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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Parabole des invités aux noces (28° dimanche du T.O.-A-)

Publié par Biblissimo sur 8 Octobre 2011, 09:19am

Catégories : #Evangile du dimanche

Evangile du 28° dimanche du T.O.: Les invités aux noces (Mt 22, 1-10)

Cette parabole des invités à la noce fait suite à la celle des vignerons homicides que nous avons entendue dimanche dernier et elle nous place de nouveau face à ce qui fut un véritable drame de l’Église primitive : la séparation entre les disciples du Christ et le peuple juif. Dans la tradition évangélique, cette séparation est expliquée de diverses manières, mais toujours en indiquant la part de liberté laissée aux descendants d’Abraham. Visiblement, il y a grande douleur en cette situation.

Pour la décrire ou, plus précisément, pour nous en avertir, Jésus a choisi de reprendre le thème traditionnel du repas de noces, faisant porter l’histoire sur les invités : ceux qui étaient invités officiellement, les notables principalement, se retirent ; ceux qui étaient a priori exclus du fait de leur condition inférieure se retrouvent à table à leur place.

Attention : les biblistes attirent notre attention sur le caractère secondaire de la deuxième partie de la parabole, celle qui raconte la surprise du roi à l’égard d’un convive mal habillé et sa décision de le châtier durement. Cette partie ne se trouve pas dans le texte parallèle de Lc (14,16-24). Nous devons donc étudier la parabole en deux temps correspondant à ces deux parties.

 

1 Et Jésus se remit à leur parler en paraboles :

2 Il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi qui fit un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir. De nouveau il envoya d'autres serviteurs avec ces mots : « Dites aux invités : "Voici, j'ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces." » Mais eux, n'en ayant cure, s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce ; et les autres, s'emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : « La noce est prête, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. » Ces serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives.

11 Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces. « Ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ? » L'autre resta muet. Alors le roi dit aux valets : « Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. » Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

 

Lectio

L’histoire est simple : une première étape nous situe dans un royaume. Le temps est venu pour le souverain de marier son fils. Ce qui passe inévitablement par un repas de noces pour lequel il faut des invités. On imagine l’abondance et la qualité des mets, l’ambiance de fête et l’intérêt social de participer à une telle assemblée ! Rien de plus logique. Cependant, notre histoire met en scène un fait vraiment surprenant : aucun des invités prévus n’accepte l’invitation. Leur prétexte : ils ont des engagements plus urgents. Certains vont jusqu’à tuer des serviteurs ! Comment alors remplir la salle ? Le roi trouve aussitôt la solution : il envoie ses serviteurs convier tous ceux qu’ils rencontreront sur les chemins. L’ordre exécuté, la salle est remplie.

Une deuxième étape rapporte que le roi décide d’examiner les convives ; il a vite fait d’en découvrir un qui ne porte pas le vêtement de fête ; interrogé, l’homme ne trouve pas d’excuse ; la sentence est rapide, sévère et sans appel : l’homme est aussitôt exclu et envoyé au pire lieu de châtiment qui soit.

 

Meditatio I

Le cœur de l’histoire qui nous rassemble ce dimanche nous présente une sorte de « maximum ». Car au moins trois éléments de grande valeur sont associés : 1/ Un repas de noces offre le maximum de joie ; c’est en tout cas l’intention du père de famille. 2/ Le fait de marier un fils (ou une fille) est l’accomplissement de toute une éducation, dans le cadre de l’histoire d’une famille et, ici, d’un royaume. 3/ Les invités représentent ce qu’il y a de mieux dans un royaume et ces noces sont pour eux la meilleure occasion de se montrer, au roi comme aux autres convives : il s’agit de noces royales !

On sait tous qu’il y a un réel « devoir » de se rendre à certaines noces, le devoir de solidarité, de cohésion familiale et la nécessité de nourrir certains liens sociaux. Cependant, l’invitation est toujours adressée en valorisant la liberté de choix des destinataires. On ne les convoque pas comme s’il s’agissait d’un Conseil d’administration ! Il n’y a pas de fête qui n’exalte la liberté des uns et des autres !

La parabole s’adresse donc à nous sous forme d’invitation à l’assemblée la plus symbolique de la vie sociale en même temps qu’elle nous promet le maximum de réjouissances.

Pourtant, elle met le doigt sur un problème : il se peut que nous refusions.

Pour revenir au contexte de la parabole : il se peut que les membres du peuple élu refusent. Sans doute pas tous, mais, en bons disciples, acceptons la forme généralisante de l’accusation, selon laquelle TOUS les invités ont refusé. Il y a une sorte d’avertissement prophétique dans cette parabole ; or, pour des raisons « professionnelles », les prophètes ne s’embarrassent habituellement pas de précisions ou d’excuses…

Arrêtons-nous sur les raisons alléguées par les invités officiels pour refuser l’invitation :

Mais eux, n’en ayant cure, s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce… (v. 5).

La petite notice indique deux éléments : Premièrement, les invités sont centrés sur ce qui leur appartient : « son champ », « son commerce » ; deuxièmement, ils sont plus intéressés par leur activité professionnelle que par le rassemblement festif au palais royal. Autrement dit, ils sont enfermés dans leur monde, leur logique d’efficacité, de rendement, de valorisation par le travail… Des noces ? Pourquoi des noces ? Une perte de temps ! Laissons cela aux fainéants ! La personne du roi et l’opportunité de mettre de la joie gratuite (on ne fait pas payer les invités à une noce, surtout quand on est roi !) dans leur existence ne comptent pas pour eux. La communauté, lieu du pardon et de la fête, eux, ils ne connaissent pas… Plus exactement, le fait d’être rassemblés par l’autorité, par une personne qu’on n’a peut-être pas choisie, les dérange. Car on imagine qu’il leur arrive de participer à des noces… pourvu qu’elles rassemblent les copains, les collègues, ceux pour qui on a soigneusement défini les critères de proximité, de convivialité, de commensalité.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : il nous faut nous laisser étonner par son rebondissement. En effet, il n’est pas du tout évident qu’on décide de faire venir à table les gens des chemins. Surtout quand on est dans une société composée majoritairement de pauvres, quand les personnes riches et cultivées, éduquées, sont une infime minorité par rapport aux illettrés et aux malades en tous genres. C’est pourtant ce que fait le roi.

Ce roi aurait-il un cœur paternel ? Ce que les invités ont pris pour une invitation purement conventionnelle et à quoi ils ont opposé la rentabilité n’était-ce pas, en fait, une attitude paternelle, le simple désir de partager la joie, la vie, la fête au maximum de personnes et en priorité aux personnes « dignes » (« les invités n’en étaient pas dignes », v. 8), les membres de la cour et les fonctionnaires du Royaume ?

Ce serait alors comme dans cette autre parabole, chez Luc, mettant en scène deux frères dont le plus grand ne voit en leur père qu’un patron pour qui il faut travailler selon des relations de justice…

Ou encore, nous retrouvons ici la générosité du Maître de la vigne qui décide de donner aux ouvriers qui n’ont travaillé qu’une heure le même salaire que s’ils avaient travaillé toute la journée aux côtés des ouvriers de la première heure…

Nous avons dit plus haut que le contexte de cette parabole était sans nul doute le drame de la séparation entre disciples du Christ et peuple juif officiel. Ajoutons ici que, clairement, la parabole a forme d’allégorie au sens où l’histoire est bâtie en fonction d’éléments se rapportant directement au monde « spirituel », celui vers lequel elle oriente le lecteur.

Qu’avons-nous entendu ? Un enseignement qui relève de la révélation évangélique : le Dieu annoncé par Jésus, celui dont toute son existence témoigne, ne veut plus être compris comme un Souverain conventionnel, c’est-à-dire écouté et obéi par devoir, sur la base de relations légales ou coutumières. Le Royaume de Dieu – « Il en va du Royaume de Dieu… », v. 2 – sera accompli à la manière d’une noce magnifique où tous les participants auront reconnu librement qu’il n’y a de véritable joie et amour que celles que le roi donne en partage…

 

Meditatio II

Il nous faut dire quelques mots sur la deuxième étape de l’histoire, celle qui ne se trouve pas dans la tradition rapportée par Luc, et qui met en scène un Roi étrangement différent de la première étape.

Car il faut être aveugle pour ne pas constater que s’offusquer de ce qu’un homme invité alors qu’il retournait de son travail ou n’ayant pas l’argent nécessaire n’ait pas été en mesure de revêtir un habit de noce est injuste ! Et le châtiment est plus que démesuré ! On comprend que l’homme, terrorisé, n’avait rien à répondre !

Le même personnage ne peut pas avoir invité avec une telle générosité une multitude de pauvres anonymes et puni excessivement l’un d’eux pour un problème de vêtement ! C’est incohérent.

Clairement, cette partie du récit a été ajoutée de manière artificielle… Et donc elle ne vient pas directement de Jésus, mais de l’évangéliste.

Pourquoi ?

Les biblistes ont proposé une explication. Elle est intéressante.

La notice de l’homme repoussé parce qu’il n’a pas l’habit de noces est certainement une « correction » apportée dans le cadre de la catéchèse primitive dont Matthieu est le témoin pour préciser que, si tous les hommes sont désormais invités à la table du Royaume – c’est la leçon de la première partie du récit – , ce n’est toutefois pas sans condition. Il n’y en a qu’une : de bonnes œuvres, en cohérence avec le rite du baptême. N’imaginons donc pas un Royaume de Dieu ouvert à tous… les pécheurs indifféremment.

Il faut avoir à son actif de « bonnes œuvres », parce que la tradition rabbinique interprète habituellement le symbolisme du vêtement par les œuvres méritoires que le fidèle accomplit jour après jour – tout comme l’huile de la lampe des vierges sages que nous entendrons bientôt.

Il faut aussi être passé par le baptême, dont un des rites consiste par le vêtement blanc – l’autre est la lumière, que l’on trouve aussi dans la parabole des vierges sages… Nous en trouvons confirmation à la fin de l’évangile, dans la formule d’envoi des Douze :

Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit (28,19-20)

Les Douze sont ainsi envoyés à toutes les nations mais ils doivent les conduire au baptême, rite par lequel le croyant s’engage à observer tout ce que le Christ a prescrit. Voilà qui correspond bien à notre parabole dans ses deux parties.

 

Contemplatio

Il nous est demandé d’accueillir avec un émerveillement sans cesse renouvelé le projet de Dieu : si dimanche dernier, l’évangile nous rappelait notre embauche à son Vigne, aujourd’hui, il nous en montre le terme, le sommet, l’accomplissement : un repas de noces.

Tout en confessant que nous n’en sommes pas dignes, tout au moins ceux qui n’appartiennent pas au peuple juif, nous nous présentons pleins de reconnaissance envers un Roi-Père d’une générosité infinie ! Nous comparons nos joies humaines, même les plus belles, avec ce que donne à imaginer ces noces royales.

Nous éclairons notre histoire, notre engagement de chrétiens, nos vicissitudes avec cette autre dimension de l’histoire qui n’est rien d’autre qu’une lente mais certaine préparation de noces. Cette Église dans laquelle nous nous débattons peut-être n’est en définitive, la fin le dira, rien d’autre qu’une fiancée.

N’en sommes-nous que spectateurs, comme ces invités jetant des coups d’œil plus ou moins amusés vers la table des nouveaux époux, ou des participants au sens où nous avons notre part à jouer ?

Amen !

 

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