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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


Pour une théologie basée sur une christologie plus proche de la Bible et conforme au sens de l'histoire (I): J. Moingt

Publié par Biblissimo sur 16 Octobre 2010, 16:40pm

Catégories : #Christologie et Bible

Passages particulièrement significatifs de la proposition d'une théologie fondée sur une christologie renouvelée de Joseph Moingt dans son ouvrage L’homme qui venait de Dieu (Cogitatio fidei, 176), Cerf, Paris, 1993

 

P. 257 : « Mon intention est d’appréhender l’événement de Jésus directement à l’intérieur de l’acte de foi qui en fait le récit, qui se constitue comme foi de l’Église en transmettant ce récit, et qui est partie intégrante et constitutive de l’historicité de cet événement, car Jésus ne serait pas entré dans l’histoire comme celui qui interpelle le destin de chaque homme sans le récit croyant qui raconte son événement sous l’horizon de la fin des temps. Parce que cette foi « appartient à l’identité de cet être », comme le dit excellemment Schillebeeckx, je pense avec lui qu’une telle démarche est seule capable d’atteindre Jésus dans sa vérité à la fois historique et théologique, celle qu’il a lui-même inscrite dans l’appréhension première de l’Église. »

P. 264-265 : « Comme Pannenberg, je pense que la théorie des deux natures ne permet pas de sauvegarder l’unité du Christ ni de respecter la vérité de son existence historique et humaine. Je pense avec lui qu’il faut substituer la résurrection de Jésus au concept d’incarnation comme fondement de la christologie, et partir de son comportement humain face à Dieu pour établir sa filiation divine. J’estime encore que Pannenberg a fourni quelques bons concepts (élaborés à partir de Hegel) pour penser la divinité de Jésus pris comme cet homme-ci, en particulier ceux de révélation, de don, de rétroactivité. Mais je ne trouve pas que sa démarche corresponde pleinement à ses prémisses ni que ses concepts soient aussi opératoires qu’il le dit. »

Il a manqué à Pannenberg un retour effectif à l’histoire de Jésus. Or, aucune conceptualisation ne peut imposer sa légitimité sans la demander aux récits évangéliques pris comme tels. À condition assurément de les lire en croyants. C’est pourquoi il faut partir de la résurrection de Jésus, en lien de continuité avec sa passion et sa mort. Le comportement historique de Jésus peut être lu comme une attitude de don, comme une relation filiale au Père, dont on pourrait du même coup découvrir la présence de révélation agissante dans l’être humain de Jésus.

 

P. 267 : « Le rapport de la foi à la culture du temps et à l’état historique de la société est aussi un « lieu théologique », et même fondamental, car il conditionne l’intelligibilité de la foi. »

L’un des traits les plus caractéristiques de la culture occidentale depuis la modernité, c’est l’absence de Dieu. La plus grande nouveauté du monde moderne : l’athéisme, l’irréligion, l’indifférentisme, la sécularisation. On en est venu à parler de la mort de Dieu. L’annonce de Jésus-Christ a été recouverte par celle de la mort de Dieu. Monde désenchanté de tout idéal religieux – et qui se complaît dans ce désenchantement.

P. 269 : « La christologie, dans le cursus classique des sciences théologiques, s’appuyait sur un traité de Dieu, et même deux, le traité de Deo uno et le traité de Deo trino, auxquels elle empruntait la plupart de ses concepts et de ses raisonnements. Le premier, même chez les meilleurs théologiens comme chez Thomas d’Aquin, puisait davantage dans la philosophie, notamment chez Aristote, que dans la Bible, et dans l’A.T. plus que dans le N.T. Le second traité ajoutait au premier la considération des « processions » divines mais dépendait foncièrement de lui pour la compréhension de l’ « être » de Dieu. Ainsi le traité de Verbo incarnato était déchargé de la question de Dieu et même de la preuve de la génération d’un Fils de Dieu, et le traité De Deo uno, qui ne devait rien de son côté à la christologie, la gardait en lien avec les discours philosophiques du temps qui élaboraient une « théologie naturelle ».

L’effondrement de la théologie naturelle a provoqué l’apparition dans les pays anglo-saxons d’un mouvement appelé « la théologie de la mort de Dieu », qui prenait acte de la disparition de Dieu dans le monde contemporain pour élaborer la théorie d’un athéisme athée ou théologie athée.

De ce mouvement, tôt disparu, une leçon peut être tirée : c’est à la christologie, désormais, de prendre en charge la question de Dieu, d’abord de rendre raison de son absence, et de transférer sur le Christ la charge de dire le sens d’un monde dont Dieu s’est absenté.

P. 270 : « La révélation n’est pas un ensemble structuré de discours sur Dieu, c’est l’acte par lequel Dieu se révèle lui-même. Dieu se dit par l’acte même de faire l’histoire, une histoire de salut qui commence par la création pour s’achever par la recréation de toutes choses dans la mort et la résurrection de Jésus Christ…

« Du christocentrisme de la révélation, il résulte que la christologie est le lieu par excellence où doit s’élaborer la théologie, le nouveau dire-Dieu élaboré à partir et à l’intérieur de la révélation. Le théologien est ainsi conduit à honorer cette proposition essentielle du N.T. que le Christ est le révélateur de Dieu, proposition qu’il pouvait oublier quand il parlait du Christ en s’appuyant sur un concept de Dieu censé bien établi par la philosophie ou sur une révélation de Dieu censée préexistante et extérieure au Christ. L’Écriture ne tient pas un discours de raison, la révélation s’adresse à la foi, l’adhésion à la Parole de Dieu se fait dans le Christ : c’est donc dans l’accueil du Christ que Dieu se révèle à la foi. Dieu est désormais l’horizon de la christologie.

P. 271 : « Le théologien qui a pris conscience que Dieu n’est plus un objet d’évidence, même pour le croyant, mais l’interlocuteur de son acte de foi, conscient d’autre part que la foi en Dieu et la foi au Christ ne doivent pas et ne peuvent plus faire nombre l’une avec l’autre mais s’unifier l’une dans l’autre, devra montrer comment Dieu se révèle en Jésus en le manifestant comme son Christ et quel « Dieu différent » se révèle en Jésus, différent de l’idée qu’on peut s’en faire par la raison, puisqu’il apparaît en passion, mais aussi de l’idée qu’en donne l’A.T. laissé à lui seul… Dans cette perspective, la tâche centrale de la christologie sera de faire surgir de l’événement de mort et de résurrection de Jésus la révélation d’un Dieu qui s’engendre un Fils et qui adopte en lui l’humanité de qui il tire et à qui il donne ce Fils. Tâche d’une christologie devenue plus théo-logique du fait qu’elle ne détourne et ne retourne pas la révélation de Dieu vers le Christ ni n’érige la foi au Christ à part et en plus de la foi en Dieu, du fait aussi qu’elle ne permet plus à la théo-logie d’ignorer le mystère d’un Dieu incarné et souffrant, et réélabore la notion de l’être de Dieu à partir de l’histoire évangélique. »

« La nouvelle orientation théo-logique de la christologie n’est pas de nature à porter ombrage au discours sur Dieu, loin de là, et les théologiens d’aujourd’hui ne doivent pas oublier qu’ils ont appris de la christologie à parler de Dieu différemment du théisme philosophique ou même du strict monothéisme, à savoir de façon vraiment trinitaire, et que cet immense avantage serait perdu si le discours sur Dieu devait à nouveau se séparer de la christologie.

 

P. 273-274 : « La théologie traditionnelle a bien un sens, un certain sens, à donner à l’histoire : le gouvernement des empires est livré à la Providence divine, les violences sont le fait des péchés des hommes, héritage de la malédiction encourue par le péché du premier homme, les souffrances, fruits du péché, servent à l’expier et à gagner le salut. Cette théologie-là n’est plus acceptée.

La prise de conscience de l’absence de Dieu dans les drames de l’histoire de l’humanité du XX° siècle « ont contribué à alimenter un « athéisme de protestation » contre l’abandon de l’histoire, par Dieu, à la souffrance et au mal. Or Jésus apparaît lui aussi comme une victime de l’histoire, lui aussi abandonné de Dieu, mais finalement sauvé, puisqu’il est sorti de la mort en Seigneur de l’histoire. La christologie se centre donc sur la passion de Jésus dans l’espoir d’y trouver de quoi répondre aux questions de l’homme moderne sur l’histoire. Le problème est proprement théologique, puisque la question de la constitution du Christ – est-il un seul et le même comme Dieu et comme homme, ou double et divisé en deux ? – correspond à cette autre question : l’histoire du salut et celle des hommes sont-elles deux histoires qui ne feraient que se traverser ou se toucher, ou font-elles une seule et même histoire, ont-elles une seule et même vérité, histoire de Dieu avec les hommes, de Dieu se livrant à la passion de l’histoire des hommes pour y remporter la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, du sens sur le non-sens ? Ainsi est posé le problème du lien de Dieu à la Croix du Christ. »

« Cette nouvelle dimension ne doit pas être considérée comme adventice, extérieure à l’intelligence du dogme, comme un appendice de théologie populaire à usage apologétique et pastoral. Elle met directement en cause la sotériologie, c’est-à-dire l’activité salutaire déployée par Dieu en Jésus dans l’histoire, et indirectement la compréhension de la personne du Christ, de son entité d’homme et de Fils de Dieu, de son lien d’unité à Dieu, puisque la sotériologie a été de tout temps l’élément moteur du dogme christologique, le réservoir de ses argumentations, en vertu du principe si souvent invoqué par les Pères : le Christ doit être conçu tel qu’il puisse faire le salut qu’il est venu révéler et accomplir… »

P. 276 : « Pourquoi le Christ a-t-il été livré à la mort, qu’a-t-il fait sur la croix ? Sous son éclairage actuel, cette question sotériologique s’adresse à la christologie : elle porte sur l’historicité du Christ, non plus simplement sur l’histoire de sa vie, mais sur son appartenance à notre histoire, qui doit s’inscrire dans la constitution de son être. Et cette question est non moins théo-logique, puisque le lien de Dieu à notre histoire et l’intérêt réciproque de l’homme pour dieu sont fonction de l’historicité du Christ. Ce questionnement, enfin, porte directement sur l’articulation de la mort et de la résurrection de Jésus : quel avenir la résurrection du Crucifié ouvre-t-elle à l’histoire, quelle présence de Dieu à l’histoire est-elle révélée dans la passion de son Fils ?

« Telles sont les mutations et les questions propres à notre temps qui ouvrent à la christologie un nouvel horizon de recherches, centrées sur la passion du Ressuscité, appréhendée comme temps et lieu de dévoilement et de dénouement, l’une dans l’autre, de l’absence de Dieu et de la souffrance de l’histoire. »

 

Suite dans le document sur la proposition de Jürgen Moltmann dans son ouvrage Le Dieu crucifié (1972): Moltmann: La Trinité se révèle à la Croix

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