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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Pour une théologie basée sur une christologie plus proche de la Bible et conforme au sens de l'histoire (II). Moltmann: La Trinité se révèle à la Croix

Publié par Biblissimo sur 17 Octobre 2010, 17:40pm

Catégories : #Christologie et Bible

Présentation de l’ouvrage Le Dieu crucifié[1], de Jürgen Moltmann par J. Moingt.

Les pages consacrées par J. Moingt sur cet ouvrage fondamental de la théologie contemporaine sont sans doute le meilleur résumé de la thèse de Moltmann. En voici les principaux passages[2].

 

Parler du Dieu crucifié, explique J. Moltmann en renvoyant à Luther, c’est reconnaître Dieu dans le Christ crucifié. « L’athéisme de la protestation contre Dieu » impose la considération de la Croix comme moyen de « poser la question d’une révolution éventuelle de l‘idée de Dieu » : « Ou bien Jésus abandonné de Dieu es la fin de toute théologie, ou bien il est le commencement d’une théologie et d’une existence spécifiquement chrétiennes et donc critiques et libératrices » (p. 10-11). Moltmann s’engage dans cette voie en constatant que, de son temps, la recherche sur Dieu pointe dans cette direction : « Il se dessine aujourd’hui une convergence, dans la réflexion théologique, pour centrer le problème de Dieu et de la connaissance de Dieu sur la mort du Christ en croix et pour tenter de comprendre l’être de Dieu à partir de la mort de Jésus » p. 226). En effet, « l’histoire qui conduit Jésus à la mort » montre « le conflit entre le Dieu que Jésus prêchait comme son Père et le Dieu de la Loi, tel que le comprenaient les gardiens de la Loi, ainsi que les dieux politiques de la puissance occupante romaine » (p.148) ; et la présence de Dieu dans le Christ en croix, si on la prend au sérieux, montre un Dieu en souffrance, un Dieu de liberté (p. 178-179, 216-220, 223), très différent du Dieu du monothéisme philosophique et du théisme (p. 245-246, 254). La Croix citrique l’idée de Dieu en obligeant à renouveler aussi l’idée du salut : « La connaissance de la croix est la connaissance de Dieu dans sa souffrance pour l’homme non humain, c’est-à-dire dans ce qui est le contraire de tout ce que cherche et veut atteindre ce dernier comme son être divin » (p. 88-89). Elle donne à la christologie une « dimension politique » (p. 169), qui lui permet de répondre à la question de la souffrance (p. 179) et de « la justice dans l’histoire » (p. 199-203).

Parce qu’elle paraît en contradiction avec la prédication eschatologique de Jésus (p. 144), la Croix pose la question décisive : « Celui qui annonçait la proximité du Royaume de Dieu est mort, abandonné par Dieu. […] Le problème fondamental et le commencement de la christologie est donc en définitive le scandale et la folie de la croix » (p. 146). Or, il n’est pas possible que Dieu abandonne son Fils à la mort sans en être affecté en son être même. Du coup, la Croix n’est plus simple affaire entre Dieu et l’homme, elle se révèle en tant qu’événement trinitaire entre le Père et le Fils (p. 283), et c’est alors que la question christologique est posée sous son vrai jour.

« En face de la doctrine traditionnelle des deux natures dans la personne du Christ, elle doit partir de l’aspect de totalité de la personne du Christ et comprendre la mort du Fils dans sa relation au Père et à l’Esprit » (p. 233).

« La croix se trouve au centre, dans l’être trinitaire de Dieu, elle sépare et unit les personnes dans leurs relations réciproques et les fait voir concrètement. […] Qui dit vraiment Trinité parle de la croix de Jésus et ne spécule pas sur des énigmes célestes » (p. 235). « Nous avons interprété l’événement de la croix d’une manière trinitaire, comme événement mettant deux personnes en relation, et dans lequel ces personnes se constituent elles-mêmes les unes envers les autres dans leur relation même » (p. 283).

Moltmann « affirme fortement que la christologie [ainsi comprise] ne peut pas s’appuyer sur une notion présupposée de la Trinité, car la révélation de la Trinité ne se fait nulle part ailleurs que sur la croix de Jésus. Il dit plus : non seulement elle se révèle là, mais encore c’est là qu’elle se constitue par la relation Crucifié ressuscité avec le Père et l’Esprit. Il montre ainsi que l’événement du Christ se déploie en événement trinitaire et que l’intelligence de l’être du Christ ne peut être tirée que de ce déploiement, qu’il incombe à la christologie de raconter « trinitairement ». Il noue la compréhension de l’être du Christ à celle du salut, à condition que cette dernière se rapporte à l’histoire humaine assumée par Dieu dans le Christ.

 

Limites.

La pensée de Moltmann manque d’argumentation en particulier pour affirmer que ce qui arrive à Dieu et à Jésus dans le temps de l’homme s’accomplit dans l’éternité de Dieu (voir Pannenberg et sa notion de rétro-activité).

Il critique la théorie des deux natures sans la remplacer.

Il affirme nettement que les personnes divines se constituent sur la Croix par leurs relations mutuelles sans raconter comment cela arrive, ce qui peut être fait puisque cela se passe dans un événement historique, et doit être fait pour manifester au plan de l’être ce qui arrive dans l’histoire.

On peut se demander si Moltmann ne refuse pas intentionnellement tout langage métaphysique : « Dans la relation du Christ à son Père, il n’est pas question de sa divinité ni de son humanité, ni de leurs relations mutuelles », p. 283). Mais là où il est question de l’ « être de Dieu » (p. 277), il faut bien accepter de parler le langage de l’être.

Il manque à sa théologie de la croix d’être reliée à une théologie de la création, pour montrer que la souffrance de Dieu ne répond pas à celle des hommes seulement parce que « le Père souffre la mort du Fils » (p. 281) – ce ne serait qu’une consolation –, mais parce qu’elle achève son travail créateur.

 



[1] Le Dieu crucifié. La croix du Christ, fondement et critique de la théologie chrétienne (Cogitatio fidei, 80), Cerf, Paris, 1974 (Der Gekreugzite Gott, Kaiser, Munich, 1972).

[2] Voir L’homme qui venait de Dieu (Cogitatio fidei, 176), Cerf, Paris, 1993, p. 276-280.

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