ‘semence’.

[6] Au sens où il s'agissait de distinguer Jésus de ses nombreux homonymes.

[7] On peut alléguer que Paul a dû dès avant sa conversion couper court à toute comparaison trop poussée entre Jésus et le Messie : sa lutte contre les chrétiens lui a fourni tous les arguments opposés à une identification trop rapide... Autrement dit, toute l'incompatibilité entre les notions d'homme crucifié ("malédiction" - Ga 3) et de Messie a été définitivement et décidément résolue dans la supériorité absolue de celle-là. Tant pis pour la messianité de Jésus ; l'important, c'est sa seigneurie, quitte à expliquer en un second temps comment sa passion trouve sens. Significatif est le récit de sa conversion ; il n'est pas dévoilé à Paul que Jésus est le Messie mais seulement le Seigneur, kyrios, que précisément Paul vient d'interpeller: "qui es-tu, Seigneur? - Je suis Jésus..."

[8] Cf. encore Hb 1,2 : passage immédiat entre la notion de prophète et celle de Fils au sens de relation personnelle. Cf. aussi 3,3-6 : Moïse est (simple) serviteur ("hôs therapôn") ; Jésus "hôs hyios". Que Jésus soit le Fils est une donnée établie.

[9] Cf. L. Cerfaux, Le titre Kyrios, in : Recueil Lucien Cerfaux, t. 1, p. 1-188.

[10] D.W. Smith, Wisdom Christology in the Synoptic Gospels, Rome, 1970. Pour Jean, le terme Sagesse n’apparaît pas ; mais le Prologue s’apparente aux hymnes célébrant la Sagesse personnifiée par sa structure, son vocabulaire et par le parallèle entre l’épopée du Verbe et l’épopée de la Sagesse. Le Christ se laisse manger comme la Sagesse, sauf que son Corps et son Sang rassasieront définitivement.

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