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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


La parabole des dix vierges (32° dimanche du T.O.- A)

Publié par Biblissimo sur 4 Novembre 2011, 18:00pm

Catégories : #Paraboles évangéliques

Seuls devant la Porte du Festin (32° dimanche du T.O.-A)

La parabole des dix vierges (Mt 25,1-13)

Alors il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s’en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l’époux.

Or cinq d’entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées. Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d’huile ; tandis que les prudentes, en même temps que leurs lampes, prirent de l’huile dans les fioles.

Comme l’époux se faisait attendre, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.

Mais à minuit un cri retentit : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! » Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. Et les sottes de dire aux prudentes : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. » Mais celles-ci leur répondirent : « Il n’y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. »

Elles étaient parties en acheter quand arriva l’époux ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma. Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! » Mais il répondit : « En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! »

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. 

Une histoire de mariage en Orient

Dix vierges, dix jeunes filles nubiles choisies par la fiancée, attendent le moment de la rejoindre pour partager ses dernières heures d’enfance, de liberté, d’insouciance. Elles seront ses confidentes, ruban d’amitié et de confiance à ce tournant d’une vie de femme.

Les jeunes filles forment un groupe constitué : le chiffre dix en est le symbole. Chacune est en droit d’attendre assistance des autres ; la solidarité les unit autour de la fiancée.

On ne nous dit rien de celle-ci ; et du fiancé nous ne connaîtrons que son retard. L’essentiel de la parabole n’est pas dans l’identité des deux personnages, mais dans l’histoire de ces dix jeunes filles dont la noce n’aura été que l’occasion[2]. L’occasion de la rupture du groupe des compagnes.

Le fiancé tarde. Les tractations, en milieu oriental, doivent durer. Le père de la jeune fille ne doit pas laisser croire qu’il la laisse partir à bas prix, ou, si le prix a été fixé depuis longtemps, il doit montrer combien il lui coûte de voir sa fille appartenir à une autre famille ! C’est un jeu, combien sérieux ! Il est de règle encore dans certaines familles d’Afrique et d’ailleurs. Ce soir-là les formalités ne s’achèveront que peu avant minuit. Le fiancé, accompagné de ses propres compagnons, se rend alors au domicile de la jeune fille pour la prendre et l’emmener chez lui ; alors la fête pourra commencer…

Le récit nous demande d’attendre le Royaume des cieux comme on attend un festin de noces. Une fois de plus, le Royaume de Dieu est célébration de l’amour et Dieu en est la source. Car c’est l’amour qui donne sens à toute l’existence. Les noces disent la promesse de fidélité mutuelle, du don total de soi de deux êtres faits pour aimer, pour s’aimer. Au cœur de l’humanité, c’est déjà le mystère de l’Église devant le Christ. Cette aspiration devrait réunir dans la joie tous les baptisés, nous mettre tous en attitude d’attente active.

La parabole note au passage que les dix compagnes se sont laissé gagner par le sommeil. On peut se demander en quel lieu elles se trouvent alors, ce qui nous orienterait vers un trait difficilement réaliste : à l’extérieur ? Dans la maison de personnes proches ? C’est un élément qui nous oblige, parmi d’autres, à ne pas trop rechercher une mise en situation historique précise, mais à nous laisser guider par les éléments propres à l’histoire. Si on veut qualifier positivement ce sommeil, on pourra renvoyer au célèbre trait amoureux du Cantique des cantiques: "Je dors mais mon coeur veille" (Ct 5,2).

Plus utile est la remarque suivante. Contrairement à ce qu’on pense spontanément et à la différence de la parabole précédente, cette faiblesse ne leur est pas reprochée. La leçon est ailleurs. Le fait d’être sensée ne tient pas dans la capacité à rester en état de veille. Il suffira d’entendre le cri. De toute façon, les paraboles précédentes nous ont déjà clairement avertis de la nécessité de veiller : gare au serviteur retenu par un repas de débauche quand le maître arrive à l’improviste (24, 45-51) ; dormira-t-il le propriétaire à l’heure où il sait que le voleur viendra le dévaliser (24, 43-44) ? Soyons prêts : le jugement final adviendra pour nous comme le déluge aux jours de Noé ; nous n’aurons aucun moyen de lui résister (24, 37-39). Non, la parabole des dix vierges nous oriente vers un autre enseignement…

Question d’approvisionnement en huile

On ne reproche donc pas aux vierges de dormir, mais un drame se prépare pour les cinq jeunes filles dont l’huile s’est épuisée[3].

L’histoire de la parabole tourne autour d’un groupe. Le chiffre, nous l’avons souligné, est symbolique à dessein. Il dit bien que nous ne sommes pas seuls à préparer l’avènement du Royaume ; que l’Évangile est affaire de communion, de fraternité, de soutien mutuel. On célèbre difficilement seul. Pourtant, si la parabole avait voulu nous inviter au partage, elle aurait facilement pu montrer le zèle avec lequel les cinq vierges ayant de l’huile en réserve l’auraient partagée avec les autres, démunies. Ou, plus simplement, s’il est vrai que la quantité n’aurait pas suffi, elles les auraient invitées à marcher deux à deux : aussi fragile qu’elle soit, une lampe à l’huile, comme une lampe torche, peut éclairer les pas de deux personnes marchant côte à côte… Il n’en est rien. C’est exactement le contraire que l’histoire met en scène.

Plus encore, le sens précis de la parabole commence à apparaître quand on met en valeur l’ironie à peine voilée avec lequel les vierges dont le bon sens a prévu une réserve d’huile envoient leurs cinq compagnes infortunées chez les commerçants : faut-il être vraiment sot pour espérer trouver de l’huile en pleine nuit !

Oui, nous sommes en droit de nous étonner de l’attitude des cinq vierges approvisionnées en huile. Cela ne convient certainement pas à des personnes prudentes, surtout à l’égard de leurs compagnes, réunies pour une occasion aussi belle que celle de participer aux noces de leur amie commune. Précisément, l’essentiel de la parabole, comme souvent dans ce genre littéraire, nous est indiqué par ce trait bizarre de son histoire. De même qu’il est étonnant qu’un berger laisse 99 brebis dans le désert pour en chercher une ; ou que les citoyens invités trouvent de fausses excuses pour refuser l’invitation aux noces que le roi a prévues pour son propre fils.

Le reste de l’histoire décrit les conséquences de la décision des jeunes filles : quand le cri annonçant l’arrivée de l’époux retentit, les portes du festin s’ouvrent sur les seules cinq vierges prudentes. Elles entrent alors et s’associent à la joie des époux, partager cette qualité de relation particulière qui entoure l’amour de ceux-ci.

Dans cette salle règne l’amour, celui qui rayonne du couple enfin uni et porté par la promesse de bonheur. Ceux qui les entourent sont les vrais amis ; ils ont prévu, avec prudence, les moyens leur assurant d’être au rendez-vous, même à une heure tardive. Une fois cette heure passée, la porte est fermée. Définitivement. Aucune excuse, aucune raison ne pourra la faire s’ouvrir pour d’autres : ils sont considérés comme des inconnus : « Mais nous sommes les amies de ton épouse… – Je ne vous connais pas ! » Les relations d’amitié, si normales dans le cadre d’un mariage, ne tiennent plus…

Prudence et charité

Qu’en est-il donc ? De quoi s’agit-il dans cette parabole ? Pourquoi avoir donné aux cinq vierges prudentes une attitude qui frôle le mépris et cela à une heure aussi grave ? Dans quelle situation une porte peut-elle se fermer de manière aussi absolue ?

Dans un premier temps, la parabole met en valeur la prudence, sous la forme ici de la prévoyance : seules celles qui ont prévu la quantité d’huile nécessaire pour que brûle la lampe toute la nuit ont été introduites dans la salle des noces. Jésus avait un jour recommandé deux vertus à ses disciples : être rusés comme le serpent et candides, purs comme la colombe (Mt 10, 16). Une autre fois, pour montrer combien la prévoyance est nécessaire pour entrer dans le royaume, il avait donné cette comparaison : un homme veut-il bâtir une tour ? Qu’il commence par calculer son budget… Un roi doit-il partir en guerre ? Qu’il évalue d’abord sa puissance militaire…

Dans un deuxième temps, cette prudence se voit confrontée à un cas grave: que répondre à la sollicitation des compagnes dont la lampe ne brûle plus? Visiblement, dans ce cas précis, cette situation ultime, à une heure aussi tardive, la prudence n'a rien à proposer... Il n'y a alors pas d'oeuvre pour accompagner la charité.

Une parabole « du Royaume »

« Alors il en sera du Royaume des Cieux comme… » Nous nous posons maintenant la question : à quelle étape de l’avènement du Royaume se situe la leçon de cette parabole ? Son commencement, comme une semence jetée en terre ? Non, c’est évident. Sa croissance comme quand il faut faire fructifier des talents ? Non plus. Nous sommes au seuil de sa réalisation définitive. La perspective est nettement eschatologique. Une preuve nous est fournie par un indice littéraire assez certain : deux formules que nous trouvons dans la parabole : « Seigneur, Seigneur ! » (la supplication des vierges folles devant la porte fermée) et « Je ne vous connais pas ! » (la réponse sèche de l’Époux) se trouvent presque à l’identique en Mt 7, 21-23. Or ce passage est nettement situé en perspective eschatologique : il nous avertit qu’aucun privilège ne pourra forcer pour nous l’entrée dans le Royaume. Seules comptera l’accord entre notre vie et la Parole entendue. Pas plus le fait d’être les compagnes de la fiancée que celui d’avoir connu le Jésus selon la chair n’ouvriront la porte.

Que nous soyons à la fin des temps apparaît par deux autres traits de l’histoire de la parabole.

Tout d’abord par le caractère définitif de l’exclusion. Les conditions de notre existence terrestres nous permettent de donner et de reprendre notre parole ; nous zigzaguons entre nos désirs humains et la recherche du Royaume. Le retour est toujours possible tant que nos lâchetés ne sont que partielles. Ce que nous serons une fois franchi le seuil de l’autre monde ne laissera plus d’approximation. Notre oui sera oui, offrande totale au Christ sauveur, et notre non signifiera l’exclusion définitive du salut…

L’autre indice littéraire consiste dans le fait que l’Époux se fasse le portier de la maison. Il se montre lui-même aux vierges retardataires comme le Roi face aux brebis et aux boucs dans la parabole qui suit (25, 31-46), clairement située au dernier jour, dans le même rôle que Jésus dans l’avertissement du chapitre 7 (vv. 21-23) mentionné plus haut.

Au dernier jour, nous serons seuls

Mais l’interrogation demeure : pourquoi les vierges prudentes n’ont-elles pas partagé ?

La parabole nous renvoie donc à une situation où on ne peut plus se partager les uns aux autres les moyens du salut. L’explication donnée : « Il n’y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous » n’est qu’un faux prétexte. Car la cause échappe au cadre narratif de la parabole, à la dimension visible de notre existence. Il s’agit d’une situation qui n’est plus affaire de quantité, de biens à partager.

Qu’est-ce qui, dans notre cheminement vers le salut, peut correspondre à une telle situation ? N’est-ce pas l’heure de la décision finale, celle du « Jugement au dernier jour », selon l’expression consacrée ? Car, à cette heure, il nous sera demandé de nous prononcer pour ou contre la primauté du Créateur, pour ou contre la nécessité de recevoir le salut de Jésus-Christ. Et cette décision, du fait du mode d’existence dans lequel nous serons, et parce qu’il faut bien qu’un jour nous sortions du relatif, du changeant, du provisoire, sera définitive. Elle nous ouvrira la gloire du Dieu vivant ; ou nous repliera sur notre autosuffisance. Mais il s’agit aussi de chacune de ces décisions qui nous engagent dès maintenant dans ce choix : nous sommes seuls face à Dieu qui nous appelle ; face au Christ dont le salut nous est donné à travers la libre acceptation de son rôle de Sauveur.

Autrement dit : un engagement de foi est d’autant plus vrai qu’il s’appuie sur une attitude personnelle dégagée de toute influence directe de la part de l’entourage, celui d’aujourd’hui comme celui qui nous a amenés à la vie chrétienne. Cela est vrai de cette vie ; cela le sera encore davantage au moment de la mort. La mort est un rendez-vous de solitude absolue ; c’est pour cela qu’elle est terrible. Personne ne pourra croire pour toi. Personne ne pourra dire oui à ta place. On n’est pas sauvé par délégation, comme on ne vient pas sur cette terre au nom d’un autre. Comme on n’aime pas à la place d’un autre.

Note biblique : le symbole de l’huile

Le premier sens à donner à l’huile dans le cadre de cette parabole, selon la tradition biblique, est celui des bonnes œuvres (voir Midrash sur Nb 4, 16 ; 6, 15 ; 8, 8). Dans ce cas, je suis invité à méditer sur la valeur profonde et décisive de mes propres actes : devant Dieu, je suis seul, portant joyeusement ou douloureusement le degré de responsabilité que j’ai à l’égard de mes actes, fier de moi ou honteux. Tout en sachant que la miséricorde de Dieu m’est assurée, que je peux m’appuyer sur elle, je sais néanmoins que je suis seul à devoir répondre de ces actes dans lesquels j’ai orienté radicalement mon avenir, et, peut-être, celui d’autres frères et sœurs.

 



[1] Pour être plus précis, la parabole des Dix vierges de Mt 25 rassemble dans un récit ayant une certaine cohérence deux textes que nous trouvons en deux endroits séparés dans Lc : la comparaison des serviteurs qui attendent leur maître de retour des noces (Lc 12, 36-38) et l’image des disciples interdits d’accès dans la salle du festin (13, 25-29).

[2] Y aurait-il un rapprochement intentionnel avec les dix concubines qui, laissées à Jérusalem par David fuyant Absalom, attendront pendant de longs mois le retour du roi ? Voir Ph. Lefebvre, L’entrée du Christ à Jérusalem. Lumières de l’Ancien Testament, in : Communio, t. xxxiv (2009), p. 59, note 8. Lefebvre note que le retour de David à Jérusalem pourrait être à l’arrière-plan du récit de l’entrée messianique du Christ, lequel est précédé de la parabole des dix vierges.

[3] Il y a quelque difficulté à se représenter les lampes à huile. On pense spontanément à ces petites lampes en terre cuite dont on « garni » la réserve d’huile qui brûle par le moyen d’une mèche (elles peuvent brûler plus de dix heures de suite…). Mais la scène de mariage supposerait plutôt des torches (plus gourmandes en huile) portées par les jeunes hommes et filles en dansant autour du fiancé en route vers le lieu du repas de noces. D’autres éléments, comme l’idée que des jeunes filles se promènent dans la rue en pleine nuit, montrent que le symbolisme voulu par le récit a mis à mal, comme en bien d’autres paraboles, les coutumes et les conditions historiques.

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Commenter cet article

Catherine Mazas 09/11/2011 12:33


J'aime bien le ruban d’amitié et confiance, et ton insistance sur la qualité d'amour de l'image des noces.
Le paragraphe 'prudence et charité' me semble à compléter, tu ne vas pas au bout de l'explication; ou alors il faut en changer le titre; peux-tu aussi développer le thème du sommeil: lien avec le
Ct 'je dors mais mon coeur veille' ??


Biblissimo 11/11/2011 11:10



OK, j'ai ajouté un commentaire relatif au paragraphe prudence et charité. Et j'ai intégré prudemment une référence à Ct 5,2. Merci de ta collaboration!



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