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Biblissimo

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Vous trouverez ici des documents visant à une meilleure connaissance de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ils représentent le fruit de recherches personnelles. Je les mets à votre disposition en vous demandant de respecter les droits d'auteur. Bon travail!


La miséricorde II: saint Paul

Publié par Biblissimo sur 27 Mai 2016, 14:37pm

Catégories : #Miséricorde, #Lettres de saint Paul

La miséricorde II: saint Paul

Ce dossier présente une vision générale et articulée de la place de la miséricorde chez saint Paul, aussi bien du côté de Dieu et du Christ que comme exigence de la vie chrétienne et ciment de la communauté.

1. Introduction

Le vocabulaire de la miséricorde n’est pas aussi fréquent qu’on s’y attendrait[1]. Mais l’insistance de Paul sur le fait qu’elle est à la source de toute l’activité divine et qu’elle est au cœur de toute communauté chrétienne ne laisse aucun doute sur son importance.

Chq x paul parled agapè = miséricord

2. La trajectoire de Paul

Le pharisien croit en la miséricorde de Dieu ; il croit que Dieu lui pardonne les péchés ; il offre pour cela les sacrifices prévus ; il s’efforce de vivre selon la fidélité à la Torah, sachant qu’elle vaut mieux que les sacrifices d’animaux. Il lit régulièrement les psaumes qui proclament la miséricorde divine, sa patience, son pardon.

Mais il sait aussi que Dieu est capable de se détourner du pécheur, de le châtier sévèrement. Il est bien conscient que personne ne peut être parfaitement fidèle. « Tous sont pécheurs » ; « tous sont privés de la gloire de Dieu ».

De plus, le don de la vie dans l’au-delà est conditionné par la pratique de la Loi, la fidélité aux traditions. Le ch. 2 de la lettre aux Romains témoigne de la conviction qu’il partage avec tout bon Juif que « tout homme est menteur » (Ps 116, 11).

La manière dont Paul envisage le pharisaïsme :

C’est nous qui sommes les circoncis, nous qui offrons le culte selon l’Esprit de Dieu et tirons notre gloire du Christ Jésus, au lieu de placer notre confiance dans la chair. J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair ; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage : circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien ; quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que peut donner la Loi, un homme irréprochable. Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ. Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. À cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ; le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts (Ph 3, 4-11).

Vous avez certes entendu parler de ma conduite jadis dans le judaïsme, de la persécution extrême (kath’hyperbolè) que je menais contre l’Église de Dieu et des ravages que je lui causais, et de mes progrès dans le judaïsme, où je surpassais bien des compatriotes de mon âge, en partisan acharné des traditions de mes pères (Ga 1, 14-15).

L’expérience de Paul selon la 1ère lettre à Timothée : « Moi qui étais blasphémateur, persécuteur et violent. Mais il m’a été fait miséricorde (eleèthen), parce que j’ai agi par ignorance, n’ayant pas la foi » (1Tm 1, 13). Même verbe que pour la première béatitude du Discours sur la montagne : « Heureux les miséricordieux… il leur sera fait miséricorde » (Mt 5, 7).

On ne peut pas la découvrir à partir des autres lettres.

Ga 1, 14-15 laisse entendre la surprise de la découverte de Jésus de Nazareth comme Fils de Dieu. Une découverte non méritée. Sans doute non préparée directement, car on peut facilement imaginer la fermeture du jeune Paul à l’égard de Jésus, crucifié donc maudit par Dieu.

3. La miséricorde divine

Rm 15, 8-13 :

Le Christ s’est fait serviteur (diakonos) des circoncis à l’honneur de la véracité divine (hyper alètheias Theou), pour accomplir les promesses faites aux patriarches, et les nations glorifient Dieu pour sa miséricorde (hyper eleous), selon le mot de l’Écriture : "C’est pourquoi je te louerai parmi les nations et je chanterai à la gloire de ton nom" ; et cet autre : "Nations, exultez avec son peuple" ; ou encore : "Toutes les nations, louez le Seigneur, et que tous les peuples le célèbrent". Et Isaïe dit à son tour : "Il paraîtra, le rejeton de Jessé, celui qui se dresse pour commander aux nations. En lui les nations mettront leur espérance". Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude dans votre acte de foi la joie et la paix, afin que l’espérance surabonde en vous par la vertu de l’Esprit Saint.

2 Co 1, 3-4 :

Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes (oiktirmôn) et le Dieu de toute consolation (paraklèseôs)[2], qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit.

Eph 2, 1-6 : Dieu, qui est riche en miséricorde (eleos), à cause du grand amour (dia tèn pollèn agapèn) dont Il nous a aimés… 1, 7 : il est aussi « riche en grâce ». Et cela du fait de son eudokia (Eph 1, 5.9 ; Ph 2, 13), « bon plaisir de sa volonté ».

4. La grande nouveauté : la rédemption dans le Christ

Une étape nouvelle dans l’économie du salut : à l’occasion de la mort du Christ, mort de valeur sacrificielle.

Rm 1-2 : établit l’universalité et la radicalité du mal qui conduit au péché de sorte qu’à la fin du ch. 3, le constat est plutôt sombre et sans espoir, aussi bien pour le païen que pour le Juif fidèle. Ce triste tableau est certainement schématique, mais à dessein : pour mettre en valeur les vv. 21-27, qui proclament qu’en Jésus crucifié Dieu offre la rédemption totale et définitive (pourvu qu’on croit).

Rm 3, 21-27 : Maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient – car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu – et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus : Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis au temps de la patience (anochè) de Dieu[3] ; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus. Où donc est le droit de se glorifier ? Il est exclu.

Ce passage dit bien comment la décision d’accorder la plénitude du salut relève d’une décision libre de Dieu.

L’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné. C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies – à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir – mais la preuve de la charité de Dieu pour nous, [c’est] que le Christ, nous étant encore pécheurs, est mort pour nous. Combien plus, maintenant justifiés dans son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère. Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de Son Fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie, et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation (Rm 5, 5-11).

On retrouve le thème de la liberté de la décision divine, différemment mais avec plus de clarté, au ch. 9 :

Dieu serait-il injuste ? Certes non ! Car il dit à Moïse : Je fais miséricorde (eleèsô) à qui je fais miséricorde (eleô) et j’ai pitié (oiktirô) de qui j’ai pitié. Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Car l’Écriture dit au Pharaon : "Je t’ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance et pour qu’on célèbre mon nom par toute la terre." Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. Tu vas donc me dire : Qu’a-t-il encore à blâmer ? Qui résiste en effet à sa volonté ? Ô homme ! vraiment, qui es-tu pour disputer avec Dieu ? L’œuvre va-t-elle dire à celui qui l’a modelée : Pourquoi m’as-tu faite ainsi ? Le potier n’est-il pas maître de son argile pour fabriquer de la même pâte un vase de luxe ou un vase ordinaire ? Eh bien ! si Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec beaucoup de longanimité (ènegkenen pollèi makrothumiai) des vases de colère (skeuè orgès) devenus dignes de perdition, dans le dessein de manifester la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde (skeuè eleous) qu’il a d’avance préparés pour la gloire, envers nous qu’il a appelés non seulement d’entre les Juifs mais encore d’entre les païens... C’est bien ce qu’il dit en Osée : "J’appellerai mon peuple celui qui n’était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n’était pas la bien-aimée." Et au lieu même où on leur avait dit : "Vous n’êtes pas mon peuple", on les appellera fils du Dieu vivant. Et Isaïe s’écrie en faveur d’Israël : "Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, le reste sera sauvé : car sans retard ni reprise le Seigneur accomplira sa parole sur la terre." Et comme l’avait prédit Isaïe : "Si le Seigneur Sabaot ne nous avait laissé un germe, nous serions devenus comme Sodome, assimilés à Gomorrhe." Que conclure ? Que des païens qui ne poursuivaient pas de justice ont atteint une justice, la justice de la foi, tandis qu’Israël qui poursuivait une loi de justice, n’a pas atteint la Loi. Pourquoi ? Parce qu’au lieu de recourir à la foi ils comptaient sur les œuvres. Ils ont buté contre la pierre d’achoppement, comme il est écrit : "Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement et un rocher qui fait tomber ; mais qui croit en lui ne sera pas confondu" (Rm 9, 14-33).

Rm 11, 30 : « De même que jadis vous avez désobéi à Dieu et qu’au temps présent (nun de) il vous a été fait miséricorde (èleèthète) grâce à leur désobéissance… »

Ti 3, 4-7 : « Le jour où apparurent la bonté (chrèstotès) de Dieu notre Sauveur et sa philanthropie, il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, par sa seule miséricorde (kata. to. auvtou/ e;leoj), il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. Et cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle. »

5. La miséricorde de Jésus

Chez Paul, la miséricorde, comme tout ce qui relève de la source du salut, est attribuée le plus souvent à Dieu le Père et rarement à Jésus. Mais il est évident que l’amour dont le Christ aime les baptisés est cette même charité-miséricorde accordée par son Père. C’est ainsi qu’il s’est abaissé jusqu’à prendre la condition d’esclave. En Rm 5, 6, Paul mentionne le fait que le Christ est mort pour des impies, mais il s’exprime comme si le Christ n’accomplissait pas cela de lui-même. Car Paul place la mort du Christ ici dans le cadre du sacrifice d’expiation, dont Dieu le Père est le garant et le Christ instrument.

2 Co 8, 9 : « Étant riche, il s’est rendu pauvre (ptôcheuô, hpx biblique) afin que vous, par sa pauvreté, soyez rendus riches (ploutèsète). »

6. Dieu a accordé son pardon, offert la réconciliation

Charizomai : 16 occurrences.

1 Co 2, 12 : « Nous n’avons pas reçu, nous, l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits (ta hypo tou Theou charisthenta). » Ga 3, 18 : « C’est par une promesse que Dieu accorda sa faveur (kecharistai) à Abraham. » Ph 1, 29 ; 2, 9.

Rm 8, 32 : « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur (ta panta charizetai) ? »

Col 2, 13-14 : Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui ! Il nous a pardonné toutes nos fautes ! Il a effacé, au détriment des ordonnances légales, la cédule de notre dette, qui nous était contraire ; il l’a supprimée en la clouant à la croix.

Réconcilier, réconciliation :

Combien plus, maintenant justifiés dans son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère. Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de Son Fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie, et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation (Rm 5, 9-11).

Voir Rm 11, 15 ; surtout 2 Co 5, 18-20.

7. La miséricorde dans la communauté chrétienne

La transmission de l’exigence, du commandement de la charité aux premières communautés chrétiennes est un fait qui nous laisse dans l’admiration et qui se présente à nous comme un signe probant de l’impact qu’a eu Jésus de Nazareth. Cela est particulièrement vrai de saint Paul, qui a placé l’exigence radicale, évangélique, au cœur de l’identité chrétienne, critère d’authenticité, gage de communion, condition pour vivre de la grâce, accomplissement de toute la tradition religieuse – la Loi – d’Israël.

Rm 13, 8-10 :

Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait pas le mal au prochain. La charité est donc la plénitude de la Loi.

Évidemment, dès que Paul parle de charité dans les relations entre membres de la communauté, il s’agira d’une manière plus ou moins directe de miséricorde, de compassion, de souci des faibles.

  • Tenir compte de la faiblesse des autres

On peut s’étonner de l’importance que Paul accorde à la maîtrise de soi dans les rapports avec les membres moins mûrs dans vie chrétienne, dont la conscience est encore très dépendante de pratiques, de rites, de valeurs qui n’en pas ou en ont moins aux yeux des anciens, des « forts ». C’est le signe d’une grande délicatesse de la part de l’apôtre, d’une grande responsabilité fraternelle et pastorale.

Ainsi quand il demande à ceux qui ont su relativiser la place de certains interdits, par exemple les interdits alimentaires, de prendre en considération la sensibilité des autres et être prêts à s’y conformer. Voir les prescriptions de Paul à propos de l’opportunité de manger des idolothytes en 1 Co 8-10. Édifier la communauté est plus important que la conformité à ses propres critères moraux. Voir la note b de Rm 14, 1.

Rm 15, 1-3 : Nous devons, nous les forts, porter (bastazein) les faiblesses de ceux qui n’ont pas [cette] force et de ne pas chercher ce qui nous plaît. Que chacun d’entre nous cherche à plaire au prochain pour le bien, pour l’édification. Car le Christ n’a pas cherché ce qui lui plaisait, mais comme il est écrit : "Les insultes de tes insulteurs sont tombées sur moi".

  • Deux textes fondamentaux

On sait que les deux lettres aux Éphésiens et Colossiens contiennent de nombreux passages parallèles (près de 1/3 de chacune). On trouve donc en l’une et l’autre ce résumé de la pratique qui doit se trouver à la base des relations fraternelles à l’intérieur de la communauté :

Col 3, 12-14 :

Vous, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez des sentiments de compassion (splagchna oiktirmou), de bienveillance (chrèstotès), d’humilité, de douceur, de patience (makrothumia), vous supportant les uns les autres et vous pardonnant mutuellement, si l’un a contre l’autre un grief ; de même que le Seigneur vous a pardonné, ainsi vous aussi. Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.

Eph 4, 32 :

Montrez-vous bons et compatissants (eusplagchnoi) les uns pour les autres, vous pardonnant (charizomenoi) mutuellement, comme Dieu vous a pardonné (echarisato) dans le Christ. Oui, cherchez à imiter Dieu, comme enfants bien-aimés.

  • Avoir des « entrailles de miséricorde » entre nous

Chez saint Paul, le terme splagchna est souvent utilisé pour indiquer l’affection que des chrétiens éprouvent pour leurs frères : 2 Co 6, 12 ; 7, 15 ; Ph 2, 1 ; Col 3, 12 ; Phm 1, 7.12.20. L’apôtre se réfère même aux « entrailles du Christ Jésus » pour qualifier l’amour qu’il a pour les Philippiens (Ph 1, 8).

2 Co 2, 7 : « Il vaut mieux lui pardonner (charisasthai) et l’encourager, de peur que cet homme-là ne vienne à sombrer dans une tristesse excessive. » Voir plus loin 2, 10.

  • Le rôle indispensable de l’Esprit dans l’exercice de la miséricorde

Ga 5, 22-23

  • L’hymne à la charité (1 Co 13)

Pour saint Paul, la charité, l’agapè, est le ligament qui relie toute la panoplie des vertus et des bonnes œuvres de l’homme. Elle qualifie tout acte humain de sorte qu’il soit pleinement en communion avec Dieu, source de tout amour.

Rm 13, 8-10 :

Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude.

Au centre d’une section consacrée à l’exercice des charismes dans la communauté chrétienne, et, sans doute, pour rabaisser le caquet de certains membres « charismatiques » de l’Église, Paul rédige une sorte d’hymne, en trois étapes, consacré à formuler l’importance et la valeur irremplaçable de la charité. Il occupe tout le chapitre 13 de la 1ère lettre aux Corinthiens.

Dans la section centrale, avec 15 verbes, saint Paul définit ce qu’est une charité personnifiée en action.[4] Il vaut la peine de préciser le sens de plusieurs de ces verbes que nos langues modernes ne peuvent rendre en un seul mot.

’H agapè makrothumeî : "avoir de la longanimité (à l’égard de quelqu’un) ; être persévérant dans une situation difficile". La makrothumia est "l’attitude qui consiste à rester tranquille en attendant un événement" ; "patience" ; "constance, endurance" ; "tolérance à l’égard d’une personne qui dérange". Le verbe makrothuméô signifie "attendre tranquillement, avoir de la patience, attendre". On lit, dans la lettre aux Éphésiens : « Je vous exhorte, moi le prisonnier dans le Seigneur, à mener une vie digne de l’appel que vous avez reçu : en toute humilité et douceur, avec patience (makrothumia), vous supportant (anechomenoi) les uns les autres avec charité ; appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix » (Eph 4, 1-3).

Chrèsteuetai [5]. Comme pour le substantif chrèstotès (9x : Rm 2, 4 (+ to chrèston) ; 3, 12 ; 11, 22 ; 2 Co 6, 6 ; Ga 5, 22 ; Eph 2, 7 ; Col 3, 12 ; Ti 3, 4), il faut en chercher la signification à partir de l’adjectif correspondant chrèstos : "dont on peut se servir" ; mais aussi "accueillant, honorable, noble, utile" (voir 1 Co 15, 33 ; Ep 4, 32) ; ou encore : "qui rend service, serviable". Le verbe peut donc être rendu par "se conduire en homme de bien". Proposition : transformer en bien, rendre bon ; ou se rendre utile, s’améliorer (comme ptôcheuô = rendre pauvre).

ou zèloî : "avoir de l’ardeur, rechercher avec ardeur quelque chose ; désirer comme recommandable pour soi ; envier".

ou perpereuetai ; de perperos, "vantard, fanfaron ; attitude ostentatoire ; s’attribuer des éloges". Aussi : "manquer de tact". La forme emperpereuetai est plus courante.

ou phusioutai : "se gonfler, s’enfler par l’arrivée d’air". 1 Co 8, 1 ; 4, 6.18 ; 5, 2 ; 13, 4 ; Col 2, 18.

ouk aschèmoneî : "se comporter de manière anormale, mauvaise, disgracieuse, indécente ; manquer aux bienséances". Basé sur le substantif neutre schèma, qui signifie "forme, apparence, image que l’on peut reproduire".

Ou parôxuneto : "elle ne s’échauffe pas, ne s’énerve pas". C’est le verbe central.

ou logizetai to kakon : calculer en vue d’obtenir quelque chose de mal.

Panta stegei : "couvrir, recouvrir ; donc protéger ou cacher (protéger de l’eau, donc être imperméable) ; endurer, résister à, supporter". Voir 1 Co 9, 12 ; 1 Th 3, 1.5 où stegein a le sens de "supporter, de résister à". Mais quelle différence avec le verbe suivant ? Excuser (BJ et TOB) ?

Panta pisteuei : "elle croit tout", au sens de fait confiance.

Panta elpizei : "elle espère tout".

Panta hypomonei : elle endure tout, elle tient bon en toute circonstance, elle persévère. Voir Mt 10, 22 ; 24, 13 ; Rm 12, 12.

Une des propriétés de l’agapè est la patience, l’endurance, puisque quatre verbes ayant ce sens sont dans la liste, dont le premier et le dernier.

8. « Que Dieu donne miséricorde… »

2 Tm 1, 16.18 : « Que le Seigneur donne miséricorde à la famille d’Onésiphore, car souvent il m’a réconforté, et il n’a pas rougi de mes chaînes… Que le Seigneur lui donne de trouver miséricorde (cf. hb : matsa ḥen) auprès du Seigneur en ce Jour-là. Quant aux services qu’il m’a rendus, à Éphèse, tu les connais mieux que personne. »

[1] Eleos (nom et verbe) : 22 x. Oiktirmos (nom et verbe) : 6 x. Agapè (nom et verbe) : 105.

[2] Sur la notion de consolation dans la Bible, voir note a de la BJ à 2 Co 1, 3.

[3] Voir 2, 4 : Paul attribue à Dieu la patience (anochè) et la persévérance (makrothumia) à l’égard des fidèles et de leurs manquements.

[4] Pourquoi les deux tiers (10/15) en forme négative ?

[5] Hapax biblique (c’est-à-dire qu’il n’y a qu’un seul emploi de ce mot dans toute la Bible).

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