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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Parabole des vignerons homicides (26° dimanche du T.O.-A-)

Publié par Biblissimo sur 3 Octobre 2011, 16:15pm

Catégories : #Evangile du dimanche

La parabole des vignerons homicides (Mt 21, 33-44)

Voir aussi Mc 12, 1-11 et Lc 20, 9-18

 

Cette parabole a un goût de Carême, de Vendredi Saint. Un gros nuage noir dans le ciel de notre Temps ordinaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que la liturgie nous fait lire dimanche après dimanche l’évangile de Matthieu ; et que nous en sommes arrivés à ce point, le ch. 21. Acceptons-le et accueillons avec docilité l’avertissement, même s’il nous semble appartenir à un autre temps.

Toute parabole a une histoire et une leçon. Il est fort utile de commencer par se faire une idée aussi précise que possible de l’histoire. Puis nous essaierons d’en tirer une leçon.

1. L’histoire

L’histoire qui nous a été racontée est facile à suivre : un homme a investi dans une vigne ; habitant loin d’elle, il confie tout le travail à des vignerons et s’en retourne chez lui ; après trois ou quatre ans d’attente, il envoie des serviteurs récupérer le produit de la vigne, que ce soit sous forme de barriques de vin ou de pièces de monnaie ; consternation : les vignerons refusent de coopérer ! Ils vont jusqu’à en tuer certains. Deuxième consternation : le propriétaire, pensant qu’ils conservent néanmoins un fond de respect et de justice, leur envoie son fils. Malheur : leur méchanceté n’a pas de limite et ils le tuent.

Le récit de la parabole se développe en cinq étapes :

- Situation de départ :               33b

- L’envoi des serviteurs :          34-36

- L’envoi du Fils :                        37-39

- Le destin des serviteurs :       40-41

- Commentaire scripturaire :    42-44

La parabole est située dans un contexte adapté à la leçon qu’elle contient, le séjour de Jésus à Jérusalem, la capitale religieuse et politique. Ce sera son ultime confrontation avec les chefs du peuple, une confrontation que Jésus provoque lui-même en expulsant les vendeurs du parvis du Temple. C’est à ces autorités qu’il adresse la parabole et ce sont eux qu’il vise en l’interprétant.

Le récit insiste visiblement sur le soin que l’homme a apporté à son projet viticole… et sur l’insistance des vignerons à s’en approprier le fruit. Chacun rivalise de zèle avec l’autre… mais dans deux sens totalement opposés !

L’injustice et le manque de scrupule des vignerons sont d’autant plus flagrants et insupportables qu’ils lèsent un homme qui leur a accordé une confiance inouïe ! Le simple fait de la longue distance entre la vigne et le domicile habituel du propriétaire a mis en valeur cette confiance, les vignerons étant libres d’agir selon leurs compétences et leurs méthodes, et cela pendant plusieurs années, le temps que les plants soient à même de produire des grappes bonnes à vendanger. C’est le même trait qu’on lira un peu plus loin, dans la parabole des talents.

Surenchère de zèles opposés qui aboutit à une double folie ! Car à la folie des vignerons, qui se sont mis en situation de non-retour, répond celle d’un homme qui « risque » son fils. Jeu de poker. Et c’est l’homme a perdu. Le père a perdu son fils pour sauvegarder sa vigne ; il a perdu l’une et l’autre.

Évidemment, l’histoire ne s’arrête pas là. Conformément à la parabole d’Isaïe, elle doit nécessairement s’achever par la toute-puissance destructrice du propriétaire : le châtiment est terrible.

2. Pour mieux comprendre, comparaison avec Is 5, 1-5

Tout juif écoutant cette histoire se remémore spontanément une histoire fort semblable. Elle se trouve au début du livre d’Isaïe, au ch. 5 :

Que je chante à mon bien-aimé le chant de mon ami pour sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. Il la bêcha, il l'épierra, il y planta du raisin vermeil. Au milieu il bâtit une tour, il y creusa même un pressoir. Il attendait de beaux raisins : elle donna des raisins sauvages. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. Que pouvais-je encore faire pour ma vigne que je n'aie fait ? Pourquoi espérais-je avoir de beaux raisins, et a-t-elle donné des raisins sauvages ?

Dans les deux cas, le propriétaire – Dieu, disons-le sans tarder[1] – fait le maximum pour que la vigne donne les meilleurs fruits possibles ; il ne lésine pas sur les moyens. La leçon de l’évangile est pourtant inversée par rapport à celle d’Isaïe : car ce sont les vignerons qui sont mauvais et non la vigne ; de même le châtiment tombe sur les vignerons et non sur la vigne. De cette manière, Jésus demande à ses interlocuteurs – les autorités juives – de ne pas tant se préoccuper des déviances du peuple que de leur "abus de pouvoir"…

3. Deux leçons en un seul passage

Les biblistes se demandent : la parabole veut-elle lancer un avertissement sévère aux autorités du peuple ou bien révéler que le fils de Dieu est parmi eux pour recevoir le fruit de 10 siècles d’histoire du salut ? La réponse n’est pas simple.

Ce qui est sûr c’est que le bref échange entre Jésus et ses interlocuteurs qui prolonge la parabole oriente l’interprétation vers la première hypothèse. Cela est souligné par le fait que les autorités sont invitées à l’exprimer eux-mêmes, en répondant à la demande de Jésus. Leur réponse est immédiate : condamnation à mort et remplacement.

Lors donc que viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? " Ils lui disent : " Il fera misérablement périr ces misérables, et il louera la vigne à d'autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps " (v. 40-41).

Il y a pourtant une autre leçon, insérée presqu’insensiblement dans la première : le propriétaire avait un fils et il l’a envoyé à sa vigne. Les récits de Marc et de Luc le qualifient même de bien-aimé (le qualificatif de Dieu dans la parabole d’Isaïe : « Que je chante à mon bien-aimé le chant de mon bien-aimé à sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau… », 5, 1-2). Certains biblistes estiment que cet élément n’est que secondaire dans le récit, mais cela semble difficilement acceptable, notamment parce que l’histoire aurait été la même avec un dernier serviteur important sans être cependant son fils. De plus, dans la technique pédagogique des paraboles, l’élément le plus choquant est en même temps celui qui oriente vers la leçon : ici, il s’agit de folies, celle de l’envoi du fils et celle de son assassinat. Enfin, l’insistance sur le fait qu’il est le dernier émissaire ne peut manquer d’évoquer intentionnellement la perspective eschatologique qui domine l’ensemble de la prédication et du ministère de Jésus.

La parabole dit donc trois choses :

- l’amour du propriétaire pour sa vigne, à tout prix ;

- la volonté d’appropriation des vignerons, à tout prix eux aussi, mais en sens contraire ;

- l’envoi du fils, « dernière chance » offerte aux vignerons mais aussi risque énorme !

C’est bien ce que la suite de la parabole veut indiquer à l’aide de deux citations de l’Écriture.

4. Le commentaire ajouté

4.1 La citation du Ps 118

Nous lisons en effet, au verset 42, un passage célèbre du Ps 118[2] :

La pierre qu'ont éliminée les bâtisseurs c'est elle qui est devenue pierre de faîte; c'est là l'œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux?

De cette manière, l’évangéliste annonce la préférence absolue du Père pour son Fils, « pierre rejetée », au détriment des autorités, « les bâtisseurs ». Plus précisément, alors que l’histoire ne pouvait rien dire de plus du fils défunt, cette citation lui envisage un avenir, et un avenir glorieux, semblable à la pierre qui couronne l’édifice et lui donne sa stabilité. C’est donc une annonce à peine voilée de la résurrection du Christ.

4.2 Une autre citation étonnante

Deux versets plus loin, nous lisons une phrase étrange :

Quiconque tombera sur cette pierre s’y fracassera, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera (v. 44).

Cet avertissement combine deux passages tirés des prophètes : Is 28, 16[3] et Dn 2, 45[4].

On retrouve l’image de la pierre mais dans une fonction toute différente : elle est un projectile destiné à écraser les ennemis du plan de Dieu sur son peuple Israël ; ou un obstacle posé sur le sol et sur lequel le pied des passants butte. De cette manière, Jésus ajoute que c’est justement à cause du rejet de ce Fils que les autorités juives ont conduit le peuple à leur perte.

5. Lectio

Cette parabole a quelque chose d’effrayant, d’insupportable, d’extrême.

Elle nous renvoie à une proclamation prophétique : Jésus est l’ultime perche de salut que Dieu a offerte à son peuple, et, par lui, à l’humanité. Mais cette proclamation est accompagnée d’un avertissement : il se trouve que le croyant, en particulier celui qui a reçu une autorité, risque de préférer son bien-être personnel ou celui de sa corporation au point de voler à Dieu ce qui lui appartient de droit, de se substituer à sa responsabilité, lui qui est l’origine de tous les biens dont il profite sans scrupule. Il y a violation flagrante de la plus élémentaire justice !

Regardons notre propre vie, notre propre vigne : quand nous arrive-t-il de nous accaparer les bienfaits de Dieu ? Comment nous en corriger ?

Justement, pour nous aider à nous rendre plus conscients de cette injustice, la parabole contient en elle-même un enseignement grave, plus encore une révélation : ce Dieu dont tu t’accapares les biens a risqué de perdre son Fils. Et on peut dire qu’il l’a réellement perdu, même si c’est pour le retrouver en situation plus glorieuse encore ! Si cela ne touche pas ton cœur, alors je crains que tu ne sois perdu !

Tu peux seulement te consoler que le Dieu du Nouveau Testament, à la différence du propriétaire de la vigne,  ne te châtiera pas !



[1] La Nouvelle Édition revue et corrigée de la Bible de Jérusalem (1998) indique en note d à Mt 21, 33 qu’il s’agit clairement d’une allégorie et non seulement d’une parabole ; et elle donne la liste des principales correspondances que l’on devine facilement entre le niveau du récit et celui de la réalité visée par l’enseignement.

[2] Un Psaume des montées, c’est-à-dire un cantique que les pèlerins chantaient en « montant » au Temple de Jérusalem ; il était récité lors de la fête des Tentes et au repas pascal.

[3] « Voici que je poserai en Sion une pierre, une pierre de granit, pierre angulaire, précieuse, pierre de fondation bien assise : celui qui s’y fie ne sera pas ébranlé ».

[4] « Tu as vu une pierre se détacher de la montagne, sans que main l’eût touchée, et réduire en poussière fer, bronze, terre cuite, argent et or ». Cette citation est clairement appelée en conclusion de la parabole parce qu’elle est elle-même la conclusion de l’interprétation de la vision de la pierre qui détruit la grande statue composite vue en songe par Nabuchodonosor, annonçant précisément une succession de gouvernants jusqu’à un royaume établi par Dieu lui-même, royaume qui ne passera pas : « Au temps de ces rois, le Dieu du Ciel dressera un royaume qui jamais ne sera détruit, et ce royaume ne passera pas à un autre peuple. Il écrasera et anéantira tous ces royaumes, et lui-même subsistera à jamais » (v. 44).

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