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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


COURS D'INTRODUCTION A SAINT PAUL. XIII: Paul et la Loi

Publié par Biblissimo sur 21 Mars 2017, 09:51am

Catégories : #Corpus paulinien

Paul et la loi[1]

Paul a formulé les termes permettant à l’Église de se désolidariser du peuple juif et de son attachement à la Torah de Moïse. Cette étape dans l’évolution de la pensée de l’Église primitive est décisive ; l’interprétation qu’elle implique est décisive pour le reste de la tradition.

Traiter sérieusement cette question est plus complexe qu’il n’y paraît. En particulier si l’on veut prendre en compte la conception qu’avait Paul de la valeur de la pratique de la Loi, en amont de ses exposés nécessairement simplifiés, en particulier en Galates.

En particulier, le principe selon lequel la Loi n’a aucune valeur de salut par elle-même est admis par le judaïsme palestinien. De plus, celui-ci partageait avec Paul la certitude que le salut dépend de l’amour pour Dieu et pour le prochain. Il faut insister sur cela pour éviter les interminables rengaines tournant autour de la non-valeur salvifique de la Loi.

Un point important, mais souvent négligé, est celui-ci : Paul ne pouvait s’appuyer ni sur l’enseignement de Jésus ni sur son mode de vie, puisqu’il avait vécu « soumis à la Loi » (Ga 4,4), se considérant diakonos tès peritomès par fidélité de Dieu des promesses faites aux Pères (Rm 15,8).[1]

Il est important de noter l’angle polémique avec lequel Paul aborde la question, en particulier en Ga 2-5 et Rm 2-7. Il n’est pas difficile de constater que personne ne peut pratiquer la Loi de façon satisfaisante ; et d’en tirer la conséquence : tous sont condamnés. Tenir compte de ce discours polémique garde le croyant du piège d’une utilisation des paroles de Paul à la manière de slogans, tel celui-ci : « C’est la foi qui sauve ». Car la foi ne sauve pas ; seul le dessein de Dieu accompli dans la mort et la résurrection de son Fils sauve.

1- Trois étapes dans l’évolution de la pensée de Paul[2]

1.1 Paul pharisien

Paul pharisien zélé, disciple de Gamaliel, reconnaît avec sa tradition que le Juif pieux demeure dans la vie offerte par Dieu dans la mesure où il pratique la Loi. Situation contradictoire puisqu’en même temps elle aboutit à la condamnation de tout transgresseur, c’est-à-dire de tous – en premier lieu du Christ (voir Ga 3, 12).

Citation de Dt 21, 23 : « Maudit quiconque pend au bois ». Appliqué à la crucifixion déjà par le judaïsme ancien (voir 11QTemp LXIV, 6-13).

Briser la frontière qui sépare le peuple élu des nations, c’est retourner au chaos originel (É. Nodet).

1.2 Paul apôtre du Christ – étape I

Ayant reçu le Christ comme Seigneur, donc supérieur à Moïse, Paul relativise le rôle de la Loi ; il la considère possible pour un chrétien d’origine juive, mais en dispense ceux qui viennent du paganisme.

Cependant il devient vite conscient que sa position engendre de graves tensions à l’égard du courant majoritaire dans l’Église naissante, encore centrée sur les autorités de Jérusalem…

 

1.3 Paul apôtre du Christ – étape II (Ga et Rm)

Malgré la vivacité et l’enjeu de la controverse issue de la crise des Galates, Paul garde la conviction que la Loi de Moïse est sainte : « La Loi est sainte et saint le précepte et juste et bon » (Rm 7, 12). Plus encore, elle est « pneumatikos » (7, 14). Le problème est qu’elle est incapable de contrecarrer le péché (personnalisé et qualifié de « loi ») et son pouvoir séducteur sur l’homme, charnel (sarkinos – 7, 13), qui l’amène inéluctablement à chuter.

Parallèlement, Paul a progressivement saisi comment le disciple du Christ ne peut être parfaitement et simultanément fidèle à la pratique de la Loi et à un Évangile centré sur les relations de charité et la mission de l’apostolat. À l’occasion, il fixera le débat sur le rite de la circoncision, signe contraignant ses adversaires à reconnaître qu’il oblige celui qui le reçoit à pratiquer toute la Loi. Tout ou rien. Or, pour Paul, la Loi, désormais, c’est le Christ et son Esprit.

Rm 13, 8-10 : « N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli (peplèrôken) la loi. En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se récapitulent en cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19, 18). La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude. »

Celui qui est « sous la Loi » ne peut que s’efforcer de la pratiquer. Celui qui n’est pas sous la Loi en est dispensé. Si tu es circoncis, assume-le par la fidélité à la pratique de la Loi.

Rm 2, 12-13 : « Quiconque aura péché sans la Loi, périra aussi sans la Loi ; et quiconque aura péché sous la Loi, par la Loi sera jugé ; ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont justes devant Dieu, mais les "faiseurs" de la Loi qui seront justifiés. »

Selon sa stratégie, dans les chapitres 2 et 3 de Rm, Paul passe intentionnellement sous silence le fait que les Juifs pécheurs reçoivent de Dieu le pardon, selon les rites prescrits ; c’est à l’intérieur de son argumentation qu’il cite le Psaume 32, 1-2 (Rm 4, 7-8) précisément parce qu’il peut le relier selon la règle de gezarah shawah (le même verbe logizesthai, est utilisé en l’un et l’autre passages) à la déclaration de Gn 15, 6.

Rm 3,31 : « Par la foi nous privons la Loi de sa valeur ? Certes non ! Nous la lui conférons. » Suit la probatio scripturaire basée sur Abraham, l’homme de l’Alliance sans la Loi. La Loi elle-même (Gn 15, 6) affirme que l’on est justifié par la foi et non par les œuvres de la Loi.

En parlant comme membre du peuple juif et en s’adressant à ses frères juifs, Paul tient à dire fortement que la Loi est sainte, mais qu’elle ne sauve pas ; au contraire elle a un triple effet négatif : elle manifeste le péché sans donner la grâce d’en échapper : « La Loi est intervenue pour que se multipliât la faute » (Rm 5,20) ; elle suscite le péché en provocant la réaction d’opposition : « J’aurais ignoré la convoitise si la Loi n’avait dit : "Tu ne convoiteras pas !" Mais, saisissant l’occasion, le péché par le moyen du précepte produisit en moi toute espèce de convoitise : car sans la Loi le péché n’est qu’un mort. Ah ! je vivais jadis sans la Loi ; mais quand le précepte est survenu, le péché a pris vie tandis que moi je suis mort, et il s’est trouvé que le précepte fait pour la vie me conduisit à la mort. Car le péché saisit l’occasion et, utilisant le précepte, me séduisit et par son moyen me tua » (Rm 7, 7-11) ; elle sanctionne le péché (Rm 5, 13). La Loi place l’homme en tension insupportable entre son désir de faire le bien et son incapacité à le réaliser.

Pourtant elle est sainte en elle-même : « La Loi est sainte, et saint le précepte, et juste et bon » (Rm 7,12).

La rhétorique de Paul, de manière subreptice, crée des expressions forgées par métonymie pour relativiser la notion de loi et son rapport au salut, mettant la loi mosaïque en concurrence avec d’autres. Ainsi, en tout homme se trouve la « loi du péché » (7,23) ; elle est même « loi du péché et de la mort » (8,2) ; cependant, dans le Christ, Dieu nous a placés sous une « loi de foi » (3, 27), en vue d’une « justice de (ek) foi » (9, 30) par laquelle le croyant découvre la « loi de Dieu » (7,22), qui est aussi « loi de l’Esprit de la vie » (8,2). Du coup, nomos apparaît comme une dimension essentiellement positive de l’existence humaine (Dunn).

Ainsi faisant, Paul désacralise aux yeux de ses lecteurs la notion de loi tout en les invitant à se soumettre à l’action de l’Esprit Saint, plus exigeante.

2- L’accomplissement de la loi

2.1 « La fin de la loi, le Christ »

La loi n’est pas abolie en soi mais accomplie dans la fidélité à l’Évangile, dans l’obéissance à l’Esprit Saint, à l’imitation du Christ. Cet accomplissement ne peut être pleinement réalisé si l’on s’oblige à pratiquer les préceptes de la Loi de Moïse. Elle représente une sorte de système qui n’a tout son sens que si on s’engage à l’appliquer intégralement.

Il fallait à Paul un motif extrêmement important pour en arriver là. Ce fut la priorité absolue donnée au salut de chacun, un salut qui ne se trouve que dans la participation au mystère pascal. Une des formules les plus explicites se trouve en Rm 10, 4 :

« La fin (telos) de la Loi, c’est le Christ pour la justification de tout croyant. »

L’interprétation exacte de la phrase reste discutée. On constate en effet que le terme grec telos est ambigu, puisqu’il peut signifier soit la fin-clôture (la Loi cesse quand le Christ est là), soit la fin-but, objectif, accomplissement (la Loi conduit au Christ).

2.2 Salut et justification. Ga 2, 15-21

Pour nous approcher autant que possible de la pensée de Paul, il est utile de renvoyer à certains textes de Qumrân. Pour ce qui nous concerne, on se contentera de citer deux passages convergents, relatifs à la communauté idéale : « C’est dans la justice éternelle de Dieu que sera mon jugement / Il me jugera dans sa justice de vérité » (Règle de la communauté). « C’est seulement par ta bonté qu’un homme sera justifié / et par ton immense miséricorde » (Hodayot). La doctrine de Paul se base sur la même conviction.

Dans les versets 15 à 21 de sa Lettre aux Galates, Paul énonce ce qui deviendra la partie doctrinale de la Lettre. Selon la composition rhétorique de son discours, ils correspondent à une propositio, mais avec un certain mélange d’expositio, d’exemple personnel, de développement plus ou moins argumentatif.

Paul s’adresse à Pierre – fictivement, bien entendu — pour le mettre devant une conviction qu’il s’efforcera de justifier dans les chapitres 3 et 4, à savoir que l’homme n’est pas sauvé par la pratique des œuvres de la Loi. Plus précisément, Paul emploie ici le vocabulaire de la justification, processus qui, de la situation de pécheur à l’égard de l’Alliance, le fidèle passe à celle de la justice. Le cœur de l’énonciation se trouve au verset 16 :

Sachant que l'homme n'est pas justifié par des œuvres de Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d'obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par des œuvres de Loi personne ne sera justifié.

L’affirmation est nette : le salut est donné à ceux qui mettent toute leur foi et leur espérance dans la mort et la résurrection du Christ. La « juste relation » qui relie l’homme à Dieu est désormais basée sur l’amour manifesté par Jésus Christ dans sa mort sur une croix. Cette offrande du Fils de Dieu rend caduque la relation basée sur la pratique de la Loi de Moïse.

Le passage mentionne des « œuvres de Loi » ; l’expression ne nous est pas habituelle. Paul ne l’a pas inventée ; on la trouve dans les textes de Qumrân. Elle a été redécouverte par la lecture attentive de textes rabbiniques anciens de sorte qu’elle revêt maintenant un sens technique, désignant les pratiques que le fidèle Juif se doit d’accomplir parce qu’elles le maintiennent dans la justice. Elles sont considérées comme nécessaires à cette justice.

En développant la pensée et les principes de saint Paul, il nous faut convenir qu’acquérir le salut et demeurer dans l’assurance de la vie éternelle est un processus, une activité humaine qui relève de la vie et pas seulement de la pensée. Croire ne sauve que parce que cette foi induit des mœurs chez le croyant, un comportement en accord avec une relation profonde à l’égard de Dieu dans le Christ.

2.3 L’Esprit, la charité et la loi

Ce processus de justification n’est possible, compte-tenu de notre état de pécheurs, que par l’action de l’Esprit Saint, auteur d’une authentique fidélité dans l’amour et la liberté.

D’ailleurs la loi elle-même est « pneumatikos » (Rm 7, 14). Dans le contexte paulinien, on peut comprendre l’expression ainsi : 1/ la Loi a l’Esprit de Dieu pour origine ; 2/ la validité de la Loi vient de ce qu’elle exprime la volonté de Dieu ; 3/ elle ne peut être vraiment comprise et mise en pratique sans le même Esprit par lequel elle a été donnée.[1] Il faut ajouter, en rapport avec l’idée de « vendu [comme esclave] au péché » exprimée sous forme de contraste saisissant dans la deuxième partie du verset, que cette même loi laisse le fidèle libre. De plus, l’expression permet d’assurer une transition théologique indispensable avec la loi de l’Esprit, formule placée au tout début de la section sur le rôle de l’Esprit Saint en Rm 8.

« Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un Esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! » (Rm 8, 15).

« Le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

 

[1] Voir le commentaire de Richard N. Longenecker, The Epistle to the Romans. A Commentary on the Greek Text, The New International Greek Testament Commentary, Eerdmans, Grand Rapids, Mich., 2016, pp. 661-662.

 


[1] La phrase de Jésus : « Il n’y a rien d’extérieur à l’homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mc 7,15), en pleine harmonie avec la position qu’on trouve dans les milieux chrétiens de la gentilité, fut en fait attribuée à Jésus par des communautés postpascales à partir des développements ultérieurs. Comment se fait-il qu’une telle affirmation n’ait pas été relevée comme chef d’accusation parmi les autres ? Comment une telle phrase fondatrice de l’Évangile n’aurait-elle pas préparé Pierre à s’attabler avec les païens au lieu d’hésiter à se rendre chez Corneille ?

[2] J. Murphy O’Connor présente le thème en fonction des quatre étapes de la pensée de Paul : in Le Monde de la Bible (123) nov-déc 1999. Nous rassemblons les deux premières.

 

[1] Voir le chapitre iv de Paul par M. Quesnel : "Paul et la loi. Recherches sur le judaïsme au temps de saint Paul".

[2] Les quatre étapes sont présentées par J. Murphy O’Connor in Le Monde de la Bible (123) nov-déc 1999.

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