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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Les miracles de Jésus dans les évangiles

Publié par Biblissimo sur 15 Novembre 2009, 16:30pm

Catégories : #Synoptiques & Actes des Apôtres

Comment lire les récits de miracles attribués à Jésus dans les évangiles? Sont-ils historiques? Quelle est la part de rédaction des évangélistes? Sont-ils des preuves que Jésus était le Fils de Dieu? Et les exorcismes? Ce document est une ébauche de dossier sur ce sujet sensible.

1. Miracles des temps messianiques

Selon la tradition rabbinique, les miracles de l’Exode sont le prototype des prodiges que Dieu va opérer en faveur d’Israël au temps de la rédemption finale. Plus largement, il y aura parallélisme entre les événements de l’Exode et ceux de la rédemption aux temps messianiques. Ajouter à cela que les temps eschatologiques seront nécessairement accompagnés de miracles. Cf. Jn 7, 31 : « Dans la foule, beaucoup crurent en lui et disaient : "Le Christ, quand il viendra, fera-t-il plus de signes que n'en a fait celui-ci ?" »

Les miracles comme faits ont pour but non de prouver la vérité de la religion mais d’exprimer la sollicitude constante de Dieu et de sa miséricorde. Les récits de miracles ont pour but de manifester un aspect de l’avènement du Royaume.

La grande différence entre miracles de l’A.T. et miracles de l’époque post-biblique : ceux-là concernent le peuple d’Israël et ils sont fondateurs, ceux-ci visent des individus et sont le fait d’hommes particulièrement pieux.

 

2. L’activité thaumaturgique de Jésus

2.1 Jésus thaumaturge

Jésus agit de lui-même, ou sans le vouloir. Il demande ou non la coopération des participants (« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »). Il discerne l’intention de son interlocuteur (signe de Jonas).

 

2.2 Miracles et démonologie

Les maladies ne sont pas systématiquement attribuées à des démons ou esprits impurs. Dans ces récits, la puissance de la maladie ne semble nullement personnifiée : c’est une force aveugle dont l’homme est victime mais dont Jésus se montre maître. Attention : formules ambiguës du style : « Jésus menaça la fièvre », « rudoie le lépreux » et le chasse (démon de la lèpre).

L’action de Jésus n’a pas pour cadre la pratique de la magie, mais elle suppose une représentation très précise de Satan et des esprits, responsables des divers maux humains.

« Á la veille de la Pâque, on pendit Jésus de Nazareth. Le héraut le précéda pendant quarante jours en disant : Jésus de Nazareth sera lapidé parce qu’il a pratiqué la sorcellerie et égaré le peuple » (Talmud, bT Sanh. 43a).

 

2.3 Vocabulaire du miracle et pratique de Jésus

Dynameis : actes de puissance (Mc 5, 30 : une dynamis sort de Jésus pour guérir la femme hémorroïsse). Et signes.

Gestes (salive et doigt) et paroles.

Prière et jeûne ? « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous auriez dit au mûrier que voilà : "Déracine-toi et va te planter dans la mer", et il vous aurait obéi ! » (Lc 17, 6).

 

2.4 Quatre formes de miracles

Avant toute étude sur le rôle des miracles dans l'histoire, il convent de distinguer les différentes formes d'interventions à caractère extraordinaire. Voici une proposition généralement acceptée:

- Miracles don : Cana, multiplications des pains, pêche miraculeuse (Lc 5) ; et de sauvetage : marche sur la mer, tempête apaisée ;

- Miracles d’exorcisme : épileptique ;

- Miracles de guérison : Hémorroïsse, fille de Jaïre, fils de la veuve de Naïn ;

- Récits à visée catéchétique : Aveugle-né, femme voûtée, main desséchée, paralytique de Capharnaüm.

 

2.5 Comment lire un récit de miracles ?

- Les circonstances (enseignement, demande de la part du malade ou d’un proche…), les participants ;

- Le type de maladie / de bienfait (des maladies sont aussi des causes d’exclusion sociale, p. ex.) ;

- L’arrière-fond vétérotestamentaire (Élie ressuscite le fils de la veuve de Sarepta ; la manne…) ;

- Caractéristiques littéraires du récit (vocabulaire ou formules présentant un intérêt particulier) ;

- De quoi le miracle est-il signe ? : ce qui nous est dit de Jésus et de sa mission / du disciple du Royaume.

 

3. Les miracles de Jésus en Luc[1]

Jésus guérit dans le cadre de son enseignement : 4, 31 ; 5, 1-3.17 ; 6, 6 ; 13, 10. Illustrant ainsi le message évangélique.

Miracle de châtiment : 1, 20-22 (Ac 5, 1-11 ; 12, 20-23 ; 13, 11).

En accomplissement de miracles d’Élie et Moïse, qui servent alors de « types » de Jésus : 7, 11-17 (veuve de Naïn) ; 8, 40-42.50-54 (fille de Jaïre) ; 11, 20. Relie étroitement l’activité thaumaturgique de Jésus à ceux des prophètes de l’A.T., dans la continuité du dessein de Dieu.

6, 19 : « Toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force (du,namij) sortait de lui et les guérissait tous. » La force est la même qui guérit et chasse les démons.

Luc note à plusieurs reprises que Jésus est plus qu’un prophète : il est Seigneur.

On ne trouve qu’une seule fois l’indication d’une motivation morale de la part de Jésus : « il eut pitié » de la veuve (7, 13).

Jésus n’use jamais de son pouvoir pour lui-même.

Dans la ligne de l’A.T., Jésus attribue le pouvoir à Dieu : « Par le doigt de Dieu… » (11, 20). 5, 25 ; 7, 16 ; 9, 43 ; 13, 13 ; 17, 15 ; 18, 43. « Dieu a visité son peuple ! », 7, 16. Ac 2, 22 ; 10, 38 (« Parce que Dieu était sur lui »). Il refuse d’être considéré comme un « homme divin » (maître de son pouvoir) et félicite le lépreux de « rendre gloire à Dieu » (17, 15.18). Pourtant, les disciples, de retour de mission, indiquent que l’efficacité de leurs exorcismes vient du fait qu’ils ont invoqué le nom de Jésus (Lc 10, 17) et Jésus confirme : « Je voyais Satan tomber du ciel comme la foudre ! » (10, 18).

 

3.1 Le rôle de la foi

- Préalable au miracle : 5, 20 (« voyant leur foi… » - celle de ceux qui apportent le paralytique) ; 7, 9 (« pas même en Israël, je n’ai vu une telle foi » - au centurion) ; Ac 14, 9.11 (Paul « voyant qu’il avait la foi pour être guéri ») ; 8, 48.50 (« Ma fille, ta foi t’a sauvée », « Crois seulement et ta fille sera sauvée ») ; 18, 42 (« Jésus, fils de David ! –Recouvre la vue, ta foi t’a sauvé » - l’aveugle de Jéricho). Implicitement, lors de la visite à la synagogue de Nazareth, n’accédant pas à la requête adressée par ses concitoyens de faire ce qu’il a fait à Capharnaüm. Participation de l’homme au don du salut, même si cette foi est fort limitée quant à son contenu.

- Les Synoptiques ne font jamais explicitement de la foi le fruit du miracle comme si celui-ci jouait le rôle d’un argument. Un discernement est préalable (cf. surtout Mt 12, 22-24 ; 14, 14-16) : 13, 17 ; 17, 18. La foi que suscite le miracle ne s’impose pas : elle doit être reconnue, accueillie par une décision personnelle. Des dix lépreux, seul un a accueilli la dimension authentique de la guérison comme miracle, car il l’a interprétée dans la foi : « Va, ta foi t’a sauvé ! ».

- Le miracle n’est pas un argument, mais un signe qui appelle l’homme à s’engager pour le royaume ; le miraculé gérasénien « priait Jésus de le garder avec lui » (8, 38) et l’aveugle de Jéricho « suivait Jésus en glorifiant Dieu » (18, 43).

La foi n’est pas explicitement présentée comme fruit d’un miracle. Cependant : reproches à Chorazin et Bethsaïde (Lc 10, 13), qui suppose que les miracles n’imposent pas la foi. Á la différence de Jn (2, 11.23 ; 4, 53 ; 9, 38, 11, 45). Les premiers disciples ne sont aptes à répondre à l’appel de Jésus qu’après avoir assisté à des miracles. « Jésus accrédité auprès de vous par les actes de puissance, les prodiges, les signes » (Ac 2, 22). Le miracle contribue à la genèse de la foi, mais ne l’impose pas.

 

4. Le miracle dans la tradition juive post-biblique

Nombreux récits de miracles de guérison.

Rab Papa[2], dit à Abbayé : « Dans quelle mesure les générations antérieures étaient-elles différentes pour que des miracles se produisent en leur faveur ? – Les générations antérieures ont fait le sacrifice de leur vie pour la sanctification du Nom tandis que nous ne le faisons pas » (Berakhot, 29a).

 

Lorsque R. Adda b.Ahava[3] désirait qu’il pleuve, il lui suffisait de retirer sa sandale (comme on le fait pour prier) pour que la pluie se mette aussitôt à tomber. Lorsqu’il ôtait ses deux sandales, la terre était inondée (j. Ta‘anit 111,12,67a).

 

5. Bibliographie

Les miracles de Jésus selon le Nouveau Testament, par J.-N. Aletti, L. Beirnaert, J. Calloud, M. Carrez, G. Combet, J. Delorme, A. George, P. Grelot, K. Hruby, P. Lamarche, S. Légasse, X. Léon-Dufour (Parole de Dieu), Seuil, 1977 [Études de théologie biblique et d’exégèse fouillées et diversifiées qui couvrent l’ensemble du thème ; très bon. Voir notamment : Les miracles de Jésus et la démonologie juive, par P. Grelot]

 

John P. Meier, Les miracles, in : Un certain Juif Jésus. Les données de l’histoire. Vol. II : La parole et les gestes (Lectio divina), Cerf, Paris, 2005, pp. 385-764.

 


[1] Voir A. George¸ Le miracle dans l’œuvre de Luc, in : Les miracles de Jésus, pp. 249-268.

[2] Maître babylonien, mort en 375.

[3] Maître babylonien du 3ème siècle.

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René Rigot 15/02/2015 09:09

Je suis arrivé sur votre site en posant la question à Bing:
"Que sont devenus les "miraculés" des évangiles?"
Merci de cette synthèse sur les miracles qui donne beaucoup à réfléchir.
Ce qui est étrange c'est que nous ne savons rien sinon pas grand chose des personnes qui sont les bénéficiaires de ces miracles. Le corps ou l'esprit remis dans son état normal, la vie reprends ses droits, mais pouvons nous dire quelque chose de plus qui oriente notre vie pour aujourd'hui.
Pourquoi ce silence?
A moins que les Actes nous indiquent ce devenir à travers le don de l'Esprit dont ont bénéficiés les apôtres et nous par le baptême?
Ou alors devons-nous nous faire une idée de cette question par notre vie personnelle sans chercher un "modèle " de réponse?
Si je devais construire une réponse j'essaierai d'aller dans ce sens mais y-a-t-il d'autres directions?
Merci à vous

Biblissimo 21/02/2015 11:13

Cher ami,
après réflexion, et pour rester aussi proche que possible des écrits bibliques (puisque c'est mon "boulot" ici, je soulignerai les quelques notes qui invitent le lecteur à imiter les réactions des bénéficiaires et des témoins des guérisons, voire retours à la vie, par l'action du Christ. Ainsi, la belle-mère de Simon-Pierre se met à servir Jésus et ses disciples (le verbe est à l'imparfait, temps de la durée); l'homme délivré de sa légion de démon veut le suivre, puis, sur le refus de Jésus, se met à proclamer les bienfaits reçus; les disciples, dans la barque, sont saisis d'une crainte religieuse et s'interrogent sur l'identité de leur maître, ouverts à une dimension de lui rejoignant celle de Dieu marchant sur le dos de la mer (cf. Job) ou calmant le vent et la mer (cf. Ps 107). Jésus envoie le lépreux auprès des autorités religieuses chargées de reconnaître sa guérison et, par là, de le réintégrer dans la vie sociale. Ayant guéri la femme hémorroïsse, il cherche à tout prix à établir un dialogue avec elle pour qu'elle entende qu'au-delà de l'amélioration de sa santé physique, elle est entrée dans un chemin de salut. Les foules se doutent qu'en Jésus, celui qui a rendu la vie au fils unique de la veuve, donc condamnée à la mendicité, Dieu a visité son peuple, selon une expression biblique bien connue (cf. Benedictus)... De plus, les circonstances et le geste de Jésus remettant l'enfant à sa mère ont pour but d'affirmer que Jésus est le nouvel Élie, et qu'il est plus puissant que lui (cf. 1Rois).
Le plus étonnant est de n'avoir aucun rapport de Lazare, de retour de quatre jours au shéol... Le but du récit n'est pas dans ce qui ce que Lazare a vécu à sa sortie du tombeau mais dans ce qui a précédé, les déclarations aussi bien des sœurs du défunt que de Jésus, et dans la décision finale des autorités juives de mettre fin à l'activité de Jésus.
Autrement dit, les récits de miracles sont toujours à lire dans le cadre de l'annonce du salut par Jésus-Christ. C'est ainsi qu'ils ont été rédigés. Donc pas de place pour la curiosité!
Notre expérience des signes "charismatiques" est que leur effet véritable se trouve au niveau de notre conversion et de notre engagement à la suite du Christ, sous quelque forme que cet engagement prenne: au-delà de la guérison, pour prendre un exemple, comment la foi ou l'espérance ou l'amour ont grandi dans le cœur du bénéficiaire ou des témoins? Quelle transformation intérieure s'est opérée suite au constat d'une intervention de Dieu dans sa vie? Là aussi quelle que soit la forme de cette intervention, avec toute la part de subjectivité qu'il y a souvent.
Bonne continuation!
Biblissimo.

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