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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Le récit imagé du Jugement dernier en Mt 25

Publié par Biblissimo sur 18 Novembre 2011, 16:53pm

Catégories : #Paraboles évangéliques

Récit imagé du jugement dernier

Le Christ glorifié, pauvre dans les pauvres

- Mt 25, 31-46 -

 

31 « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire.

32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. 33 Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.

34 Alors le Roi dira à ceux de droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. 35 Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, 36 nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir."

37 Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, 38 étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ?"

40 Et le Roi leur fera cette réponse : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait."

41 Alors il dira encore à ceux de gauche : "Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. 42 Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, 43 j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité."

44 Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?"

45 Alors il leur répondra : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait."

46 Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle. "

 

Le contexte

Ce récit est le dernier d’une suite cohérente de paraboles : de l’intendant (24, 45-51), des vierges sages et folles (25, 1-12), des talents (25, 14-30). Il situe clairement l’action à ce jour annoncé par les prophètes et les textes d’apocalypse juive comme le dernier, celui du jugement ultime préludant à l’élimination définitive du mal dans l’humanité, en particulier en Israël, le peuple saint. Ce jour est dominé par Dieu.

« Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde » (24, 3). Cette question, posée par les disciples en réplique à un brusque avertissement de Jésus concernant l’approche d’une catastrophe (la destruction du Temple), va déclencher tout le discours rapporté dans les chapitres 24 et 25. Cependant nous n’y trouvons aucune véritable réponse à la question du quand. Toute une succession d’images comblent le vide relatif au comment ; elles tournent le plus souvent autour de la crainte et de l’exhortation à adopter une pratique en pleine conformité avec l’éthique évangélique.[1]

Les destinataires

La question est de savoir si le récit du « Jugement dernier » met en face du Juge les seuls chrétiens ou aussi les païens, ceux qui ne connaissent pas le Christ mais ont vécu, sans le savoir, en conformité avec la règle principale autour de laquelle les hommes sont jugés.

Les formules définissant les œuvres de miséricorde sont bibliques. En particulier l’importance de l’accueil de l’étranger se comprend mieux dans un contexte juif que gréco-romain. Si la visite des prisonniers est pratiquement inconnue de la Bible, elle ne détonne pas au milieu de la liste, au contraire elle s’y accorde parfaitement. Pour certains biblistes, elle est une allusion aux chrétiens persécutés, donc à des lecteurs croyants ayant connu de près la situation de persécution de l’Église primitive, déjà mentionnée dans les Actes des Apôtres.

On lit un peu plus haut dans ce discours eschatologique que le Fils de l’homme rassemblera « les élus » en présence « de toutes les races de la terre qui se frapperont la poitrine » (v. 30). Les élus sont évidemment les membres de l’Église : ce sont eux qui seront directement soumis au jugement final, en fonction de ce qu’ils auront été supposés faire durant leur vie.

Le Royaume « préparé pour vous depuis la fondation du monde » : il s’agit normalement la Terre Sainte, promise à Abraham et à ses descendants exclusivement, même si cette Terre est désormais comprise comme un symbole délocalisé auprès de Dieu, là où Abraham se trouve déjà. La promesse pourtant écarte délibérément tout privilège des Juifs.

Cependant, un passage de Matthieu pourrait élargir considérablement le cercle des destinataires de cet avertissement :

« Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Mt 8, 11-12).

Le genre littéraire

P. Bonnard : le texte n’est ni celui d’une parabole, ni d’une allégorie, ni d’un paradigme, ni d’un apophtegme, ni d’une nouvelle, ni d’une légende. Il est un mélange de genres, inhabituel dans la tradition synoptique. Bultmann s’est contenté de l’attribuer aux paroles prophétiques et apocalyptiques du Christ matthéen, ce qui est une classification par le contenu et non par la forme. Prophétie éthique : « il s’agit de soutenir les appels à la vigilance active et miséricordieuse qui jalonnent l’ensemble de la narration mathéenne. »

L’image du berger et du troupeau

Le récit réutilise une image parabolique classique : le soir, de retour à la bergerie, le berger sépare brebis et chevreaux : ceux-ci ne peuvent rester à la fraîcheur de la nuit (Jeremias), le berger les met à l’abri[1]. Les chevreaux sont noirs…

L’image correspond à Ez 34, 17-22, mais elle est compréhensible pour tout lecteur, juif ou non.

Quant à vous, mes brebis, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre béliers et boucs. Non contents de paître dans de bons pâturages, vous foulez aux pieds le reste de votre pâturage ; non contents de boire une eau limpide, vous troublez le reste avec vos pieds. Et mes brebis doivent brouter ce que vos pieds ont foulé et boire ce que vos pieds ont troublé. Eh bien ! ainsi leur parle le Seigneur Yahvé : Me voici, je vais juger entre la brebis grasse et la brebis maigre. Parce que vous avez frappé des reins et de l’épaule et donné des coups de cornes à toutes les brebis souffreteuses jusqu’à les disperser au dehors, je vais venir sauver mes brebis pour qu’elles ne soient plus au pillage, je vais juger entre brebis et brebis.

Elle est intégrée dans un cadre de jugement dominé par la figure imposante du Fils de l’Homme en dignité royale exerçant son rôle de juge par ce qui en constitue la partie ultime : la sentence finale.

 

Qui est en position de juge[2] ?

Le récit est placé dans la bouche du Christ, qui a gardé la parole depuis le v. 4 du chapitre précédent. Cependant, au niveau intradiégétique (les termes présents dans l’histoire racontée), il parle d’un Autre, le Fils de l’homme. Sans doute pour tenir compte de la grande distance qui sépare la figure du Seigneur en gloire et la condition de Jésus au moment où il raconte cette scène prophétique. Le récit est donc dans la droite ligne du début du discours eschatologique puisqu’il avait précédemment et solennellement annoncé l’avènement de ce Fils de l’homme :

« Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités… Ainsi donc, vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir » (24, 30-31.44).

Mais, sans que le lecteur soit prévenu, ce Fils de l’homme devient subitement Roi : « Alors le Roi dira à ceux de droite… » (v. 34a). Ce Roi se présente aussitôt comme fils de Dieu : « Venez, les bénis de mon Père » (v. 34b). Cette qualification du Roi comme fils reprend une autre figure imagée de l’évangile de Matthieu, ce fils pour qui un roi a préparé le festin de noces :

« Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils » (22, 2).

De plus, les hommes soumis à la sentence l’invoquent par le titre divin de Kyrios.

Le Christ est donc tout à la fois :

         Fils de l’homme

         Roi siégeant sur un trône de gloire

         Juge promulguant la sentence finale

         Fils de Dieu

         Seigneur

         Berger

         Ayant autorité sur toutes les nations

         En relation de solidarité de type familial, de sang, avec les pauvres et les petits

Tout cet agencement de figures est un peu compliqué… Il correspond difficilement à un discours comme on s’y attendrait s’il venait directement de Jésus. On est plutôt devant un récit rédigé par l’évangéliste et proposant indirectement une présentation synthétique de diverses fonctions du Christ glorieux, ces fonctions ayant déjà été mentionnées au cours de l’évangile. On a même tendance à voir en cet ensemble de titres glorieux le signe d’une rédaction tardive.

Un jugement sévère

L’évangéliste nous a déjà rapporté des enseignements sur le futur jugement et son caractère inévitable. Mentionnons seulement deux textes :

1/ L’image de la séparation se trouvait au cœur du discours en paraboles, puisqu’elle appartient aux leçons de deux paraboles. Ainsi la parabole de l’ivraie s’achève sur cette décision de la part du propriétaire :

Les serviteurs lui disent : « Veux-tu donc que nous allions la ramasser ? – Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l'ivraie, d'arracher en même temps le blé. Laissez l'un et l'autre croître ensemble jusqu'à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes que l'on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier » (Mt 13, 28-30).

De son côté, la parabole conclusive de l’ensemble du discours met en scène des pêcheurs triant le fruit de leurs efforts nocturnes :

« Quand le filet est plein, les pêcheurs le tirent sur le rivage, puis ils s’asseyent, recueillent dans des paniers ce qu’il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien. 49 Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justes pour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents » (13, 48-50).

2/ Dans un tout autre contexte, pour exhorter les auditeurs à l’écoute de la prédication du Royaume, Jésus s’était adressé de manière sévère aux habitants de villes de Galilée qui n’auront pas accueilli l’Évangile : elles seront plus durement châtiées « au jour du jugement » que Sodome et Gomorrhe (10, 15 ; cf. 12, 41-42).

On retrouve l’avertissement prononcé en Dn 12, 2 : « Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. »

Une fois de plus, nous nous trouvons devant une parabole qui ne laisse aucune perspective de conversion de la part de l’homme et de pardon de la part de Dieu. À l’heure du jugement, la décision est irrévocable.

Ils étaient prévenus

Les points sur lesquels le jugement est porté correspondent à des obligations bien connues du lecteur des Écritures. On y trouve en effet les passages suivants :

Le jeûne qui plaît à Dieu « n’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ? » (Is 58, 7).

« Quiconque est juste, pratique le droit et la justice, … donne son pain à qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu, … se conduit selon mes lois et observe mes coutumes en agissant selon la vérité, un tel homme est juste, il vivra, oracle du Seigneur Dieu » (Ez 18, 5-9).

Qui fait la charité au pauvre prête au Seigneur qui paiera le bienfait de retour (Prov 19, 17).

Une formule est particulièrement courante dans le judaïsme pour désigner l’obligation de l’aumône : donner des vêtements à qui est nu…

Ce qu’ils n’avaient pas prévu

Si les reproches correspondaient à des obligations connues des Juifs, un élément essentiel leur échappait, donnant une charge spécialement forte à l’accusation : les nécessiteux sont les frères du Roi[3]. Là encore, le récit de Matthieu avait précédemment pris le soin – et avec insistance – de définir la « sacramentalité » du pauvre :

« Quiconque donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en [son] nom de disciple, amen je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense » (10, 42).

« Quiconque accueille un enfant tel en mon nom, c’est moi qu’il accueille. Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer » (18, 5-6).

« Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux » (18, 10).

« Mes frères » : normalement, selon l’enseignement de Mt, ce sont les disciples de Jésus qui sont officiellement ses frères (voir 12, 48-50 ; 28, 10 ; Radermakers). Apparemment, le récit élargit à tout homme cette solidarité de Jésus avec le pauvre…

La plupart des commentaires soulignent avec raison que les reproches concernent des fautes par omission : les mauvais n’ont pas fait ce qu’ils étaient supposés faire et cela par inconscience (et non par refus volontaire).

Mais le récit ne se contente pas de ce rappel ; il veut attirer l’attention sur le fondement nouveau de la pratique de l’aumône, à savoir que ce que la Loi supposait de tout Juif fidèle est désormais fondé sur la présence spéciale du Christ dans les destinataires du geste. Il est possible que cela ne soit pas totalement nouveau dans la tradition juive, puisqu’on y trouve – dans des écrits postérieurs il est vrai – que le nécessiteux est sous la protection immédiate de Dieu : « Mes enfants, si vous avez donné à manger aux pauvres, je vous le compterai comme si c’était à moi que vous l’aviez fait. »[4] Cependant, dans le récit de Matthieu, Jésus prend, une fois de plus, la place de Dieu, ce qui fut la manière inaugurale de formuler sa divinité.

Le récit va plus loin encore : indirectement en effet, il affirme la permanence de l’incarnation malgré l’apparente distance que la résurrection du Christ a occasionnée entre lui et les hommes. C’est une affirmation capitale pour les membres de la communauté chrétienne !

D’un autre côté, on est étonné que le critère du jugement ne fait aucune référence à des pratiques liturgiques, à l’application de préceptes reçus par révélation, encore moins à la Loi de Moïse : les élus ont pratiqué l’aumône selon leur conscience et cela est suffisant.

La récompense des justes

La récompense accordée aux justes (« Recevez en héritage le royaume ») correspond à celle des Doux, dans la liste des Béatitudes qui ouvre le Discours sur la montagne : « Heureux les doux, car ils posséderont la terre » (5, 5). Dans le Ps 37, 11, c’est la récompense des humbles, terme quasiment synonyme de doux.

 



[1] « Il ne nous paraît pas exagéré de dire que, tout au long de ces chapitres, les évocations eschatologiques sur la Fin de l’histoire, et même apocalyptiques sur les catastrophes qui signaleront cette fin, sont mises au service de l’éthique, conformément à l’insistance constante avec laquelle Mt relève la nécessité des œuvres. […] C’est pour souligner l’importance "dernière" des actes d’amour, c’est-à-dire de secours au service des plus petits que Mt donne cette évocation de l’avènement du Fils de l’Homme » (P. Bonnard, L’évangile selon saint Matthieu, p. 364).


[1] Cependant le recours à ces textes vétérotestamentaires relatifs aux bergers et aux troupeaux n’apportent rien de particulier pour la compréhension du récit.

[2] Un juge qui agit sans procédure judiciaire.

[3] « Les moindres de ces miens frères-ci », selon la traduction littérale proposée par J. Radermakers. « Ces » est un démonstratif "explétif".

[4] Midrash Tanaïm sur Dt 15, 9.

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