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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


La parabole des talents (33° Dimanche T.O.-A)

Publié par Biblissimo sur 11 Novembre 2011, 09:41am

Catégories : #Evangile du dimanche

"Entre dans la joie de ton maître"

La parabole des talents (33° Dimanche T.O.-A)

Mt 25, 14-30

 

Faire fructifier ses talents… L’expression est entrée dans le langage populaire. Tel rugbyman est déclaré solennellement « Talent d’or » pour ses prouesses en compétition. On dira d’un jeune artiste qu’il a du talent, et on lui souhaite de devenir célèbre. Pour certains cependant, cette idée est terrible : elle engendre un sentiment de crainte tellement il est pour eux difficile de savoir s’ils exercent réellement les talents que le maître leur a confiés. Ils associent cette idée au fait que le maître de la parabole est présenté comme un homme sévère et exigeant, sans pitié… Le talent n’est plus vu comme promesse de réussite mais comme un devoir impossible. Et imposé.

Que devons-nous retenir de la fameuse parabole ?

 

C’est comme un homme (anthrôpos) qui, partant en voyage, appela ses serviteurs (doulous) et leur remit sa fortune. À l’un il donna cinq talents, deux à un autre, un seul à un troisième, à chacun selon sa capacité (dynamis), et puis il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents alla les faire produire et en gagna cinq autres. De même celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un s’en alla faire un trou en terre et enfouit l’argent de son seigneur. Après un long temps, le seigneur de ces serviteurs arrive et il règle ses comptes avec eux. Celui qui avait reçu les cinq talents s’avança et présenta cinq autres talents : « Seigneur, dit-il, tu m’as remis cinq talents. Voici cinq autres talents que j’ai gagnés. – Bien, serviteur bon (agathos) et fidèle (pistos), lui dit son seigneur, en peu [de choses] tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai. Entre dans la joie de ton seigneur. » Vint ensuite celui qui avait reçu deux talents : « Seigneur, dit-il, tu m’as remis deux talents ; voici deux autres talents que j’ai gagnés. – C’est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son seigneur, en peu [de choses] tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton seigneur. » Vint enfin celui qui détenait un seul talent : « Seigneur, dit-il, j’ai appris à te connaître pour un homme (anthrôpos) dur : tu moissonnes où tu n’as point semé, et tu ramasses où tu n’as rien répandu. Aussi, pris de peur, je suis parti cacher ton talent dans la terre ; le voici : tu as ton bien. » Mais son seigneur lui répondit : « Serviteur mauvais (poneros) et paresseux ! Tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je ramasse où je n’ai rien répandu ? Eh bien ! tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j’aurais recouvré mon bien avec un intérêt. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. »

 

Le maître – immensément riche[1] – confie son patrimoine à trois serviteurs, leur demandant de le faire fructifier. Nous sommes donc dans un contexte professionnel, celui des affaires : le maître est un businessman. Il en a le droit. À son retour de voyage, il récompense les deux premiers, qui ont doublé l’avoir initial, et châtie sévèrement le troisième pour avoir refusé de tirer profit de sa propre part : business is business, non ?

La clef de la parabole se trouve résumée exactement dans cette question : pourquoi deux serviteurs ont-ils répondu généreusement à l’attente du maître, tandis que l’autre s’est replié sur soi ?

Le maître part en voyage…

Le maître[2] part pour un long voyage. Ce n’est pas le départ en lui-même qui entraîne directement la décision de confier le patrimoine à des serviteurs : le propriétaire aurait pu prendre cette initiative tout en restant sur place. La décision du départ est donc un trait délibéré de la parabole. Il y a donc un sens particulier à ce fait, qui nous ouvre une perspective inattendue. En effet, en s’éloignant de la propriété, du lieu de travail, le maître élargit l’espace de liberté des serviteurs, puisqu’il ne sera pas là pour surveiller leurs initiatives. Le double sentiment de liberté et de responsabilité soutiendra et encouragera l’engagement laborieux de ceux qui ne sont pourtant que des douloi, normalement des esclaves n’ayant droit qu’au logement et à la nourriture, en tout cas pas au salaire.

De plus, elle suggère un rapport de confiance : le maître part tranquille, sûr que son bien ne sera pas dilapidé. Un laps de temps s’est ouvert ; départ et retour définissent un espace dans lequel se vérifiera la fidélité au travail des serviteurs. La parabole des dix vierges, qui précède immédiatement celle que nous méditons ici, situaient aussi les personnages en fonction d’un laps de temps entre deux rendez-vous, mais d’un type différent : le temps avait pour elles le but de vérifier la fidélité dans l’amitié entre des personnes réunies par l’attente (longue) de l’ouverture du festin de noces. De fait, le Royaume de Dieu se définit sur un ensemble de relations de natures différentes : amitié et réjouissances, labeur et collaboration, fécondité et moisson… Aucune n’est exclusive, et toutes doivent manifester à leur manière une rupture par rapport à la conception que les Juifs, en particulier les pharisiens, se faisaient des temps messianiques.

Alors que les jeunes filles de la parabole n’avaient rien à faire, mais seulement attendre, et être prêtes à rallumer leurs lampes quand l’heure serait venue, les trois serviteurs reçoivent une mission qui requiert un véritable labeur, mettant en œuvre leur habileté, leur persévérance et leur obéissance. Comme ces ouvriers envoyés à la vigne.

Un seigneur juste mais exigeant

Le maître a remis à chaque serviteur une part du patrimoine selon sa capacité, sa dynamis. Il ne promet rien ; d’une certaine manière, c’est normal puisque ce sont des esclaves.

Dans l’échange qu’il a avec son troisième serviteur, nous apprenons les traits les plus étonnants du maître : s’il tient à son enrichissement personnel, c’est toutefois sans mettre la main à la pâte ; sa personnalité semble terroriser son entourage (« pris de peur », v. 25) ; les décisions sont prises rapidement sans laisser de place pour le dialogue. Mais rien ne nous laisse penser qu’il agisse de manière injuste : il s’agit de rapports professionnels, déterminés par la loi du profit et du salaire sur la base de contrats que l’on peut supposer acceptés de tous. La dimension affective est mise de côté : seule compte la fidélité à remplir laborieusement les termes du contrat.

 

Une révélation soudaine sur le caractère du seigneur ?

La suite de l’histoire nous présente une initiative du maître qui doit étonner le lecteur attentif. Car il offre aux esclaves entreprenant une récompense : « Entre dans la joie de ton maître » – sans doute par un des ces festins auquel l’Évangile ne cesse de nous préparer…

Au début du récit, le lecteur ne sait rien de la personnalité du maître. Il devine seulement que c’est un homme très riche, puisque le montant des sommes confiées est exorbitant, et qu’il est capable de confiance à l’égard des esclaves-serviteurs.

Dans le dialogue entre le troisième serviteur et le maître, nous apprenons que celui-ci est un « homme dur » ; il jouit du fruit du labeur des autres sans peiner de son côté ; il ne sait que donner des ordres. Car il n’y a pas lieu de douter de la véracité des jugements mutuels qui nous sont rapportés : le maître est bien tel que le présente le troisième serviteur ; les serviteurs sont bien tels que le maître les juge. Cette dureté de comportement du maître a terrorisé le troisième des serviteurs au point qu’il a préféré cacher le talent que de risquer de le dilapider.

Cela étant, l’initiative du maître consistant à faire entrer les deux premiers serviteurs dans sa joie nous apporte une information décisive : en plus de sa confiance, le seigneur est capable de bonté, de reconnaissance à l’égard de ses esclaves. Et ce trait n’est pas habituel et on ne s’y attend pas. Alors qu’il est normal que les employés soient au service de l’enrichissement du maître, il n’est pas ordinaire que celui-ci les gratifie s’ils ne sont que des esclaves. Le dialogue entre le maître et ses deux serviteurs nous informe qu’il est bon. Il n’est pas simplement un super businessman : il a de la bonté et cette bonté va faire entrer les serviteurs dans sa joie.

On retrouve ici la même manière de parler que dans la parabole des ouvriers envoyés à la vigne : c’est à la fin du récit que l’on apprend un trait particulier du personnage principal, celui qui a l’autorité. C’est quand il donne le salaire aux ouvriers qu’on apprend que le maître de la vigne était généreux au-delà de toute norme légale. C’est quand il récompense les deux serviteurs que le maître manifeste sa bonté au-delà des coutumes relatives aux esclaves.

C’est donc comme si l’offre adressée aux deux premiers serviteurs était une surprise, quelque chose d’inattendu qui révélerait une nouvelle attitude du maître. Revenant de voyage, il manifeste une disposition de cœur nouvelle ; mais cela, le troisième serviteur ne l’a pas perçu, enfermé qu’il était dans son regard hostile.

Et les serviteurs ?

La lecture de la parabole ne peut s’arrêter ici. Il faut encore prendre en compte deux évaluations qui ont une grande valeur pour notre interprétation. S’il est vrai que l’histoire racontée se situe dans l’ordre purement professionnel, la qualification donnée aux serviteurs : « bons » ou « mauvais » nous oriente vers un autre critère de valeur.

En fait, les deux premiers ouvriers ont accepté de travailler fidèlement (« serviteur fidèle ») pour un patron sévère parce que chacun des deux n’était pas seulement fidèle mais aussi « bon » ; le troisième, au contraire, a refusé de coopérer parce qu’il était « mauvais ». Le défaut du troisième est son incapacité à considérer son maître comme quelqu’un ayant un cœur au-delà de sa rigueur dans les affaires ; selon lui le maître est un être tyrannique, un point c’est tout. Du coup, il s’interdit toute coopération, il refuse ce qui aurait été pour lui une compromission avec le mal.

Nous sommes sans doute arrivés à la fin de notre analyse. On peut dire en effet que toute la parabole avait pour but de mettre en valeur que la qualité de la relation entre le maître et les serviteurs dépend de la bonté ou de l’absence de bonté chez ceux-ci. Les trois étaient « capables » (« à chacun selon ses capacités – dynameis ») ; deux étaient animés par la bonté ; l’autre a prouvé qu’il était « mauvais ».

La parabole des ouvriers envoyés à la vigne va de nouveau nous confirmer dans cette interprétation. En effet, dans la réplique que le maître de la vigne adresse au porte-parole des premiers ouvriers, ceux qui ont travaillé toute la journée et qui ont constaté avec amertume qu’ils n’ont pas été payés plus que les derniers, il leur reproche d’avoir « l’œil mauvais » : « N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme je veux ? Ou ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (v. 15). Tout comme les ouvriers à l’ « œil mauvais », le troisième serviteur n’est pas capable de comprendre l’attitude de bonté de celui qui lui avait confié une telle somme.

L’absence de Dieu

Le départ – donc l’absence – du maître évoque spontanément une de ces questions qui nous provoquent le plus : Où es-tu, Dieu ?

En effet, l’absence réelle du maître nous renvoie à l’apparente absence de Dieu. Tout au moins à l’absence d’expérience de Dieu de notre part, puisque, comme créateur et sauveur, il est parfaitement présent à tout ce que nous vivons, à toute la création, à toute l’humanité, dans son ensemble comme dans ses éléments. Nous attendrions en effet de Dieu qu’il se donne à expérimenter, qu’il intervienne plus souvent dans notre existence : il nous serait plus facile de croire en lui ; il nous protégerait d’erreurs, de drames, de conflits ; il nous donnerait des conseils précieux… Mais il faut que nous vivions de l’altérité fondamentale de Dieu par rapport à sa création. S’il est présent et agissant au plus intime de nous, il est infiniment éloigné de nous quant à notre nature, quant aux moyens de perception immédiate que nous pouvons avoir de lui. S’il ne se fait pas proche, comment l’expérimenter ? Si son amour ne se donne pas à connaître, comment nous relier vraiment à lui ? L’Esprit Saint nous donne à vivre l’un et l’autre : des expériences fortes de communion qui nourrissent la foi et l’amour ; et des temps d’absence qui intensifient notre quête de Dieu.

Conclusion

La finale du récit est terrible ! Elle a de quoi terroriser les moins paresseux d’entre nous ! Et surtout elle nous scandalise. On se demande en effet comment l’Évangile peut mettre en scène un maître d’une telle cruauté. Car la disproportion entre la faute du troisième serviteur et son châtiment est criante !

Mais ce qui nous étonne, si on remet cette parabole dans le contexte du message évangélique, c’est le fait que la condamnation soit sans appel : il n’y a pas de possibilité pour l’esclave d’être racheté, de se corriger, de se « convertir », comme on dit en langage chrétien.

Si cette lecture est correcte, alors l’histoire est terrible : elle laisse supposer qu’on naît bon ou mauvais et qu’on ne change pas ! Une telle supposition ne vient pas immédiatement à l'idée du fait que la parabole est placée dans le contexte des avertissements relatifs à la proximité du Jour du jugement. Dans cette perspective, on accepte sans trop de peine l’idée qu’après avoir pris sa décision finale l’homme n’ait plus la possibilité de faire demi-tour.

Mais la leçon, terriblement négative, se change en enseignement de lumière si on considère que l’histoire parle d’une « conversion », celle du kyrios. En effet, en récompensant les deux esclaves, ne modifie-t-il pas l’image qu’il donnait de lui-même ? Ne se révèle-t-il pas bon ?

Cette parabole est donc à comprendre dans la ligne de celle des ouvriers envoyés à la vigne : une révélation de la bonté de Dieu… Si l’on peut identifier l’auditoire de la parabole des talents aux pharisiens (ceux qui mettent la crainte de Dieu à la première place), qui sont visiblement l’auditoire de la parabole du ch. 20, alors, l’enseignement de la parabole devient claire : elle demande de découvrir derrière la sévérité de Dieu une bonté inouïe et annonce prophétiquement que l’heure est venue de s’asseoir au festin du Royaume.Pour le pharisien, c'est une véritable "conversion" en réponse immédiate au changement de regard sur Dieu, changement que le Christ a apporté par son enseignement.

 



[1] Un talent correspond à la valeur de 26 kg d’argent (environ 1 kg d’or) !

[2] Le terme grec ici est kyrios, seigneur.

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Catherine Mazas 14/11/2011 10:11


- dureté du maitre: peut-on dire que par l'Incarnation, Dieu vient semer à nos côtés et nous révéler sa compassion et communion? l'absence ressentie de Dieu peut en effet nous conduire à le voir
comme dur et exigeant,en ce sens que nous avons l'impression de peiner seuls
- entre ds la joie de ton maitre: à rapprocher de Jn15 'je ne vous appelle plus serviteurs mais amis' ?


Biblissimo 18/11/2011 18:18



Dureté et miséricorde en Dieu... On a l'impression que les textes des évangiles passent de l'un à l'autre sans nous avertir. Pour le comprendre, il faut les lire comme on lit les oracles des
prophètes car ce style de prédication est tout à fait présent dans les évangiles. La révélation de la miséricorde selon les évangiles est formulée dans des textes qui concernent les pécheurs
prêts à reconnaître en Jésus l'envoyé de Dieu et à écouter son appel à la conversion. Les textes insistant sur la gravité de la décision à prendre et envisageant la punition des récalcitrant
visent surtout les pharisiens et les auditeurs de l'Evangile attachés à leurs coutumes.


Oui, je pense que c'est juste: les serviteurs de la parabole sont placés à table comme des amis.



Catherine Mazas 13/11/2011 21:39


- juste avant conclusion: nous intensifient 'dans' ? notre quête de Dieu
- 9è l conclusion: une telle supposition apparait peu ' probable' ?
- peut-on rapprocher la bonté des serviteurs du fait qu'ils ont collaboré à l'oeuvre de création de Dieu ( - Gn Dieu vit que cela était bon - Dieu seul est bon lc 18,19 );
- tu parles de conversion du kyrios et ne remet pas en question l'opinion du 3è serviteur; n'est-ce pas notre regard sur Dieu qui est à purifier? lui ne change pas


Biblissimo 18/11/2011 18:10



OK. J'ai apporté les corrections et les précisions nécessaires. Merci de ta collaboration judicieuse!



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