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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


L'Eglise dans la lettre aux Ephésiens

Publié par Biblissimo sur 25 Septembre 2011, 19:20pm

Catégories : #Corpus paulinien

L’Église dans la lettre aux Ephésiens

On ne trouve pas vraiment en la Lettre aux Ephésiens la dimension empirique, institutionnellement ou sociologiquement identifiable, de l’Église. Il y a seulement deux mentions du rôle primordial des apôtres (de Paul en particulier), des prophètes et des pasteurs comme intermédiaires indispensables de révélation et ouvriers de la construction.

De plus, elle n’apparaît pas comme fédération de communautés locales mais comme réalité une dans le Christ, et donc fragmentée dans les réalisations particulières.

Question : a-t-elle une mission sotériologique ?

Diverses métaphores

Au fil de la Lettre, on glâne cinq métaphores utilisées pour dire des traits complémentaires mais essentiels de l'Eglise:

- L'édification d'un bâtiment, plus précisément d'un Temple intégrant et unifiant les baptisés d’origine païenne (2, 19-22);

- La croissance humaine aboutissant à un homme nouveau, l’homme parfait (2, 14-16) ;

- L’Eglise est épouse du Christ (5, 22-23) ;

- L'Eglise est comme un contenant rempli de la plénitude du Christ (1, 23…) ;

- L'Eglise est Corps du Christ, celui-ci étant la Tête d’où dérive toute la plénitude (1, 22-23 ; 4, 15-16).

Paradoxe : les deux images de l’édification (travail) et de la croissance de l’homme (vie) sont associées pour désigner une unique et même mission des apôtres. Pourtant ce sont deux types différents d’activité humaine.

L’Église Corps du Christ[1]

Éph reprend et prolonge Col en développant davantage tout ce que l’Église a reçu du Christ Image par laquelle Dieu a tout fait puis réconcilié. Le centre d’intérêt principal n’est plus le souci de l’unité des églises, mais le regard de sagesse à partir du Mystère de la suprématie du Seigneur sur le cosmos, en réponse à la tentation de chercher dans les religions à mystère une gnôsis prétendue supérieure à ce que le Christ donne à son Église.

Neuf emplois du mot corps, tous liant de façon systématique la notion de corps à celle de l’Église. Ekklèsia désigne l’Église dans son universalité et non la seule communauté à laquelle l’auteur s’adresse. Cela est possible du fait de l’évolution concomitante de deux notions : 1- le Christ, comme plérôme de Dieu, a en partage toute sa gloire et sa puissance vivificatrice (créatrice) ; 2- le rapport entre le baptisé et le Christ est défini en fonction du fait que la résurrection est effective dès la vie en ce monde, en ce sens que la grâce du Ressuscité nous a établis en relation avec lui précisément comme Seigneur dans la gloire. La distance entre gloire divine et condition humaine est donc transcendée. Ainsi les affirmations fondamentales sur la sacramentalité du baptême en Rm 6 sont poussées jusqu’à l’extrême.

Éph 4, 4-16 reprend l’image "fonctionnelle" du corps développée en 1 Co 12 : « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu… Il "a donné" aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, à la mesure de la plénitude (plèrôma) du Christ… Mais, vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers celui qui est la Tête, le Christ, dont le Corps tout entier est harmonisé et mis-en-cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité. »

Mais le début de la lettre a fait apparaître une relation entre l’Église et le Christ qui se situe à un niveau beaucoup plus profond.

Éph 1, 22 : « Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son (noter l’article possessif défini, contre 1 Co 12, 27) Corps, la Plénitude de celui qui la remplit (part. prés. moyen) de tout en tous. »

Éph 2, 15-16 : « … pour créer en lui-même les deux en un seul Homme nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix. »

Troisièmement, Paul, dans un passage célèbre qui reprend et développe une exhortation de Colossiens, passe à un nouveau sens de « corps », celui que la femme offre à son mari. Éph 5, 23-30 : « Le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps… Il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même. Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? »

Une telle réflexion suppose qu’on accepte que Paul parle de soumission de la femme à son mari, conformément à la culture de son époque, et pas simplement la culture juive. Avec une remarque importante : le chrétien doit se soumettre à son frère en vue de la communion fraternelle ; le mari aussi… Et si le juste rapport entre époux accorde davantage d’autorité au mari (une autorité qui suppose le dialogue entre personnes également douées), l’un et l’autre se rappellent qu’il s’agit d’obéir au Christ par le moyen de l’autorité masculine.

En 1 Co 12, la tête est un membre parmi d’autres, elle ne désigne pas une réalité particulière par rapport à l’Église. Elle apparaît en 1 Co 11, 3 : « La Tête de tout homme, c’est le Christ ». Ce qui est étonnant en Col et Éph, c’est que « l’image du Christ tête n’apparaît pas comme une déduction du thème du Corps du Christ mais pour exprimer son autorité de chef sur les puissances angéliques. »

Dans ce sens-là, la tête n’a pas besoin du corps pour exister.

La démarche de la pensée paulinienne peut être exprimée ainsi :

- l’ensemble des chrétiens, dans leur cohésion, sont « comme un corps » (comparaison hellénistique) ;

- parce qu’ils reçoivent vie du Christ, ils sont un organisme spirituel qui dépend du Christ ;

- cet organisme spirituel, qui est dans le Christ ou du Christ, on le dira aussi, par une identification mystique, son propre corps.

Plèrôma

Ga 4,4 : « Quand vint le plèrôma des temps » : pas le sens de complément, mais état d’achèvement, non l’action de compléter. Rm 11, 12 et 25 : la totalité des Juifs/Gentils ; 1 Co 10, 26 : la totalité de ce qu’il y a sur la terre (cf. Psaumes). Eph 1, 10 : « Dans l’économie du plèrôma des temps ».

Rm 13, 10 : plh,rwma ou=n no,mou h` avga,phÅ 15, 29 : « Je viendrai vers vous evn plhrw,mati euvlogi,aj Cristou/Å

Col 1, 19 ; 2, 9.

« Accomplir l’Écriture ». Col 1, 25 : « Je suis devenu diacre de l’Église, en vertu de la charge que Dieu m’a confiée : remplir chez vous la Parole de Dieu ».

L’Église « est son Corps, le Plèrôma de Celui-qui-la-remplit de tout en tous » (Éph 1, 23). Plèrôma en apposition à sôma. Plèrôma est fondamentalement un vocable passif : l’Église n’existe que dans la mesure où elle est remplie par le Christ. À la différence de Col 1, 24, où antanaplérô a valeur active : Paul complète en lui la passion du Christ pour l’Église « son corps ». Plèroumenou : part. prés. moyen : le Christ remplit complètement l’Église, par lui et par la grâce qu’il répand en elle. L’utilisation du participe moyen souligne cette idée que le Christ remplit un domaine qui lui appartient en propre, et qui est en situation de dépendance et de réceptivité. (Ch. Reynier)

L’Église est Corps du Christ parce qu’elle a été remplie par le Christ, qui en est la tête, de son mystère. Quand Paul parle de l'église comme « plénitude » du Christ, il pense à la richesse de la vie divine qui de la tête afflue dans tout le corps, dans tous ses membres. En est-elle aussi l’accomplissement ? Mettre en rapport avec le fait qu’en lui Dieu « récapitule » toutes choses.

C’est l’Esprit qui remplit et rassemble le corps ecclésiologique du Christ. On ne peut donc comprendre ces paroles que dans ce sens : l’unique corps de chair du Christ qui a répandu son sang pour les deux groupes d’hommes jusque là séparés et a établi la réconciliation, est devenu après la résurrection, d’une manière nouvelle, par l’Esprit, l’unique « Corps du Christ ».

Éph 4, 13 précise que l’Église est en devenir un vers une maturité qualifiée par l’expression « homme parfait ».

La métaphore nuptiale

Ephésiens reprend et développe une métaphore discrète mais extrêmement suggestive, celle qui établit l'Eglise dans un rapport nuptial avec le Christ.

2 Co 11, 2 : « J’éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ. »

Le célèbre passage du ch. 5 de la Lettre aux Éphésiens mérite une analyse méticuleuse, en particulier pour éviter de lui imposer une lecture subjective dépréciative non conforme au contexte paulinien.

Deux formules se trouvent au point de départ de la comparaison :

1/ le Christ est le sauveur de l’Église, il en est donc la tête.

2/ Le couple humain ne fait qu’une chair.

Ne faut-il pas voir dans le rapport mari – épouse une relation dynamique : en lui donnant une place sociale réelle et digne (selon la mentalité de l’époque), l’homme « sauve » la femme, laquelle doit se laisser sauver par lui, donc avoir à son égard une attitude de soumission, c’est-à-dire de radicale acceptation et disponibilité à cet acte sauveur ? Mais Paul ajoute : la relation doit être une relation d’amour.

Cf. Col 3, 18-19 : « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur. »

1 P 3, 1-5 : « Vous les femmes, soyez soumises à vos maris, afin que, même si quelques-uns refusent de croire à la Parole, ils soient, sans parole, gagnés par la conduite de leurs femmes, en considérant votre vie chaste et pleine de respect. Que votre parure ne soit pas extérieure, faite de cheveux tressés, de cercles d'or et de toilettes bien ajustées, mais à l'intérieur de votre cœur dans l'incorruptibilité d'une âme douce et calme : voilà ce qui est précieux devant Dieu. C'est ainsi qu'autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu se paraient, soumises à leurs maris : telle Sara obéissait à Abraham, en l'appelant son Seigneur. Vous pareillement, les maris, menez la vie commune avec compréhension, comme auprès d'un être plus fragile, la femme ; accordez-lui sa part d'honneur, comme cohéritière de la grâce de Vie. »

La femme est donc ici considérée comme plus faible et cette faiblesse commande l’attitude de l’homme : il doit lui être bienveillant. Attention : les maris ont à estimer leur femme, cohéritière de la grâce (v. 7) !

Question : est-ce le rapport mari-épouse qui définit le rapport Christ-Église, ou l’inverse ? L’homme a-t-il à se mettre à l’école du Christ aimant l’Église pour vivre chrétiennement son rapport à l’épouse ? C. Reynier : C’est la comparaison du rapport Christ – Église qui éclaire les rapports de l’homme de la femme. Dans le cadre du mariage, seul le Seigneur est la référence du rapport entre l’homme et la femme. Si le mari est « tête », c’est en fonction du mystère du Christ dont on verra qu’il est caractérisé par la puissance, la perfection de son amour. Une telle loi transcende les conventions sociales tout comme la loi romaine.

Le « Mystère »

Tous les commentaires notent l’apparition surprenante et audacieuse de la notion de mysterion pour qualifier une étape de l’Histoire du salut et lui donner une portée immense : les païens sont tout autant membres de ce Corps du Christ qu’est l’Église que les Juifs. Ce qui semble presque évident pour une mentalité moderne était en réalité, dans le contexte du judaïsme de l’époque, une affirmation proprement révolutionnaire. Elle n’est évidemment pas nouvelle dans le corpus paulinien mais la force et la profondeur des formules n’ont pas d’équivalent. Elle s’ajoute aux autres traits mentionnés ci-dessus et contribue d’autant plus à donner à l’Église une importance inouïe. L’homme qui a accueilli la plénitude du Christ est intégré dans l’Église par le moyen d’une transformation qui efface la barrière culturellement et religieusement établie entre fils d’Abraham et païens. L’auteur a raison de parler d’un « Homme nouveau », d’une nouveauté telle qu’une différence aussi radicale n’a plus lieu d’être.



[1] J. Dupont, Gnosis. La connaissance religieuse dans les épîtres de saint Paul, p. 427-453.

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