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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Introduction aux lettres de saint Paul à Timothée et à Tite ("Pastorales")

Publié par Biblissimo sur 16 Décembre 2010, 17:07pm

Catégories : #Corpus paulinien

Introduction aux lettres de saint Paul à Timothée et à Tite

1.     Pourquoi « pastorales » ?

Pour deux raisons : on voit en Timothée et Tite deux "pasteurs" ; les trois lettres traitent, entre autres, de questions relatives à des hommes qui ont un rôle d’autorité, d’enseignement, de discipline dans la communauté, les « presbytres » et l’ « épiscope », rôle qu’on qualifie souvent de "pastoral". Mais la racine liée à la « pastorale » est totalement absente de ces lettres.

2.     Pourquoi ces trois lettres sont-elles lues ensemble ?

En plus du fait qu’elles sont adressées à deux personnages individuels (les autres épîtres sont adressées à des communautés), qui d’ailleurs se ressemblent comme compagnons appréciés de Paul), il se trouve qu’elles présentent la même problématique, le même contenu, le même vocabulaire caractéristique et le même genre littéraire.

Usage similaire du cadre épistolaire, désignations des destinataires comme les fils de Paul, le sens théologique du titre de « Sauveur », les formules de confession dogmatique, la référence insistante à l’Épiphanie du Christ, l’image de la maison pour désigner et qualifier l’Église, l’intention parénétique, le recours à des listes de vertus et de vices. 2 Tm, moins concernée par les questions relatives à l’organisation ecclésiale, se démarque littérairement des deux autres.

R. F. Collins : un même auteur. Tite précède chronologiquement les lettres à Timothée.

3.     Le genre littéraire

Il y a bien dans chacune des trois lettres les caractéristiques du genre épistolaire tel que nous l’avons défini dans les autres lettres, en particulier dans 2 Tm, mais il apparaît nettement que ces écrits relèvent d’un genre différent.

Les études ont montré, surtout pour 1 Tm et Tite, qu’elles reprennent un schéma courant dans la littérature polémique profane, par exemple quand des philosophes veulent dénoncer les écrits ou les enseignements oraux des sophistes. Leurs propos sont souvent polémiques (exagération, simplification, absence d’argumentation précise, ton combattif) et opposent aux dires des sophistes leur propre enseignement comme la vraie sagesse, la saine doctrine, la vraie foi, le bon dépôt, qu’il faut dissocier des enseignements des adversaires. Dans les Pastorales, les adversaires sont présentés comme des « hommes de parti » (Tt 3, 10), enseignant sous forme de « controverses (zètèseis) vaines et stupides », de « querelles de mots » (logomachein), ne transmettant que des « mythes » ou des fables (1 Tm 1, 4 ; 4, 7 ; Tt 1, 14 ; 2 Tm 4, 4) et ayant l’apparence de « bavardages impies de vieilles femmes ».

Collins : la texture semble correspondre à un écrit étudié pour être lu à haute voix (assonances).

2 Tm : Testament de Paul en forme de lettre à son fils bien-aimé Timothée contenant des conseils et injonctions relevant du genre polémique.

4.     Les différences avec l’enseignement de Paul dans les proto-pauliniennes

4.1 La doctrine

On ne part pas tant de l’Évangile que du dépôt de la foi tel que les prédicateurs l’ont transmise : « Ce que tu as appris de moi, confie-le à des hommes sûrs » (2 Tm 2, 2).

1- Le discours sur Dieu utilise des titres et des qualificatifs appartenant à la littérature juive hellénistique (Philon notamment) provenant de certains courants philosophiques (Eth. Nic., 10.8.7) : bienheureux, immortel, philanthropie, épiphanie ; « Sauveur » est un titre fréquent dans le monde Gréco-romain pour désigner des dieux ou des empereurs ;

 

2- On insiste sur la valeur des « bonnes ou belles œuvres » plutôt que sur la vie selon l’Esprit ; la formule « en Christ » n’a pas de force spirituelle particulière et pourrait être rendue par « chrétien » ;

 

3- La vie chrétienne tourne autour de la piété (eusèbeia)[2] et suppose la maîtrise de soi ; pas de mention de la croix ;

 

4- L’Esprit opère la régénération de l’homme en connexion avec le baptême, « bain de régénération » (Tt 3, 5), mais il est aussi le garant du « dépôt » confié ;

 

5- La foi, de lien vivant entre l’homme et le Christ, est devenue doctrine ; Timothée n’a plus à prêcher le mystère pascal, mais une doctrine transmise par Paul ; l’amour-charité n’est plus présenté comme la vertu par excellence, mais comme une vertu parmi d’autres ;

 

6- La grâce de Dieu dans le Christ mort et ressuscité est la cause de toute conversion et de toute sainteté.

 

« Dieu sauveur » est appliqué au Père en Tt 2, 10.13 ; 2 Tm 1, 9 ; au Christ en Tt 2, 13 – voir Rm 9, 5 : « de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! »

Il n’y a pas de contradiction de fond avec le paulinisme, mais l’accent est déplacé.

 

4.2 Les faux docteurs

Les Pastorales, à la différence des autres épîtres, n’entrent pas en débat avec les arguments présents dans les « faux enseignements » de ceux qui se sont « détournés » de la vérité ou de la foi.

Deux types d’erreurs : type spiritualiste : l’importance de la connaissance, de l’ascèse, des généalogies et l’affirmation que la résurrection a déjà eu lieu. Type judaïsant : les « docteurs de la Loi » suscitent des « controverses sur la Loi » ; ils viennent de la circoncision ; ils répandent des fables juives ; recommandent des prescriptions alimentaires basées sur le pur et l’impur. Gnose primitive influencée par des éléments juifs ?

De fait on identifie souvent les adversaires à des judéo-chrétiens qui enseignent la Loi (1 Tm 1, 7 ; Tt 3, 9), les mythes (ou les fables) des Juifs (1 Tm 1, 4 ; 4, 7 ; Tt 1, 14 ; 2 Tm 4, 4), les généalogies interminables (1 Tm 1, 4 ; Tt 3, 9), le respect de certaines interdictions alimentaires (1 Tm 4, 3-5). Selon eux la résurrection a déjà eu lieu (2 Tm 2, 18).

 

4.3 L’organisation ecclésiastique[3]

Le thème de la maison semble avoir remplacé celui du corps… Dommage !

La charge des responsables est triple : présider les assemblées ; enseigner la Parole de Dieu, réfuter les fausses doctrines en veillant sur la foi. Elle est développée dans le cadre d’une discipline ecclésiastique mûrie par le temps.

Timothée et Tite exercent une responsabilité supérieure à eux, notamment en veillant sur l’organisation des églises.

Les dénominations : le rapport entre « épiscope » (toujours au singulier) et « presbytres » n’est pas clair. Déjà l’épiscopat monarchique ? L’épiscope est-il un presbytre détenant une autorité supérieure ? Y a-t-il un collège presbytéral comme on le constate dans les lettres d’Ignace d’Antioche ? Faut-il retracer deux lignes : la conception d’une autorité selon la forme hellénistique, sous la direction d’un « épiscope » et la gestion par un groupe de « presbytres » selon les coutumes de la synagogue ? Pourtant on trouve bien dans le judaïsme la fonction d’un mebaqqer, semblable à celle de l’épiscope, y compris à Qumrân. Il y a un rite d’imposition des mains : 1 Tm 4, 14 ; 5, 22 ; 2 Tm 1, 6 ; tous les presbytres le reçoivent et il leur confère un don spirituel en vue du ministère. Correspond-il au terme technique de l’ordination à l’office de rabbi, la semikhath zeqenîm ?

Pas de mention de prophètes dans la communauté chrétienne ; le terme de didaskalos ne concerne que Paul.

2 Tm 1, 14 ; 2, 2 peuvent servir à fonder la notion de succession apostolique ; on peut peut-être identifier un contenu traditionnel de foi qualifié de « bon dépôt » (parathèkè – 1 Tm 6, 20 ; 2 Tm 1, 12.14).

 

5.     La question de l’authenticité


Presque tous les spécialistes sont convaincus que les Pastorales ne sont pas de Paul, ni d’un de ses compagnons proches ; elles sont donc « trito-pauliniennes ». On peut regrouper leurs explications en quatre types :

 

1- Raisons littéraires, dans la mesure où leur style tranche par rapport à ces autres lettres que l'on qualifie d'authentiques et dont le corpus est souvent réduit à Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Philippiens, 1 Thessaloniciens et Philémon. Les Pastorales ont un vocabulaire propre : piété, épiphanie, particules et n’ont pas un grand nombre de termes ou expressions présents dans les proto-pauliniennes.

 

2- Raisons ecclésiologiques, dans la mesure où l'organisation ecclésiastique des Pastorales est très peu représentée dans les autres lettres et paraît refléter une période postérieure. On ne trouve pas les termes épiskopos et presbyteros dans les autres lettres.

 

3- Raisons théologiques, dans la mesure où les préoccupations et les orientations des Pastorales paraissent très loin des préoccupations et orientations des lettres proto-pauliniennes.

 

4- Raisons chronologiques, dans la mesure où l'on ne voit guère comment insérer les Pastorales dans la trame de l'histoire paulinienne, telle qu'elle nous est restituée en particulier par Luc dans les Actes des Apôtres.



[1] La présentation donnée dans Introduction à la Bible. T. III : N.T., vol. 3 : Les lettres apostoliques, par M. Carrez est bien faite et a l’avantage de ne pas se lancer dans les explications de vocabulaire. Celle de Y. Rédalié, dans l’Introduction au N.T. de D. Marguerat  est plus dense mais excellente.

 

[2] Excellente présentation de cette vertu dans la religion gréco-romaine et chez Philon dans R. F. Collins, 1 & 2 Tm and Titus. Excursus 7: Godliness, p. 122-126.

 

[3] Voir H. Schlier, La hiérarchie de l’Église d’après les épîtres pastorales, in : Le temps de l’Église, p. 140-156.

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