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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


"Venez les bénis de mon Père..." (34° Dimanche T.O.-A)

Publié par Biblissimo sur 20 Novembre 2011, 17:29pm

Catégories : #Evangile du dimanche

Le « Jugement dernier », Mt 25, 31-46

34ème dimanche T.O. – A

1. Au dernier jour, un Jugement…

Le thème du jugement dernier est sans doute un des enseignements les plus caractéristiques de la tradition chrétienne. Il suscite en général la peur ou la perplexité. Des images viennent spontanément à l’esprit, tirées notamment de célèbres tableaux. Le texte évangélique le plus connu sur ce sujet est sans nul doute celui que rapporte l’évangile de Matthieu dans sa section « eschatologique », au ch. 25. Nous sommes donc à la fin du ministère du Christ et la perspective est elle aussi celle de la fin, de l’achèvement de l’histoire du salut.

Nous ne sommes pas étonnés qu’une des images principales de ce récit soit celle du Royaume, avec à sa tête un roi, et cela au jour où il sera rempli de justes. Il est « le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde », formule courante dans la tradition juive pour qualifier un bien essentiel du salut, comme le messie. L’attente juive d’un Royaume eschatologique, reprise ici comme dans d’autres passages du Nouveau Testament, contient l’idée que tous ses membres sont parfaits et qu’il ne s’y trouve aucune forme de mal. Il est donc réservé aux saints, aux justes. Cela va de soi. Par conséquent, il faudra que ces justes soient séparés des infidèles, comme l’ivraie sera séparée du bon grain au jour de la moisson et les mauvais poissons des mauvais une fois le filet déroulé sur la grève.

Ce jour est ici mis en scène. Chez les prophètes bibliques, nous aurions eu droit à une vision. Ainsi chez Daniel ou Ézéchiel, ou encore dans l’Apocalypse de Jean. Le récit aurait été éventuellement introduit par une formule consacrée : « Je vis le Ciel ouvert… » Mais Jésus n’a pas besoin de vision : ses disciples l’ont reconnu comme un prophète doué d’une sagesse immense. S’il reprend dans son propre enseignement les annonces de ses devanciers concernant l’avenir, c’est pour transcrire un savoir qu’il possède et non qu’il reçoit au cours de visions spéciales.

Le cadre est décrit sobrement mais il suggère une scène grandiose. Il nous invite à imaginer le Seigneur assis sur un trône royal avec devant lui des millions d’hommes et de femmes : toute l’humanité depuis la création du monde est rassemblée dans l’attente de la sentence qui décidera de leur destin définitif. En nous référant au chapitre précédent, nous pouvons ajouter à ces éléments scéniques les anges, serviteurs du Roi, debout autour du trône. Le cor résonne : après avoir convoqué toute l’humanité en présence du Juge, il annonce l’ouverture du procès.

Mais l’essentiel est dans le discours du Roi, dédoublé en fonction de l’auditoire. Dans un premier temps, il invite les justes, les « bénis de mon Père », à prendre possession de l’héritage, puis leur explique pourquoi ils la mérite ; dans un deuxième temps, il envoie les impies au feu éternel en leur montrant pourquoi ils ne méritent pas la vie.

2. Devant le Fils de l’homme toutes les nations

Les récits précédents étaient directement adressés aux disciples du Christ ; on les invitait à veiller le retour du Maître. Ici, avec surprise, nous constatons que ce sont toutes les nations qui sont rassemblées devant le Roi. Donc païens et disciples, mélangés. C’est tout à fait unique dans les récits évangéliques ! On pourrait dire que ce récit prolonge en le complétant l'annonce entendue en 24,30-31: "Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine; et l'on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités."

De plus, pour tous, païens et fidèles disciples du Christ, est préparé un Royaume qui n’était destiné, selon la Bible et la pensée des rabbins, qu’aux seuls fils d’Abraham. Les privilèges des Juifs sont désormais offerts aux non-juifs…

On peut supposer que cela répond à une question sensible des premiers chrétiens quelques dizaines d’années après la Pentecôte : au moment où adviendra le Jour, des millions d’hommes et de femmes n’auront pas été avertis, n’auront pas entendu l’annonce du Royaume, et donc ne se seront pas engagés au service du Royaume, et ne se seront pas préparés pour le repas de noces… Qu’en sera-t-il alors de leur destin éternel ? Ne faisant pas officiellement partie de l’assemblée « des élus » (24, 31) non par refus mais par ignorance du Christ sauveur, où termineront-ils leur existence ? Ignorant de l’existence de ce Fils de l’homme imposant et de l’avènement d’une fin de l’histoire, et donc d’un jugement final les concernant, seront-ils condamnés ? Cette question, évidente pour nous aujourd’hui, est grave.

Cependant, la chose n'est pas si simple: selon le genre littéraire, le récit pourrait ne donner aux païens que le rôle de figurants dans un cadre solennel, celui du jugement final, reprenant tout simplement une annonce traditionnelle dans les textes prophétiques. Surtout, à partir du moment où l'accent est mis sur la nécessité de veiller, le regard ne se porte en réalité ni sur les païens ni sur les plus petits mais tout simplement sur les disciples du Christ eux-mêmes, les exhortant à prendre au sérieux le commandement de la charité.

S'il y a bien deux affirmations capitales, celle d’affirmer deux vérités révolutionnaires aux yeux des Juifs, à savoir que les païens ont accès au Royaume et sur quel critère se basera la décision (le fait d’avoir servi ou non le Seigneur dans les plus petits parmi ses frères), la seconde demeure l'affirmation centrale à partir de laquelle l'autre doit être interprétée.

3. L’image du berger et du troupeau

Le récit réutilise une image classique de l’Écriture, spécialement des textes prophétiques : le soir, de retour à la bergerie, le berger sépare brebis et chevreaux : ceux-ci ne peuvent rester à la fraîcheur de la nuit, le berger les met à l’abri.

Cette image correspond à Ez 34, 17-22, mais elle est compréhensible pour tout lecteur, qu’il connaisse les Écritures ou non.

Quant à vous, mes brebis, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre béliers et boucs. Non contents de paître dans de bons pâturages, vous foulez aux pieds le reste de votre pâturage ; non contents de boire une eau limpide, vous troublez le reste avec vos pieds. Et mes brebis doivent brouter ce que vos pieds ont foulé et boire ce que vos pieds ont troublé. Eh bien ! ainsi leur parle le Seigneur Yahvé : Me voici, je vais juger entre la brebis grasse et la brebis maigre. Parce que vous avez frappé des reins et de l’épaule et donné des coups de cornes à toutes les brebis souffreteuses jusqu’à les disperser au dehors, je vais venir sauver mes brebis pour qu’elles ne soient plus au pillage, je vais juger entre brebis et brebis.

L’image de Dieu berger est avant tout une image de miséricorde : elle dit comment le berger prend soin des brebis de peur qu’elles ne se blessent, qu’elles ne soient emportées par une bête sauvage, que les malades n’en viennent à mourir, que les brebis mères ne tombent de fatigue. Intégrée dans un cadre de jugement dominé par la figure imposante du Fils de l’Homme, elle place sur le visage du Juge des traits de miséricorde et de compréhension.

4. Un jugement sévère

Nous nous trouvons pourtant devant une parabole qui ne laisse aucune perspective de conversion de la part de l’homme et de pardon de la part de Dieu. À l’heure du jugement, la décision est irrévocable.

Cependant, les hommes étaient prévenus.

En priorité, les fils d’Abraham.

En effet, les points sur lesquels le jugement est porté correspondent à des obligations bien connues du lecteur des Écritures. On y trouve en effet les passages suivants :

Le jeûne qui plaît à Dieu « n’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ? » (Is 58, 7).

« Quiconque est juste, pratique le droit et la justice, … donne son pain à qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu, … se conduit selon mes lois et observe mes coutumes en agissant selon la vérité, un tel homme est juste, il vivra, oracle du Seigneur Dieu » (Ez 18, 5-9).

Qui fait la charité au pauvre prête au Seigneur qui paiera le bienfait de retour (Prov 19, 17).

Une formule est particulièrement courante dans le judaïsme pour désigner l’obligation de l’aumône : donner des vêtements à qui est nu…

Les païens aussi, selon toute morale sérieuse, pour peu que la conscience soit bien formée et qu’on l’écoute, savent qu’une société ne peut vivre sans l’entraide, sans l’aumône, la solidarité.

En accord avec le genre littéraire utilisé ici, le critère de jugement est unique. Ce n’est pas qu’il le soit en réalité. Les bonnes actions à l’égard de Dieu ou de soi-même ont aussi leur valeur, comme les actes contraires, les péchés.

5. Ce qu’ils n’avaient pas prévu

Ce que la plupart des commentaires soulignent avec raison, c’est que les reproches concernent des fautes par omission : les mauvais, Juifs et païens, n’ont pas fait ce qu’ils étaient supposés faire et cela par inconscience (et non par refus volontaire).

Si les reproches que le Roi adresse aux deuxièmes correspondaient à des obligations connues des Juifs, un élément essentiel leur échappait, donnant une charge spécialement forte à l’accusation : les nécessiteux sont les frères du Roi. En langage moderne, on parlera de la « sacramentalité » du pauvre, du petit.

Là encore, l’évangile de Matthieu avait précédemment pris le soin – et avec insistance – de le définir :

« Quiconque donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en [son] nom de disciple, amen je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense » (10, 42).

« Quiconque accueille un enfant tel en mon nom, c’est moi qu’il accueille. Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer » (18, 5-6).

« Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux » (18, 10).

Dans ces textes, l’expression « mes frères » ou « les petits » désignent sans équivoque les disciples de Jésus : « en son nom de disciples » (10, 42) ; « l’un de ces petits qui croient en moi » (18, 6) ; « leurs anges » (18, 10). Le récit élargit-il à tout homme cette solidarité de Jésus avec le pauvre ? Il est difficile de le dire de manière certaine.

Il est possible que cela ne soit pas totalement nouveau dans la tradition juive, puisqu’il nous est – dans des écrits postérieurs il est vrai – que le nécessiteux est sous la protection immédiate de Dieu : « Mes enfants, si vous avez donné à manger aux pauvres, je vous le compterai comme si c’était à moi que vous l’aviez fait. » Cependant, dans le récit de Matthieu, Jésus prend, une fois de plus, la place de Dieu, cas parmi d’autres de la manière qu’ont eu les premiers chrétiens pour formuler sa divinité.

6. Qui est en position de juge ?

Nous l’avons dit, ce récit se trouve à l’extrême fin du ministère de Jésus ; et il évoque, de manière symbolique, la fin de l’histoire du salut. C’est le Christ qui parle ; d’ailleurs il garde la parole depuis le v. 4 du chapitre précédent. Outre le trait de « récit ultime », il est aussi un récit synthétique pour ce qui concerne le Christ.

En effet, il s’identifie indirectement au Fils de l’homme : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire… ». Pourquoi indirectement ? Sans doute pour tenir compte de la grande distance qui sépare la figure du Seigneur en gloire et la condition de Jésus au moment où il raconte cette scène prophétique. Le récit est donc dans la droite ligne du début du discours eschatologique puisqu’il avait précédemment et solennellement annoncé l’avènement de ce Fils de l’homme :

« Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités… Ainsi donc, vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir » (24, 30-31.44).

Mais ce n’est pas tout : sans que le lecteur soit prévenu, ce Fils de l’homme devient subitement Roi : « Alors le Roi dira à ceux de droite… » (v. 34a). Ce Roi se présente aussitôt comme fils de Dieu : « Venez, les bénis de mon Père » (v. 34b). Cette qualification du Roi comme fils reprend une autre figure imagée de l’évangile de Matthieu, ce fils pour qui un roi a préparé le festin de noces : « Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils » (22, 2).

De plus, les hommes soumis à la sentence l’invoquent par le titre divin de Kyrios : « Seigneur, quand t’avons-nous vu… ? ».

Le Christ est donc tout à la fois :

       Fils de l’homme céleste

       Roi siégeant sur un trône de gloire, donc dans la position même de Dieu

       Juge promulguant la sentence finale

       Fils de Dieu

       Seigneur, reconnu comme tel par tous et spontanément

       Berger

       Ayant autorité sur toutes les nations

       En relation de solidarité de type familial, de sang, avec les pauvres et les petits

Tout cet agencement de figures est un peu compliqué… C’est le signe que le récit a été visiblement rédigé par l’évangéliste pour proposer indirectement une présentation synthétique des diverses fonctions du Christ glorieux, ces fonctions ayant déjà été mentionnées au cours de l’évangile.

7. La permanence du Ressuscité dans le monde

Le récit va plus loin encore. Et c’est sur ce point que nous nous arrêterons. Indirectement en effet, il affirme avec force la permanence de l’incarnation malgré l’apparente distance que la résurrection du Christ a occasionnée entre lui et les hommes. C’est une affirmation capitale pour les membres de la communauté chrétienne !

Dans l’expérience de l’absence du Ressuscité, absence qui pourrait faire douter de sa victoire, de sa seigneurie, ce récit vient nous indiquer un des trois chemins qui nous permettent de le rejoindre : le chemin du frère pauvre. Où est ce trône de gloire environné d’innombrables anges aux ailes déployées ? Au ciel, sans doute ! Mais c’est comme si le Christ glorieux n’y siégeait que de manière secondaire et qu’il passait son temps à habiter dans les larmes et les plaies des hommes, au milieu des bruits de canon ou derrière les barreaux des geôles.

À la question : « Où se trouve le Christ en gloire – invisible et apparemment inaccessible ? », la réponse n’est pas tant de lever les yeux vers un ciel insaisissable ou un Jour qui paraît année après année plus lointain, mais de se faire soi-même son visage, ses yeux, ses mains auprès de ceux vers qui il nous envoie.

 

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