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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


La purification du Temple, signe d'un nouveau culte

Publié par Biblissimo sur 10 Mars 2012, 17:31pm

Catégories : #Evangile et Lettres de Jean

Un corps pour Temple...

Evangile du 3ème dimanche du Carême (Année A)

Jn 2,13-25

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
Il trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : "L'amour de ta maison fera mon tourment" (cf. Ps 69, 10).
Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps. Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait.
Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme : il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.

De quoi s’agit-il ?
Le temple est le Lieu par excellence où Dieu se laisse rencontrer par son peuple. Son Nom y habite. Le juif pieux parcourt des centaines de km en espérant y contempler sa Face. Tout au long de l’année, les prêtres et les lévites font leur office de sacrificateurs et d’administrateurs du culte. L’expression « maison de Dieu » est traditionnelle : on va au Temple comme on rend visite à quelqu’un, sauf que celui-ci est le Dieu tout-puissant, garant de la paix et de la prospérité.
Le récit de la purification du Temple est commun aux quatre évangiles, preuve de son importance dans la tradition chrétienne primitive. Jésus s’y présente pour effectuer un geste prophétique d’une grande portée. Il agit comme les prophètes Isaïe et Jérémie : la parole s’appuie sur un geste qui frappe fortement l’imagination, qui « choque », sorte d’électrochoc.
Pourtant, à y regarder de près, l’initiative de Jésus est exagérée : les vendeurs ne sont pas dans la Maison de Dieu, mais répartis sur l’immense parvis (400 de long sur 250 m de large !) arrangé par le dernier roi juif, Hérode, autour du sanctuaire et de la petite cour qui servait de vestibule. L'espace favorisait le regroupement des disciples autour de leur maître; on s'y donnait rendez-vous; on y discutait jurisprudence, politique et... commerce. Le contraste avec la zone d’où émerge le parvis est saisissant : les rues qui l’entourent sont étroites, sombres, encombrées d’étals, remplie de gens déambulant en tous sens. Impossible de s’y retrouver. Et y faire traverser un bœuf ou un bouc relève de l’exploit ! De fait, en droit, le parvis n'étant pas sacré, rien ne s’oppose à ce que l’on permette aux nombreux pèlerins d’y acquérir les éléments nécessaires à leur démarche cultuelle, en particulier le change des monnaies païennes en monnaie sans effigie, indispensable pour acheter les objets du culte.
L’évangile de Jean propose le récit de ce geste prophétique au tout début de son évangile. Pourtant, les spécialistes estiment que les autres évangiles sont plus conformes à la tradition : c’est en fin de parcours que Jésus posera ce geste… Si Jean a décidé de le placer au tout début, comme un tympan de cathédrale, il avait ses raisons. Lesquelles ?

Bien lire le récit
Le récit se déroule en trois étapes, chacune composée d’un récit ou d’un dialogue et d’une interprétation donnée par l’évangéliste. Ces trois interprétations sont d’une importance capitale et font toute la différence avec les autres évangiles.
La première étape est simple (v. 13-17). Le seul élément qui nous surprend est que Jésus considère que le parvis, zone de commerce et de formation des disciples par leurs maîtres, est tout autant maison de Dieu que le bâtiment central… L’interprétation qu’apporte l’évangéliste est de mettre en pleine lumière l’intention de Jésus : manifester sa piété et sa volonté de faire respecter la présence divine dans l’enceinte.
La deuxième étape (v. 18-22) augmente le niveau de provocation. Dans un premier temps, les autorités locales demandent à Jésus de prouver qu'il a une réelle autorité pour agir comme un prophète. La réponse de Jésus est de leur suggérer de détruire le Temple - travail titanesque - car, ajoute-t-il, il le relèvera en trois jours. Le malentendu est complet ; les Juifs sont offusqués et on comprend leur réplique pleine d’ironie. Aussitôt, l’interprétation de l’évangéliste permet au lecteur de comprendre que les mots ne désignent pas, malgré leur évidente apparence, l'immense bâtisse en pierre, mais le corps du Christ, « détruit » par la crucifixion et « relevé » le troisième jour par sa résurrection.
La troisième étape consiste en un sommaire résumant l’activité de Jésus lors de son premier séjour officiel à Jérusalem : il accomplit beaucoup de miracles (Jean préfère parler de signes) qui suscitent l’enthousiasme des foules ; on peut parler de « foi » mais Jean nous avertit qu’une foi qui ne s’appuie que sur des miracles n’est pas la vraie foi…

Le récit nous laisse donc dans l’embarras tout à la fois par la position radicale et originale de Jésus et par la formulation employée : la réponse de Jésus repose sur un "malentendu" (détruire le temple) et un terme "à double sens" (« relever » dit ici tout autant le fait de rebâtir l’édifice que la résurrection du Christ) ; la réplique des Juifs repose, elle, sur l’ "ironie" (prétendre relever le temple en trois jours est impossible)… Le lecteur est donc face un test qui le plonge subitement et simultanément dans l’univers théologique johannique et le style déroutant d’un écrit dans lequel les mots se définissent plus par le contexte que par le dictionnaire. Jean l’invite à aller loin, très loin au-delà des mots, et donc au-delà des repères humains… En sera-t-il capable ?

Relire le récit en allant aussi loin que possible
La portée de ce récit est immense. Elle conduit beaucoup plus loin que le geste prophétique auquel se limitent les récits des synoptiques. On ne sait si la première page du ministère public de Jésus (le signe du Cana n’en est que le seuil) annonce plus la mort du Fils ou révèle sa vocation à être le "lieu" parfait et définitif de la rencontre avec Dieu son Père.
Et, pour ce qui nous concerne, nous voilà invités avec insistance à purifier notre culte dans sa dépendance à un lieu, à des rites et à une tradition. L’adoration « en esprit et vérité » que le Christ préconisera à la femme samaritaine, hors des Temples de Jérusalem et de Samarie, sera une adoration dans le Corps du Fils. L'expression est étrange. Disons seulement ici qu'on ne peut être dans un corps que par une parfaite communion avec la personne dont le corps est médiateur, à la fois le "contenant" et la mise en présence d’offrande de la personne à l’égard de son entourage. Il est voile qui cache pudiquement et en même temps révèle et offre la personne. L’adoration en esprit et en vérité est celle que nous faisons comme des fils "à l’intérieur" de l’offrande parfaite et totale que le Fils fait de lui-même à son Père. Corps-Temple, corps consacré, car manifestation parfaite d'un Amour en obéissance totale à la volonté du Père. Corps vide d’égoïsme, Corps en apesanteur de soi, car totalement habité par le mouvement qui entraîne le Fils vers le Père en même temps qu’il est totalement ouvert à son peuple. Corps d’une chair vibrante de l’Esprit.

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Catherine Mazas 10/03/2012 21:02

ton invitation à un corps en apesanteur vibrant du souffle de l'esprit est magnifique; nous nous rapprochons des anges!
toujours ton exploration des chemins de la chair vers le ciel... MERCI de nous faire un peu décoller!

Biblissimo 28/01/2013 11:44



Bon voyage, donc!



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